‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 57 sur 314 · Re6. h, 1787, fo · texte numérisé non relu

Re6. h, 1787, fo

présens les sieurs de Villcquîer, de Cheverny et autres de son Conseil ». Il dit qu il trouvait les vœux des Parisiens « fort considérables et raisonnables..., qu'il en parlerait k son Conseil et répondrait par après ». Le lendemain, le roi fit savoir qu'il ne toucherait pas aux rentes sur THôtel de Ville ; mais il ajoutait que, « pour Turgente nécessité de ses affaires, il vouloit estre secouru par la dite ville de cent mille livres très promtement * ». Assurés de préserver momentanément les fonds destinés au payement des rentes, les magistrats municipaux négocièrent et finalement obtinrent de ne verser dans les caisses royales que 80,000 livres.

Pourquoi ces concessions du souverain, après tant de menaces? C'est que la royauté avait déjà reçu avis des sourdes menées des Guises, et que Jean-Casimir n'avait pas encore congédié ses reitres. Il fallait à tout prix calmer les Parisiens. Henri croyait atteindre son but par une affectation de piété croissante. Accompagné, dit l'Estoile, de deux ou trois de ses familiers, « il alloit à pied par les églises de Paris, tenant en sa main de grosses patenostres qu'il alloit disant et marmonnant par les rues. On disoit que ce faisoit-il par le conseil de sa mère, afin de faire croire au peuple de Paris qu'il estoit fort dévotions, catholique, apostolique et rommain, et lui donner courage de fouiller plus librement à la bourse. » Mais les Parisiens ne se laissaient plus prendre aux momeries du roi. On affichait partout des pasquils comme celui-ci :

1. lôid.f fo 32i. L'EsTOiLB, 1. 1, p. 132, confirme, comme presque toujours, la Tereion des registres et atteste aussi la modération du roi : « Auxquelles remonstrances, le roy, tout duit et instruit à cela dès longtemps, flst responce qu'il les avoit bien entendues et bien prises^ qu'il en communiqueroit aux princes de son sang et autres seigneurs de son Conseil, et au surplus feroit en sorte que chacun resteroit content, » U est vrai que le chroniqueur ajoute avec scepticisme, « qui estoit à dire : pendez-les au croq et qu'on n'en parle plus ! » L'ironie tombe ici un peu à faux, puisque la résistance de l'assemblée générale empêcha le roi de saisir les rentes et le contraignit à se contenter d'un don ou prêt de 80,000 livres.

Le roy pour avoir de l'argent A fait le pauvre et l'indigent

Et rhipocrite.

Le grand pardon il a gaingné ; Au pain, à Teau il a jusné

Gomme un hermitte.

Mais Paris, qui le congnoist bien, Ne lui vouldra plus prester rien

A sa requeste :

Car il en a jà tant preste Qu'il a de lui dire arresté :

(( Allez en queste. »

Le 6 août, le prévôt et les échevins furent mandés au Conseil privé du roi, où on leur fit savoir que le maître était mal content parce qu'il « ne se recepvoit quasi rien de la solde des Suisses * ». Mais le prévôt ne se déconcerta pas. Il répondit avec assurance que les contraintes avaient été délivrées aux archers, et que ce n'était pas la faute de la Ville si les seigneurs et les officiers avaient obtenu de Sa Majesté des exemptions complètes, de telle sorte que tout le fardeau des taxes retombait sur les « pauvres gens qui n'ont moyen de payer aulcune chose ». D'accusé, le chef de la municipalité se faisait accusateur, et il arracha au Conseil l'autorisation de modérer les taxes, tout en respectant le privilège qui exemptait les gens d'Église, les officiers du roi, les princes et princesses. La fermentation populaire se révélait par des symptômes si éclatants que le roi ne pouvait plus s'abuser sur la gravité du péril qui le menaçait. Des placards d'une violence extrême circulaient de main en main. L'un d'eux, après avoir réclamé une réorganisation complète de l'administration judiciaire, terminait par ces menaces : « A quoi, sire, si vous ne pourvoiez, puisque pour y pourvoir le glaive et la force sont en vos mains. Dieu qui donne les roiaumes, qui establit les

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