‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 163 sur 221 · LE BOURG DE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

LE BOURG DE SAINT-DENIS

\ peu de distance de Paris est situé le beau bourg de Saint-Denis (3), où repose, dans l'église du même nom , le corps du saint transporté en cet endroit par un secours miraculeux du ciel. Envoyé, en qualité de chrétien, comme une victime agréable au dieu Mercure, dont les Gaulois révéraient alors la puissance, il fut décapité, avec plusieurs de ses compagnons, sur une petite montagne qui a reçu depuis le nom de son martyre, mais qui alors portait celui du dieu Mercure , et qui est située à deux lieues du bourg (,). 0 prodige ! Denis . portant lui-même sa tête détachée de son corps, vint chercher sa sépulture dans cette église. On croit aussi que ce sanctuaire a été consacré par la main divine de Jésus-Christ. C'était l'époque où cette église devait être consacrée par la main du pontife. Un pauvre lépreux , curieux de bien voir la cérémonie qui allait avoir lieu, mais craignant de ne pouvoir, le matin du jour même, entrer dans l'édifice sacré, à cause de la foule innombrable des assistants, s'y rendit la nuit. Pendant qu'il s'y trouvait, il vit le Christ se manifester à ses yeux et. consacrer le temple rempli d'une lumière céleste. Quand le Christ eut achevé, il dit au lépreux : «Va trouver le pontife, et avertis-le, au nom de Jésus-Christ lui-même, de ne a pas consacrer de nouveau, d'une main mortelle, un temple consacré de mes mains divines.

Guillebert de Metz n'a point oublié de mentionner (voir p. 227) rfiing bel bostel appelle? Beauté'. » Cette demeure, où mourut Charles V, et dont Charles VII tit hommage à Agnès Sorel, était, dit le Journal d'un Bourgeois de Paris (édit. de 1729, p. 2oi), rr le plus bel hostel et jolis, et le mieulx assis -qui fust en toute llsle de France. 1 Au moment où Astesan le visita, le château de Beauté portait le deuil de sa dame, morte en iA5o; niais il était encore dans tout son éclat. Abandonné par Louis XI et ses successeurs , malgré le charme de sa situation , il ne se composait plus, au xvie siècle, que d une simple tour à la garde de laquelle les rois commettaient un capitaine. Cette tour, qui était carrée, subsistait encore au commencement du xvne siècle; Claude Cbâlillon l'a gravée dans sa Topographie 1 in-fol. 1610). Il ne reste plus du château de Beauté que quelques subslructions.

(2) Astesan, avec ses habitudes d'amplification, voit ff plusieurs sanctuaires » et rime foule de -prêtres» là où il existait seulement un couvent de religieux de Granelmont, que Guillebert ele Metz désigne ainsi : k une manière de hermites appellés Bons - Hommes, » Ces religieux , qui avaient été installés en 1 1 04 au bois de Vincennes, par Louis le Jeune, furent remplacés, en 1 58 4 , par les Minimes de Ixigeon, que Henri III y introduisit. Un arrêt du Conseil d'Etat, en date du 17 mars 1784, supprima le monastère.

(3) Tous les anciens auteurs donnent à Saint-Denis le nom de bourg, hurgus. La ville s'est formée lentement autour de l'abbaye.

(4) Voir, p. 1 ih et 1A2, le récit que Baoul de Prestes et Guillebert ele Metz font du martyre de saint Denis, d'après les hagiographes et les anciens ebroniqueurs.

5/i8 DOCUMENTS ET ÉCRITS ORIGINAUX.

« Cœlesti dextra ; quod ne tibi credere praesul crAbnuat, hoc il 1 i signum monstrabis apertum.fl

3i5 Inde suam i'aciem tangens Deus, abtulit omnem Ex illa lepram, quam muro affixit ibidem. L'nde est sanati leprosi tradita yerbis Plena fides, et lepra manu collecta sacrorum Tempus ad hoc magni servatuf numinis instar.

3ao Tempus ad hoc etiam monimenta perennia fa et i Mathiae festa celebrantur luce quotannis, Qua peccatorum venia est concessa per ait uni Pontificem cunctis lemplum visentibus illud : Unde die tali tantus concursus ad ipsum

3a5 Fit templum, ut nemo possit numerare quot illuc Milia continue sexus utriusque ferantur.

Non mirum est igitur si tam mifabile templum Post mortem reges cupiuut habitare sepulti. Hic etenim plerumque jacent clarissima regum

33» Corpora, marmoreis pulchre tumulata sepulchris, Qua? varia exornat cujusque insignis imago Sculpta super tumulis, alabastro dives et auro. Inde reliquerunt rex rnagnus Karolus atque Rex Lodoycus ei templo diademata, nec non

33S Multa alii reges thesauri mimera magni Ac summi precii, gemmas et talia rerum Plurima, et argenti non parvum pondus et auri, Multaque quae nuper noslro cuni principe vidi, Admiranda magis quam laude ferenda poetae.

3/io Quoque magis stupeas, liac tempestate fuerunt Omnia per superos hostili abstracta rapinas : Nam dum Majores superassent rura Britanni Gallica, fortuna tune adversante, niinistej" Ulius Lempli metuens ne carperet hostis

345 Thesauros, ipsum si burgum subderet, illos

Abdidit in terris; quos dum perquireret hostis ElTodere accepto burgo, privatus utroque Mox fuit efl'odiens oculo; tum pulsus ab ipso Cœpto thesauros intactos ille reliquit.

ANGLOHUM VITUPERTA.

35o Ex hoc ergo patet Majoi'ibus esse Britannis,

PARIS ET LES VILLES DE FRANCE SOUS CHARLES VIL 549 «Si l'évêque refuse de te croire, tu lui montreras ce signe manifeste. » Aussitôt Dieu, lui imposant la main sur la figure, en enleva toute la lèpre et la fixa au mur de l'église. On ajouta donc pleine confiance au récit du lépreux guéri, et la lèpre, recueillie par la main des prêtres, a été conservée jusqu'à nous comme un objet divin Jusqu'à nous également le souvenir éternel de ce miracle se perpétue, chaque année, le jour de la fête de saint Mathieu, durant la célébration de laquelle le souverain pontife accorde une indulgence à tous ceux qui visitent cette église. Aussi, ce jour-là, il y a un tel concours à ce sanctuaire, qu'il est impossible de compter combien il s'y rend de milliers de personnes des deux sexes.

Faut-il s'étonner, après cela, si les rois de France ont choisi cette merveilleuse église pour leur dernière demeure? Là reposent la plupart des corps des rois les plus illustres, couchés dans de magnifiques tombeaux de marbre, surmontés de leurs statues placées dans diverses attitudes et sculptées en albâtre rehaussé d'or. C'est pourquoi le roi Charlemagne et saint Louis ont légué leur couronne à cette église; les autres souverains lui ont laissé une foule de présents d'une grande richesse et de la plus haute valeur, des pierres précieuses et autres objets de ce genre, de grandes sommes d'or et d'argent, ainsi que beaucoup d'autres trésors que j'ai visités naguère avec le prince que je sers, trésors qu'il vaut mieux admirer de ses yeux que sur l'éloge fait par un poète ('2).

Ce qui excitera davantage votre étonnement, c'est que, de nos jours, ces trésors ont été soustraits, par la protection divine, à l'avidité des ennemis. Alors que les Anglais vainqueurs étaient maîtres du sol de la France, et que la fortune était contraire à ce pays, le ministre du temple, craignant que l'ennemi ne pillât ses trésors s'il s'emparait du bourg, les cacha dans la terre. Après la prise de Saint-Denis, un Anglais qui cherchait à les déterrer fut tout à coup, en creusant le sol, frappé de cécité complète, et, ainsi forcé d'abandonner son dessein, il laissa les trésors intacts.

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