ESSAIS DE STATISTIQUE PARISIENNE DU XIV0 AU XVL SIECLE
ses approximations sont encore bien vagues. En laissant de côté le nombre des grains de blé qui composent le «septier, » celui des «chandelles de cire a voûter et autres puéri lités statistiques, pour s'en tenir aux objets de grande consommation, on arriverait encore à des chiffres qui paraissent hors de proportion avec la population probable. Sans doute Paris avait dû grandir sous le gouvernement réparateur de Charles VII et de Louis XI . et ce n'est peut-être pas s'éloigner beaucoup de la vérité que de compter trois cent mille âmes dans la capitale vers l'époque de Charles VIII et de Louis XII. 11 faudrait donc trouver dans les chiffres de consommation environ un tiers en sus. Or la proportion est plus forte, même en défalquant «les jours maisgres que len mengue marée.» Un débit quotidien de cent cinquante bœufs produit, pour trois cents jours seulement, un abatage de quarantecinq mille têtes, et Guillebert de Metz n'en compte guère que le quart. Huit cents moutons par jour donnent deux cent quarante mille têtes pour dix mois de régime gras ; et ici nous nous trouvons plus rapprochés des chiffres consignés dans la Description de Paris. 11 n'est question, chez le statisticien anonyme de la fin du xve siècle, ni de veaux, ni de porcs frais , ni de porc salé, ce qui rétrécit encore le terrain de la comparaison.
Quant à la consommation du vin , on peut, jusqu'à un certain point, la déterminer avec la mesure-type adoptée par le même statisticien. Quelle était la contenance du muid qu'il a pris pour unité? Du Cange énumère toutes les variétés de modius, réglées par les jaugeurs de Paris, et il donne comme la mesure la plus généralement usitée «le tonnel de Biaune «ou Bourgoigne contenant vi muis a la moison de Paris, et la queuë m muis. » On sait, d'autre part, que la queue, encore en usage aujourd'hui, contient environ quatre hectolitres et demi, ce qui permettrait de réduire en mesures modernes les cinq cent soixante muids qui formaient la boisson quotidienne des Parisiens. En effet, la capacité du muid ordinaire paraissant avoir été de cent cinquante litres, la multiplication donne un total de huit cent quarante hectolitres par jour et de deux cent quatre-vingt-neuf mille huit cents hectolitres par an: accroissement très-considérable, même en tenant compte du développement de la population.
Si la statistique n'était pas une science éminemment périlleuse, surtout lorsqu'elle opère sur des bases aussi incertaines, on pourrait tirer quelques inductions des chiffres qui précèdent; insinuer, par exemple, que la consommation du vin à Paris a suivi une progression graduelle depuis le xive siècle jusqu'à nos jours, et que cette progression, déjà sensible à la fin du xvc siècle, l'est devenue bien davantage depuis. Ce raisonnement n'aurait rien de bien hasardeux: un plus grand usage du vin s'explique, non-seulement par la recherche et la diffusion du bien-être, mais encore et surtout par l'amélioration des anciennes voies de communication, la création de voies nouvelles, les progrès de l'industrie
11 On sait que Ycnvoultement consistait à fabriquer de petites images de cire représentant plus ou moins grossièrement les traits des personnages qu'on vouait à une maladie, à un fléau, à la mort même. On piquait ces figures avec des épingles, dans la conviction que le personnage représenté ressentait lui-même toutes les blessures faites à son
effigie. Du Cange (Gloss. med. et infim. lui. édit. Henschel, t. VI. p. 898) cite divers passages relatifs aux vullivoli ou fabricants d'images de cire pour cet objet. Uciwoullernent était d'origine païenne. Virgile , dans l'églogue intitulée Pharmaeeutria . el Ovide, dans ses Héroïdes, mentionnent expressément cet usage.
viticole , etc. Les statisticiens d'autrefois n'en cherchaient pas si long; leur curiosité et celle de leurs lecteurs était satisfaite lorsqu'ils avaient dit, en forme de conclusion dernière : 'Et est un abisme que Paris'11."
1 C'est le dernier mot du Dit anonyme cité plus haut.