‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 89 sur 314 · Hist, univ,, col · texte numérisé non relu

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sans influence sur Tattitude de la population parisienne, car le mépris témoigné à Henri III par les États provinciaux et la cour du roi de Navarre avait son contre-coup dans la capitale et favorisait le développement de la faction catholique. D'autres causes, plus directes, faillirent amener de graves désordres à Paris par suite du refus du clergé de payer ies rentes de THôtel de Ville. Il faut reconnaître que le roi avait singulièrement abusé de la bonne volonté du clergé, qui, ainsi qu'on Ta dit plus haut, avait pris depuis 1561 des engagements très lourds pour permettre d'arriver au rachat du domaine ; mais le roi ne rachetait rien avec les fonds ecclésiastiques, ou plutôt il aliénait immédiatement les portions rachetées. En 1580, si Ton en croit le Traité des finances de France^ le domaine royal, évalué à environ cinquante millions, était aliéné pour un capital de seize millions au plus : et l'auteur affirme que si le domaine avait été racheté et aifermé « il s'en trouveroit plus de quatre millions par chacun an, qui seroit pour entretenir magnifiquement la maison du roy et payer la pluspart des gages des officiers, sans toucher aux autres charges ordinaires et extraordinaires ' ». Tandis que le résultat des sacrifices consentis par le clergé demeurait ainsi négatif, le montant des décimes accordés au roi par les sjmdics s'était élevé dans la proportion du double depuis 1567; et les rentes de l'Hôtel de Ville placées sous la garantie du clergé, du chiffre de 630,000 livres, avaient fini par atteindre celui de 1,202,000. Le mécontentement croissant des ecclésiastiques avait forcé le roi à autoriser la réunion d'un synode à Melun (juin 1579) *. Il y avait une telle unani-

1. Traité des finances de France, de V institution d*iceUes, de leurs sortes et espèces, de ce à quoy elles sont destinées, des moiens d'en faire fondSy de les bien emploier et d*en faire réserve au àesoing. MDLXXX, p. 353. Voy. Arcb. cuinuBis, t. IX. Le fond de ce traité est tiré de la B^ublique de Jean Bodin.

2. D'après l'Estoiu, t. 1« p. 318, ce serait Henri IH qui aurait été le

mité dans Tordre ecclésiastique que les délibérations furent courtes. Arnaud de Pontac, évêque de Béziers, fut chargé d'adresser au roi de vives remontrances. Il s'acquitta de sa mission le 3 juillet ^ Dans un discours très énergique, il constata que vingt-huit évèchés étaient vacants et que des laïques en touchaient les revenus ; qu'il en était de même de la plupart des abbayes; qu'en plein Conseil du roi l'on avait adjugé un évèché à une femme, et que bientôt on verrait des laïques et des gens d'épée, parés du titre de commandeur, s'emparer des biens de l'Église. Encouragés par la faiblesse de Henri III, qui avait essayé d'éluder ces plaintes par des assurances vagues, les députés du clergé haussèrent le ton, et, dans une entrevue du 3 octobre, Nicolas l'Angelier, évêque de Saint-Brieuc , réclama la publication du concile de Trente (nécessaire, disait-il, pour l'extirpation de Fhérésie et le rétablissement de la discipline dans le royaume), l'abolition du Concordat passé entre François P* et Léon X, et la restitution aux chapitres du droit d'élire leurs abbés et leurs évêques. Cette fois, le roi perdit patience et répondit violemment aux évêques qu'ils n'étaient rien que par sa libéralité ; que les rois avaient toujours joui de la haute prérogative de nommer les prélats, et que si l'élection était remise aux chapitres, ils ne porteraient pas leurs suffrages sur les évêques actuels. Ainsi tancée dans la personne de ses délégués, l'assemblée du clergé ne s'occupa plus du roi et, dans la séance du iS octobre, vota une résolution portant

promoteur du synode en demandant aux députés du clergé a quinze cens mil Trancs pour le payement des arrérages des rentes de la Ville, dont il estait deu une année^ et aliénation de cinquante mil escus de rente de leur temporel. »

1. DeThou, t. VIII, p. 93. On peut encore consulter sur le synode de Melun : les mémoires de Claudb Haton, t. II. p. 980; collect. Dupuy à la Bibl. nat.,voI. 87, fol. 103; coll. Baluze (ibid.), vol. 5675 E. Édit sur les plaintes et remontrances de rassemblée de Melun (février 1580) dans Isambert, Recueil des anc. lois françaises, t. XIV, p. 564.

que le clergé avait suffisamment rempli les obligations que le contrat de Poissy lui avait imposées en 1561 et 1567, et qu'en conséquence Tordre ecclésiastique se considérait comme délié de tout engagement envers les bourgeois de la capitale. Le 11 décembre, la résolution dont il s'agit fut signifiée par huissier au prévôt des marchands et aux échevîns.

L'effet de cette signification fut immense à Paris. Chacun plaignait les veuves, les orphelins, les malheureux rentiers que la suppression des rentes sur l'Hôtel de Ville allait réduire à la misère. On faisait remarquer que les guerres de religion, qui étaient la vraie cause de la constitution des rentes, n'avaient été entreprises qu'à la sollicitation du clergé. Et cependant il était le premier à rompre des engagements sacrés qu'il avait garantis 1 L'agitation croissait d'heure en heure ; le peuple courait dans les rues comme si l'ennemi eût été aux portes; les boutiques se fermaient en hâte, et quelques exaltés criaient : aux armes! Était-on à la veille d'une révolution? Le légitime souci des intérêts matériels allait-il soulever des colères plus terribles encore que les explosions du fanatisme? Dans des circonstances aussi critiques, la municipalité parisienne prit une initiative très heureuse. Claude Daubray, prévôt des marchands, accompagné des échevins \ se rendit au Parlement. Le jour était déjà très avancé : néanmoins toutes les chambres s'assemblèrent, et, sur les réquisitions d'Augustin de Thou « remplaçant le procureur général, la cour rendit

1. Les deux écheviDs nommés le 17 août 1579 étaient Jean Gedoyn (46 voix) et Pierre Laisné, conseiller au Ghàtelet (36 voix). Celui qui venait après les élus n'avait obtenu que 24 voix. Reg. H, 1788, f« 232.

2. 11 s'agit ici non pas de Tauteur de VHistoire universelle (Jacques-Auguste, 1353-1617), qui avait été reçu conseiller clerc au Parlement en 1578, mais de son oncle Augustin, qui était avocat général depuis 1567, fut nommé président de chambre en 1585 et mourut en 1595. A l'époque où nous sommes, le Parlement était présidé par Christophe de Thou (1508-1582), père de l'historien et frère d'Augustin. l\ avait succédé, le 5 décembre 1562, à Gilles Le Maistre dans la charge de premier président et avait été

un arrêt ordonnant l'arrestation des évêques qui se trouvaient hors du ressort du Parlement, et prescrivant à tous les prélats présents à Paris de comparaître en personne pour répondre devant la cour aux réquisitions du procureur général. Cet arrêt sévère, presque violent, eut pour conséquences d'obliger les députés du clergé k continuer pendant dix ans encore le payement des décimes destinés aux rentes de l'Hôtel de Ville, et de prévenir une sédition qui pouvait être dangereuse.

Il y a lieu de croire cependant qu'une certaine agitation continua de régner dans Paris après l'arrêt du Parlement, car, à la fin de janvier 1580, le Bureau de la Ville prit de nombreuses mesures de police en vue d'assurer l'ordre. Les quartiniers, cinquanteniers et dizainiers firent de nombreuses visites dans « toutes les maisons et collèges et en apportèrent à l'Hôtel de Ville la description au vrai * » . On tint registre avec soin de tous les changements de domicile, de toutes les entrées et les sorties. Deux bourgeois notables furent placés à chaque porte pour observer les passants. Un autre mandement, en date du 30 janvier, « fit defiencc à tous les portiers de ladicte ville de s'enlremectre aulcunement de l'ouverture et fermeture desdictes portes, sinon en la présence des cinquanteniers et dixainiers de leurs quartiers, qui leur en bailleront les clefs pour ce faire le mattin et le soir. Et, après les dictes ouvertures et fermetures faictes par lesdictz portiers de leurs portes, remettre incontinant les clefz desdictes portes es mains desdictz cinquanteniers et dixainiers, pour les rapporter et remettre aussy tost en celles des quarteniers de

prévôt des marchands de 1552 & 1553. Nous verrons plus tard qu'Augustin <ile Thou, Tavocat général, remplira aussi les fonctions de prévôt des marchands en 1580-1581. Il était utile de ne pas confondre les différents membres de la grande famille parlementaire et parisienne des de Thou, trois d'entre eux siégeant en même temps au Parlement. 1. Rbo. h, 1788, f 245.

leurs quartiers qui en ont la charge ^ ». Enfin il fut interdit aux quartiniers d'ouvrir ou faire ouvrir les portes la nuit^ sans le conuuandement et en dehors de la présence de Tun des membres du Bureau delà Ville. On ne s^étonne pas de ces précautions quand on lit les procès-verbaux des assemblées municipales de janvier 1580 qui démontrent qu'à cetteépoque le clergé n'avait pas payé le quartier des rentes. Une assemblée fut encore tenue le 19 février d'une part pour statuer sur un projet de revision de la coutume de la prévôté et vicomte de Paris, et, d'autre part, « pour adviser et conclure ensemble sur les grandz deniers deubz par le clergé de France à la Ville * ». Le clergé finit cependant par céder aux instances de Henri III et aux plaintes menaçantes des Parisiens. Il s'engagea à verser 1,300,000 livres par an, tout en exprimant un vœu platonique en faveur du rétablissement des élections ecclésiastiques et de la suppression des bénéficiers laïques.

A peine délivré des inquiétudes soulevées par la question des rentes de la Ville et des subventions du clergé,. Henri III reprit son existence fastueuse et frivole. Le 1^^ janvier 1580, il tint une séance solennelle des commandeurs et chevaliers du Saint-Esprit en l'église des Augustins '. Le 26, le cardinal de Birague donna une

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