PONT-NEUF
tablement, et au-dessous des fenêtres se voient six belles statues : la Prudence et la Vérité", par A. Dumont ; le Châtiment et la Protection, par Jouffroy ; la Force et la Justice, par Jaley.
Vis-à-vis de cette façade était l'ancienne préfecture de police, Incendiée en 1871, après avoir été occupée en dernier lieu par les prétendus préfets de police de la Commune Raoul Rigault et Ferré. Le jour où ce dernier fit mettre le feu à la préfecture , Rigault mit en liberté 150 prisonniers qui s'y trouvaient, afin qu'ils aidassent à défendre les barricades contre la troupe-, mais ces hommes s'y refusèrent et furent fusillés par les insurgés ou périrent dans les flammes.
La petite place triangulaire voisine , la place Dauphine, récemment ornée de parterres, doit être bordée de nouvelles constructions se rattachant au palais.
Le *Pont-lTeiif (pi. R. 20 ; V) , pins loin, à l'extrémité* O. de l'île, traverse les deux bras de la Seine. Il a été construit d'abord de 1578 à 1604 et considérablement modifié en 1852. Il a 328 m. de long et 23 m. de large. On remarquera à l'extérieur les nombreux masques qui soutiennent la corniche ; ils avaient é"té* d'abord sculpté*8 par G. Pilon , mais ils ont é*té* refaits. Au milieu s'élève la statue équestre de Henri IV, par Lemot, é*rigé*e en 1818 à la place d'une autre , datant de 1635 , qui avait été* convertie en canons en 1792. Par représailles , Louis XVIII la fit faire avec les statues de Napoléon , de la colonne Vendôme , et de Desaix , de la place des Victoires. On y lit deux inscriptions, dont l'une est la reproduction de celle de l'ancien monument , sous Louis XIII. Des deux côtés sont des bas-reliefs de bronze , qui représentent Henri IV faisant distribuer du pain aux Parisiens assiégés et proclamer la paix par l'archevêque de Paris devant Notre-Dame.
Au xvie s. , le Pont-Neuf était le théâtre des représentations de Tabarin, poète satirique alors très-célèbre, et il fut longtemps encore après lui le rendez-vous des charlatans , des faiseurs de tours , des filous , des oisifs, des marchands de gazettes et de pamphlets, etc.
On a d'ici une *vue magnifique du Louvre. Le grand bâtiment sur la rive g. , est la Monnaie (p. 240). Plus loin, l'Institut (p. 239).
En revenant au boul. du Palais par le quai des Orfèvres , du côté de la rive g. , nous passons devant une autre partie du Palaisde- Justice , comprenant en particulier le dépôt de la préfecture de police. Ces bâtiments, construits d'abord pour la préfecture de police elle-même, en ont remplacé d'autres qui venaient d'être achevés lors de la guerre et qui furent incendiés avec l'ancienne préfecture en 1871. Les vieilles maisons de ce côté doivent être bientôt démolies pour dégager complètement le palais.
La préfecture de police (bureaux ouverts de 9 h. à 4 h.) occupe maintenant l'ancienne caserne de la Cité et les deux hôtels d'état-major du boul. du Palais, près du pont St-Michel (p. 221).
La préfecture de police de la Seine est le centre où aboutissent les fils d'un réseau de sûreté, en partie invisible, qui s'étend par toute la grande ville ; elle figure au budget de Paris pour environ 22 millions. Il y a trois divisions principales : administration centrale, commissariats de police et police municipale. Le préfet a son cabi-
net particulier ; puis vient le secrétariat général, qui comprend trois subdivisions, la première pour le personnel, le matériel , les archives, la comptabilité, la caisse et son contrôle ; les deux autres pour la police de Paris et de ses marchés. — Le service de la police municipale est dirigé par un chef, qui est colonel d'un régiment d'environ 7,700 hommes, dont 6,800 gardiens de la paix ou sergents de ville. Il y a en outre 6,000 gardes républicains et 1,500 sapeurs-pompiers.
C'est la préfecture de police qui veille , non seulement à la sécurité , mais aussi au bien-être et à la salubrité de la capitale. L'administration aussi active qu'habile des préfets de police est parvenue à faire de Paris une des villes les plus propres du monde, et à lui procurer une sécurité plus grande que celle des petites villes de province , malgré les 60,000 malfaiteurs qui y vivent et qu'on est obligé de tenir sous une surveillance permanente. — Les postes de police se reconnaissent le soir à des lanternes rouges (v. p. 49).
Hôtel-Dieu. Morgue. Ile St-Louis.
En se rendant à Notre-Dame du boul. du Palais (p. 211), on passe sur la place du Parvis et devant l'Hôtel-Dieu dont il sera question p. 219.
♦Notre-Dame (pi. R. 22 ; 7), l'église métropolitaine de Paris, a été fondée en 1163, sur l'emplacement de l'église primitive datant du ive s., et consacrée en 1182, mais la nef ne fut achevée qu'au xme s., et elle a subi dans la suite de nombreux changements. Cependant elle conserve encore assez bien son caractère primitif, grâce à une intelligente restauration faite depuis 1845. Il ne manque pas toutefois de personnes qui se trouvent un peu déçues à la vue de ce monument célèbre à tant de titres. Placée dans une telle ville, au milieu de tant de richesses monumentales, elle souffre naturellement de la splendeur de son entourage. L'aspect en est un peu lourd et écrasé, mais c'est encore là le résultat de circonstances que les architectes ne pouvaient guère prévoir: les flèches des tours n'ont pas été construites ; l'église s'élève dans la partie la plus basse de la ville; elle est entourée de hautes maisons au lieu des petites habitations d'autrefois, qui lui donnaient du relief, et enfin le sol sur lequel elle est bâtie a été considérablement exhaussé, car on y montait encore par 13 degrés en 1748, tandis qu'on y entre aujourd'hui de plain-pied.
Une page curieuse de l'histoire de cette église est celle du temps de la Révolution. Un décret du mois d'août 1793 en ordonna, il est vrai, la destruction, mais il fut immédiatement annulé. Néanmoins les sculptures furent mutilées. Le 10 nov. de la même année, l'édifice fut transformé en temple de la Raison, la statue de la Vierge remplacée par celle de la Liberté et les chants religieux par les chants patriotiques de la garde nationale. Sur un monticule dans le choeur brûlait le flambeau de la vérité et au-dessus s'élevait un temple grec de la Philosophie, avec les bustes de Voltaire, de Rousseau, etc. On y fit de plus asseoir sur un trône la déesse
de la Raison , qui n'était autre qu'une danseuse du nom de Maillard , à laquelle on rendit les honneurs divins. Des filles vêtues de blanc entouraient le temple des flambeaux à la main, tandis que les chapelles latérales servaient à des orgies. L'église fut complètement fermée à partir dn 12 mai 1794, et elle ne fut rendue au culte qu'en 1802, par Napoléon Ier. La Commune ne respecta pas non plus Notre-Dame; le trésor fut pillé et il y eut un dépôt militaire dans l'église, jusqu'au moment où les insurgés furent obligés de battre en retraite. Le feu y fut mis alors comme aux autres édifices, mais il causa peu de dommage.
•Façade. — La plus belle partie de Notre-Dame est sa façade, la plus ancienne dans son genre, du commencement du xme s. , et qui a servi de modèle pour beaucoup de façades des églises du nordest de la France. Elle est divisée en trois parties principales par des contreforts, et elle présente trois étages bien distincts , sans compter celui des tours. Dans le bas, trois baies avec de belles voussures ogivales , dont les sculptures, en tant qu'elles n'ont pas été* détruites à la Révolution , sont des productions remarquables du commencement de l'époque ogivale. Celles du portail du centre représentent le jugement dernier. Au trumeau, un beau Christ refait de nos jours. La porte du S., dédiée à Ste Anne, celle du N., qui sert ordinairement d'entrée, dédiée à la Ste Vierge, sont décorées de sculptures relatives à ces saintes ; on remarquera surtout à la seconde l'Ensevelissement de la Vierge. Cet étage se termine par une galerie ou des niches renfermant 28 statues de rois refaites de nos jours. Au-dessus de la galerie sont, dans le milieu, une Vierge accompagnée de deux anges tenant des flambeaux; à dr. et à g., des statues d'Adam et d'Eve. — Le principal ornement du deuxième étage est sa magnifique rose, de 13 m. de diamètre et de style encore assez simple. De chaque côté est une double fenêtre ogivale avec une petite rose feinte. Le troisième étage se compose d'une seconde galerie , haute de 8 m. environ , à colonnettes fort légères, portant des ogives géminées avec trèfles à jour. Plus haut règne une balustrade également à jour, couronnée par des statues de monstres et d'animaux, et le tout se termine par deux grosses tours quadrangulaires, percées d'ouvertures géminées hautes de plus de 16 m. Les portails latéraux méritent aussi d'être vus. Au portail méridional, de belles ferrures restaurées de nos jours par Boulanger. La flèche du transept, haute de 45 m., en bois revêtu de plomb , a été construite en 1859. On admire la légèreté et l'élégance du chevet , avec ses fenêtres à frontons et ses arcs-boutants d'une grande hardiesse (fontaine voisine, v. p. 219).
Intébibur. — Notre-Dame est ouverte toute la journée, mais le chœur et le pourtour sont fermés de 10 h. à 4 h. et ne peuvent être visités alors, ainsi que la sacristie, le trésor et la salle capitulaire, qu'avec une carte qu'on se procure en s'adressant au suisse, à dr. à l'entrée du pourtour (50 c). Les dimanches et jours de fête, le chœur et le pourtour restent ouverts jusqu'à la fin des'offlceg, mais on ne visite pas les autres parties réservées.
L'intérieur de Notre-Dame est divisé en 5 nefs, avec un simple