Ilist, Univ., édit. in-4* de 1626, col
de la guerre qu'avec Tarrière-pensée de n'en pas supporter les frais. Le 16, à la veille de la séance générale, le comte de Suze vint, au nom du roi, faire une dernière tentative et mit le tiers en demeure d'apporter au château, dès le lendemain, « ses résolutions et avis sur les moyens d'acquitter les dettes royales et de faire nouveau fonds ». Mais le président Hémar répondit avec assurance à l'envoyé qu'il n'était pas besoin d'argent pour rétablir l'unité religieuse, attendu qu'on pouvait atteindre ce but sans guerre « par conciles et par réformations des abus ». Le 17, eut lieu ce que l'Estoile appelle la seconde séance des Ëtats, en d'autres termes, la seconde séance solennelle des trois ordres. Cette fois, le duc de Guise était présent. Le héraut royal commanda d'abord à l'orateur du clergé de prendre la parole. C'était l'archevêque de Lyon, d'Espinac. « Il parla plus d'une heure, dit d'Aubigné, avec beaucoup d'élégance et de doctrine... Sur la fin, il exhorta le roi et un chacun à se lier avec les bons chrestiens par une saincte union et association, et tout cela en termes généraux. » Après lui, le baron de Senesai *, Claude de Beaufremont, orateur de la noblesse, fit son discours. Dans cette harangue, qui fut accueillie par l'assemblée avec une faveur marquée, le baron s'étendit sur la déplorable situation du royaume, rappela au roi le serment qu'il avait prêté, lors de son sacre, de rétablir la religion catholique, apostolique et romaine, en s'opposant à l'exercice d'une nouvelle « piété, créance et religion ». Il s'engagea à ne confier les grandes charges du royaume qu'aux « hommes choisis à la seule marque de vertu et de suffisance », et à ne pas imiter les Arabes « qui cherchent la myrrhe chez leurs voisins, encore que nature ait prodigieusement rempli leurs contrées de toutes sortes d'odeurs ». L'orateur de la noblesse tonna contre les étran-
1. Ce«t rorthographe adoptée par d'Aubîgné. L'Estoile écrit « le baron de Senescé ».
gers qui apportent souvent « confusion de mœurs, avec mutation de l'ancienne discipline et bien souvent de TEstat » ; il conseilla au roi de rétablir les anciennes coutumes et les vieilles lois. En terminant, il offrit au souverain « contre toutes personnes », la vie, les biens et jusqu'à la dernière goutte du sang de sa fidèle noblesse. Versoris, au nom du tiers état, prit ensuite la parole. Tandis que les orateurs du clergé et de la noblesse n'avaient parlé à genoux qu'un moment, et que le roi s'était empressé de leur donner Tordre de se relever pour continuer leur discours, Versoris resta à genoux une heure et demie, aussi longtemps que dura sa harangue. Le langage du député de Paris causa une grande déception et ne répondit nullement à Tattente du tiers état. Stylé par le duc de Guise, dont il était le docile instrumenta l'orateur trahit avec désinvolture le mandat qu'il avait reçu, « se troublant à tous coups, dit d'Aubigné, pour ce qu'au lieu de répondre aux poincts desquels il estoit chargé, il rendit le tiers estât (contre sa volonté) instigateur et solliciteur de la guerre » *. Il ne parla pas non plus des élections ecclésiastiques et judiciaires, au mépris de ses instructions. Bref, ce fut une véritable trahison. Elle ne profitait guère au roi que les trois ordres payaient simultanément de rhétorique, sans prendre aucun engagement pécuniaire. La fin de janvier se passa au milieu des négociations. Henri III, déconcerté, furieux, recevait de toutes mains des plans
1. L*EsTOiLE écrit, de son côté, après avoir constaté le succès des orateurs de la noblesse et du clergé et l'insuccès de Versoris : « Les deux premiers dirent bien et au contentement de chacun. Versoris fut long et ennuieus, et, pour dire en un mot, ne dit rien qui vaille et mescontenta grands et petits, combien qu'il fust exercé à bien dire, estans un des premiers et mieux nommés avocas plaidans ordinairement au barreau du Parlement de Paris. » T. I, p. 166.
Les protestants chansonnèrent :
Il a orél — El qui? — Ce mignon Venons, Procureur général des badaux de Paris.
Comment a-t-il oré ? D'une si bonne grâce Qu'il a outrepassé la montagne d'Horace^ En accouchant d'un vcr ayec une souris.
linaiiciers qu'il faisait présenter aux États par son frère et par les grands dignitaires de la couronne. Le 30, on finit par tirer du clergé la promesse d'entretenir cinq mille hommes, et de la noblesse rengagement de servir gratuitement pendant six mois. Quant au tiers, il se vengea de l'humiliation infligée h son représentant lors de la séance solennelle, en refusant tout subside. Dans la séance particuliëro qu*il tint le 28 janvier, le tiers resta sourd aux objurgations du président Luillier, qui « exhorta la compagnie à faire son devoir de subvenir à Sa Majesté. A l'unanimité, le nouveau système d'impôts présenté par le roi fut rejeté, ainsi qu'une demande de deux millions pour les frais de la guerre. Sur l'ordre du roi, transmis par le duc d'Alençon, le tiers remit en délibération, le 31 janvier, les vœux du souverain et donna mission au président Luillier d'aller au château le lendemain 1«' février pour notifier au roi le refus formel du troisième ordre. Le prévôt des marchands ainsi que Versons se trouvaient acculés dans une impasse. Ils avaient poussé leurs collègues à recommander à la cour une politique belliqueuse, et cependant ils défendaient avec acharnement — comme c'était d'ailleurs leur devoir — le trésor des rentes de l'Hôtel de Ville, sérieusement menacé par les convoitises royales *. Luillier et ses collègues parisiens comprenaient fort bien que si le tiers refusait tout subside, le roi, dans un mouvement de colère ou sous l'impulsion de la nécessité, pourrait bien plonger la main dans la caisse municipale. Cependant le prévôt des marchands fut obligé d'exécuter les volontés du tiers et de les exposer lui-même à Henri HL Comédien habile, le roi écouta sans
1. « Pour ce que ceux de la maison de Ville de Paris (quelquefois les plus eschaulTcz à la guerre) estoyent les plus froids & l'octroi, on mit un billet avant jour à la salle du tiers estât, portant ces mots : Messieurs de Paris qui escbauffez tout le monde à la guerre et les retardez pour les finances, sachez qu'on arrestera les rentes de votre Maison de Ville, qui sont 3 132000 livres par chacun an. » D'Avbigné, Hist, univ., col. 860.
perdre son sang-froid la notification du refus du tiers état, et, affectant la surprise, se contenta de répéter que le tiers se réunirait encore une fois pour octroyer les deux millions.
Il y eut donc une nouvelle séance le 2 février. Les députés de Paris insistèrent avec vivacité auprès de leurs collègues pour les déterminer à ne pas maintenir leur refus de subsides S mais Bodin opposa les intérêts du royaume aux intérêts particuliers de la Ville de Paris, et décida l'assemblée à sacrifier la capitale. Versoris et ses collègues parisiens étaient définitivement vaincus. Le dépit qu'ils ressentirent en comprenant que l'influence de Bodin triomphait, leur fit prendre la résolution de quitter Blois et de cesser de paraître aux États '. Nous suivrons à Paris le prévôt des marchands, car l'histoire des États généraux intéresse plutôt la France que Paris, et si nous avons insisté autant sur les États de 1576-1577, c'est à cause du rôle considérable, quoique peu glorieux, qu'y jouèrent les députés parisiens •.
Les États de Blois avaient eu un dénouement tout con-
1. l\ est à croire qu'en dehors des intérêts généraux de Paris et de la caisse municipale, le prévôt des marchands et ses collègues de la députation parisienne avaient en vue leur intérêt personnel, lorsqu'ils plaidaient ainsi pour le roi. Henri HI avait certainement essayé de les corrompre, soit à prix d'or, soit en faisant appel & leur vanité. L*ordonnance de janvier 1577 conféra la noblesse héréditaire à tous ceux qui avaient exercé les fonctions de prévôt des marchands ou d'échevin depuis Tavënement de Henri H. On trouve le texte complet de l'ordonnance dont il s'agit, sur laquelle nous reviendrons, dans le recueil des Ordonnances royaux sur le faict et jtirisdiction de la prévosté des marchands et eschevinage de la Ville de Paris. Édit. de 1644, p. 240.
2. C'est ce que constate le journal de Bodin, sous la date du 2 février.
3. Le roi licencia les députés de la noblesse et du tiers état le i^* mars 1577, et le 2 ceux du clergé. Les cahiers avaient été présentés le 9 février. Ils demandaient, comme ceux de 1560-1561, la périodicité des États généraux et provinciaux, et la restauration des libertés municipales. Aucune concession n'avait été faite au roi en matière de finances. Lorsque le tiers fit annoncer au roi le vote qui refusait de consentir un subside de 2 millions et l'aliénation d'une partie du domaine royal, Henri HI « en fut si marry que Ton vit quasi les larmes lui couler des yeux, quand on lui fit entendre cette opiniâtreté. -> Ils ne me veulent secourir du leur, disait-il, ni me permettre que je m'aide du mien, voilà une trop énorme cruauté. » Guillaumr DE Taix, 22 février 1577, pièce n* 42, p. 376.
traire à celui qu'en alicndaieni les organisateurs de la Ligue. Après l'attitude belliqueuse des premiers jours, les États avaient singulièrement atténué leur zèle catholique, et dès qu'il s'était agi de traduire les paroles en actes, ils étaient devenus résolument pacifiques, déjouant ainsi la manœuvre du roi, qui n'affectait d'être favorable à une reprise de la guerre civile que pour obtenir de l'argent. Une fois cette conviction acquise que les États généraux refusaient tout subside, Henri III avait prêté l'oreille aux ouvertures conciliantes du roi de Navarre et du maréchal de Damville. D'autre part, les révélations de l'ambassadeur de France à Madrid sur les véritables visées de la Ligue inspiraient au souverain de salutaires réflexions. Mais il n'osait rompre encore avec la terrible association. En quittant Blois, Nicolas Luillier, prévôt des marchands de Paris, avait emporté un ordre royal de faire signer l'acte d'union par les habitants de la capitale K Mathieu de la Bruyère, lieutenant particulier, fut chargé de l'exécution de cet ordre, dont les ligueurs comptaient se servir au profit de leur cause. Quant à Henri III, il ne cherchait évidemment qu'à tirer de la Ville de Paris ce que la France, par la voix des États généraux, lui avait refusé. Sa correspondance avec la Ville ne laisse place à aucun doute. Dans une lettre datée du 4 mars 1577, il rappelle d'abord qu'il avait assemblé les États généraux du royaume pour (( parvenir au repos, union et concorde de tous ses sujets... mais que les députés, suivant la charge h eux donnée parleurs provinces... l'ont requis de ne permettre aultre exercice que la religion catholique, apostolique et romaine ». Les protestants se sont révoltés de nouveau; ils ont pris plusieurs villes, tué et pillé les sujets catholiques et bravé l'autorité royale. Aussi convient-il de