‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 99 sur 221 · DIGNE RE SP ON DE · texte numérisé non relu

DIGNE RE SP ON DE

(dino ou jodimo RAPONDI, dinus de rapoindis.)

Une des rues de Paris, très-voisine de la «Courarie» où demeurait Bureau de Dampmartin, a conservé le nom de ces riches marchands italiens qui trafiquaient de tout, prêtaient aux rois, alimentaient le luxe des grands seigneurs et formaient, avec les changeurs et orfèvres, une sorte d'aristocratie dans la bourgeoisie parisienne. Souvent inquiétés dans leur négoce, plus d'une fois rançonnés pour leurs pratiques usuraires, taxés arbitrairement et d'après leur fortune présumée, lorsqu'il s'agissait de dresser le rôle de la Taille, les Lombards n'en avaient pas moins prospéré, et leur commerce, déjà florissant au xiu" siècle.

ëivait pris, vers le fin du xiv8, des proportions considérables. Trois circonstances principales contribuèrent à ce développement : d'abord les cours de France et de Bourgogne se mirent à afficher une somptuosité jusque-là sans exemple; puis les visites royales et princières se multiplièrent pendant près d'un demi-siècle, entraînant avec elles des exhibitions de toilette et des cadeaux dont notre parcimonie s'étonne aujourd'hui; enfin le mariage de Louis d'Orléans avec Valentine Visconti vint, à ce moment même, ajouter à toutes ces tendances, en naturalisant à Paris le goût des élégances italiennes. La jeune duchesse apportait de Milan l'amour des choses d'art, des habitudes de magnificence prises à la cour de son père , et une riche dot pour satisfaire à toutes ses fantaisies. Ces causes réunies amenèrent en France de nouveaux Lombards, et y fixèrent ceux qui déjà y faisaient banque et commerce.

Parmi ces derniers, que la perspective des grandes clientèles avait attirés dans notre pays, Digne Responde figure au premier rang. Né à Lucques, avant i35o , il avait, paraîtil, la vogue pour ces riches tissus de soie et de velours, brochés d'or et d'argent, qui ne se fabriquaient que dans les villes italiennes, et dont elles conservèrent le monopole jusqu'au règne de Louis XL II possédait, dit M. Vallet de Viriville, trois maisons principales, à Montpellier, à Bruges et à Paris. Celle de Montpellier était l'entrepôt d'un vaste trafic maritime qu'il entretenait avec le midi de l'Europe et les échelles du Levant. Il devint bientôt le plus riche Lombard de son temps. Fournisseur du Boi, de la cour et des princes, il leur vendait ces précieuses étoffes dont nous avons parlé, les fourrures précieuses, les joyaux, les curiosités d'outre-mer, telles que l'ambre, la corne de licorne, etc. les livres somptueusement enluminés et reliés, et mille autres denrées ou marchandises. Il faisait, en outre, le commerce des métaux précieux, le change et la banque. Dès i36u, étant à Bruges, il prêta une grosse somme au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, qui devait épouser Marguerite de Flandre. Il était déjà maître d'hôtel et conseiller du duc; on le voit figurer en cette qualité sur les états de la maison de Bourgogne. Les rapports que créait cette situation devinrent encore plus étroits, ajoute M. Vallet de Viriville : Besponde aida puissamment le duc à construire son Saint-Denis, la célèbre Chartreuse de Dijon, enrichie par le ciseau de Claux Sluter, et la Sainte-Chapelle de la même ville, rivale de celle de Paris.

De pareilles relations ouvraient à Digne Besponde les portes de l'hôtel Saint-Paul : aussi y Irouva-t-il un accueil non moins empressé qu'à la cour de Philippe. La première pièce qui le constate est une «sauvegarde, avec quelques privilèges, pour le seigneur Besponde et «ses frères. » Voici la traduction de ce document : Charles, etc. savoir faisons que, désirant «favoriser les bons et fidèles bourgeois et habitants qui résident en notre royaume, et leur «permettre d'y négocier et étendre loyalement leur trafic; ayant reçu bon et louable lémoi- «gnage de nos aînés Dyne, Jacques et André Baponde frères, fils de feu Gui Ba ponde de «Lucques, ainsi que de leur neveu Jean Baponde, fils de feu Guillaume Baponde, aussi de «Lucques; ayant, en outre, égard à l'affection qu'ils ont toujours eue pour notre royaume, «et sachant, par grande expérience, qu'ils y résident honnêtement avec nos autres sujets, «Nous avons jugé et nous jugeons digne et convenable que lesdits frères Dyne, Jacques «et André, ainsi que leur neveu Jean, jouissent des mêmes faveurs, privilèges et libertés «que nos sujets regnicoles. Par conséquent, sur les instances desdits frères Dyne, Jacques «et André, ainsi que de leur neveu Jean, voulant leur faire une grâce spéciale, de notre «autorité royale, de science certaine et par grâce spéciale, comme il "est dit ci-dessus.

DINUS DE RAPONDIS DE LA VLLLE DE EVQVE^S EN JTALIE

Heliographie

Durand et Le Maire.

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