‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 98 sur 314 · Re6. h, 1788 bis · texte numérisé non relu

Re6. h, 1788 bis

4. Sur les crieurs^ voy. Hist. munie, p. 38. Depuis la grande ordonnance de 1415, les jurés-crieurs n'avaient plus le cri des ordonnances politiques ou de police, ni celui des ventes et locations de maisons. Ils criaient les choses estranges, les enfants perdus au-dessous de huit ans, les mules, chevaux, etc. Mais leur principal office était d'annoncer la mort de chaque citoyen et de régler les détails des funérailles. L'art. 183

vestuz de ducil, qui auroient réitéré ladicte prière à mes dictz sieurs, ausdictz jour et an de mardy. » Après avoir reçu rinvitation, le Bureau convoque les conseillers de la Ville , les quartiniers et charge ces derniers d'appeler deux notables de chaque quartier. Il mande en même temps aux capitaines des archers, arbalétriers et arquebusiers de la Ville de se trouver à une heure dite devant la maison commune avec leurs compagnies, pour faire « porter par douze personnes de chacun des trois nombres » les trentesix torches marquées aux armes de la Ville \ Une oraison fimèbre de Bernard de Beaune, archevêque de Bourges,

de Tord, de 1415 fixe le tarif des fouraiture, et ce tarif ne sera modifié qu'au xvn* siècle. Les crieurs s'occupaient aussi du commerce des vins et boissons au détaiL Ils avaient un costume étrange : une dalmatique blanche parsemée de larmes noires et de têtes de mort. Us agitaient la nuit une clochette dont le tintement accompagnait ce refrain lugubre : « Réveillez-vous^ gens qui dormez; priez Dieu pour les trépassés, » Les crieurs étaient au nombre de vingt-quatre; ils étaient nommés par le prévôt des marchands, et le choix ne pouvait porter que sur « homme qui par information deuement faicte sera trouvé estre de bonne vie, renommée et honneste conversacion n ; organisés en confrérie, ils avaient des devoirs et des charges, payaient certains droits et entretenaient une caisse de retraites pour les confrères malades ou devenus vieux. Ils ne pouvaient crier chacun plus d'un corps par jour, « afin que chascun d'eulx eust des besongnes par esgal poreion ». On peut tirer de Tart. 181 de Tord, de 1415 cette conclusion que, dès le xv« siècle, on vendait des vins « composez ou mistionnez, comme cleré ou autres semblables », ce qui prouve que l'utilité d'un laboratoire municipal a d& se faire sentir à Paris même sous l'âge d'or.

1. Les obsèques eurent lieu le 6 décembre avec une pompe inusitée. En tète du deuil marchaient les princes des maisons de Bourbon et de Guise derrière eux venaient le Parlement, la Cour des aides, la Chambre des comptes, des moines de toute couleur, capucins, minimes, religieux des Billetles, blancs- manteaux, mathurins et cent autres; cent pauvres vêtus de deuil, chacun portant une torche à la main; des enfants « de la charité chrétienne *, de la Trinité, du Saint-Esprit, les enftints rouges; et puis tt le corps, porté par douze de MM. les pénitents, vestuz de leurs aubes, assistez d'autres douze portans flambeaux, à chascun desquelz estoit peinte l'Annunciation Nostre-Dame, etau-dessoubz les armoiries de France et de Pologne, soustenues par des pénitens à genoulx ». Tout le corps de Ville à cheval vint se grouper à Thôtel d'Evreux, « assiz rue Saint-Antboine » tout près du couvent de Sainte-Catherine du Val des Escoliers, où le cardinal défunt était resté huit jours exposé sur un lit de parade, grande attraction pour le peuple. De là on s^achemina « par dedans la clos* ture Saincte-Catherine et par les rues de Paradis, puis au cimetière Sainct Jehan et la rue Sainct Anthoine jusqu'en l'église Saincte-Catherine », lieu de la sépulture. Rbo. H, 1788 bis, f* 363.

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termina cette imposante cérémonie, dans laquelle les chefs de la Ligue avaient passé en revue Tarmée des moines. Un mort d'un rang plus élevé encore que le cardinal chancelier de Birague allait occuper P^ris. Le 11 février 1584, le duc d'Anjou était arrivé dans la capitale, venant de Château-Thierry, 'et la reine l'avait logé aux Filles- Repenties K Ce n'était pas néanmoins pour faire pénitence, mais pour passer le carême avec le roi son frère, que le duc d'Anjou avait quitté ses domaines. Après une entrevue touchante où les dignes fils de Catherine s'embrassèrent à trois reprises avec des larmes de joie, les divertissements commencèrent. Suivis de leurs mignons, les deux princes passèrent le jour et la nuit de carême prenant « par les rues de Paris, dit l'Ëstoile, à cheval et en masque, desguizés en marchans, prestres, avocas, et en toute autre sorte d'estas, courans à bride avallée, renversans les uns, bastans les autres à coups de bastons et de perches, singulièrement ceux qu'ils rencontroient masqués comme eux, pour ce que le Roy seul vouloit avoir, ce jour, privilège d'aller par les rues en masque. Puis passèrent à la foire Saint-Germain, prorogée jusqu'à ce jour, où ils firent infinies insolences, et toute la nuit, jusqu'au lendemain dix heures, coururent par toutes les bonnes compagnies et assemblées qu'ils sceurent estre à Paris. » A force de courir ainsi, le duc d'Anjou rendait l'âme, et quand son

1. Le 13 février, le roi avait donné Tordre aux membres du corps de Ville « d*aller trouver le duc et luy faire la révérence et présens telz que. è, Son Excellence appartenoit ». Déférant à cet ordre, M. de NuUy et ses •collègues, en « habits noirs ordinaires », se rendirent à Fhostel de M« Ghasteau, mattre des Comptes, où demeurait le duc, faisant porter par les sergents « confictures seiches, dragées, ypocras blanc et clairet n. Les officiers municipaux attendirent « quelque temps dedans l'antichambre d'icelluy seigneur », puis entrèrent dans la chambre du duc et lui présentèrent leurs dragées et leurs confitures. Le duc les « remercia bénignement ». (Rig. H, 1788 bis, ^ 376.) En février 1585, la Ville eut encore à offrir les confitures traditionnelles, les dragées et Thypocras aux ambassadeurs •d'Elisabeth d'Angleterre qui venaient essayer de conclure une alliance contre TEspagne. (Ibid.y n> 437.)

bon frère le renvoya le 21 février à Château-Thierry, enrichi de cent mille écus, mais « trop échauffé par les collations de Paris et Madame de Sauve », les médecins annonçaient sa mort prochaine. A la fin de mai, Catherine alla voir le moribond à Château-Thierry et le trouva si mal qu'elle se « fit apporter par eau les plus précieux meubles de sondit fils, abandonné des médecins et de tout humain secours^ ». Le frère du roi s'éteignit « submergé dans la boue * » le 10 juin 1584, disant pour dernières paroles que les plaisirs de Paris lui coûtaient cher. Il laissait au roi Cambrai,, la seule ville qu'il eût gardée de ses éphémères conquêtes^ et ses domaines immenses, qui produisaient 400,000 écus de rente '.

Henri III restait le dernier représentant de la race des^ Valois, et son héritier, selon le droit monarchique, était le roi de Navarre, un hérétique. La mort du duc d'Anjou donnait donc une force immense au parti des Guises et présentait tous les caractères d'un événement capital. Aussi peut-on trouver quelque intérêt à la description des obsèques que lui firent le roi et la Ville de Paris. C'est le 21 juin que le corps fut amené à Paris et déposé à Saint- Magloire, au faubourg Saint-Jacques. La veille, Henri III avait annoncé officiellement à. la municipalité la mort de son frère et indiqué le rôle que joueraient les membres du corps de Ville dans la cérémonie funèbre ^. Conformément

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