PLAN ET VUE PERSPECTIVE DE LA MAISON SITUÉE RUE DE MONTMORENCY, N° SI
d'après la planche donnée, en 1761. par l'abbé Villam.
Et d'abord le fait est constant : Guillebert de Metz déclare formellement que Flamel louait à prix réduits, Flamel laisné, escripvain qui faisoit tant daumosnes et hospita- ••litez, et fist plusieurs maisons ou gens de mestiers demouroient en bas, et du loyer quilz - paioient estoient soutenus poures laboureurs en hault. » Le charitable écrivain établissait donc une sorte de compensation entre les « louages n du rez-de-chaussée, c'est-à-dire les boutiques, et ceux des étages supérieurs qu'il avait divisés en chambres et petits logements. Les bénéfices réalisés sur les commerçants lui permettaient de dégrever d'autant les petits journaliers qui n'avaient que leur salaire. Ce mode de répartition des charges locatives est tout au moins fort ingénieux. M. Vallet de Viriville, dans une étude excellente d'ailleurs M, l'a jugé un peu sévèrement peut-être : il y a vu «l'esprit de spéculation com-
Des ouvrages alchimiques attribués à Nicolas Flamel, dans le tome XXIII des Mémoires de la Société des Antiquaires de France, p. 175.
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ftbiné avec le sentiment de la charité(l). » L'esprit de spéculation est un bien gros mot: Flamel achetait des maisons et les faisait bâtir dans les «places vuides;» il acquérait des rentes et prenait des hypothèques sur des immeubles, toutes opérations parfaitement licites et qui ne semblent point entachées d'un aveugle amour du lucre. Quant à ses loyers, il les exigeait moitié en argent, moitié en prières, combinaison qui serait fort goûtée de nos jours, s'il prenait fantaisie aux propriétaires de la remettre en vigueur. Voici d'abord, d'après l'inscription même qu'on lisait au-dessous de la frise sculptée de la maison sise rue de Montmorency, et qu'on y lit encore aujourd'hui quelle était la redevance pieuse imposée par Flamel à ses locataires :
Hons bornes et femes laboureurs bctnonrans on porche121 o- cette maxfon qtu fit ftë en lan be grâce mil quatre cens ef sept somes tenns clmfcn en trrotf sog birc tons les tonrs nne patrenoftre eï <v ane maria en priant bien qne fa grâce face parbo anx ponres pesc^enrs trespaffeî. anien(3).
Il resterait ensuite à déterminer la part de loyer exigible en argent, afin de savoir si
(I) M. Bernard, dans un mémoire sur la maison de la rue de Montmorency, exprime la même opinion que M. Valiet de Viriville : tr Nicolas Flamel , dit-il , «ne fut pas si généreux qu'il l'avait fait espérer à n- l'abbé de Saint-Marlin-des-Champs , de qui il oba tint presque pour rien l'amortissement du terrain fl-sur lequel il fit édifier sa maison. L'acte d'amortissement porte, en effet, que l'acquéreur pourra " élever des édifices de telle ordenunce qu'il lui plai- <troit, soit maison d'aumosne par manière d'hospital '(ou autrement. Flamel fit construire un corps de « logis où l'on n'était admis qu'en payant, et il imrrposa même à ses locataires l'obligation d'acquitter •csa dette pieuse en priant pour les trépassés dont le ff dernier asile était tout proche; je veux parler du ff cimetière de Saint-Nicolas.» (Mém. de la Société des Antiquaires de France, t. XXI, p. 38o.)
M. Edouard Fournier ne se rend point aux observations critiques de MM. Bernard et Valiet de Viriville: "Flamel, dit-il, était trop bienfaisant de ff lui-même pour faillir à la dette d'aumône qu'il ff avait contractée en devenant propriétaire du ter- •rrain sur lequel s'était élevée cette maison. Il était •fde ces âmes, facilement généreuses, qui n'ont «pas besoin qu'un contrat les oblige à la charité, rrel qui vont aux bonnes œuvres de leur propre frélan. n Quant à l'inscription, dont on s'est fait une arme contre lui, voici la réflexion qu'elle inspire à M. Fournier: «La pieuse modestie du propriétaire avait voulu qu'il y fût parlé seulement de ce '< que ses hôtes devaient à Dieu, et point du tout de t'Ia reconnaissance qu'ils lui devaient à lui-même, n
[Enigmes des rues de Paris, pages 2 46 et 2 48.)
(2) Le mot porche s'entendait, au xve siècle, nonseulement d'un vestibule ou portique précédant un édifice, mais encore de l'édifice lui-même, et, par analogie, de l'ensemble d'un corps de logis réunissant plusieurs locataires. (Voir des lettres de rémission de i4io, citées par Carpentier. Gloss. med. et inf. latin, édit. Henschel, t.V, au mot Porchetus.)
t3) L'inscription , que nous avons relevée sur place . règne, en une seule ligne, tout le long du linteau des baies à rez-de-chaussée. L'abbé Villain, qui l'a omise dans sa planche et reproduite inexactement dans son texte, s'en exprime ainsi : tr Cette inscription et quelques autres que l'on lit à cette maison . «de même que les bas-reliefs et gravures qui y sont, * désignent encore le caractère dévot de Flamel. Il •r y a au-dessus de la porte du milieu un bas-relief rqui représente l'adoration des mages; au-dessous rron lit ces paroles : Sainte Marie, priez pour nous trpoures pécheurs. Une grande pierre, qui fait le fond ffde deux boutiques, est chargée de gravures. Au rr milieu se voit le Père éternel, qui tient entre ses f bras Jésus-Christ en croix. Aux deux côtés sont un ff grand nombre de figures à genoux, en habit du ff temps, parmi lesquelles on distingue Flamel et rrPernelle. Les jambages de la maison sont chargés :rde lettres gothiques majuscules qui, rassemblées, rr forment ces mots : Dco grattas, avec une N et ffime F. On ne peut que conclure de tout cela que free bonhomme, tout occupé de la dévotion , ne sonregeoit guère à la pierre philosophale. •» (Histoire de Saint-Jacques-la-Bouchcrie, p. 3o5.)
Flamel était réellement un spéculateur ou un homme charitable; mais les livres originaux où il consignait ses recettes n'existent plus, et il faut s'en référer aux comptes de la fabrique, tels que les donne l'abbé Villain. Ces documents embrassent une période de dix années, de 1 kkk à i&5/i; le chiffre des locations de la maison sise rue de Montmorency y est indiqué, et il y a lieu de croire que les marguilliers de Saint-Jacques avaient, en exécution des volontés du donateur, continué le système de modération appliqué au loyer des « poures laboureurs. 55 Voici le relevé de ces comptes :