‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 94 sur 314 · Ibid.y fol · texte numérisé non relu

Ibid.y fol

aux ambassadeurs par les officiers municipaux, qui leur offrirent, au nom de la Ville, « grande quantité d'hypocras blanc et clairet avec plusieurs flambeaux de cire ». Et tant que les Suisses demeurèrent à Paris « leur fut encores présenté chacun matin grand nombre de bouteilles de vin viel et nouveau ypocras, dragées et pastez de Jambons de Mayence * ». La ville n'en fut pas quitte pour cela avec la députation helvétique. Le 2 décembre, il fallut assister, dans l'église Notre-Dame, au service solennel dans lequel les ambassadeurs « fcirent le serment en tel cas accoustumé ès-mains de monseigneur le cardinal de Birague, d'entretenir ladicte aliance et confédération ». Le même jour, à trois heures, il y eut Te Deum, procession et salut « pour prier Dieu de donner lignée au roy ' ». Devant l'Hôtel de

1. Rb6. h, 1788 bit, fol. 310. Ce registre H, 1788 bU, ne forme qu'un seul tome avec H, 1788. Il porte la mention suivante : Continuation du présent registre, commençant au jour de my-aoust, l'an mil P quatre vingt z deux pour les quatre années du magistrat de messire Estienne de Nully, chevalier seigneur dudict lieu, conseiller du roy en son conseil d'Estat, premier président en sa court des Aides à PatHs, Prévost des marchansde ladicte Ville.

2. Ibid., fol. 312. Henri III s'était déjà bien souvent adressé au ciel pour obtenir une progéniture qui devenait plus que problématique. En juin 1582, il avait fait, avec la reine, un voyage & Notre-Dame de Chartres, et avait laissé pour souvenir de sa visite une lampe d'argent du poids de quarante marcs, avec cinq cents livres de rente « pour la faire ardoir nuit et jour ». Pendant tout le cours de Tannée 1582, le roi fit dire des prières dans toutes les églises de Paris « à ce qu'il pleust à Dieu donner à sa femme lignée qui peust succéder à la couronne de France, dont il avoit singulier désir ». L'EsToiLE, t. Il, p. 95. — Les registres de la Ville mentionnent sous la date du 9 décembre 1582 une autre grande procession « pour la lignée du roi ». Tout le corps municipal y assista en costume d'apparat. Le roi et la reine accompagnèrent jusqu'à Notre-Dame la chftsse de sainte Geneviève et les reliques de la Sainte- Chapelle. Après une messe solennelle, dite dans la cathédrale, MM. de la Ville conduisirent « la châsse de Madame Sainte- Geneviève jusques au- devant de l'église Sainte-Geneviève des Ardans • ; puis les magistrats municipaux rentrèrent à l'Hôtel de Ville. Rbg. H, 1788 6t>, fol. 313. Le roi avait lui-même donné ses ordres au prévôt des marchands, en ce qui concerne cette procession. Le registre que nous venons de citer le constate en ces termes : « Cejourd'huy 26 novembre 1582, M. le premier président de NuUy (de la Cour des aides), prévôt des marchands, a déclairé au bureau de la Ville que, estant, le jour d'hier, à l'issue du disner du roy au Louvre, Sa Majesté luy auroit dict que, ayant toute ceste année qui expirera d'huy en huict jours, faict et faict faire par son peuple prières publiques à Dieu pour avoir lignée et les désirant continuer, lui avoit ordonné de faire entendre à Messieurs l'évesque de Paris, chappittre dudict

Tillcy un féu de joie fut allumé, une pièce de vin défoncée pour le peuple, et l'artillerie municipale tira plusieurs salves, en Thonneur de .la Suisse. Enfin, le lendemain, les échevins Jean Poussepin et Denis Mamyneau allèrent « quérir en coches » les ambassadeurs pour les conduire au grand festin donné en leur honneur à l'Hdtel de Ville. Pour la circonstance, on avait décoré de lierre le grand escalier de la maison commune. Dans la grand'salle, (c tapissée de deux haulteurs de fine tapisserie », eut lieu un festin digne du formidable appétit des descendants do Guillaume Tell; cependant, si l'on en croit la relation municipale, « toutes choses se passèrent en grande révérence et modestie ».

Quand il s'agissait d'un grand intérêt politique, tel que l'alliance avec les cantons catholiques de la Suisse, la municipalité parisienne donnait volontiers l'argent de la Ville ; mais, quand elle ne se trouvait plus en présence que du bon plaisir du prince, qui considérait le receveur municipal comme un caissier offert par le droit divin pour donner carrière à des caprices insensés et aux prodigalités les plus folles, alors les élus de Paris s'indignaient hautement et commençaient à tenir tête au roi. Nous avons dit plus haut à quelle orgie de dépenses avaient donné lieu le mariage du duc de Joyeuse et les fiançailles du duc d'Epemon. Il avait fallu ensuite garnir la bourse de ces brillants seigneurs, qui désiraient faire un voyage en Lorraine. A cet effet, le roi avait, en mars 1582, « prins des coffres de

lieu, abbé de Saincte-Geneviëve, Court de parlement et & MM. de ladicte Ville que Sa Majesté avoit adyisé faire procession généralle dimanche prochain, en laquelle il feroit porter les sainctes reliques, châsse de Madame Salncte-GeneTiève et aultres reliques des églises, et que ledict sieur roy y assistera en personne; et, pour ce, que chascun eust à soy y disposer et préparer. Depuis laquelle ordonnance, Sa Mi^esté auroit remis ladicte procession au dimanche neufviesme Jonr de décembre ensuivant. • Il y a sur ce point une légère erreur dans TËstoile, qui est ordinairement en concordance parfaite avec les Registres de la Ville. Il indique la procession générale sous la date du !•' décembre, t. II, page 95.

M* François de Vignî, receveur de l'Hostel de la Ville de Paris, cent mille escus pour les bailler aux ducs de Joieuse et d*Espernon, à chacun 40 mil escus ^ pour les frais de leur voiage en Lorraine où ils alloient voir les parens de leurs femmes. De quoi le peuple de Paris se scandaliza et murmura fort, voiant les paiemens des arrérages de leurs rentes retardés d'autant, et mesmes que le roy les avoit comme extorqués par force du receveur de Vigni, qui tascha, le plus qu'il peust, de ne les point bailler, s^excusant sur Timportunité et menasse du peuple, le pressant de leur paier les quartiers de leursdites rentes despeiça escheus. » Mais Henri III, loin de sentir l'opprobre de cette exaction violente, qui ressemblait à un vol, n'attendit pas longtemps pour tirer d'autres inventions fiscales de sa féconde imagination. En décembre 1582, il fit ordonner par son Conseil secret une taxe sur « tous les marchands de Paris, achetans et vendans du vin en gros », avec commandement pour chacun d'eux de payer sa cote dans les vingt-quatre heures, à peine de prison. Des taxes analogues, variant d'après les ressources présumées de chaque contribuable, avaient été imposées peu de temps auparavant sur les officiers des greniers à sel et sur tous ceux qui se mêlaient du commerce du sel. Au mois de janvier 1583, le roi, ayant payé aux Suisses une partie des arrérages échus de leurs pensions, voulut remplir ses cofifres, qui ressemblaient, à s'y méprendre, au tonneau des Danaïdes. Il réclama aux villes du royaume un don gratuit de 1,500,000 écus. Paris, pour sa part, était taxé à 200,000 livres que le roi demandait « pour ses urgens affaires ». Une assemblée générale eut lieu le 12 février à l'Hôtel de Ville, en présence de Villequier, gouverneur de Paris, et du cardinal de Bourbon, délégués du roi.

1. L'EsTOiLB semble ici laisser entendre que le roi arait gardé pour ea commission une somme de vingt mille écus, t. II, p. 61.

On décide « que remonstrances très humbles seront faictes à sa Majesté » ^

A la date du 16 février, les remontrances municipales étaient terminées « et baillées par escript, présens lesdictz sieurs eschevins, plusieurs conseillers de ladicte ville, bourgeois et aultres ». Le ton général de ces remontrances, très développées et dont les Registres donnent le texte complet, est surtout remarquable en ce que les membres de la municipalité parisienne ne parlent pas seulemcnt en leur nom personnel, mais au nom de toute la population et des grands corps de TËtat.

Une première raison, donnée par la Ville à l'appui de la demande d'exemption, c'est que Paris est une ville privilégiée entre toutes, à laquelle les rois ont de tout temps accordé de larges immunités. Il en a été de. même pour les capitales, aux différentes périodes de l'histoire des peuples '. A ce premier argument, qui ne dérive pas, il faut l'avouer, d'un sentiment bien élevé, et trahit un peu l'égoïsme des privilégiés, la municipalité parisienne en ajoute d'autres, plus sérieux; elle soutient que pas une des catégories de la population parisienne n'est en état de supporter de nouveaux sacrifices. Quelles sont ces catégories? Il y en a quatre : l'Église; les officiers du roi; les marchands; les artisans. Le clergé a déclaré dans l'assemblée générale de THôtel de Ville qu'il avait déjà payé deux décimes extraordinaires et qu'il avait promesse du roi de ne pas être compris dans la nouvelle taxation; les officiers^

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