‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 68 sur 314 · Reg. h, 1788. Ibid · texte numérisé non relu

Reg. h, 1788. Ibid

2. Charles de Lorraine, duc de Mayenne, assistait, aux côtés du roi, à la séance d'ouverture; mais le duc de Guise, son frëre^ était absent. Il n'avait pas voulu céder le pas aux princes du sang, notamment au duc de Montpensier : car le roi, pour éviter les conflits qui s'étaient produits entre Guise et Montpensier, lors du sacre à Reims, avait publié une déclaration donnant formellement le pas aux princes du sang sur tous les autres pairs, quelle que fût la date d'érection de leur pairie.

3. « Telle fut, écrit de Tuou, l'ouverture de ces États, où le roi s'était flatté d'abord qu'il serait le maître. Mais il ne fut pas longtemps à s'apercevoir qu'il s'étoit trompé et il commença bientôt à connoUre quel éloit l'esprit de celte nouvelle Ligue qui venoit de se former. » (T. VII, p. 451.

chefs de la Ligue et remis au cardinal de Pellevé par l'avocat David, ne tardèrent pas à faire comprendre au prince l'étendue du péril qui menaçait la couronne. Toutefois, il vint à Henri III un défenseur inattendu dans la personne de Jean Bodin, l'éloquent député du Vermandois. Dans sa harangue, le roi avait prêché l'apaisement, la conciliation des partis, la pacilication de la France *. Les députés de Paris au contraire, et surtout Versoris, insistaient p^ur requérir le roi « d'unir tous ses sujets en une religion catholique romaine », ce qui eût abouti à une reprise de la guerre civile. Le tiers état parut se prononcer vn faveur des moyens violents, lorsqu'il désigna Versoris, le 7 décembre, pour prendre la parole au nom du tiers.

D'autre part, lorsque le tiers vota, le 26 décembre, sur le cahier général, cinq gouvernements, savoir la Bourgogne, la Bretagne, la Guyenne, le Lyonnais et le Dauphiné, appuyèrent de leurs suffrages la politique conciliatrice dont Bodin s'était fait le défenseur. Mais les sept autres gouvernements, qui formaient la majorité, se déclarèrent partisans d'un nouvel appel à la force pour écraser les protestants. La noblesse et le clergé avaient opiné dans le même sens dès le 22 décembre. Les envoyés du roi de Navarre, du prince de Condé et du maréchal Dam ville, qui étaient venus pour suivre de près les délibérations des États, se considérèrent comme suffisamment édifiés et quittèrent Blois dès qu'on connut le vote unanime des trois ordres sur l'unité de religion. Une reprise des hostilités dans les provinces devenait donc imminente. Déjà les huguenots s'étaient emparés de Bazas et de la Réole, et la Guyenne et le Poitou étaient en feu, quand le roi, d'accord avec les États,

1. « Où il a été besoin de pacincr les troubles par réconciliatioQ, nul plus que moi ne Ta désiré, ni plus volontiers que moi n'a preste l'oreille à toutes les honnestes et raisonnables conditions de paix que Ton a voulu mettre en avant. » (Disc, royal»)

envoya une ambassade ^ aux princes protestants, afin d'essayer d'obtenir d'eux une sorte de trêve, à défaut d'une soumission absolue aux déclarations des États. Cependant on était déjà arrivé à la fin de décembre et le roi n'avait obtenu des trois ordres que des professions de foi catholi- 4jues, et pas le moindre subside. En vain, le premier président de la Chambre des comptes, Antoine Nicolaï, était venu, le 31 décembre, peindre devant les États la détresse profonde du Trésor royal ; il n'avait obtenu que la nomination d'une commission d'examen qui, dans son rapport du 9 janvier, déclara que la principale cause du mauvais état des finances résidait dans la mauvaise assiette des rentes constituées, et surtout dans Ténormité des dépenses du souverain. Henri III en était réduit à se faire mendiant, à dire qu'il n'avait plus un écu pour payer les Suisses ; « que sa nécessité était telle qu'il n'avoit pas le plus souvent sa cuisine prête, ni son bois, ni sa chandelle, ni ses autres mesmes nécessités » •. Le clergé et la noblesse voulaient bien voter des impôts et augmenter la taille en la consacrant entièrement aux dépenses de l'armée, mais à condition que le peuple supporterait tout le fardeau. Le tiers, de son côté, voulait faire supporter par les trois ordres les 4lépenses de guerre et se prononçait énergiquement contre la désaffectation de la taille et la suspension du payement des rentes. Malgré les menaces de M. de Viilequier, au nom du roi, et les objurgations de la noblesse, le tiers resta inébranlable. Il refusa même de discuter plusieurs systèmes proposés directement par le roi. Ainsi, par suite

1. Cette ambassade se composait de Pierre de Villars, archevêque de Vienne, André de Bourbon de Rubempré, et Ménager, trésorier de France, chargés de se rendre auprès du roi de Navarre; de l'évêque d'Aulun, de M. de Montmorin et de l^ierre Rat, lieutenant de Poitiers, qui devaient se mettre en rapports avec le prince de Gondé; et enfin de Nectaire, évoque du Puy, de René de Rochefort et du sieur de Tolé, envoyés vers le duc de Damville. Le roi envoyait, en outre^ au roi de Navarre, le maréchal de Biron.

2. GtiLLACME DB TxiXy JownaL Voir à la date du 9 janvier 1577.

de ces divergences profondes sur la question financière, la situation devenait très différente de ce qu'elle était au début. Il est curieux, et c'est là ce qui nous intéresse particulièrement, d'étudier Tattitude des députés parisiens. En vue de la séance solennelle qui allait avoir lieu prochainement, le tiers avait chargé Versoris d'insister sur quatre points dans la harangue qu'il aurait à prononcer (15 janvier 1577). D'Aubigné * nous fait connaître avec précision quels étaient ces quatre points : « Le premier, que la réunion de tous les subjects du roi à une religion s'entendoit par deux moyens et sans guerre, supplians le roi de maintenir son peuple en paix, voir ses princes unis avec les autres ; lui représenter les misères des guerres civiles; lui fut répété qu' « il n'oubliast ces mots sans guerre et de tendre à la paix en toute sorte. Le deuxième, qu'en parlant des élections des bénéfices, il en parlast précisément sans rien remettre à la volonté du roi. Le troisième, qu'il touchast au vif l'administration mauvaise faicte des finances du roi, et qu'il s'en fist recherche; et, s'il faisoit quelques offres au nom du tiers estât, qu'elles fussent générales et non particulières. Le dernier, qu'il n'oubliast le faict des étrangers. » Ainsi le tiers état, qui, une vingtaine de jours auparavant^ s'était prononcé par un vote formel dans le sens d'une reprise de la guerre religieuse et avait repoussé les propositions pacifiques de Jean Bodin, ce même tiers état donnait maintenant à son orateur le mandat impératif de supplier le roi de rétablir la paix entre les deux partis. Comment s'expliquer ce revirement subit? Uniquement parce que^ depuis la déclaration de M. de Nicolaï, les députés du tiers voyaient clairement que la cour n'avait qu'un dessein : tirer d'eux le plus d'argent possible ; ils avaient aussi constaté que les deux autres ordres n'acceptaient l'éventualité

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