‹ Paris et ses environs; manuel du voyageurChapitre 56 sur 100 · I. Des boulevards à la Villette · texte numérisé non relu

I. Des boulevards à la Villette

St - Laurent. Gares de l'Est et du Nord. Buttes - Chaumont. Marché et

abattoirs de la Villette.

Nous quittons les grands boulevards après la porte St- Denis (p. 64), et prenons à g. le boulevard de Strasbourg (p. 64), qui va jusqu'à la gare de l'Est A dr. et à g., les cafés-concerts de Y Eldorado et de la Scala. Nous traversons avant la gare le boulevard de Magenta, à env. 800 m. de la place de la République (p. 66).

St - Laurent (pl. B. 24) , immédiatement à dr. , est une des plus anciennes églises de Paris (593), rebâtie et restaurée plusieurs fois et complètement transformée en 1865- 66, où Ton a ajouté deux travées à la nef et construit une belle façade gothique, ainsi qu'une flèche élégante, du côté du boulevard. Le chœur a été décoré par Blondel et le maitre autel par Lep autre. A citer, parmi les tableaux,

Gare du Nord

PARIS

dans le transept de dr., un Martyre de St Laurent, par Qreuze; du côté opposé, un St Laurent au milieu des pauvres, par Trezel. La chapelle de la Vierge, dans l'abside, sous le vocable de Notre-Pamedes-Malades, est ornée de nombreux ex-voto.

La gare de l'Est ou de Strasbourg (pl. B. 24) est bâtie dans Taxe du boul. de Strasbourg, où elle forme perspective.. C'est un bel édifice, dû à l'architecte Duquesnay, mais devenu trop petit et qu'on transforme et agrandit. Au centre de la façade, une demi-rose, surmontée d'un pignon que couronne une statue assise de la ville de Strasbourg. De chaque côté, deux pavillons en avant-corps, reliés par une galerie, sur la balustrade de laquelle est un cadran accompagné de statues à demi couchées de la Seine et du Rhin.

En prenant devant la gare la rue de Strasbourg, du côté du boul. de Magenta, puis ce boulevard à dr., nous arrivons en 5 min. à la rue Lafayette, que nous avons déjà traversée (p. 186).

La gare du Nord (pl. B.24) est près d'ici à dr. Cette gare, reconstruite en 1863-64 par Hittorff, occupe une superficie de près de 32 000 m. Si elle n'est pas la plus belle , c'est du moins la plus pratique de Paris, toute de plain-pied et sur la rue, avec guichets et salles d'attente disposés pour la commodité des voyageurs. La façade a 160 m. de développement. La partie principale, percée de trois arcades gigantesques , est surmontée d'un pignon que couronnent des statues de Paris et de 8 grandes villes étrangères reliées à Paris par la ligne du Nord. Derrière cette partie centrale est la grande halle de la gare, dont la longueur est de 200 m. et la largeur de 70, c.-à-d. au moins double de celle des boulevards. — De l'autre côté de la cour qui est à dr. , la gare de la ceinture et des trains-tramways de la compagnie, reliée à la grande par un passage sous la cour.

St- Vincent-de-Paul, que nous verrons au retour, est à peu de distance de cette gare, la façade du côté de la rue Lafayette (p. i»4).

Nous regagnons la rue Lafayette, en suivant à l'E. la rue qui passe devant la gare du Nord. Bientôt après nous traversons le chemin de fer de l'Est, et nous continuons tout droit.

La rue Lafayette se termine au boulevard extérieur dit de la Villette, près du canal St-Martin. On aperçoit là à g. une rotonde, occupée par la douane; c'est un reste des propylées de Paris construits à la fin du siècle dernier par Ledoux. A dr., derrière les bâtiments voisins, est le bassin de la Villette (pl. B. 26-27) , port et réservoir d'eau d'env. 65 000 m. de superficie , à plus de 25 m. au-dessus des basses eaux de la Seine. Il est formé par le canal de l'Ourcq, ainsi nommé parce qu'il relie l'Ourcq, affluent de la Marne, avec la Seine. Ce canal a 86522 m. de long, sans écluses en amont du bassin. Il s'en détache tout près de là un bras de 6647 m., le canal St- Denis, maintenant de 3 m. 20 de profondeur et avec 7 écluses au lieu de 12, qui abrège de 16 kil. le trajet entre la haute et la basse Seine. Au S., il se prolonge par le canal St-Martin (p. 64),

qui a 4554 m. de long et 9 écluses.

Autour du bassin se trouvent des magasins considérables, qui donnent

192 Rive dr. 7

PARIS. Buttes -Chaumont.

déjà une idée du commerce de Paris par les voies navigables (v. p. 347). Il arrive env. 1200 bateaux par mois dans le port de la Villette, y apportant toute sorte de marchandises, et 800 y reprennent un chargement.

Le bassin est traversé par une haute passerelle dont l'arche unique a une portée de 95 m. A l'autre extrémité, rue de Crimée, se trouve un pont levant, que manœuvrent des ascenseurs mus par l'eau du canal.

Nous suivons la rue d'Allemagne, jusqu'à une large rue à 700 m. à dr., l'avenue de Laumière, qui mène aux Buttes-Chaumont. A g. à l'entrée, la mairie du XIX? arrondissement, construction moderne monumentale dans le style Louis XIII, due à Davioud et Bourdai*. La salle des mariages a des peintures par Gervex et Blanchon.

Les ^Buttes-Chaumont (pl. B. 30-29) sont un magnifique parc, à l'O. de la colline de Belleville. Elles s'étendent en forme de croissant irrégulier sur une superficie de plus de 22 hectares. Ce n'est en réalité qu'une partie des buttes stériles et dénudées («calvi montes») où s'élevait jadis le gibet de Montfaucon, où furent pendus jusqu'en 1761 tant de criminels, mais aussi tant de victimes des vengeances humaines. Et il n'y eut pas que la populace qui vint s'y repaître de ce triste spectacle, Charles IX lui-même y fut avec sa cour pour voir Coligny , qu'on y avait accroché par les pieds après la St-Barthélemy, et il y fit, selon Brantôme, une réflexion analogue à celle de Vitellius sur le champ de bataille de Bédriac (Italie): «Aucuns qui étaient avec lui bouchaient le nez à cause de la senteur, dont il les en reprit et leur dit: Je ne le bouche comme vous autres, car l'odeur de son ennemi est très bonne. » Cet endroit fut encore pendant longtemps un lieu décrié, comme repaire de malfaiteurs, et aussi une des voiries de la ville. Après l'avoir déblayé dans l'intérêt de la santé publique, on y a créé, en 1866-67, une promenade, dont avait besoin ce quartier ouvrier. L'administration se proposait en même temps de faire acquérir de la valeur aux terrains vagues des alentours. Or il ne s'agissait pas, sur un vaste espace comme celui-ci, de faire un square vulgaire, mais quelque chose d'original et de grandiose. L'exploitation des carrières qui se trouvaient à cet endroit avait produit des inégalités de terrain considérables. Au milieu de ravins et de fondrières s'élevaient de petites collines et des rochers escarpés; on a transformé les collines en un joli parc, on a donné aux rochers un aspect encore plus sauvage et on les a entourés d'un petit lac. Une cascade y tombe d'une hauteur de 32 m. dans une grotte artificielle à stalactites, haute de 20m., l'ancienne entrée des carrières, et le ruisseau qui en sort se déverse dans le lac. Sur les rochers au milieu de ce lac a été bâti un petit temple corinthien, d'après celui de la Sibylle, à Tivoli (Italie). On a de la une belle vue du côté de Sfc-Denis et de Montmartre, et de la seconde hauteur au S. une *vue magnifique de Paris. Un léger pont en fil de fer, de 63 m. de long, est suspendu entre deux rochers à 30 m. au-dessus du lac; une arche de pierre encore plus élevée en relie d'autres plus loin , etc. On peut aussi monter au temple par un sentier dans les rochers, où l'on arrive en passant le lac en bateau (5 c). Ça et là dans le parc sont des sculp-

Abatt. delà Villette.

Rivedr.7. 193

tures en bronze: du côté* de l'entrée principale, Un sauvetage, par Rolard; en deçà du grand pont, le Chasseur d'aigles, par Desca; près de la grande cascade, le Pilleur de mer, par P. Oge; dans le haut du parc, Au loup, par Hiolin; plus loin du côté du centre de la ville, l'Egalitaire, par Captier; plus bas vers l'intérieur du parc, le Gué, par C. Lefèvre. Le chemin de fer de ceinture passe dans la partie E. du parc, dans une tranchée et deux tunnels, et près de là, au N., est la station de Belleville- Villette (v. l'appendice).

Il y a dans le parc 3 caféê-reiUtvrants: près du pont suspendu, au revers de la butte du S. (vue de Paris) et au-dessus de la tranchée du ch. de fer. — Musique militaire les dim. et jeudi en été (v. p. 31).

Au S. des Buttes-Chaumont , dans Belleville, un quartier ouvrier, s« trouve Bt- Jean-Baptiste (pl. B. 3â), belle église de 1854-1859, dans le style

Soth. du xiii 6 s M par Lassus. Il y a au portail deux tours, hautes de 58 m., ominant tout Paris. Dans le transept, des peintures murales par Leloir et Maillot. — On peut redescendre de là a la place de la République par le funiculaire (10 c).

Le marché de la Villette (pl. B. 31), le seul marché aux bestiaux de Paris, est à l'extrémité de la rue d'Allemagne, qui aboutit aux fortifications à la porte de Pantin (v. ci-dessous), à Vê d'h. des Buttes-Chaumont. L'entrée en est publique, et il est surtout animé les lundi et jeudi dans la matinée. Il couvre une superficie de près de 22 hect., sans le ch. de fer, et il a 3 vastes pavillons dans le genre de ceux des Halles Centrales, construits en 1867, par Baltard et Janvier, sur une superficie de 4 hectares. Celui du milieu peut contenir 5080 bœufs, celui de dr. près de 2000 veaux et 5800 porcs, celui de g. 31 300 moutons. Derrière sont des étables et autres dépendances proportionnées. Les bestiaux arrivent surtout par un embranch. du chemin de fer de ceinture, à l'E. Ce marché et les abattoirs voisins ont coûté près de 60 millons.

Le marché reçoit annuellement plus de 2 650000 têtes de bétail. Les bœufs proviennent surtout de la Normandie, de l'Anjou et du Poitou; les vaches, de l'Ile - de - France ; les veaux, de l'Orléanais et de la Champagne-, les moutons, de diverser provinces et de l'étranger-, les porcs, du Maine, du Poitou et de la Bretagne.

Les abattoirs de la Villette (pl. B. 28-31), à côté du marché, ne sont pas précisément publics , mais on y laisse d'ordinaire circuler les visiteurs. Ils ne sont séparés du marché que par le canal de rOurcq (p. 191), qu'on peut traverser, mais l'entrée principale est à l'opposé, rue de Flandre. La superficie est de plus de 19 hect., sans le ch. de fer. C'est surtout aussi dans la matinée que la visite en est intéressante, mais non pour les personnes sensibles. Il reste encore des bâtiments à construire; il y a plus de 200 échaudoirs, disposés autour d'une vingtaine de cours, dans lesquelles travaillent les bouchers, qui abattent jusqu'à 1200 bœufs , 500 veaux et 800 moutons par jour, sinon davantage, surtout les mardi et vendredi. Tout y est tenu avec la plus grande propreté. Les bouchers des abattoirs ne sont pas des détaillants ; ils vendent leurs viandes en gros à ceux de la ville, ici et aux Halles Centrales. C'est dans une grande halle à part et curieuse à visiter, du côté des fortifications,

Bœdeker. Paris. 13* édit.

194 Rivedr. 7. PARIS. St-Vinc.-de-Paul.

que se tuent et se préparent les porcs, jusqu'à 1000 par jour. Vers l'extrémité ou du côté du marché , une usine frigorifique et une usine électrique, — A l'entrée des abattoirs du côté de la rue de Flandre, sur les piliers, deux groupes de sculptures: Au pâturage,

par A. Lefeuvre, et à l'Abattoir, par Lcfèvre-Deslongchamps.

Paris a encore un grand abattoir sur la rive g (10 hect.), installé en 1897, entre les rues de Dantzig et Brancion (pl. G 11).

Les localités voisines de la Villette: Aubervilliers (27 332 hab.), au N.-E., où mène la rue de Flandre ; Pantin (25 586 hab.), à l'E., à la suite de la rue d'Allemagne, et le Pri-St-Gertais (9444 hab.), au S.-É. ou à dr. de Pantin, n'ont à peu près rien d'intéressant pour les étrangers. Pantin a toutefois une belle mairie (pl. B. 31-34), de construction réeente, dans le style de la renaissance, qu'on aperçoit à g. en sortant des fortifications. — A dr., à env. 2 kil., au loin sur la hauteur derrière le Pré- St-Gervais , qui est desservi par un petit tramway (5 c.) se trouvent les lAlas (7438 hab.), dominés par une mairie également remarquable. Ce village est desservi par le tramway de Romainville (v. l'appendice).

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