‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 96 sur 314 · RsG. H, 1788 bis, f- 330 et · texte numérisé non relu

RsG. H, 1788 bis, f- 330 et

3. « Il se voit à rœil que la race des Gapets est du tout abandonnée à sens réprouvé : ]es uns étant frappés d'un esprit d'étourdissement, gens stupides et de néant; les autres réprouvés de Dieu et des hommes, pour leur hérésie, proscrits et rejetés de la saincte communion ecclésiastique... >* MtM. DB LA ûouB. Édit. d'Amslcrdam, 1758, t. I, p. 3.

constances dans une des plus belles situations politiques qu'un prince pût rêver, le duc d'Anjou l'avait compromise par sa félonie criminelle. A un peuple qui l'accepte pour chef et lui prodigue les honneurs ^ il répond en essayant de l'asservir et occupe par surprise Dunkerque, Dixmude, Dendermonde et plusieurs autres places; mais Anvers rejette les soldats du traître, les habitants des Pays-Bas se lèvent en masse et réduisent le nouveau duc de Brabant à une fuite honteuse. Tandis que son frère rentre en France (juin 1583) et va ensevelir sa honte dans ses domaines do l'Oise et de la Marne, laissant le champ libre aux Espagnols du prince de Parme, Henri III descend aussi la pente de l'odieux et du ridicule. Il avait passé un joyeux carême, courant les rues, la nuit, en masque, avec ses mignons, faisant « mille insolences », dit l'Estoile, « allant rôder de maison en maison, voir les compagnies jusques à six heures du matin. » Tout cela entremêlé d'élans mystiques et de fondations pieuses. La création de la confrérie des pénitents de t Annonciation de Notre-Dame est du mois de mars 1583*; elle donna lieu à une procession solennelle (25 mars) dans laquelle le roi figura ainsi que les plus grands personnages du royaume, et reçut la pluie avec une résignation angélique. On chanta :

Après avoir pillé la France, Et tout son peuple despouillé, Est-ce pas belle pénitence De se couvrir d'un sac mouillé?

1. Le duc d^Ânjou avait été proclamé duc de Brabant à Anvers le 19 février 1582, & son arrivée d'Angleterre, où Elisabeth l'avait publiquement traité comme son fiancé. Le prince d'Orange l'avait mené faire son entrée, comme comte de Flandre, à Bruges et à Gand.

2. Voy. les statuts de la congrégation : Abch. cur., t. X, l'» série, p. 434. Le costume des confrères se composait d'un long sac en toile de Hollande, avec un capuchon pointu qui couvrait la face, sans autre ouverture que deux trous pour les yeux. Les art. 7 à 17 établissent un tarif de pénitences pour les péchés de toute nature.

L'édification du peuple était plus que douteuse : le clergé lui-même raillait cruellement les pénitents de cour et leur chef. A part le jésuite Auger, confesseur du roi, qui avait poussé son maître à introduire à Paris les momeries d'Avignon, les moines, les prédicateurs en vogue tonnaient du haut de la chaire contre la nouvelle confrérie. Maurice Poucet \ moine bénédictin de Melun, puis curé de Saint- Pierre des Arcis, prêchait le carême à Notre-Dame en mars 1583. C'était un homme instruit, mais d'une éloquence mordante et souvent ^grossière, qui plaisait infiniment au peuple, il cribla de sarcasmes les pénitents de l'Annonciation, qu'il appelait « la Confrérie des hypocrites et atheïstes ». Puis, il révélait, dans les termes suivants que rapporte l'Es toile, la suite des rites de la sainte association : « J'ay esté adverti de bon lieu, qu'hier au soir (qui estoit le vendredi de leur procession), la broche tournoit pour le soupper de ces bons pénitents, et qu'après avoir mangé le gras chappon, ils eurent pour leur collation de nuit le petit tendron qu'on leur tenoit.tout prest. Ah! malheureux, vous vous mocquez donc de Dieu sous le masque... » Le roi fit conduire Poucet à Melun dans l'abbaye de Saint -Père par le chevalier du guet. Avant le départ du moine, le duc d'Èpernon le vint voir et lui dit : « Monsieur nostre maistre, on m'a dit que vous faites rire les gens h vostre sermon; cela n'est guère beau. » A quoi Poucet répondit sans se troubler : « Je n'en ai jamais tant fait rire en ma vie comme vous en avez fait pleurer. » Les moines se sentaient populaires dans leur campagne satirique. Rose, l'un des prédicateurs ordinaires du roi, n'avaitil pas osé, en ce même mois de mars, blâmer en chaire les

4. Voy. sur Poncet Bibl. de la Croix du Mai5b et du Vehdibr, v» Maurice. — SfBASTiBN RouiLLARD, Bist. de Meluu, 1628, in-4«, p. 627. ~ De Thou, t. IX, p. 69. — Confession de Sancy^ chap. vm. — L'Estoile, t. II, p. 111. — Ch. Labrtk, les Predic. de la Ligue, p. 23.

licencieuses et nocturnes promenades de Henri m suivi de ses mignons? Le roi le fit venir et le tança vertement, puis lui donna une assignation de quatre cents écus « pour acheter du sucre et du miel ». Clémence aussi spirituelle qu'inutile : Rose sera bientôt Tun des plus fanatiques meneurs de la Ligue. Jusque dans les cuisines du Louvre, on riait des pénitents et Ton parodiait leurs processions. Henri se fâcha et fit fouetter quatre-vingts laquais ou pages. Pour avoir le dernier mot, il organisa le 7 avril une nouvelle procession de pénitents^ à neuf heures du soir. Plu- . sieurs des associés exhibèrent à cette occasion leurs dos rouges des coups qu'ils se donnaient.

Paris, qui s'amuse de tout, finit d'ailleurs par prendre goût aux processions. Tous les historiens l'affirment ^ On se moquait du roi et des mignons dans le sac de toile, mais on croyait à l'efficacité des processions pour arrêter la peste. C'est ainsi que le 8 octobre 1583 le Bureau de la Ville invite le prieur des Blancs-Manteaux à se trouver, le mardi suivant, avec vingt-quatre religieux de son couvent et un reliquaire, dans l'église de Saint-Jehan en Grève, afin d'accompagner le corps municipal à une procession préservatrice. Les Registres constatent * que des mandements furent adressés aux vingt-six conseillers de la Ville et qu'ordre fut donné aux quartiniers d'appeler deux nota-^ blés de chaque quartier pour figurer dans le cortège que suivaient également les archers, arbalétriers et arquebusiers de la Ville ^. A côté des courtisans, dont la foi était

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