DE LA CITÉ DE PARIS
J'ai fait le tour du monde, parcourant tous les climats, les étudiant avec soin depuis leurs points extrêmes, recherchant quel endroit, parmi les lieux habitables , surpassait les autres en beauté, en agrément, avec une prééminence telle qu'il fût supérieur aux autres séjours les plus remarquables, et qu'il méritât dignement, par sa température et ses autres qualités, d'être décoré du nom de Paradis. Et voici que, passant sous une certaine ligne du monde, marchant à travers les montagnes et les vallées, où des spectacles sans nombre et pleins d'agréments s'étaient présentés au premier regard à chacun de mes sens (à mes yeux, des figures revêtues de couleurs variées et innombrables ; à mes oreilles, des mélodies; à mon goût, à mon odorat, des sensations agréables), me sentant poussé par la volonté divine, j'ai choisi enfin, pour m'arrêter et me reposer, un lieu où je me suis établi comme dans un pâturage"', sous l'impulsion puissante de la nature qui me le montrait; tandis que, sur ce trône de sainteté, toute amabilité, toute joie, toute supériorité, tous les dons des grâces et des vertus se trouvaient réunis en nombre incomparable. Dans l'admiration d'un spectacle aussi nouveau, je sentis mes forces renaître; je devins un autre homme, au point que les contrées qui s'étaient d'abord offertes à mes yeux ne me paraissaient plus dignes d'aucun renom de beauté ou de charme.
J'ai vu dans ce lieu les sept arts libéraux, représentant les sept candélabres qui brûlent sans cesse devant Dieu, et qui sont l'origine de tout ce qu'on peut savoir ('2'. Cette mère des cités est à la fois une montagne, une vallée et une plaine. Elle est une montagne, parce que, à l'instar de la triomphante Jérusalem, la sagesse du Très-Haut y est établie sur les
ll) L'auteur, à qui le langage biblique est fami- crcandelabrorum aureorum. — Etcandelabra septem.
lier, emploie fréquemment des expressions em- rrseptem ecclesia™ sunt. 1 Les sept candélabres de
pruntées aux saintes Écritures. Celle-ci appartient à l'Apocalypse ont été diversement interprétés dans la
un des psaumes de David (le aae) : In loco pascuœ ibi symbolique chrétienne du moyen âge. L'auteur ano-
me colloeavit; elle rappelle suffisamment les babi- nyme del'Eloge de Paris nous donne ici un exemple
tudes primitives des Israélites et de tous les peuples de ces sortes d'interprétations. M. Guénebault, dans
pasteurs, pour lesquels un bon pâturage est la pre- son Dictionnaire iconographique des monuments de
mière condition de séjour. l'antiquité chrétienne et du moyen âge (Paris, \Sk 3,
2) Allusion aux versets 12, i3, 20 du livre pre- in-8°, 2 vol.). au mol Candélabre, indique quel-
mier de L'Apocalypse de saint Jean : r-Et conversas ques-uns des travaux d'archéologie relatifs à ce
• vidi septem candelabra aurea. — Ira medio septem sujet.
per tunioremW scientiarum ceteris eminentior. Vallis est in soliempni studentium < jLiiete , quos non aura gravis impetit, vel caumatis(2)aut frigoris austeritas offendit per excessum. Planities est in aspectu scientifico, que totum orbern in ictu oculi comprehendit, cujuslibet interpositionis obstaculo penitus excluso ; tanto purius et evidentius quanto intellectus ipse sensus excedit materiales. Et, ut evidentius utar contento pro continente, hec est illa nutrix collegii tani celebris et famosi, quod, velud alterum voluptatis castissime Paradisum, sacris plantariis consitum, agrum plénum, cui benedixit Altissimus, procul dubio dextera Domini coluit et plantavit. Ad quem quidem amenitatis locum plenius irrigandum, a fonte sapientie in excelsis habundanter aque vive confluunt; et in loco confluentie efTiciunt mare magnum, a quo velud per diversos alveos (lumina scientie salutaris ad omnia mundi climata derivantur, universamque terrain Ghristi fidelium inebriant et fecundant.
Cujus felici commercio, regnum Francie pre regnis aliis patet, a longuis rétro temporibus, evidenti lumine, triplici preeminentia claruisse que tribus personis in Trinitate Sancta concurrentibus attribuuntur, potentia scilicet, sapientia et begnignitate ; et per hoc in se habuisse vestigium Trinitatis : in strenuitate militum potens, in clero literarum scientia predito sapiens, et in démenti principum begnignitate begnignum(3). Quorum medio si duo destituantur extrema(4), concurrent, quoniarn potentia, nisi fuerit sapientia temperata, in presumptionem prorumpit. se ad arrogantiam extollendo ; begnignitas insuper, si eadem subfulta non fuerit. in desolationem dégénérât, et efficitur fatuitati cognata. Quapropter utrique sapientia est necessaria, sine qua neutra illarum virtutis nomen obtinet vel effectum. Sapientia vero nutritur studio literarum; quo, quasi fluvio de loco deliciarum egresso, non solum regnum predictum irrigatur et fecundatur, per Spiritus Sancti gratiam, verum et Paradisus(5^ Ecclesie generalis, cujus alveus illa civitas, ymo civitatum mater et domina antedicta, ex eo quod générale studium ibidem viguit. hactonus noscitur extitisse.
Frontin paraît être le premier auteur qui ail employé le mot lumor dans le sens physique. Le participe tumorntus a été pris depuis dans la même acception.
2 Ce mot grec, que les dictionnaires classiques indiquent comme étant d'une latinité douteuse, a été fort usité au moyen âge : après Ulpien, on constate que Arnould, abbé de Bonvaux. Florus, diacre de Lyon , ainsi que les auteurs des Vies de saint Gilbert et de saint Jacques de Taranlaise. l'ont employé dans le sens de forte chaleur.
M. Henschel cite la forme Begninus pour
Bemgnus dans des Lettres de Tan 1 36 1 ; il ne donne pas d'exemple de l'emploi des deux g. ( Voyez Du Cange, Gloss. med. et infini, lat. t. I, p. 638.)
w On retrouve dans ce moyen [médium) et dans ces extrêmes (extrema) une réminiscence involontaire des trois termes du syllogisme.
(5) Le mot Paradisus , employé avec une affectation marquée dans ce paragraphe ainsi que dans les deux précédents , prépare le lecteur à la singulière étymologie qui fait le fond de l'alinéa suivant, et qu'on retrouve, en substance, chez la plupart des auteurs de ce temps.
ELOGE DE LA CITE DE PARIS. 25 saintes montagnes et dépasse les autres par l'élévation de sa science. C'est une vallée, si l'on considère le calme solennel des hommes d'étude qui n'y sont ni inquiétés par un vent impétueux, ni exposés aux atteintes excessives du chaud et du froid. C'est une plaine, au point de vue de la science, car on y embrasse d'un coup d'œil le monde entier, sans l'interposition d'aucun obstacle, avec d'autant plus de clarté et d'évidence que l'intelligence dépasse les sens matériels. Et pour le montrer plus manifestement, en citant le contenu pour le contenant, c'est la nourrice de ce collège si célèbre et si connu (i) qui, comme un autre Paradis de très-chastes délices, semé de plants sacrés, semblable à un champ abondant, fertile, béni du Très-Haut, a été sans aucun doute cultivé et planté par la main de Dieu. Pour arroser plus complètement ce lieu de délices, des eaux vives affluent abondamment de la source de la sagesse d'en haut, et forment au confluent une grande mer, de laquelle, comme par différents lits, les fleuves d'une science salutaire prennent leur cours vers tous les climats du monde, où ils vont enivrer et féconder toute la terre des fidèles du Christ.
C'est grâce à cet heureux commerce que, depuis longtemps dans le passé, l'on voit le royaume de France briller au-dessus des autres royaumes, en pleine possession de la triple supériorité qui est attribuée aux trois personnes unies dans la Sainte-Trinité, savoir : la puissance, la sagesse et la bonté. Par là, il porte en lui l'image de la Trinité : il est puissant par la valeur de ses chevaliers, sage par la science littéraire de son clergé, bon par la générosité et la clémence de ses princes (3). Le second de ces attributs, à défaut des autres, les réunirait tous deux, car la puissance, si elle n'est tempérée par la sagesse, devient de la présomption, en s'élevant à l'arrogance; et la bonté, si elle n'est elle-même soutenue, dégénère en faiblesse et devient voisine de la sottise. C'est pourquoi l'une et l'autre ont pour fondement nécessaire la sagesse, sans laquelle aucune d'elles n'a ni le nom ni l'effet d'une vertu. La sagesse se nourrit de l'étude des lettres, qui, ainsi qu'un fleuve sorti d'un lieu de délices, arrose et féconde, grâce au Saint-Esprit, non-seulement le royaume dont nous parlons, mais encore le Paradis de l'Église générale, dont cette cité, ou plutôt cette mère et maîtresse des cités, est connue jusqu'ici pour avoir été le berceau, parce que l'ensemble des études y a toujours été en honneur (4).
(1) Il est évidemment question ici de Montmartre et de la montagne Sainte -Géneviève, que l'auteur compare aux monts de Sion et du Golgotha.
(2) Le mot collegium, suivi des épithètes célèbre et famosum, paraît devoir s'appliquer à la Sorbonne fondée vers le milieu du xiii1 siècle , pour de pauvres étudiants en théologie, et qui ne tarda pas à être comblée des faveurs de l'épiscopat, ainsi que des encouragements du Saint-Siège. Le Dictateur appartenait peut-être à cette maison, si l'on en juge par le pompeux éloge qu'il en fait.
(?,) Ces comparaisons, qui sont dans le goût du
temps , nous semblent aujourd'hui étranges et presque téméraires. Cependant on comprend ces hardiesses théologiques , surtout après la longue lutte de Philippe le Bel et de Boniface VIII. L'auteur proteste ici contre les fâcheuses imputations des avocats de la Cour de Borne, qui avaient fait de la France un assez triste tableau.
m Paris et ses écoles ont rendu, en effet, les plus grands services à l'Eglise. Sans parler des papes et des prélats qu'ils lui ont donnés, sans citer la brillante époque de saint Bernard, il suffit de rappeler les Bonaventure et les Thomas d'Aquin . qui allèrent porter à Borne et dans le monde en-
Ad cujus siquideni creationem primariam loci , sueque situationis configurationem, virtus elementaris vana procul dubio fuisset, nisi totius armonie celestis, di vino nutu mediante , concursus intervenisset, faciens in re maleriali rem celestem, a Paradiso parum in nomine, et si non re, declinationem dictam Parisius. 0 militantis Ecclesie civitas admiranda, quinymo singulorum patria tuti refugii, quis te fcaï'i titulo nominis insignivit, ut in littera vel sillaba discrepares a Paradisi vocabulo? Certe non tibi, mater amena, sed potius inponenti^, cujus lingua fleumatis(2j iniquo pondère turgens, salis expers, munditie tibi nomen pro parte cincopavit 3). Que si cum epenthesi permutando concurrerent, facile Parisium in Paradisum converterent. Cum igitur in tuis visceribus habeas, o mater, unde tibi mederi poteris, barbarismo precipere digneris super premissis permutandis, cum non re, sed solum nomine a Paradiso discrepes.
O felix vallis deliciarum, ad quam bona cuncta confluunta mundi finibus! Docta legis mistica docens et predicans tu, quasi vitis fructiferans suavitatem odoris ; cujus flores, fructus honoris et honestatis; pulcra utluna, electa ut sol (5' ; de qua dici poterit et merito : rc Transite ad me qui concupiscitis me ^, et a generationir-bus meis adimplcbimini. Spiritus enim meus super mel dulcis, et hereditas mea tr super mel et favum. d Quis mente captus ponere presumpsit in gradu comparationis aliarum, cum penitus in génère discrepes, que potius singulorum ad te velud matrem confluentium patria quam civitas dici mereris? De tuis alumpnis esse non creditur, quia per ingratitudinis vilium in matrem suam committeret '7). Quoniam, et si feda fores prostibularia, vel ignominioso quovis nomine fedata, quod absit, uteri tui germen, saltem si legittimum foret, se tibi opponere non deberet; quin potius ad tui nominis defensionem totis viribus aspirare.
Modo ita est, et mundus novit universus te fore mundam, immaculatam et tanquam sine ruga(sl. De qua novies commémorât Ecclesia O admirative, «O sapientia,ncum suis sequentibus, in tantum quod qui laudes tibi accumulare nititur, solem facibus ignire molitur ad luminis incrementa. Utinam de throno Domini,
(1) Sous-entendez nomen. Le mot cujus qui suit rend la construction barbare.
(2) Fleuma, en patois picard fleume , dit Du Cange; c'est une forme adoucie du latin ou plutôt du grec ((pXèypa.).
(3) Se trouve dans Végèce , sous la forme sijncoparc ; on le rencontre avec l'orthographe employée ici dans la Vie de Henri V, roi d'Angleterre (Elniham), chap. maiii, p. 19. (Voyez
Du Cange, édition Henschel, t. VI, p. £71.)
(4) Eccksiastic. c. x\iv, v. 23 et sqq.
(5) Cantic. c. vi, v. 9. •
(6) Eccksiastic. c. xxiv, v. 26.
(7) Commiltere , employé" intransitivement , c'est-à dire sans complément, dans le sens de crimen commiltere. (Gloss. de Du Cange, suppl. de Carpentier, t. I, col. io65.)
(6) Epist. ad Ephcs. c. v, v. 27.
ÉLOGE DE LA CITE DE PARIS. Ti Quant à la création primitive de ce lieu et à la configuration de son site, la force des éléments aurait été vaine, si le concours de toute la céleste harmonie n'était intervenu, par l'action de la volonté divine, pour faire d'une chose matérielle une chose céleste, ne différant que fort peu du Paradis par l'appellation, puisqu'elle n'en diffère pas en réalité, Paris enfin, nom dérivé du mot Paradis. 0 admirable cité de l'Eglise militante, et de plus patrie et refuge assuré de chacun, quel est celui qui vous a décorée d'un nom qui ne diffère du mot de Paradis que par une lettre ou une simple syllabe? Certes ce n'est pas à vous, douce mère, c'est à celui qui vous donna ce nom qu'il faut reprocher de l'avoir abrégé en partie, parce que sa langue trop épaisse et trop chargée manquait de délicatesse et de goût. Si ces lettres étaient modifiées par épenthèse(1), on changerait facilement Paris en Paradis. Puisque vous avez, ô ma mère, au fond de vous même de quoi guérir ce mal, daignez ordonner à cette langue barbare de changer les lettres dont j'ai parlé, car ce n'est pas en fait, mais seulement par le nom , que vous différez du Paradis.
0 heureuse vallée de délices vers laquelle affluent tous les biens des extrémités du monde ! Vous êtes savante , puisque vous enseignez et proclamez les mystères de la loi , comme une vigne qui porte pour fruits la suavité des parfums. Vos fleurs sont des fruits d'honneur et d'honnêteté. Vous êtes belle comme la lune, choisie comme le soleil; c'est de vous que l'on pourra dire avec raison : « Venez à moi , vous tous qui soupirez après moi , et vous «serez remplis de mes générations. Mon esprit est plus doux que le suc des fleurs, et mon -héritage vaut mieux que les rayons de miel(2). » Quel est l'homme assez dépourvu de bon sens pour vous mettre en parallèle avec les autres villes, vous qui différez entièrement d'elles par le genre, et qui méritez d'être appelée plutôt la patrie que la cité de ceux qui accourent à vous comme à une mère? On ne supposera jamais qu'il soit un de vos enfants, parce qu'il commettrait là un crime d'ingratitude envers sa mère. En effet , si vous étiez une vile courtisane ou une femme souillée de quelque nom infâme (que Dieu nous en préserve!) ce n'est pas au fruit de vos entrailles, du moins s'il était légitime, qu'il conviendrait de vous en faire un reproche ; mais il devrait plutôt concourir de toutes ses forces à la défense de votre nom.
Quoi qu'il arrive pour le moment, l'univers entier sait que vous serez toujours pure, sans tache et, pour ainsi dire, sans ride. C'est pour vous que chaque année l'Eglise fait entendre neuf fois l'exclamation admirative 0 ! (3J « 0 science ! » et la suite. Celui qui s'efforce d'accumuler les louanges en votre honneur ressemble donc à l'homme qui prétendrait embraser le soleil avec des flambeaux, pour augmenter la lumière de cet astre. Puissent,
lier la science qu'ils avaient recueillie dans tes écoles de Paris.
(1) Épenthèse, ff terme de grammaire, addition, « insertion d'une lettre ou même d'une syllabe au milieu d'un mot. » (Littré.) Les auteurs latins et grecs de la décadence ont fait un fréquent usage de cette figure .qui prête, comme on le voit, au caîembour.Les beaux esprits du moyen âge la leur ont empruntée.
(2) A partir de cet endroit, le ton change visiblement; l'éloge fait place à l'invective.
(3) Les grandes antiennes de l'Avent commencent par 0 , et sont appelées les Oleries. Il y en a neuf dans le bréviaire de Paris, sept seulement dans le bréviaire romain. On les ebante avant et après le Magnifient. C'est une sorte de ditbyrambe en l'bonneur du Messie.
juxta Johannis eulogium, tonitrua prodeant, voces et fiilgura et de celestis majestatis preconio, ad terrendos impios, divine satisfactions splendeat gladius, gladius divine ultionis, in illum qui prefatum locum benedictionis et gratie Silvanecto comparare velud eflrons(2) usurpavit; qui tantum discrepat a Silvanecto quantum Paradisus a silva(3'.
Si Silvanectum silve, prata, pascue et cetera circumstent bujusmodi, his potius locis desertis atestant quam in [hujusmodi] connnendationem qualemcumque re-
ducentur; nisi silvam sillogismis, ranas rethoribus, prata
Veteris Novique Testamenti et cetera litice(i)se comparare
présumât.
Aliud restât memoria dignum quod, in comparatione prefata, locum optineret non modicum, ranarum videlicet copia Silvanecti vigens bine et inde, que
multiplici dissonantia per tritonum tonum et cum dyapente tonum nec
non et dyapason cum ditono^5', per arsim et tbesim(r,), prêter usum aliorum musicorum, quasi novo mélodie génère recitando fruuntur : que dictam civitatem reddunt suo judicio commendabilem forte. Que si in laudem Silvanecti recitata forent, et muscarum collisionem inibi confluentium non tacuisset, merito fuisset admittenda commentatio. De preconiis itaque nemorum, cum suis umbris delectabilibus, ad crines et cesariem matris prefate ta m precelse tamque potentis ac decorem, tanta est comparatio, nisi fallor, quanta caude eque fétide regine crinibus aut imperatricis. Valeat igitur illa aima mater Parisius, amena patria, que parem non novit(7) hactenus in orbe, nec parificari meretur aut merebitur in secula seculorum. Amen.
(,) Apocal. c. xvi , v. 18.
"J Celte expression , d'où vient évidemment notre mot effronté, ne se trouve que dans Vopiscus et Alcimus Avitus. Le moyen âge l'a recueillie. ( Voyez Du Cange, édit. Henschel, t. III, p. i4.)
(3) Jeu de mots intraduisible entre Parisius et Silvanectum , Paradisus et Silva.
(4) Quoique le nianuscrilde Vienne n'indiquepoint ici de lacune, ce passage est évidemment altéré; il manque un mot répondant h prata, de même que sillogismis et rethoribus correspondent à syham et à ranas. Litice semble être la fin d'un adverbe.
1 II ne faudrait pas chercher dans ces termes leclmiques l'expression seulement d'accords disgra-
cieux tels que peuvent en faire entendre les grenouilles. L'auteur, par plaisanterie, a accumulé pêle-mêle le triton, le ton avec la quinte, c'est-àdire la sixte; l'octave avec la tierce, c'est-à-dire le dixième, dissonances et consonnances, pour dire que cette nouvelle espèce de musiciens, dans leurs accords comme dans leur mesureront au hasard, sans loi ni règle.
f,) Arsis, temps levé; thesis , temps frappé.
(7) Paris sans pair : rrCui par est nihil et nihtl ffsecundum.n Idée qu'on trouve exprimée sous ces deux formes par tous les auteurs du moyen âge qui ont parlé de Paris. (Voyez Suppl. des Antiquit. de Paris, de Du Brcul , 1 63o, , p. 1 .)
du trône du Seigneur, suivant la prophétie de Jean, sortir des tonnerres, des voix et des éclairs! Et puissions-nous voir, à la gloire de la céleste majesté et à la terreur des impies, briller le glaive du châtiment divin, le glaive de la vengeance divine, sur celui qui a eu l'impudence de comparer à Senlis ce lieu de bénédiction et de grâce, qui diffère autant de Senlis que le Paradis d'une forêt
Si Senlis est entouré de forêts, de prés, de pâturages et d'autres lieux de ce genre, ce voisinage atteste plutôt la solitude de ce pays qu'il ne le recommande d'une manière quelconque; à moins qu'on ne veuille comparer la forêt au syllogisme, les grenouilles aux
rhéteurs, les prés de l'Ancien et du Nouveau Testament, etc. . . .
(Lacune dans le texte.)
11 y a encore une chose qui mérite une place remarquable dans le parallèle en question, c'est la quantité de grenouilles qui vivent çà et là dans Senlis, et qui, par leurs nombreuses dissonances sur le triton, le ton avec la quinte, l'octave avec la tierce, par élévation et abaissement, contre l'usage des autres musiciens, emploient, pour ainsi parler, un nouveau genre de mélodie, ce qui rend, au jugement de l'auteur, cette ville fort recommandable. S'il avait dit tout cela à la louange de Senlis, et qu'il n'eût point passé sous silence la foule des mouches qui s'y rassemblent, on aurait dû admettre l'éloge (2). Quant à celui des forêts et de leurs ombrages agréables, rapprochés de la chevelure et de la beauté d'une mère si grande et si puissante, c'est la même comparaison, si je ne me trompe, que celle des crins d'une mauvaise jument avec les cheveux d'une reine ou d'une impératrice. Donc vie et prospérité à Paris, à cette illustre mère, à cette douce patrie, qui, jusqu'à présent, n'a point connu d'égale dans le monde, qui mérite et méritera de n'en avoir jamais dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
(,) Sous cette discussion futile en apparence, où la gravité des paroles el des menaces parait hors de toute proportion avec les inte'rêts en jeu, il se cache manifestement, ainsi que nous l'avons fait pressentir dans la Notice, un débat beaucoup plus sérieux. Circonstance singulière, et que le lecteur ne manquera pas de remarquer, c'est que le seul endroit des deux Eloges qui présente une lacune est précisément celui où le Dictateur semble avoir voulu se démasquer. Il est bien permis de considérer celte lacune comme une suppression faite après coup.
(2) En se plaçant dans l'ordre d'idées qu'indique la note précédente, ne peut-on pas supposer que Senlis, où s'était réfugié, sans doute avec quelques amis, le défenseur du pouvoir temporel, représentait, aux yeux du Dictateur, les doctrines mêmes qui avaient amené la fuite de Jean de Jandun, tandis
que Paris, maintenu par la Sorbonne dans les saines idées, et ayant conservé ses docteurs orthodoxes, personnifiait les vrais principes? L'hypothèse n'est pas sans vraisemblance, quand on songe aux singulières habitudes de style dont ces deux Éloges nous donnent de si fréquents exemples, et qu'on se demande ce que peuvent être ces "grenouilles^ et ces rr mouches » qui abondaient alors à Senlis. Le Dictateur, qui parlait à mots couverts, était sans doute fort bien compris par ses lecteurs , qui savaient de quelles mouches et de quelles grenouilles on leur parlait. L'explication que nous hasardons rend peutêtre moins étranges le ton impérieux du Dictateur et les menaces qu'il accumule sur la tête du réfugié de Senlis. L'éloge de Paris , au lieu d'être, comme il l'est aujourd'hui pour nous, le fond même de la question, n'était alors, selon toute apparence, que Y extérieur du déliât.