BU TRADUCTEUR
ne pouvoir mieux faire , pour montrer combien je suis convaincu de la bonté de leur cause, cjue de m’y associer moi-même en modelant mon livre sur ceux qu’ils ont publiés. Ainsi donc j’enrichirai le texte de plusieurs notes intéressantes r l’on voit que j’ai déjà hasardé quelques ^mots de préface ; et pour la rendre complète , je vais la terminer en portant un jugement impartial sur l’ouvrage que j’ai traduit.
Selon toute apparence, l’auteur n’a resté en France que trois ans ; car il n’y peut être venu que vers le milieu de l’an i8i4, et son livre a été imprimé à Londres au commencement de 1818. On pense bien qu’un séjour d’aussi courte durée n’aura pas été suffisant pour le débarrasser des préventions nationales avec lesquelles les Anglais voyagent toujours dans notre pays. Néanmoins son livre est plein d’observations d’une exactitude minutieuse ; et dans le nombre des jiigemens qu’il a portés sur nos médecins et sur notre médecine, il en est plusieurs qui sont frappaiis de vérité et d’impartialité.
Quoiqu’il ait visité l’école de MonipeîUer avant celle de Paris , il a cru devoir commencer par la description de cette dernière. En reconnaissant la supériorité de fait qu’elle à sur le Ludovicée par la multiplicité des établissemens qu’elle possède^ et par le plus grand nomhrie de ses élèves, il a bautemeal proçiamé les df oU^^
que celui-ci avait h la sollicitude du gouverne-' 'tuent ^ soit par sa vieille réputation de gloire^ soit par le mérite de ses professeurs actuels. Il s’indigne de la préférence que l’on a aujourd’hui pour la faculté de Paris, à l’exclusion de toutes les autres. Que dirait-il, s’il savait par quelles mi* sérables intrigues une poignée d’hommes obscurs çiherchent à perdre une école dont ils jalousent la gloire? Qu’aurait*i! dit s’il avait été à Montpellier ûti moment où un émissaire de la commission d’instruction publique , poussé, par son iîèle pour la faculté de Paris dont il est professeur, et armé d’un pouvoir disçrétionnaii'e, est allé porter la désolation et la mort dans une école qu’il devait réorgariuer? LeLudovicée a perdu la moitié de ses, élèves I un professeur respectable a été obligé, de se démettre du. décanat : et pour comble d’outrages, en destituant un autre professeur non moins respectable, on ose faire^ planer sur sa tête les soupçons les plus odieux.. ... Ses collègues ont protesté contre une destitution illégale 5 les élèves ont voulu éterniser par le bronîiè leurs regrets pour leur maître, et leur
mépris pour ses lâches calomniateurs Inutiles
efforts! les ennemis de M. Prunelle, désespérés de ne pouvoir attaquer son honneur , se sont hâtés de rendre irréparable le tort qu’ils ont fait à sa fortune: ils l’ont fait remplacer. Ahl‘ fei Pâùteur avait eu â signaler de pareils abus,
13 Û T R A î) trC-TB V Ré ' xii\
pourri ons-Tîous le blâmer d’avoir laissé eclatet son indignation contre certains Français, et d’a-;^ voir abandonné le style simple et narratif des sciences , pour s^élever aux plus fougueuses déclamations de Burcke et de Stanhope î
M. Cross a suivi une marche uniforme pour exposer la doctrine des deux écoles. Il commence toujours par s’occuper de la physiologie et dé la pathologie. En effet ces deux sciences renfermant, pour ainsi dire , toute la médecine, on .est • certain d’avoir exprimé fidèlement les opinion^ médicales d’une école , en décrivant exactement Fétat dans lequel on le^ y aura trouvées. Pour tous les autres sujets qu’il a traités, comme par exemple la description des établissemens que les écoles possèdent; pour les jugemensà porter sur les professeurs qui y font des coiirs; pour les sciences accessoires à la médecine, on peut regàrdei\son livre comme le journal d’un voyage; par conséquent on n’y doit chercher d’autre plan que celui qui était indiqué d’avance par la disposition des objets qu’il voulait connaître. Afin de remédier à la sécheresse inséparable d’une pareille méthode, il a eu recours à l’artifice que l’on emploie toujours pour rendre agréable le ’ récit d’iln voyage: il a semé les siens d’une foulé ' de réflexions; il s’est élevé à des considérations ‘ générales; il a débité quelques anecdotes que nous pouvons croire véritables; eh un mot il a
xîv PRÉFJiCE DU TRADUCTEUR.
cherché à imiter la manière et le style du Sentimental Journey y ce livre qui a en tant d’imitateurs parmi les voyageurs de toutes les Dations, et que l’on peut encore aujourd’hui proclame^ inimitable. Pour du sentiment, il ne devait pas en être question dans un ouvrage de médecine; cependant il en parle une fois ou deux; c’est moins encore qu’il en a dans le livre dé Sterne. Sa métaphysique est un peu obscure, quoique par fois elle soit asseîs ingénieuse; seS observations sont trop nombreuses pour qu’il ne s’en trouve pas dans la quantité quelques unes d’assez piquantes ; ses épigrammes sont souvent plus que de la malice : il a quelquefois de l’esprit j mais souvent il veut en faire ; enfin il a une pré-* dilection marquée pour les comparaisons tirées de la politique. L’on peut juger déjà que> sans avoir aucune des beautés supérieures du modèle; il en aura outré tous les défauts. Quant à ses opinions médicales , il m’a semblé qu’elles étaient mobiles selon les circonstances , à-peu-près comme la conscience 'politique de ses compatriotes. ^
L’ÉCOLE DE PAÏlIS.
Il elUtak jadis eo France dix-huit ou vingt cultes de médecine qui recevâieut chaque année uil certain nombre' de docteurs; mais Celles de Montpellier et de Pâtis avaient sur toutes une prééminence marquée, pat* le talent des professeurs, le concours plus grand de^ élèves, et la dignité des examens.
La plupart des universités secondaires, semblables à quelques unes *de nos universités d’Ecosse, confé^ raient , avec une facilité scandaleuse , les grades et fés droits ‘dë médecin aux candidats les plnsignorans; et dédaignant même de les soumettre à d’inutiles épreuves, elles vendaient quelquefois à des^absens le beau litre de docteur,'' et leur envoyaient par la poste leurs lettres d’admission. ' '
^ L«s mêmes abus, plus d’arbitraire encore, et moins de sévérité, présidaient aux réceptions des chirurgiens , excepté dans Paris et deux ou trois autres grandes villes. (
Déjà, cependant, la chirurgie française se montrait la digne rivale de la niédecine, avec larpielle elle ne devait bientôt former qu’une même science.
.^JL’Académie de chirurgie, créée parLa Peyronie et Mareschal , se glorifiait des travaux utiles de ses membres,,, et comptait parmi eux des savans illustres que notre chirurgie anglaise n’eût pas désavoués.
. La révolution vint enfin dissoudre toutes les compagnies savantes, et supprimer les universités.
L’anarchie la plus complète prit la place de l’ancienne organisation : ceux qui avaient étudié leur art^, confondus avec ceux qui n’en avaient pas la moin-, dre notion, obtinrent également des patentes. Aucune preuve de savoir et d’habileté ne fut plus exigée. Les charlatans parcoururent impunément les villes et lejs, ^campagnes , distribuant avec effronterie leurs drogues, funestes.
. ; Plusieurs médecins distingués, jaloux .de l’honneur de leur^état , conçurent le projet de tirer l’art de guérir de l’abandon déplorable dans lequel il languissait^ et: de, lui rendre son ancienne splendeur. Ce fut à. leur soiricilalion que. Pan III de la république^ la Convention nationale rendit un décret pour créer tfpis écoles de ^anté , l’une à Paris l’auUîe à Montpellier,^ et la irpisièqreà Strâsbourgr i'? I •. ^ î
Dans la nouvelle organisation fut exécuté le projet de Fourcroy , de réunir les deux branches de Fart dans l’enseignement. -
L’école de santé de Paris fut établie- dans le bel édifice qu’occupait jadis l’académie de chirurgie.
Le couvent des Cordeliers , fameux par les séances qu’y avaient tenues les Jacobins , fut converti en un hôpital (l’hospice de perfectionnement ), destiné à recevoir les malades qui présenteraient des cas extraordinaires. C’était là aussi qu’on se proposait de faire l’expérience de tous les nouveaux modes de traite^ ment qui promettraient de faire faire des progrès à la ihérapeuthique. On ordonna la construction de plusieurs salles de dissection , à chacune desquelles fut attaché un prosecteur pour diriger les élèves; et leur répéter les leçons des professeurs. Sur*^la réquisition de ces derniers, les hôpitaux devaient fournir un nombre de cadavres désignés pour les cours natomie. Je remarquerai , en passant qu’un article des nouveaux réglemèns prescrivait aux docteurs de faire leurs ordonnances en français, et que c’est aujourd’hui l’usage presque général des médecins dè France de les écrire en- leur langue, et non en latine comme on le fait en Angleterre.
Le décret de la Convention nationale nommait pour l’école de Paris douze professeurs ayant chacun leur Suppléant , un directeur,. un inspecteur, un démons^ trateur en chef, un conservateur du musée, un des^ sînateur-peintre, un mouleur en cire , elo. p etc.
- L^annee scolaire-mëdicale fut partagée en deux ^rneslres.
Le but principal du gouvernement, en élabîissani les .trois écoles de santé, était l’éduçation médipale des étudians de la nation , appelés Jes élèves de la Patrie J chaque département envoyait dans ces écoles un nombre fixé de jeunes gens 4<?puis l’âge de. dix-sept jusqu^à celui de vingt-six ^ps, pour y .recevoir le bienfait d’une instruction gratuite. Il y en avait trois cents dans l’école de Paris; op les divien trois classes, d’après le degré de levu* avapçerment.
Pour s’assurer de l’assiduité des étudians nationaux, chaque professeur avait ordre d’en faire l’appel nominal deux fols par décade, et ceux qui se irgiitvaient absents trois fois sur dix étaient dénoncés à la çpxii mission d’instruction publique.
Pour copstaler leurs progrès, on assemblait à la
dechaquecQurs tous ceux quil’avaiept suivi. Trois questions leur étaient proposées , et le professeur ex ijgeait.la réponse par écrit, qui devait être terminée dans une h^^re ev demie, çt sur laquelle il jugeait de l’instiruction qu’ils avaient acquise.
' Mais il y avait encore chaque appée un examen général de tous les élèves ; des prix étaient distribués aux plus dignes, et ceux dont les professeurs p’étaient pas saiisfaus étaient renvoyés chez eux pour faire plaide a. d’autres,
L’E^TFjdpe lâ’étaiv çoali^ée pour la destruction de la
France. Quatorze armées couvrirent ses frorjtièi’es pour défendre rindépendaqçe nationale, et bientôt, hélas pour continuer la guerre avec des projeta d-envahissenaent. Les besoins desblessés se multipliaient tous les jours; les médecins, les chirurgiens, les pharmaciens, étaient appelés par la loi pour leur donner leurs soins. Le gouvernement devait donc naturellement s’occuper de rinstruçiion de la jeunesse, qui irait un jour remplacer ceux que l’âge ou les tnaL heurs de la guerre enlevaient peu à peu au service de santé militaire. Un réglement du 26 praiiial décida que le Va 1-de- Grâce â Paris, les hôpitaux de Mélz, de Lille, de Strasbourg et de Toulon , deviendraient des hôpitaux d’instruction; des professeurs y furent attachés, et la matière des coursy fut réglée à-peu-près comme dans les écoles de santé.
L’institution des élèves de la patrie me paroxt UOÇ idée digne d’une bonne république. L’émulation si na** lurelle chez les jeunes gens était encore excitée ici par les grands prix donnés au concours; le titre âHélèi^es de la patrie devait rendre bers ceux qui le portaient f en leur rappelant en même temps leurs devoirs df citoyens. - v
Aucun collège, aucune école n’existait pour çonfé^ rer le grade de doçieur ; et il était nécessaire pour acquérir le droit d’exeroer la médecine ? dWoir 4\Â d’abord élève de la patrie; niais jamais les cours , jamais les hôpitaux ne cessèrent d’étre ouverts a’ conque désii ait s’initier dajof les secrets 4^ la
Le gouvernement résolut de se rapprocher davantage des institutions anciennes, et de rendre à l’universite son lustre et sa dignité.
Les trois écoles de santé furent maintenues par un décret du 19 ventôse an XI (i8o3), qui ordonnait eQ, même temps l’organisation de trois nouvelles écoles que l’immense population et le territoire ajouté à l’empire français rendaient nécessaires. Les examens, les réceptions d’autrefois furent rétablis avec des modifications et d’après les règles qu’on suit encore aujourd’hui.
Depuis on ne peut aspirer au titre de docteur et au droit d^exercer la médecine et la chirurgie, qu’après avoir étudié quatre années dan?une faculté , et satisfait aux frais d’inscription et d’examen.
Cependant on supposa que des médecins revêtus du titre de docteur n’iraient point exercer leur art dans de petites villes ni dans des villages; fallait-il abandonner les habitans des campagnes à des hommes capables de compromettre la santé de leurs concitoyens par un empyrisme meurtrier? D’un autre côté un homme peu fortuné qui se sentait une Vocation décidée pour la médecine pouvait-il acquitter les frais d’études, d’examen et de réception dans uné université? Il fut donc établi dans le chef-lieu de chaque département un jury médical devant lequel poàvaient ;te présenter ceux qui, après six ans d’assiduité auprès d’uo docteur ou cinq années de résidence dans un hô- . pUai| avaient acquis assez de connaissances pratiques
pour prétendre exercer la chirurgie avec le titre ÿof» ficier de santé. Ce litre ne coûte pas plus de deux cents francs. Un officier de santé ne peut pratiquer qu’avec certaines restrictions; il est obligé d’étre assisté d’un docteur pour faire une opération injportante. Mais c’est ici que les abus les plus crians se sont glissés peu à peu. Les officiers de santé envahissent tous les jours le domaine des médecins. Les diplômes ne sont d’au^ cun poids aux yeux du vulgaire; le charlatan accapare toute la confiance, et rit également des parchemins et du savoir modeste. ,
Avec le «randnombi'e de médecins dont la Fraaçê
est peuplée, doit-on s’étonner que tant de réclama- ' lions aient été adressées au gouvernement contre une institution aussi nuisible qu’inutile? " „
Cours de l’Ecole; Ecole pratique; Concours.
Ce n’est qu’après uii long séjour eû France" qu’dà étranger peut apprécier l’excellence de la triéthode avec laquelle on y fait tous. les cours publics, tfti Anglais ou un Allemand , bien familiarisé avec là lafi# gue française, se récriera d’abord sur la légèreté et ’jt manière superficielle avec laquelle ôn traite quelqûéîS^ matières dans les académies. Cependant , aprè$ SB Parist
mur examen il trouvera qu’il apprend mieux en F rance qu’en Angleterre, ou en Allemagne. En effet, un pro’féss^eur français, qui fait un cours quelconque, ]pense moins à composer un traité ex professa surl’ôbjet qu’il doit enseigner, qu’à 'apprendre aux élèves le moyen d’étudier avec fruit, et par êux-mèines, les ouvrages qui ‘traitent de Cet objet. Son devôir est plutôt d’analyser la massé des faits quêta science po^ède et de montrer l’esprit dans lequel il faut les envisager , que de donner nne opinion toute faite pour que l’élève l’adopte sur la foi de son maître.
' En Er'an'ce nn cours public est une analyse critique : aussi le professeur passe légèrement sur les dogmes de îa Science qui sont généralement connus et adoptés j mais il insiste beaucoup sur les; poin^ qui ont besoin d’être combattus ou changes, perfectionnés ou éclaircis. Cette méthode, et, peut-être même une heureuse facilité que les Français possèdent par dessus toutes Tes nations, leur permet de professer sans brevet, ou du moins de ne s’aider que de quelques notes. En parlant d’abondance, le professeur peut mieux conserver le ton de la conversation , si propre à instruire sans fatiguer l’espriu JDans toutes les universités d’Angleterre, les maîtres lisent devant les élèves des leçons écrites, comme l’indique le nom anglais par lequel nous désignons les cours académiques ( lectures ). La rédaction la moins soignée peut toujours présenter une pensée d’une manière plus concib'Ç que l’improvisatioa. Il est d’ailleurs si difficile
de trouver un bon lecteur, que l’on se persuadera sans peine qu’après une heure de séance, un profeS'» seur lisant dans son cahier doit avoir lassé l’atlentipa de son auditoire sans remplir en tout point le but qu’il se proposait.
Ce que je viens de dire nous explique pourquoi Ton voit en France si peu de livres publiés sous le litre de cours , et pourquoi tant d’ouvrages portent ce nom dans les autres pays, ün livre formé de notes prises à up cours açadémique en France serait un ouvrage bien incomplet et peut-être même d’un plan défectueux ; mais, hors de la France, la plupart de ceux qu’on publie ne sont autre chose que des cours imprimés.
Toutefois il ne faudrait pas croire que ees observations ne souffrent aucune e;sception dans toutes les académies : j’en ai rencontré plusieurs; mais elles eonfirmenl la règle générale. A Faris il y a quelques professeurs qui se servent de birevet popr faire leurs leçons^ .Je n’examinerai pas ici les motifs de cette conduite; toujours est-il certain que les pipfesseut's^ lecteurs ont ma auditoire beaucoup moins nombreux que celui des professeurs qui parlent d'abondance.
De quelque imanière qu’uiae leçon soit faite, peut di'viser en trois classes les ipersonnes qui fpr» «ment f auditoire: la première et la moins 000»*" br-euse comprend celles qui, sans prétendre à att*» <cnn litre qui les autorise à exercer la médecine ^ sont attirées à l’école par la seule euripsitéj par
désir de posséder une teinte générale des connaissances nécessaires au médecin , ou bien par l’intention d’éludier quelques unes des branches de la science médicale ; la deuxième classe ' forme la presque totalité des auditeurs : elle se compose des élèves qui aspirent au doctorat, et qui s’inscrivent tous les trois mois sur les registres de la faculté; enfin ^ la troisième et dernière se compose des élèves de l’école pratique.
Ceux de mes lecteurs qui ont déjà visité Paris savent ce que c’est que l’école pratique ; mais comme beaucoup d’autres l’ignorent encore, je me crois obligé de donner quelques détails sur cette institution utile, et qui n’a point d’analogue en Angleterre.
Il y a dans l’école de Paris un concours annuel , destiné à nommer un certain nombre d’étudians aux places d’élèves internes ou externes dans tous les hôpitaux civils, de préparateurs de chimie, et d’élèves d’anatomie et de chirurgie pratique.
Outre la facilité qu’elles donnent pour l’instruction , ces places sont accompagnées de quelques avantages, tels que la table et le logement pour les élèves internes des hôpitaux , un traitement pécuniaire pour ceux-ci et pour les préparateurs de chimie; pour les élèves d’anatomie et de chirurgie pratique, la faculté d’avoir gratis des cadavres pour l’étude de l’anatomie et la manœuvre des opérations. A la fin de l’année tous sont admis à un concours pour des prix qui se distribuent à l’ouverture de l’an-
nëe classique' suivante. Les prix consistent eii livres et en médailles d’argent; leur fondation est due à deux professeurs de la faculté de Paris. L’un d’eux, après avoir répandu sur l’enseignement de la physiologie tons les charmes d’une instruction brillante et d’un esprit ingénieux, quitta la carrière des sciences pour de hautes fonctions politiques. Si quelques opinions de Cabanis ont flétri sa mémoire du reproche de matérialisme, sa vie toute entière prouve, comme celle d’Epicure, que la vertu peut s’allier ‘ avec les principes qu’on en croirait les pins éloignés. L’autre fondateur des prix annuels vit encore : mais un âge avancé , des infirmités nombreuses, empêchent M. Corvisart de continuer des leçons auxquelles se sont formés tant de maîtres.
C’est une chose vraiment digne d’admiration que le spectacle d’un concours ! les épreuves sont assez nombreuses, assez variées, pour que la justice puisse être infaillible en désignant parmi les concujTens - celui qui a mérité le prix. Pour l’école pratique comme pour les prix annuels, les élèves tirent au sort des questions sur lesquelles ils doivent répondre de suite et verbalement , ou dans un temps fixe et par écrit; la préparation de quelques pièces d’anatomie complète ordinairement les épreuves pour la réception à l’école pratique. Mais c’était dans un coneouis pour une chaire de professeur que la beauté de cette institution brillait de tout son éclat, A part les questions sur lesquelles les candidats
ëlaîélit obliges de faire des leçons, et celles qu’ils devaient traiter par écrite il y avait des épreuves pratiqués quand la nature des chaires le comporiail ; ainsi par exemple , pour la chaire de clinique, les candidats devaient soigner des malades dans les hôpitaux de l’école, rendre un compte journalier de la maladie J de ses progrès, et des motifs qui les guidaient dans le traitement; pour les chaires de pathologie chirurgicale, il fallait manœuvrer sur le cadaVré les grandes opérations* Le concours se terminait parla publication d’une thèse; chaque candidat était obligé de soutenir la sienne contre les argumens portés par tous les autres. Déjà les. juges étaient suffi* Samment éclairés sur leur mérite respectif : celte nouvelle épreuve portait la conviction, et le vainqueur devait être proclamé immédiatement après les débats de la dernière thèèe. 11 était impossible que le jugement fut injuste ; la lutte avait été publique ; l’au* diloire avait jugé d’avance, et les juges auraient trop redouté le scandale d’un appel à son opinion.
Elle n’existe plus cette institution précieuse! Le concours est aboli ; plusieurs places vacantes ont déjà été remplies par de simples nominations* Devais Oi> croii’C que le gouvernement actuel renouvelerail une mesure successivement adoptée et révoquée par tous les gouvernemens de la révolution (i)?
{i) On avait crû d’abord que la commission d’instruction pu* n’avait faiteet tict€ arbitrertiV' pour assurer contre les
Jusquesà quand des motifs d’interet person nel feront^ ils négliger l’intérêt général? La France esè en paix, et des lois de circonstances y sont encore en vigueur î Pourtant elle ne peut être éloignée cette époque ou les facultés de médecine seront appelées à jouir de nouveau du bénéfice du concours. On l’a maintenu dans les écoles de droit; et si son abrogation dure encore dans les autres , c’est que des hommes poussent quelquefois l’aveuglement jusqu’à croire que de nouvelles fautes peuvent réparer la première !
hasards du concours uu homme qui était le frère de son pré-^ sident, et qui , s’il faut eq croire les bruits publics, a fait son? éducation médicale dans les magasins cl’uue administration vivres et fourrages. Soit que Ton veuille encore placer des frères,, oncles, neveux ou cousins, ou qu’après quatre ans Tesprit de parti ait encore des services à récompenser , la mesure générale a' survécu au premier motif qui Savait provoquée , et elle dure encore, quoique, la retraite de M. Royer-Collard ait fait devenir M. Cuvier président par intérim d’une commission provisoire. Au milieu des actes de ce directoire tout à la-fois executif et législatif, on ne sait ce qu’il faut le plus admirer, ou de la sollicitude avec laquelle il cherche à trouver des places pour sea créatures, en destituant les professeurs, en les obligeant, à force de mauvais procédés , à donner leur démission, et même à vepdre leurs chaires, ou bien de l’impertubable sang-froid et du discernement avec lesquels il nomme aux chaires vacantes les hommes qui sont les plus incapables de les remplir. D’après ces motifs^on peut bien dire que, sauf «ne ou deux exceptions, chacune des faveurs de la commission provisoire a été une double injustice.
{ Le Traducteur. } .
L’Anatomie de Paris*
Malgré les déclamations de quelques esprits go*thiques, osons nous féliciter de n’être pas nés dans ces siècles d’ignorance où les préjugésentravaient la marche des sciences. Une superstition commune à presque tous les peuples dénonçait comme impur et sacrilège celui qui portait la main sur les cadavres de ses semblables : aussi l’anatomie a-t-elle resté long-temps dans un état d’enfance* Mais depuis qu’il a été permis d’interroger la nature dans les dépouilles mortelles de l’homme, l’anatomie , élevée au rang dé science, a éclairé la médecine par de nombreuses découvertes 3 c’est de nos jours surtout que l’étude de l’homme physique , cultivée avec passion par de profonds observateurs, a fait des progrès toujours croissans. L’école de Paris peut se vanter avec justice d’avoir pro* duit le célèbre Bichal, que la mort a enlevé de si bonne heure à son siècle, et qui à l’âge de trente-deux ans joignait déjà l’érudition la plus riche aux vues les plus brillantes* J’aime à croire qu’ils sont bien hasardés les soupçons qui accusent la jalousie de ses rivaux de la mon prématurée de Bîchat , comme ceux qui voulurent persuader qu’une basse envie avait signalé Lavoisier aux bourreaux révolutionnaires.
.L’Anatomie descriptive, le Traité sur la vié et la
mort, T Anatomie générale surtout, montrent ce qu^éût pu faire avec le temps l’élève de Dessault. L’anatomie pathologique lui doit ses plus intéressantes découvertes; c’est lui qui a observé le premier que chaque mode de lésion offre toujours des phénomènes semblables dans tous les organes qui appartiennent à un même système, quoique cette idée trop étendue ait été la source de quelques erreurs.
Une particularité (Curieuse , c’est que Bichat, qui a cherché à prouver que certains organes paient constamment et parfaitement symétriques, ait eu précisément un des hémisphères du cerveau plus considérable que l’autre d’un neuvième, comme le découvrit l’autopsie de son cadavre.
On peut dire que Bichat a mis l’anatomie à la mode dans la faculté de Paris. La facilité de se procurer dés sujets à vil prix en entretient sans doute le goût. Disséquer, ouvrir des cadavres, semble être le seul moyen d’apprendre l’art de guérir. On s’accoutume peut-êlre un peu trop à ne voir dans toutes les maladies que des lésions organiques; on en cherche avidement les traces qu’on peut reconnaître encore après la mort, et l’on oublie qu’il est des limites au-delà desquelles l’anatomie pathologique ne peut rien apprendre. La préférence donnée aux lésions organiques et aux symptômes physiques a influé beaucoup sur la classification des maladies et la détermination de leurs espèces.
Si je voulais comparer l’anatomie de Paris à celle de notre collège de Londres , je dirais , à l’avantage
( ôo )
desFrançais, que rien n’égale lesoinqa’ils mettent dans la préparation des cadavres qui doivent servir aux leçons» Leurs dissections sont propres et élégantes* Minutieux dans quelques points, jusqu’à fatiguer son auditoire,.le professeur, semblable aux traités français écrits sur la malière dont U parle, décrit avec une pei'fection admirable tout ce qui a rapport à l’ostéologie, à la myologie, à la névrologie , etc», etc. ; mais il néglige complètement' cette espèce d’anatomie cultivée avec tant de zèle en Angleterre : les Français n’ont sur \ anatomie chirurgicale aucun ouvrage original , où se trouve la description pratique des parties intéressées dans les opérations importantes^ ils ont bien traduit Scarpa ; M. Béelard vient de publier en français le traité de Lawrence sur les hernies; mais Cooper et tant d’autres ne sont connus en France que du petit nombre de ceux qui entendent notre langue.
On peut reprocher aussi aux leçons d’anatomie de l’école de Paris d’étre insuffisantes dans la description de la structure intime de nos organes. Mais est-il bien utile, me dira-t-on, de décrire minutieusement l’analomie devant une assemblée de plus de mille élèves? Il m’a paru singulier d’entendre citer tel traité d’anntomie pour le charme de l’expression ; Vicq-d’Aïir et Bichat n’ont jamais cessé d’écrire avec pureté et quelquefois avec éloquence, quelque sujet qu ils aident traité: le si vie de ces auteurs anatomistes est comme
les fleurs dont les anciens couronnaient les tombeaux. Cependant beaucoup de jeunes gens préfèi ent suivre
dans leurs dissections l’ouvrage du professeur Boycr^ qui, sans ornemens étrangers, joint du moins à la clarté la plus grande exactitude dans les descriptions et lesdétails. Ce traité d’anatomie manque totalement d« vues physiologiques et pratiques. Il faut voir avec quelle attention les élèves de Paris cherchent, d’après Boyer, la moindre attache d’un muscle, la fibre la plus mince, le tendon le plus indifférent : semblables à ces enfans qui s’occupent à réunir tous les morceaux de~ carton d’une de ces mappemondes découpées en figures géométriques, selon le modèle qu’ils ont devant les yeux,sans se soucier beaucoup d’apprendre ce que contient chaque pièce séparée, et quels sont ses rapports avec les autres.
Au lieu de faire des dissections d’après un livre, ne devrait on pas plutôt faire un livre d’après ses propres dissections? Ce n’est pas que je prétende que cette méthode d’étudier l’anatomie soit plus suivie à Paris qu’ailleurs. Chez nous aussi ces arides systèmes, qui ne méritent que l’éloge négatif de ne rien contenir de faux , sont préférés à ceux qu’enrichissent des observations de pratique et de physiologie; préférence fondée sur la paresse et le mauvais goût, et tendant à éloigner les élèves d’une science d’une utilité si généralemeiu reconnue. Rien de plus rebutant que de considérer celte base de toutes les connaissances médicales comme une science purement mécanique ; l’anatomie, la physiologie et la pathologie doivent être étudiées collectivement pour mieux comprendre le
biit de la première, la rendre plus intéressante et plus profitable, enfin pour la j^raver dans la mémoire.
Les démonstrations deviennent alors l’espèce de leçon la plus utile ; et celui qui les fait avec discernement n’a guère moins de mérite que le professeur dont il répète la doctrine.
J’ai admiré la facilité de M. Béclard , jadis chef des travaux anatomiques, et qui, aujourd’hui professeur, continue le cours d’anatomie. Je l’ai entendu dans le temps décrire avec une scrupuleuse exactitude tous les musclés de la cuisse et en expliquer les fonctions , 'mais sans dire un mot de l’aponévrose qui, réunissant toutes les parties molles du membre , détermine en quelque sorte tous les effets de faction musculaire , et ne doit jamais être perdue de vue dans les maladies des organes qu’elle enveloppe. Elle maintient les chairs et les vaisseaux dans leurs situations respectives: considération bien importante quand il s’agit d’une amputation ou d’un anévrisme.
Les salles de dissection de l’école de médecine sont situées derrière l’hospice de perfectionnement j elles furent bâties peu de temps après l’institution de l’école de santé : et de tous les édifices destinés aux mêmes usages, je n’eri connais aucun qui remplisse mieux le but pour lequel il a été fondé.
Ce sont six^bâtimens de la même étendue, détachés les uns des autres J chacun se compose d’une seule salle assez large pour contenir à peu près vingt tables de dissection.
Le chef des travaux anatomiques est à la tête de cet établissement ÿ les cadavres sont livrés par les hôpitaux sur son mandat ou sur celui des professeurs. On élit parmi les élèves de l’école pratique des pro^ secteurs et des aides- anatomistes pour présider aux travaux de leurs condisciples, injecter les sujets et préparer les leçons.
J’ai déjà observé que les élèves de l’école pratique dissèquent sans qu’il leur en coûte rien; ils ont aussi le privilège de choisir les sujets. Quant aux élèves qui se contentent de prendre leurs inscriptions pour par* venir au grade de docteur, ils ne sont point forcés de disséquer; et s’ils le font, c’est volontairement et pour se préparera leurs examens. Au reste, il leur en coûte peu d’argent pour obtenir des cadavres quand les hôpitaux en fournissent suffisamment.
Pour ce qui regarde les élèves de l’école pratique, il faut dire que, par la négligence que l’on met à faire observer les réglemens, ils n’ont personne pour les diriger. Les sujets sont trop abondans et peut«être à trop vil prix ; la plupart sont plutôt déchiquetés que disséqués; et pour ce qui est de fanatomie pathologique, on se borne trop souvent à un examen superficiel des principaux viscères, sans explorer, comme le voudrait M. Broussais , chaque tunique et chaque point de ce tube digestif, dont les altérations jouent un si grand rôle dans la nouvelle doctrine.
Outre les salles de dissection de l’école de médecine, il en est encore d’immenses situées derrière la Pitié^
espèce de succursale de THolel-Dieu, destinée à recevoir les malades atteints d’affections chroniques, et les convalescens.
Trois vastes salles contiennent à peu près quatrevingt-dix tables, et dans toutes on trouve un squelette articulé. Dans une espèce de cabinet contigu à chacune de ces salles, se tient un élève plus avancé que les autres, et auquel ils peuvent s’adresser si quelque difficulté les embarrasse. Rien de mieux entendu que toute cette institution : aussi doit-on regretter que la plupart des réglemens soient si mal observés.
Lorsque je visitai la Pitié , il y avait dans la première salle des amphithéâtres vingt-trois cadavres et soixante-ei-douze étudians occupés à disséquer. Tous les corpsdes malades qui meurent àl’Hôtel-Dieu y sont transportés. La destination primitive de cet établisser ment était d’être consacré aux seuls élèves de l’école pratique; mais le nombre des sujets va bien au-delà de leurs besoins , et l’on admet tout !e monde indifféremment aux dissections, moyennant cinq ou six schellings par cadavre.
Malgré la situation peu favorable des amphithéâtres delà Pi lié, et leur éloignement de f université et des hôpitaux habituellement fréquentés, plus de quatre cents étudians s’y rassemblent tous les hivers.
Je m’attendais, en voyant tant de zèle à Paris pour l’anatomie , à trouver le musée^i) de Fécole de médé-
{j; Il swait trop Iqiig de relever ici toutes les erreurs de l’auteur; il suffit d’avoir visité le musée de l’école pour se convaincre qu’il a mal vu, ou qu’il a pris plaisir à accréditer des mensonges.
cine plus riche que ceux deLoudres, en préparation* anatomiques. J’admirai d’abord la collection des squelettes rangés dans un ordr« parfait. Les préparations sèclies, celle des gros vaisseaux, ne laissent rien à désirer. II y a aussi deux grands troncs du système lymphatique parfaitement injectés, et quelques dis^ sections des nerfs du cou, du thorax et de rabdomen conservées dans l’espril-de-viaa mais , h l’exception des fœtus et des monstruosités , le musée offre à peine trente pièces pathologiques. Il n’y a auoune prépa* ration naturelle de la structuré ïniinae des organes de l’ouïe, de l’œil, du nez, des viscères, ni «rrcune injection mercurieUe des absor*bans,'Ou du conduit excrétoire du testicule. •
On aurait tort d^en condiire que les leçons d’ana* lomie sont incomplètes à Paris, comme celles le seraient à Londres, si nous nwanquionsde oes tÿhjeu de démonstration. Rendons cette jaetice aux professeurs de Paris dWouerqtiHlsinlépargnent rien pour offrir aux élèves des préparations récentes , et^qifea général pn dissèque beaucoup mieux en 'France que dans aucun" college de Londres.' Mais les médechai français doivent convenir à4eifrîtoiir qidil^st iarpossibleMe sé passer de certaines 'injections ^t préparationsfines. ‘ .
Comment démontreraUtrement les'prc^rès successifs de la formation des os, la vosoillavité Acommençante des cartilages mous, et les vaisseaux «angiiins plus considérables qui s’y précipitent lorsque la ma-
lière osseuse commence à se déposer? On décrira bien la structure délicate de l’œil; mais .pourra-t-on la démontrer sans préparation injectée? Pour en prouver la nécessité, citerons-nous le seplicisme de certains anatomistes de Paris , sur l’existence de l’aricre centrale de l’humeur vitrée chez le fœtus ? nous savons cependant qu’il n’est pas si difficile d’injecter cette artère et de rendre évidentes ses belles ramifia cations sur la capsule postérieure du cristallin , après qu’elle a traversé Thumeur vitrée. Dans un fœtus de cinq ou six mois , on la rencontre même quelquefois remplie de sang et rendue apparente sans le secours d’une injection artificielle. £h bien! j’ai visité tous les musées de Paris, et dans aucun l’on n’a exécuté la préparation de cette artère, pour convaincre les anatomistes qui doutent encore de son existence.
N’esl-il pas également impossible d’injecter pour chaque nouveau cours le système lymphatique , de manière à se passer facilement de préparations ?
Les anatomistes français cependant l’injectent tous les ans, et semblent croire que la difficulté est bien diminuée grâces à l’instrument inventé parM. Duméril , qu’ils préfèrent à ceux de Vicq-d’Aziret de Cruikshanks. C’est un tube de verre , plus propre à in* jecter quelques vaisseaux lymphatiques qu’il s’agit de démontrer dans la leçon du jour, qu’à faire des préparations durables.
L’art de conserver dans l’espril-de-vin les pièces naturelles ojr paîhologiques est si peu cultivé à Paris ,
qu’on l’y croirait à peu près inconnu, et qu’on n’ÿ trouverait guère d’injections 6nes supérieures à ceIle$J des anatomistes qui ont précédé Ruisk^
On clierçherait vainement dans la capitale de la France un musée particulier digne d’être visité'; Us sont tous propriété nationale, et c’est à quoi j^’atr tribue l’iraperfeclion de Fanalomie française dans ce genre. Un savant travaillera pour son cabinet avee plus dezéle etd’intérêt que ponrle public. M. Duinérll termine son Essai sur les moyens de perfectionner' Vart de l'anatomiste , par la liste des préparations utiles et nécessaires que doit contenir un cabinet d’anatomie I mais vous chercberle? vainement tout ce qu’il indique, dans le miisée de l’école de médecine.
Croirait-t^on que le musée d^anatomie comparée du Jardin des Plantes fût sujet aux mêmes objections? Quand un savant tel que M. Cuvier, le Pline de notre siècle, dirige cet établissement, ne devralt^on pas s’attendre à y trouver tout parfait ? Regrettons que la science ait ici raison d’être jalouse des mo-^mens que ce grand natiiralisie donne à la politique^ Combien de découvertes de M. Cuvier , malgré les descriptions qu’il en a données, sgnt perdues par le manque presque iptal d^injections fines qui puissent les retracer et les expliquer ! Est-il digne d’un musée créé par le successeur de BufiPbn de n’offrir au? curieni que des pièces anatomiques, précieuses d’ailleurs, en« seyelies dans, des bocaux remplis à demi d’une sale liqueur , encroûtés de te^re glaiçe et fertpéjs par dw
Varia. S
mastic? Qu’il vienne voir en Angleterre l’habileté avec laquelle nous faisons macérer nos préparations, et la transparence des liquides dans lesquels nous les con^ servons. C’est un art que l’Angleterre a perfectionné et auquel nous devons des collections que leurs possesseurs apprécient, et <jue les élèves étudieraient avec fruit. Le musée du Jardin des Plantes n’est riche qu’en squelettes.
Mais, malgré la supériorité de nos cabinets d’anatomie sur ceux de la France, les étudians de Paris ont sur ceux de Londres l’avantage de l’entrée libre et gratuite de tous ces établissemens créés en partie pour leur instruction. Il est vrai de dire qu’en) Angleterre la porte des sciences est fermée pour quiconque ne se présente pas le rameau d’or a la main , tandis que trois fois la semaine, à Paris, l’entrée des musées est accordée aux étrangers comme aux nationaux (i).
Il est un art dans lequel les Français nous surpas-
(i) Quelle lubie d’indulgence! Il faut qu’en visitant le muséum , M. Cross ait oublié la galerie d’anatomie. S’il était allé pour la voir , et qu’il eût été arrêté , comme bien d’autres curieux, par cette inscription qui est placée sur la porte : Uon n’enlre ici qu'avec un billet de V administration , il aurait trouvé passablement ridicule qu’on ne pût étudier les squelettes qu’avec la permission expresse d’un administrateur , et après avoir fait antichambre chez lui pour obtenir un billet. Sans doute aussi il aurait eu regret aux bonnes habitudes de Londres, où l’on peut faire ouvrir toutes les portes , eu jetant un schelling dans la main du concierge. ( Le Traducteur, )
sent certainement: c’est Fart de mouler en cire. Nous n’vivons rien dans nos musées de Londres qui puisse être comparé aux modèles en cire exécutés par M. Laumonierj pas meme ceux que contiennent les cabinets de MM. Astley Cooper et Charles Bell dans la rue Windmill.
Les figures de ce genre sont le meilleur moyen de donner une représentation exacte des lésions pathologiques. L’oreille, l’œil, les nerfs cérébraux , etc., copiés sur des dissections soignées et retracés dans de plus grandes proportions, donnent certainement à une nombreuse réunion d’élèves une idée plus juste des organes qu’on peut leur faire connaître, que ces organes eux-mémes, quelque bien préparés qu’ils soient.
Je ne dois pas oublier de parler d’une salle où l’on a rassemblé toutes les espèces d’instrumens et de bandages anciens et modernes, non plus que d’une autre qui offre la collection de toutes les diverses substances médicinales poür le cours de matière médicale.
Mais ce qui est surtout de la plus grande utilité pour les élèves, c’est une bibliothèque à leur usage dans le bâtiment même de l’école j elle n’est ouverte tous les jours qu’à certains élèves privilégiés: les autres n’y sont admis que trois fois la semaine, depuis dix heures du malin jusqu’à deux. Dût-on doubler le nombre des bibliothécaires , il me semble qu’il serait dans l’ordre que tous les étudians pussent jouir plus souvent du bienfait de cette bibliothèque, qui n’est certainement que pour eux.
La Physiologie.
S’il fallait en croire les rélicences de M. Chaussier, la physiologie serait portée à Paris à un degré de perfection dont elle n’a jamais approché dans aucune autre école. Il est lui-même Fauteur de la plupart des découvertes qu’il annonce: inalheureusement elles ne peuvent être rendues publiques. Ses travaux sont encore en portefeuille; et si quelque libraire zélé pour les progrès de la science ne satisfait bientôt les prétentions de l’auteur, en portant à cent mille la somme de quatre-vingt mille francs qu’un autre libraire a déjà offerte pour le nouveau Traité de physiologie , le grand âge de M. Chaussier donne tout lieu de craindre qu’il ne puisse être témoin de la révolution que son livre doit opérer.
J’aurai quelquefois l’occasion de blâmer une mode qui s’est introduite en France parmi les professeurs, et qui consiste à parler si bas, que les auditeurs placés un peu loin ne peuvent rien entendre. Il faut être bien familiarisé avec une langue pour deviner ce que dit un homme qui la parle, lorsqu’on lui prêtant la plus grande attention on est réduit à observer le mouvement de ses lèvres. Toutefois si M. Chaussier parle bas, ce n’est pas pour se
conformer à la mode. La perte des dents y nine voix affaiblie par les années et par le long exercice de la parole , doivent excuser ce défaut. Son cours est régulièrement suivi par \m auditoire nombreux. Les élèves aiment ses leçons, parce qu’ils y puisent une inslruclion solide et méthodique. M. Cbausster y porte l’esprit d’analyse qui rédigea les labiés synoptiques. Son érudition est profonde cft variée 5 mais il en fait un usage trop fréquent en prenant la peine de citer des textes grecs que personne ne comprend, quoique la langue d’Homère et d’Hippocrate soit prononcée à la française. Dans presque toutes les matières qu’il traite, il trouve l’occasion de se plaindre des vols que lui font les auteurs modernes. Tant de personnes composent des livres sans y mettre une seule idée qui leur appartienne ; tant de compilateurs s’occupent de faire des tn-folio avec les découvertes des autres , que les plaintes de M. Chaussier sont au moins vraisemblables. Ce professeur enseigne la physiologie depuis si long-temps; ses travaux ont été si nombreux sur cette science, et il s’est si peu pressé de les publier, que sur des on dit y sur quèL ques notes prises à ses leçons, les jeunes auteurs à l’affût de nouveautés peuvent bien avoir publié , comme leur appartenant , les découvertes du Nestor de la physiologie française. Zélé pour l’instruction des élèves, et comptant sur le respect du au droit de propriété, il avait commencé par leur faire part de ses idées sur les points contentieux de 1»
science de l’homme, de ses expériences et de sesdécouvertes sur les points inconnus. Mais il a eu tant d’occasions de se repentir de sa confiance , que depuis long-temps il se borne à signaler le scandale , sans s’exposer a le faire naître de nouveau.
Un Jour que .j’assistais d un premier examen y i’enlendis ce singulier dialogue entre M. Cbaussier €t l’un des élèves de la fournée i