Reo. h, 1787, ibid
champs dont ilz ne peuvent rien recevoir, pour eslre leurs fermiers ruinez par les guerres, et les aullres ayant rentes sur ladicte ville dont ilz ne peuvent être paiez ^ » Pour terminer sa harangue, le prévôt des marchands exprima une requête assez hardie, puisqu'elle tendait à conférer aux décisions des assemblées générales de la Yille le caractère exécutoire des arrêts de justice. Le chef de la municipalité parisienne pria le roi de vouloir bien ordonner « que les délibérations et conclusions des assemblées générales qui seront faictes en Thostel de ladicte ville seront exécutées tout ainsy que sy elles avoient esté faictes ès-cours souveraines. » Le roi se contenta de renvover la Ville « à se pourveoir en son Conseil privé » et se retira avec sa suite. , C'était une étrange guerre que la guerre du duc d'Alençon contre son frère. Machiavel, s'il eut vécu un demisiècle plus tard, se serait sans doute complu à démêler les fils des ténébreuses intrigues qui troublaient le règne du dernier Valois. Le duc d'Alençon n'avait quitté la cour que pour se soustraire à une mort probable •. Ses amis, les maré-
i. Ibid, Claude HatoD, dans uo langage peu évangélique mais pittoresque, insiste beaucoup sur les maux de tout genre que les démêlés de Henri III et du duc d'ÂIençon firent subir au peuple des villes et des campagnes. Sous prétexte de rejoindre le camp du duc de Guise, des régiments entiers traversaient la France, comme celui de Guillaume de Hautemer, comte de Fervaques, qui mourut marécbal de France, et pillaient tout sur leur passage, depuis la Normandie jusqu'à Troycs. Ces routiers allaient « bien en ordre, mais bien mescbans gens les plus larrons et voleurs qui eussent oncques esté par les villages il y avoit dix ans. Tous les cbevaux des pauvres laboureurs qu'ilz trouvoicnt en leur chemin estoient par eux prins et desrobez, comme aussi estoient ceux des hosles où* ilz logeoient, qu'on leur prestoit pour les guider et porter leur bagage, sans que ledit capitaine ni aultre en feit justice ni raison. » Les paysans qui réclamaient étaient « payés en coups de bâton ». £t le prêtre de Provins conclut mélancoliquement : « Le nombre des bons est beaucoup moindre pour le présent que celuy des meschans gens tuehommes qui, en tout temps et saisons de leur vie, fout la guerre aux pauvres gens des villages, soit à leur faire faire courvée, à décevoir lés femmes, violer ou stuprer les filles, battre les hommes et leur ravir leurs biens, jusques À prendre par force le pain en leur mect ou huche pour se nourrir et leurs demoiselles. » (Afém., p. 787.)
2. Tous les historiens rapportent, d'après les Mém. du duc de Nevers et VHistoire de France de Mathieu, que le roi Henri III avait prié instamment
chaux Montmorency et Cossé, détenus à la Bastille, avaient également couru danger de mort, lorsqu'au mois de juin la nouvelle de la mort de Damville, « le roi du Languedoc », avait circulé à Paris. Ce puissant frère de Montmorency n'étant plus, Catherine pensa qu'il serait d'une bonne politique de se débarrasser du frère. Le chancelier de Birague avait déjà fait retirer au maréchal ses officiers et serviteurs, et Miron, le premier médecin du roi, avait répandu le bruit que le prisonnier était sujet à des coups de sang ^ Par bonheur pour lui, l'affirmation de la mort de Damville était fausse, et la reine mère, mieux renseignée, dit au chancelier de Birague « qu'elle ne se hasteroit pas tant une autre fois et ne le croiroit plus », La fuite du duc d'Alençon changeait bien la situation de Montmorency. D'otage,
le roi de Navarre de tuer le duc d^Alençon. Le roi de Navarre refusa. De son côté, Henri 111 s*était cru empoisonné par Alençon.
On trouve dans la Revue rétrospective^ 2^ série, t. V, no* 14 et 15, 1836, une série de pièces curieuses, relatives au rôle du duc d'Alençon sous les règnes des rois Charles IX et Henri III, et h. Thistoire du tiers parti. Il est intéressant de lire la lettre adressée au roi par le duc, après sa sortie de Paris. Alen<;on accuse nettement son frère d'avoir voulu le faire mettre à la Bastille et d'avoir songé à l'empoisonner : « Je n*ai pu moins faire que capter l'occasion de me mettre en liberté et tirer hors de telle servitude par mon évasion et absence, pour éviter le péril de ma vie, étant très bien averti que quatre jours après on m'avait préparé une retraite en la Bastille, attendant quelque résolution et conclusion prise sur les conseils de César Borgia. » {Bibiiolh, Nat.^ sect. des manusc. Fonds, du Puy, V, 87, f» 5i.) « A la suite se trouve une « lettre circulaire du roi à la noblesse de son royaume sur la sortie de la cour du duc d'Alençon d. (Ibid.y r* 58.) Le roi y proteste de son amitié pour son frère, mais engage tous « ses bons et afTectionners serviteurs et sujets à rechercher et arrêter le fugitif ». « ...Mon frère le duc d' Alençon s'est départi d'avec moi et de cette ville depuis hier, à six heures du soir. Ne sachant qu*il est devenu et encore moins qui Ta mu de me délaisser de cette façon; car Dieu m'est témoin de laffectiou fraternelle que je lui ai toujours portée, dont mes actions ont rendu assez de preuves, ne lui ayant jamais donné occasion de prendre tel parti. »
1. Voy. là-dessus de Thou, t. VII, p. 292, et l'Estoile, 1. 1, p. 63. Le chroniqueur rapporte que Montmorency, se jugeant perdu, chargea un de ses gens de la commission suivante : « Dittes à la roine que je suis bien advcrti de ce qu'elle veut faire de moi. Il n'y faut point tant de façons : qu'elle m'envoie seulement l'apothicaire de M. le Chancelier, je prendrai ce qu'il me baillera. » Cette anecdote, très authentique, montre une fois de plus ce qu'il faut penser de la conscience des médecins de Catherine, et ce que valent les procès-verbaux de Tautopsie de Charles IX.
il devenait arbitre. Alençon paraissant redoutable, l'idée vint à la cour d'utiliser les deux maréchaux qui, sans les retards volontaires du grand maître de la garde-robe, Souvré, auraient sans doute grossi la liste des victimes de ('atberine. La reine mère s'était mise en route, malgré le mauvais état de sa santé, pour aller trouver le fils rebelle oi faire sur lui Tessai de ses remontrances et de ses caresses. L'entrevue eut lieu à Chambord, le 28 septembre ; mais le prince « lui dit qu'il n'entreroit plus avant en propos avec elle, sur le fait de la capitulation et accord <lont elle lui parloit, que les mareschaux de Monmorency et Cossé ne fussent remis en liberté * ». On écrivit donc incontinent à Henri III, que le Parlement avait engagé à rester à Paris, pour le prier d'ouvrir à Montmorency et Cossé les portes de la Bastille, ce qui fut fait le 2 octobre. En même temps, la reine mère forçait le roi son fils h traiter un frère ennemi avec des égards extraordinaires '. Non seulement les gentilshommes et les serviteurs du duc d' Alençon recevaient la permission d'aller le rejoindre ; mais on fit pTus, car « après que le roy eut licencié tous les seigneurs, officiers et serviteurs dudit seigneur d'aller après luy, si bon leur sembloit, luy envoya sa vaisselle,
1. UEsTOiLE, t. I, p. 90. — De Thou n'est pas aussi précis sur ce point, et 1*00 pourrait induire de son récit que les maréchaux furent mis en liberté avant Tentrevue de Chambord. « La reine mère partit, dit cet historien, accompagnée des maréchaux de Montmorency et de Cossé pour aller trouver le duc d' Alençon en Touraine. • (T. VII, p. 292.) De Thou doit se tromper, car c'est seulement par une lettre du 2 octobre que Catherine informa Damville de la mise en liberté des maréchaux. La lettre est datée de Blois, et la reine dit qu'elle vient d'apprendre la nouvelle. (Bibl. Nat., F. Béthune, n» 8693, f 64.)
2. Catherine, dans une lettre extrêmement curieuse (Biùl. Sot., sect. des tnan., Fontanien, 338, et Revue rétrosp., t. V, 2^ série, p. 258), insiste énergi» quement auprès du roi pour le décider à se réconcilier avec son frère et à ne pas écouter les conseils intéressés de ceux qui poussent & la guerre. H Sans la paix, je vous tiens perdu et le royaume, car vous aimerez mieux être mort que vous voir enchâssé ou vaincu.... mais ce n*est pas être vaincu quand on peut se sauver d'un grand péril et demeurer le maître.... « Cette lettre est datée de Châteaudun, 28 septembre 1575.
son escurie et grans chevaux et n'empeschca aulcune chose (les meubles appartenans au service dudit seigneur '. »
Henri III était évidemment influencé en sens contraire d^abord par sa mère, pleine du désir de pacifier la famille royale et inclinant peut-être à prendre le parti de son plus jeune fils, et, d'un autre côté, par certains courtisans fort énergiques, tels que Du Guast, qui poussaient le monarque aux résolutions viriles. Catherine absente n'était pas bien sûre de disposer toujours de la volonté du roi, bien que Henri lui eût envoyé Cheverny « pour Téclaircir et lui faire entendre le contraire de force mauvaises opinions esloignées de la vérité que Ton luy avoit voulu imprimer, et la rendre asseurée de Tobéissance, respect et parfaicte amitié que le roy son fils luy portoit *. » Cheverny était-il suspect comme Du Guast à la petite cour du révolté? On pourrait le croire, car le discret conseiller d^État, sortant de sa réserve ordinaire, affirme qu'il faillit être assassiné par les gens du duc d'Alençon ^. D'autres furent moins heureux que Cheverny et n'échappèrent pas aux spadassins.
Tandis que des négociations, plus ou moins loyales, se poursuivaient entre Catherine et d'Alençon, le roi trouvait à Paris des ressources imprévues. Sans parler des troupes levées aux frais des Parisiens et qui ont fait Tobjet des demandes financières que nous avons exposées plus haut, les gens des métiers avoient été passés en revue par le roi en personne, et, si Ton en croit Claude Haton, cinquante mille hommes avaient défilé devant le souverain. Les re-
1. Claude IIatott, t. II, p. 784. Le prêtre de Provins écrit ceci : « La royneinère fut tacitement coulpée de la fuitte de son filz, et dist-on par coinmung bruict qu'elle luy avoit aydé & faire ses apprestes. »