Jacques Perdrier, sieur de la Barre, secrétaire du roi
accordez au roy pour les fraiz de son voyage en Pologne * ». Voici, en termes plus clairs, ce qui donnait lieu au procès. Pour recouvrer la somme votée par rassemblée générale du 6 août 1573, des rôles avaient été dressés par les soins de la municipalité avec indication de la cotisation due par chaque contribuable; mais, par suite des réclamations des princes, princesses et de tous les officiers du roi ou des reines qui se prétendaient dispensés de Timpôt, on s'aperçut que les retranchements opérés sur les rôles correspondraient à un bon tiers de la somme à lever. Une nouvelle assemblée du Bureau avait donc eu lieu le 26 novembre 1573, et, aux termes de la délibération qui fut prise, on refit les rôles, en portant le taux des cotisations de 20 à 30 livres. Quant aux rôles primitifs, les magistrats municipaux ne se préoccupèrent pas d'en assurer la conservation; mais, lorsque la Chambre des comptes examina les relevés de la perception des cotisations de 1573, elle enjoignit aux magistrats que nous avons nommés et qui étaient sortis de charge, de représenter les rôles primitifs, sous peine de 500 livres d'amende. Cette première condamnation fut exécutée et le produit, versé entre les mains du trésorier du roi, servit « au payement de Pierre Simon, mercier ». Ce n'était pas fini : la Chambre des comptes revint à la charge et adressa à Tex-prévôt, Le Charron, et aux anciens échevins ses collègues, une seconde sommation d'avoir à représenter les rôles dans un délai de quinze jours, sous peine de subir une nouvelle amende de 2000 livres parisis qui recevrait la même affectation que la première amende de 500 livres. Ainsi persécutés,
1. Rbg. h, 1788, f« 55. Nous avons parlé ailleurs de rassemblée générale du 6 août 1573, dans laquelle les représentants des contribuables parisiens avaient voté 150,000 livres destinées aux frais de voyage du roi de Pologne, et nous avons signalé la décision municipale du 4 septembre de la même année, fixant le mode de répartition de la taxe mise sur les bourgeois, manans et babitans de la ville. Voy. Hist. mun., p. 647 et la note 2.
Le Charron et les quatre autres inculpés se bornèrent à répondre qu'ils ne savaient pas ce qu'étaient devenus les rôles, « qu'ils pourr oient bien avoir esté brûlez et rompus, comme ilz le debvoient estre selon la coustume et statuz de ladicte ville ». Au surplus, les inculpés déclinaient formellement la compétence de la Chambre des comptes et « soutenoient qu'ilz n'avoient à rendre compte de leurs actions ès-dictes charges et ce qui en deppend que au roy ou par devant MM. de la Grande chambre de la Court de Parlement ». L'assemblée du Bureau décida que Le Charron et les anciens échevins feraient appel devant le Parlement de l'arrêt de la Chambre des comptes, et que « ladicte ville seroit joincte avec lesdictz sieurs anciens prévost des marchans et eschevins appelans, pour avec eulx soustenir ledict appel ».
Les sommes assez considérables que le roi avait obtenues des corps municipaux ou tirées de la vente des offices avaient été, en partie, consacrées à la reprise de la guerre civile. Des deux corps organisés par la cour, l'un avait été placé sous les ordres du duc de Mayenne, ayant son quartier général à Saintes ; l'autre sous les ordres du duc d'Anjou, qui, dirigé par les ducs de Guise, d'Aumale et de Ncvers, alla mettre le siège devant La Charité, qu'occupaient les huguenots. La place capitula le 2 mai \ et, malgré les articles de la capitulation, « fut la ville pour la plupart pillée, dit l'Estoile, et plusieurs des habitans tués, ne pouvant Monsieur ni les autres seigneurs estans avec lui, retenir les soldats animés au sang et au butin ». Trouvant qu'il avait acquis assez de gloire. Monsieur laissa le commandement de l'armée au duc de Nevcrs et alla recevoir
1' Voy. le Discours du siège tenu devant La Charité^ ensefnble de la prise par Monsieur, frère du roy. Avec le nombre des morts tant d'une part que d'autre. Paris, J. de Lastre, 1577, in-8o. Pièce. Bibl. Nat., Lb 3*.
les compliments du roi et de la cour, qui se trouvaient alors à Blois. Il y eut un banquet magnifique, donné par Henri III, le 15 mai, au Plessis-les-Tours : les costumes des dames étaient des habits d'homme en soie verte, et, si Ton en croit la chronique, les tailleurs parisiens y gagnèrent plus de soixante mille livres. Puis Catherine donna un autre banquet à Chenonceau, et cette seconde fête revint, « à ce qu'on disoit, à plus de cent mil francs, qu'on leva comme par forme d'emprunt sur les plus aisés serviteurs du roy, et mesmes de quelques Italiens qui s'en sçeurent bien rembourser au double. En ce beau banquet, les dames les plus belles et honnestes de la cour, estant à moictié nues et aiant leurs cheveux espars comme espousées, furent employées à faire le service. » Ainsi s'égayaient Catherine et ses fils. Pour payer l'armée de Monsieur qui était descendue en Auvergne, on lui donna Issoire à piller, bien que les assiégés, qui avaient fait une héroïque résistance, s'en fussent remis à la miséricorde du duc d'Anjou K Tandis que Monsieur faisait succéder les spectacles sanglants aux spectacles voluptueux, le duc de Mayenne menait la campagne contre le prince de Condé et les Rochelois et prenait Brouage le 16 août. Enfin, conune pour achever la déroute de ses alliés, le maréchal de Damville, le chef des politiques, avait cédé aux séductions de sa femme qui revenait de Blois avec les plus brillantes promesses de la cour. Il s'était placé à la tète d'une armée royale, de concert avec le maréchal de Bellegarde, son ami et son surveillant secret, et avait mis le siège devant Montpellier.
C'est dans ces circonstances et au moment où les
i. De Tiiou, vu, p. 502. L'Ëstoile, après avoir cherché à excuser la cruauté des soldats catholiques en rappelant tous ceux des leurs qu'ils avaient perdus pendant le siège d'Issoire, ajoute : « Et fut monsieur et les seingneurs de sa compagnie assés empeschés à sauver l'honneur des femmes et des flUea. » (T. I, p. 190.)
affaires du parti catholique semblaient justifier le mot des protestants, qui appelaient Tannée 1577 ^ « Tannée des mauvaises nouvelles » ; — c'est dans ces circonstances que la paix fut signé à Bergerac le 17 septembre. Les protestants gardaient pour huit ans leurs places de sûreté, le roi payant une partie de la solde de leurs garnisons ; les protestants recevaient un certain nombre de sièges dans les chambres des parlements ; enfin la plupart des conditions de la paix de Monsieur étaient confirmées, avec une addition habile. Henri III, par une clause spéciale, cassait et annulait toutes les ligues, associations ou confréries, faites ou à faire, sous quelque prétexte que ce fût. Le coup atteignait non seulement les ligues protestantes avec les catholiques, mais encore et surtout la grande Ligue catholique et les Guises^ ses chefs. Des documents contemporains on peut conclure que le roi de Navarre, Condé et les Rochelois accueillirent la paix avec une satisfaction sincère '; tandis le peuple et spécialement le peuple parisien, travaillé par les agents ligueurs, ne fit preuve d'aucun enthousiasme. Le 8 octobre 1577, le cardinal de Bourbon, gouverneur de Paris, en présence de MM. d'Escars et de La Mothe-Fénelon, députés par Henri III pour faire vérifier Tédit de pacification par le Parlement, annonce au prévôt des marchands et aux échevins que le désir du roi est qu'on fasse « toutes les allégresses publicques, comme feuz et autres démonstrations et actes extérieurs de joye, et que, pour cest effect, lesdicts députez yront vers lès quatre heures du soir au Bureau de ladicte Ville ' ». Les magistrats municipaux protestèrent de leur obéissance aux ordres du roi et commandèrent un Te Deum au curé de
1. L'EsTOiLB, t. 1, p. 191. Henri III, par contre, avait baptisé Cheoonceau le château des BonnesSouvelles ,