Voy. sur Augustin de Thou la note 2 de la page
3. L'autre échevin fut Nicolas Bourgeois (40 sufTrages). Rto. H, 1788, fo 256. Aux élections du 17 août 1581, pour la nomination de deux échevins nouveaux, le roi confirma sans difficulté les résultats du scrutin et reçut le serment des deux candidats qui avaient réuni le plus de voix : Jehan Poussepin, conseiller au Châtelet, et Denis Mamyneau, auditeur des comptes.
4. Au nord, le prince de Condé s'était emparé de la place de La Fëre (29 novembre 1579), qui ne fut rendue aux troupes royales que le 12 septembre 1580. Dans le midi, le roi de Navarre poursuivait avec héroïsme
que de la peste et de la coqueluche , dont les ravages décimaient les habitants de la capitale. La peste fit son apparition au mois de mars. <( En ce^temps, dit TËstoile, y a commencement de peste h Paris. De fait, sont, par arrest de la cour de Paris, faites défenses à toutes personnes de vendre meubles aux places publiques, ni aux maisons privées. Courent force rougeoles et petites véroles, mesme aux grandes personnes, jusques aux vieillards qui s'en trouvent atteints. Ad viennent aussi plusieurs morts subites. » Comme il arrive d'ordinaire dans les temps de malaise social, on n'entend parler que de crimes étranges. Le 6 avril, en vertu d'un jugement du grand prévôt de France, on exécuta devant l'hôtel de Bourbon un sieur la Valette, parent du premier président de la cour de Toulouse et qui faisait métier d'empoisonneur. Malgré les démarches tentées en sa faveur par plusieurs membres du Conseil privé, la peine ne fut pas commuée et il fut « pendu aveq sa robbe longue, pour faire paroistre qu'il estoit homme de droit ». Le 6 mai, autre exécution au même lieu. Gourreau, prévôt des maréchaux d'Angers, convaincu de plusieurs « assassinats, voleries et concussions en l'exercice de son estât », sur la poursuite de Pierre Erraud, lieutenant criminel à Angers, qu'il avait voulu faire tuer à Paris, fut étranglé et pendu. La nature elle-même semblait en proie aux convulsions. Il y eut, le 6 avril, un tremblement de terre, qui fut très violent à Calais, à Boulogne, à Château-Thierry et dont Paris ressentit aussi les atteintes *. A la cour, les querelles, les divisions régnent plus que jamais. Le duc de Nevers et le duc de Montpensier pen-
une guerre sans objet et enlevait Gahors le 29 mai 1580 au lieutenant du roi de France, le brave Vezins. 11 y eut là un homérique combat de rues qui dura quatre jours et quatre nuits. Voy. d'Aubion6, Hist. univ.y col. 996. 1. Voy. sur ce tremblement de terre Claude Haton, t. 2, p. 1012; l'Es- TOiLB, t. I, p. 357. Le 8 avril 1579, il y avait eu à Paris un autre désastre. La Bièvre avait débordé pendant la nuit et inondé le faubourg Saint-Marcel. Il y eut vingt-cinq morts. Voy. ârchiv. cur., t. IX, p. 303.
sent en venir aux mains ^ Tandis que messire Baptiste do Gondi, parent du maréchal de Retz et de Tévêque de Paris, meurt à quatre-vingts ans, laissant une fortune de 400,000 écus, lui qui était venu sans un sol d Italie en Franco *, Henri III, afin de se procurer de Targent, en était réduit à demander 500 écus à chacun des vingt-six procureurs de la Chambre des comptes de Paris pour les ériger en officiers du roi. Cela devait donner 13,000 écus que le prince avait promis k son mignon la Valette ; mais les procureurs répondirent qu'ils résigneraient leurs charges plutôt que de subir cette exaction; et, de fait, ils cessèrent leurs fonctions, si bien que, la Chambre des comptes ayant chômé quelque temps, le roi dut rappeler les procureurs et renoncer au 13,000 écus. Il s'en consola eu ordonnant par lettres patentes (du mois de juin) que les biens de tous les huguenots absents et portant les armes contre Sa Majesté seraient saisis. C'était un surcroit de besogne pour les quartiniers, chargés des recherches, et pour tous les officiers municipaux, qu'absorbaient déjà les soins à prendre contre la double contagion dont souffrait la capitale. Du 2 au 8 juin, la coqueluche ' avait atteint dix mille personnes, entre autres le roi, le duc de Mercœur, le duc de Guise et M. d'O. Etrange maladie,
1. VojT. dsDS DB Thou, t. VIII, p. 402, les motifs de cette querelle.
2. Gondi 8*4tail enrichi en prêtant « ses deniers à la Florentine •, et en prenant des impôts en ferme. On lui érigea dans Téglise des Augustins (chapelle des Florentios) un superbe mausolée.
3. Voy. Claudb Hatoh» t. II, p. 1013; l^Estoilb, 1. 1, p. 361 et 364, et Copie (Vune missive envoyée de Paris à Lyon par un quidam à son bon amy, eic, Lyon, 1580; Akch. cur., t. IX, p. 320. De Thou, t. VIII, p. 400, fait une description précise de la maladie : « Elle attaquoit d'abord le bas de Tépine du dos, par un frisson suivi d'une pesanteur de tête et d'une faiblesse de tous les membres, jointe à un grand mal de poitrine, et si, le quatriesme jour ou cinquième jour, les malades n'étoient pas guéris, la maladie dégénéroit en fièvre, qui les emportoit presque toujours. > L'historien ajoute cette réflexion, peu flatteuse pour les médecins du temps, que ceux qui négligèrent le mal s'en trouvèrent fort bien, au lieu que ceux qui furent purgés ou saignés périrent presque tous. Voy. aussi Félibibn. t. II, p. 1142.
qui commençait par un mal de tète et d'estomac, puis s'étendait à tout le corps et n'était, à vrai dire, qu'une sorte de choléra : Claude Haton nous apprend que parmi les personnes atteintes du fléau « la plus grande partie morut par ung cours de ventre ». La contagion, qui dura jusqu'à la fin de Tannée \ enleva, d'après l'Estoile environ trente mille personnes, d'après de Thou quarante mille, d'après Claude Haton plus de soixante mille, enfin d'après la lettre du « Quidam à son bon amy » de cent vingt mille à cent quarante mille.
A la coqueluche succéda la peste, qui n'exerça pas moins de ravages. Tous les riches fuyaient Paris. « Bien peu de gens ayant moyens de se traicter y sont demourez )>, écrit le quidam. Les malheureux allaient se réfugier à l'Hôtel-Dieu, mais la place manqua bien vite : alors on dressa des tentes dans les faubourgs de Montmartre, Saint-Marceau, Montfaucon, Yaugirard et dans la plaine de Grenelle, où Ton b&tit également un nouvel hôpital. Les étrangers, « les forains », abandonnèrent Paris six mois
1. Il résulte des registres que la sanlé publique resta mauvaise jusque vers la fin de 1583. Henri III pensait que le meilleur procédé curatif était qne belle procession. À la date du 5 octobre 1583, il adressa au prévôt des marchands et à ses collègues la lettre ci-dessous :
« Db pae lb roy. Très chers et bien amez, voians que la contagion continue en quelques endroictz de ceste ville, et aussi l'indisposition du temps pour les pluyes qui ont journellement cours, qui ne nous peult faire espérer que une charte de tous vivres, Nous avons advisé qu'il ne se peult rien faire de mieux que d*avoir recours à la bonté de Dieu, et de regarder de l'implorer par prières et oraisons publiques, ad ce qu'il luy plaise, en appaisant son ire, impartir ce qui est nécessaire tant pour la santé des corps que pour l'accroissement et conservation des fruicU de la terre; qui fait que nous voulions et vous mandons que vous aîez avec les procureur, recepveur, greffier, conseillers, quarteniers, notables bourgeois de chacun quartier de nostre bonne ville de Paris et autres officiers d'icelle que adviserex, à faire une procession de la paroisse de l'hostel de ladicte ville, qui est l'église Saint- Jehan en Grève, en Téglise Madame Saincte-Geneviefve, avec la dignité et révérence requise, ainsi que vous avez accoustumé de faire par cy-devant, lorsque semblables dévotions se font en l'honneur de Dieu et invocation de son sainct nom. A quoy vous ne ferez faulte. Donné À Sainct-Germain-en-Laie, le cinquiesme octobre 1583. Ainsi signé Henry, et plus bas Pinait. » Rso. H, 1788, f» 349.
durant, « de façon, dît TEstoile, que pauvres artizans et manœuvres crioient à la faim; et jouoit-on aux quilles sur le pont Notre-Dame et en plusieurs autres rues de Paris, mesmes dans la grande salle du Palais ». De grandes troupes d'écoliers, de clercs de justice, de commis de marchands couraient les chemins pour retourner dans leur pays d*origine, semant la peste à vingt lieues à la ronde. « Et qui estoit une chose fort à déplorer, s'écrie Claude Haton, estoit que plusieurs mouroient sur les chemins, sans aulcunement estre secouruz en leurs nécessitez; et k grand peine trouvoit-on qui les volust enterrer, encores qu'ils fussent bien hahillez et fournis d'argent sur eux. » Dans ces tristes circonstances, les hautes classes ne donnèrent pas, l'exemple du courage. Au dire de tous les historiens contemporains, les magistrats quittèrent leurs sièges; les procureurs, les avocats désertèrent le Palais et les marchands leurs boutiques pour gagner leurs maisons des champs. Profitant de cette désertion, les voleurs couraient toutes les nuits par la ville et pillaient les plus riches demeures. On pouvait craindre les plus graves désordres. Le roi tout d'abord avait fait mine de braver le péril. De son château de Saint-Maur-les-Fossés il venait souvent à Paris. Il lança un édit pour forcer les Parisiens à rentrer dans la Yille, sous menace de mettre des gamisaires dans leurs maisons. Lui-même, il vint tenir séance dans la chambre dorée, au Palais, pour homologuer quelques édits : sa ferme attitude tenait un peu à ce que les médecins lui avaient dit qu'il ne pouvait être atteint du fléau, par suite d'autres maladies dont il était affligé ; mais, voyant la contagion faire chaque jour des progrès, le roi gagna Blois précipitanunent et avec peu de suite. Ce fut encore la municipalité parisienne qui fit la meilleure contenance au milieu du désarroi général. Augustin de Thou, le nouveau prévôt des marchands, et son frère Christophe de
Thou, premier président du Parlement, prirent, de concert avec le prévôt de Paris, toutes les mesures nécessaires et organisèrent à la Chancellerie une sorte de commission d'hygiène publique *. Ils créèrent un officier qu'on appela prévôt de la santé et qui reçut la mission de rechercher les pestiférés dans tous les quartiers et de les faire porter à THôtel-Dieu, s'ils n'avaient pas le moyen de se soigner à domicile. Mais ce qui produisit plus d'effet encore que toutes les mesures administratives, ce fut la ferme attitude du premier président, qui se promenait tous les jours en carrosse dans les rues pour rassurer le peuple et résista aux instances des siens, notamment de son frère l'évêque de Chartres, dont les lettres le pressaient d'abandonner la capitale. Beaucoup de médecins se dévouèrent aussi, entre autres Malvédi, professeur royal; mais, pour retenir les compagnons barbiers et chirurgiens, il fallut leur promettre de les recevoir maîtres,, s'ils échappaient à la contagion. Enfin, le 19 novembre, comme si tous les fléaux se fussent conjurés pour fondre à la fois sur Paris, le feu consuma la magnifique église des Cordeliers, et l'on eut grand'peine à préserver le couvent. Il y eut des fanatiques pour accuser les protestants d'avoir allumé l'incendie; mais la cause première du désastre n'était qu'un moine novice qui, ayant trop bu, s'était endormi sous le jubé et avait laissé un cierge allumé tout près de la boiserie *. Ce pauvre Paris devenait triste, et le roi s'ennuyait. Il
1. A la date du vendredi 6 mai 1583, la Grand'chambre du Parlement et la Tournelle assemblées, après avoir ouT le procureur général du roi et le lieutenant civil de la prévôté de Paris, ordonne que « un jour de la semaine de relevée, par tour et par ordre, un de messieurs les présidents et trois conseillers, dont Tun sera d'église, feront assembler en la salle Saint-Louys le procureur général du roy ou Tun des advocats dudict seigneur, le lieutenant civil de la prévosté de Paris, le prévost des marchands ou Fun des eschevins de la Ville, aucuns des dignitez (sic) des chapitres et communautez, aucuns des gouverneurs de THostel-Dieu et des bourgeois de cette ville, pour adviser ce qu'ils verront estre nécessaire pour éviter à la contagion... » Extrait des reg, du Parlement, Féub., Preuves, t. HI, p. 16.