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Si les fêtes s'arrêtèrent par ce motif, comme dit Fénelou dans certaine fable, que la satiété entraîne le dégoût, il n'en fut pas de même pour les demandes d'argent adressées par le roi à son bon peuple et spécialement à la Ville de Paris. Par lettres du 20 janvier 4582, Henri III déclara au prévôt des marchands qu'il avait besoin d'une somme de 100,000 écus * pour payer les pensions dues aux cantons suisses et pour ainsi conserver leur alliance, que l'Espagne s'efforçait d'enlever à la France. On était en retard de 500,000 à 600,000 écus, et les cantons suisses réclamaient impérieusement l'arriéré. Vainement le roi prétendait qu'il n'avait pas d'argent; les ambassadeurs n'en faisaient que rire, en rappelant les l,200y000 écus dépensés aux noces de Joyeuse, et ajoutaient que si le monarque avait trouvé de l'argent pour suffire à de pareilles prodigalités, il en trouverait bien encore pour les affaires sérieuses. Il fallait donc s'exécuter ou tout au moins en avoir l'air. Ainsi Henri III s'adressa-t-il à sa bonne ville, et, avec son ironie habituelle, il déclara que depuis quelques années il avait fait des levées extraordinaires sur ses sujets de toutes les villes et élections, « sans que sa Ville de Paris ayt été
1. D'après l'ordonnance royale enregistrée au Parlement le 18 novembre 1577, et & la cour des Monnaies le 20 novembre suivant, Técu sol valait tt soixante solz tournois », l'écu couronne valait cinquante-neuf sols tournois; <i l'écu viel » valait un écu et douze sols tournois; le double Henri valait treize escus sol. Quant aux monxiaies d'or espagnoles, le vieux ducat double d'Espagne valait deux escus sol et un quinzième ; l'écu simple d'Espagne, dit pistolet, volait cinquante-huit sols tournois. Citons également la valeur de quelques monnaies d'argent : le franc d'argent valait un tiers d*écu ou vingt sols tournois. Il fallait donc trois francs d'argent pour avoir l'équivalent d'un escu sol. I<e tes ton aux armes de France valait quatorze sols six deniers tournois. Les pièces de quatre réalles d'Espagne valaient un Uers d'écu ou vingt sols tournois; le double réalle d'Espagne valait dix sols tournois ; le simple réalle d'Espagne valait cinq sols tournois. On peut consulter, sur la valeur des monnaies françaises et étrangères au xvi« siècle, le Recueil des ordonnances, édicts, déclaraiions, etc., des monnayes d^or et d'argent et autres espèces tant de France qu*estrangêres, Paris, 1 vol. in-5«, chez Pierre Charpentier, contre l'horloge du Palais, 1633,
aulcunement comprise es dictes levées, pour l'avoir toujours eu en si singulière recommandation et voulu icelle réserver pour nous servir et en tirer secours en l'extrême et très urgente nécessité ' ». Une assemblée du Bureau eut lieu le 23 février, et la municipalité prit la délibération suivante : « Ouverture du Bureau de la Ville sera fàicte pour le recouvrement de la somme de 50,000 écuz pour le paiement desdictz Suisses, pourveu que ce soit de gré à gFé et sans aulcune contraincte pour ceulx ausquelz sera constitué rente se paier des arréraiges d'icelle des deniers de l'assignation particulliëre qui sera baillée par le roy et sans icelle confondre * ». Au moyen de cette émission de rentes, le roi put combler de présents les ambassadeurs suisses et les renvoyer dans leur pays pleins de zèle pour la France. Ils revinrent au mois de novembre avec mandat de renouveler l'alliance. C'était un succès pour la politique française, car le roi d'Espagne n'avait pu ébranler la fidélité des cantons suisses par les offres les plus brillantes. Aussi donna-t-on le plus grand éclat à la réception des ambassadeurs suisses. Par lettres du 26 novembre 1S82, le roi prescrivit au prévôt des marchands et à ses collègues d'aller au-devant des ambassadeurs suisses et de leur faire des présents. Le 28, tout le corps de Ville, prévôt, échevins, receveur, greffiers, conseillers, quartîniers, sergents, archers, arbalétriers et arquebusiers, en grand costume d'apparat, reçurent les ambassadeurs à la porte Saint- Antoine. « Au nom des trois estats de la capitalle du royaume », le prévôt des marchands adressa aux étrangers une harangue que les registres ont conservée. Puis le cortège se reforma et conduisit les Suisses jusqu'au logis qui leur était destiné « rue Saint-Denis et ès-en virons ». Une visite officielle fut faite le lendemain