Rbo. h, 1788 àU, fol
2. « Cela a esté efTectué par tous ceulx qai ont touIu establir graDdz royaumes et monarchies : le Soldan en Egypte avolt la ville d'Alexandrie; le Grand Seigneur a Constantin ople; le Vénitien à Venise; le sage et poli- Uque romain & sa ville de Romme, toutes lesquelles villes furent toujours exemptes de levées de deniers... » Spécialement, les rois de France, depuis Clovis, ont favorisé leur capitale et développé ses immunités. Il y a donc lieu de se plaindre, si le roi régnant n'imite pas ses prédécesseurs, et de constater avec regret que Paris soit maintenant « taxé et cottisé au rang de tontes les aultres villes ».
c'est-à-dire les fonctionnaires, affirment « qu*il leur est deu une bonne partie de leurs gages et depuis quelque temps l'exercice de la justice royale cesse ». Mais c*est surtout la classe des marchands et des bourgeois qui fait entendre les plainctes les plus amères *. La municipalité conclut en se plaignant hautement de la suspension dH payement des rentes sur l'Hôtel de Ville, suspension exclusivement imputable au roi, qui au début de Tannée 4582 a pris 100,000 écus dans la caisse municipale, et au clergé, qui ne paye plus les sommes assignées sur lui '.
Le prévôt des marchands, M. le président de Nully, remit les remontrances au roi, qui se contenta de répondre qu'il les verrait et les communiquerait à son Conseil; il enveloppa cette réponse de mille promesses de respecter les privilèges et franchises « de ses bons bourgeois de Paris »; mais, dans une communication écrite qui suivît de près la communication verbale, Henri HI fit savoir à la Ville qu'il voulait avoir les 200,000 livres, sans aucune réduction, et qu'on ne lui en parl&t plus. On pouvait faire d'ailleurs autant d'assemblées et de remon-
1. u La marchandise, Sire, est diminuée depuis quelques années des deux tiers, tant pour le peu de sûreté qui s'est trouvé, et en la mer et en la terre en Tostre royaume que es circom voisins, et pilleries et voUeries qui y sont faictes, au molen des guerres qui y sont survenues, que aussi les impositions que Ton y a mises de nouveau sur toutes sortes de marchandises, mesmes la douane en vostredicte Ville de Paris, qui sont cause de Textréme cherté de toutes marchandises, à la grande fouUe de vostre peuple, et d'avoir réduict plusieurs bons marchans & faire faillite et banqueroute. » On ne peut espérer tirer des artisans que « peu d'argent ou point du tout, et ce peu accompaigné de beaucoup de crieries et de murmures, et de peu ou poinct de respect ». Quant aux bourgeois, ceux qui ont « biens aux champs », ne touchent pas leurs fermages, parce que les fermiers sont fort accablés par les creues des tailles et pillés par les gens de guerre « au poiacl que les propriétaires sont obligés de remonter leurs pauvres fermiers de chevaulx, bestiaulx et toutes autres choses nécessaires pour leur labour ». On remarquera dans ce passage des remontrances Tallusion faite à Tédit du 20 mai 1581 instituant un bureau de douanes dans chaque ville du royaume.
2. Il y a certes quelque monotonie dans le renouvellement fréquent des remontrances municipales, mais on ne peut les passer sons silence, sans omettre l'une des causes principales de l'insurrection ligueuse, et cette cause est peu connue.
trances qu'on voudrait : c'est de quoi le prince ne s'inquiétait pas. Dans une assemblée générale du i"" mars 1583, le prévôt des marchands transmit à ses mandants les lettres royales. Sur quoi, l'assemblée décide « que Sa Majesté sera derechef suppliée très humblement de vouloir bien descharger ladicte Ville de ladicte somme de 200,000 livres, pour les causes à plain déclarées es dictes remonstrances ». Ce nouveau refus exaspéra le roi, qui alla derechef trouver de Vigny, le receveur municipal, et se fit remettre par force les 200,000 livres dont il avait besoin ^ La conséquence de cet acte de violence fut que ks quartiers de rente dont le receveur allait effectuer le payement restèrent encore en souffrance. On devine la colère et l'indignation des rentiers. Sous la pression de leurs plaintes, la municipalité parisienne tint de nombreuses assemblées pour aviser au moyen de remplacer les fonds détournés par le roi. Il fallut aussi résister à d'autres tentatives de Henri III, qui voulait forcer la Ville à recevoir « plusieurs de ses domaines et aydes » en échange de la ferme des impôts de Bretagne que des contrats authentiques avaient conférée à la Ville de Paris le 3 novembre 1582 '. Sur ce point, deux assemblées du Bureau (tenues le 5 juillet et le 6 sept. 1583) opposèrent un refus formel aux instances du roi et de la reine mère.
On eût dit que cette race des Valois prenait à tâche de soulever contre elle la conscience publique et s'abandonnait à « l'esprit d'étourdissement » dont parlait l'avocat David dans son mémoire '. Placé par le hasard des cir-