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CHAPITRE PREMIER

DE L'ÉLOGE DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS, ET, EN PREMIER LIEE. DE LA FACULTE DE PHILOSOPHIE OU DES ARTS.

En commençant par le genre de biens qui est le premier en honneur et en dignité, je dis que dans la ville des villes, à Paris, dans la rue dite du Fouarre(2), non-seulement on 0e£ ^"nént" enseigne les sept arts libéraux, mais que, de plus, la clarté très-agréable de toute lumière philosophique, répandant les rayons de la pure vérité, illumine les âmes capables de la recevoir. Là aussi l'odeur la plus suave du nectar philosophique réjouit l'odorat apte à recueillir une émanation si délicate. Les merveilles des principes divins, les secrets de la nature, l'astrologie, les mathématiques et les ressources salutaires que procurent les vertus morales y sont dévoilés aux regards. Là se réunissent en foule de savants maîtres qui en- s 2

l)v la philosophie auxiliaire.

(1) Jean de Jandun explique parfaitement pour- core aujourd'hui; elie est située dans le cinquième

quoi il a joint l'Éloge de Paris à celui de Senlis, et arrondissement, quartier Sainl-Jacques, commence

comment il a eu la pensée de donner à son œuvre à la rue de la Bùclierie et finit à la rue Gulande. On

la forme d une circulaire. peut voir ce qui a été dit sur les écoles de la rue

(î) La inc dit Fouarre , où se tenaient les cours des du Fouarre dans l'article de M. J. V. Le Clerc, que

deux Facultés de théologie et des arts, existe en- nous avons signalé plus haut.

ptiTicuu m", culative partis documenta premittunt m. Ibi siquidem vigent doctores insignes DnBCibîs qui et naturarum inferiorum celestiumque virtutum archana exercitate mentis velocitate percurrunt, et eo amphores conditori nature gratias agunt, quanto non solum eam ex ea parte prospiciunt que publica est, sed cum ^ secretiora ejus PABTicuLi i»*. intrarunt. Adhuc autem ibidem glorificantur sapientes excelsi qui de principiis a motu et magnitudine separatis(3), que intelligentias vocant, utcunque scrutantur occulta, scientes bene quod ratio non impletur manifestis; major enim et pulchrior ejus pars in occultis est(4). Amplius, nonne dogmatizatur in vico philosophie infaHibilis® et incontradicibilis doctrine mathematice certitudo, per quam numerorum et figurarum, tam secundum se quam per célestes magnitudines, sonos armonicos acvisuales radios contractorum , mirabilia accidentia indicantur'01?

! )û philosophrs etaphisicis.

PARTI CU LA \ f>.' philosophia mathematicis.

PA ItTICL LA VI.

^u.t esl adminiculativa astronomie et aslrologîo.

PARTICULA Vil'.

De pliilosopbin mornli.

0 gloriosissime Deus, quantam fecisti humane créature tui amoris notitiam, cum eidem celestium motuum per te statutas peryodos, distancias centrorum, magnitudines orbium, situs polorum, Signorum virtntes ac Planetarum clignitates innotescere prebuisti! Rursus philosophie moralis directio gratiosa, per quam anius hominis regimen in se ipso melioratur, et domestice multitudinis dispensatio prosperatur, totiusque civilis pluralitatis optimus ordo distinguitur ab aliis, et docetur per sua convenientia principia conservari. Nonquid (7> ex illo sapientie salutaris indeficiente fluvio hauritur, ut solet?

PAIITICULA VIII .

In qua auctor se excus.it de no» uiteriori commendatione philosophoruoQ,

Hec itaque pro Facultatif artium , quin imo philosophie, laudibus ad presens collegisse sufiiciat(8) : qui enim ampliorem tractatum de specialibus hujus agri

(1) Maîtres qui enseignent les éléments, comme la grammaire, la rhétorique et toutes les connaissances préparant à l'étude de la logique et des antres sciences.

(2) Ainsi porte le texte ; il semble qu'il faudrait plutôt sed enim, ou sed etiam; mais l'auteur a voulu rappeler la phrase de Sénèque : rEquidem tune rrnalurœ renifla gratias ago, quuin illam non ab rdiac parte video, quae publica est, sed quum serrcretiora ejus intravi.n (Quœst. nalur. I, preef. ) Seulement le philosophe chrétien substitue à l'expression naturce rerum, qui rappelle Lucrèce et toute l'école d'Epicure, les mots conditori naturel' , qui excluent toute idée d'athéisme.

(3) Par ces expressions, il faut entendre les principes immobiles et inétendus, c'est-à-dire, abstraction faite du mouvement et de l'étendue.

Voici la phrase entière, telle que Sénèque l'a écrite : cfQuaedam aperta sunt, qusedam obscura;

rraperta quae sensu comprehenduntur, quae memorrria; obscura, quas extra haec sunt. Ratio autem rrnon impletur manifestis; major ejus pars pulrrchriorque in occultis est. » (Sencc. Epist. ç)5.)

(5) Leçon du manuscrit de Vienne, préférable à inejjabilis , du manuscrit de Paris, quoiqu'elle donne un sens encore très-prétentieux. La philosophie scolastique était, en effet, fort loin de l'infaillibilité; l'expression suivante incontradicibilis , appliquée aux mathématiques, science de déduction pure, esl, au contraire, de la plus parfaite exactitude.

(6) M. Charles Jourdain, qui a bien voulu revoir les épreuves des Deux Éloges et nous indiquer d'utiles corrections, pense qu'il faut lire contractatorum ou conlrectatorum , dans le sens de manier avec soin, étudier attentivement.

(,) Pour numquid, dans le sens de nonne. (,) Sufficiat, ms. de Vienne. Le manuscrit de Paris donne sujjiciant.

seignent non-seulement la logique, mais encore toutes les connaissances qui préparent aux sciences plus élevées. Là fleurissent d'illustres docteurs qui parcourent, avec la rapidité d'un esprit exercé, les mystères des natures inférieures et des vertus célestes, et qui se montrent d'autant plus reconnaissants envers le créateur de la nature, qu'ils ne la regardent pas du côté où elle est visible à tous, mais qu'ils en ont pénétré les profondeurs les plus cachées. Là encore se voient dans leur gloire des sages éminents qui s'appliquent à l'étude des principes, abstraction faite du mouvement et de la dimension, que l'on appelle intelligences, et qui en sondent les profondeurs, sachant bien que l'évidence n'est pas le fait de la raison , mais que la plus belle et la meilleure part de celle-ci reste cacbée. Enfin n'est-ce pas dans cette rue que sont démontrés les résultats certains d'une philosophie infaillible et d'une science mathématique incontestable, qui indique les merveilleuses rencontres des nombres et des figures, soit considérés en eux-mêmes, soit appliqués aux grandeurs célestes, aux sons harmoniques et aux rayons visuels

0 Dieu très-glorieux , quelle idée vous nous avez donnée de votre amour pour les hommes, en leur fournissant les moyens de connaître les périodes fixées par vous aux mouvements célestes, les distances des centres, la grandeur des mondes, la situation des pôles, les vertus des Signes®, l'ordre et les rangs des Planètes! Que dire ensuite de la philosophie morale, guide aimable à l'aide duquel l'homme, considéré isolément, se perfectionne dans sa conduite, puis introduit une heureuse économie dans sa nombreuse famille, et dislingue enfin entre tous les systèmes le régime le meilleur pour l'ensemble des citoyens, en même temps qu'il apprend à le maintenir par les principes qui lui conviennent (3) ? Ne vient-on pas, selon la coutume, puiser dans ce fleuve inépuisable de salutaire sagesse?

Qu'il nous suffise, pour le moment, d'avoir réuni ces traits pour l'éloge de la Faculté des arts ou de philosophie (4). Celui qui désirerait un traité plus détaillé sur les fruits

(1) Ces périphrases servent à désigner l'astronomie, la musique et l'optique.

(2) L'auteur veut parler ici des vertus et de 1 inliuence que i on attribuait au moyen âge, et même beaucoup plus lard, aux douze Signes du Zodiaque. Laimanach des Bergers, les almanachs de Liège, de Mathieu Laenshergh et autres livres populaires du même genre, donnent à cet égard les plus singuliers renseignemenls. (Voyez le tome I" d'un curieux ouvrage intitulé Histoire des livres populaires ou de la littérature du colportage, par G. N isard, etc. Paris, i864, 2 vol. in-is.)

(r> Cet enseignement constituait ce qu'on appellerait de nos jours un cours d'économie politique. Voici en quels termes V. Le Clerc le qualilie : «Les n matières politiques, dès qu'elles furent entrées dans ■ries discussions philosophiques delà rue du Fouarrc, «ne fardèrent pas à faire quelque bruit. La liberté

«que s'y donnaient depuis longtemps les controverses «de pure philosophie avait préparé les esprits à «une liberté non moins grande dans les questions «de gouvernement. Nous savons quelles pensées tr hardies on y recueillait vers l'an 1807, aux leçons «du philosophe Siger sur la politique d'Aristote. «Quinze ans après, on y allait chercher encore, «ainsi que nous l'apprend Jean de Jandun, dans les tr cours de philosophie morale, dans un Jleuve inépuitsahle de salutaire sagesse, les principes du perfecr tionncmcKl de soi-même , de l'économie domestique et rde la meilleure administration d'un Etat. Ceux qui r présidaient à ce libre enseignement, attesté par les «auditeurs, furent appelés, dans les temps de trou- «bles, à délibérer sur les affaires de leur pays, s (Uist. litt. de la France, t. XXIV, p. 360.)

La Faculté des arts occupe le premier rang dans l'écrit de Jean de Jandun , ainsi que dans l'an-

P Mil ICI LA PRIMA.

De magislris seu

toctoribus in theologia

l'ARTICULA II .

De lectoribus Spntenciarum.

PARTICULA 111 .

I>e i.crlaniin«' inti-llirluali lectoruin théologie , in qua exemplical de iribns notabilibus quostiouîbus.

fertilissimi fructibus expeteret, sibi ipsi quodam modo negaret, juxta illud "

k Sibi ipsi negat qui quod difficile est petit, h

CAPITULUM SECUNDUM

DE LAUDIBUS® THEOLOGORUM.

In vico quietissimo nominato Sorbone(3), nec non in religiosorum domibus valdc multis, admirari poteris reverendissimos patres et dominos qui, velut celestes et clivini satrape, ad apices humane perfectionis, prout intellectus magnitudini conjunctas^ accipere potest, féliciter sublimati, sacratissimas Veteris et Novi Testanienti scripturas lecturarum ac disputationum frequentibus exercitiis solemniter élucidant, ac saluberrima divine legis oracula, que et ipsi per sanctorum operum evidentiani verificant in se ipsis, crebro dévote predicationis eloquio in cordibus fidelium radicare laborant. 0 imperscrutabilis divine cunctipotentie magnittido! quot et quanti lectores Sententiarum ®, pro tuis invisibilibus, per ea que facta sunt visibib'a^ inspiciendis, faligantur laboribus, macerantur vigiliis, etsollicitudmibus anxiantur ! Gentilium namque pbilosopliorum nunc obliqua^ rectificant, nunc errores exterminant; nunc veritates ab illis naturali lumine perscrutatas, tanquam ab injustis possessoribus , pro catbolice fidei defensione suscipiunl, prout decet. Licet autem omnes isti vcritatis strenuissimi professores ad unicum finem potissimum, utpote ad summe Trinitatis noticiam vel amorem, censeantur intendere, unum tamen fréquenter contingit eis, quod apud simpliciores admiratione non caret; et est quod de eisdem conclusionibus diversi contrarias opiniones deffenduntK INonquid® enim firmiter asserunt ipsorum aliqui totam hominis substantiam unica forma substantiali multas babente virtutes esse contentam; alii vero ex adverso démonstratif animam sensitivam et intellectivam in hoinine quidditativam*10' et substanciali diversitatc distingué111? Adhuc autem

(l) Senec. rrin proverbiis. « Le vers doit être ainsi disposé : «Negat sibi ipse cpii quod difficile ffcst petit. -n (Phèdre, édit. Barbou, p. o 3 6 . )

(S> Manuscrit de Vienne , preconiis.

l3! Ibid. Serbone.

(4) Expression employée par Jean de Jandun , Quœst. in metaphys. lib. Il, quaest. h.

(51 Les Sentences de Pierre Lombard , évêque de Paris, dont la lecture était, avec celle de la Bible, le fond do l'enseignement ihéologique ou moyen âge.

{0) Saint Paul a dit (Hebrœ. xi, 3) : n-Ut ex virrsibilibus visibilia fièrent ;v et l'Église chante encore dans l'une des Préfaces du Missel romain : tr Ut, dnm rrvisibiliter Deum cognoscimus. per hune in invisibirrlium amorem rapiamur. »

Ce latin bizarre présente cependant des expressions d'une grande originalité : on a vu plus

baul rrverilicare in seipsis evidentiani sanctorum rroperum;» il y a lieu de remarquer ici le mot obliqua , distinct de errores, et appliqué aux demi-vérités des pbilosopbes païens.

(8) Il sullil de rappeler le plus grand monumenl Ibéologique du moyen âge, la Somme de saint Thomas, où chaque proposition est précédée d'une démonstration contraire.

(9) Gomme plus haut , pour numquid ou nonne.

(10) Du pronom interrogatif quid?\& terminologie scolaslique, dont la fécondité est proverbiale, a formé le substantif quidditas, essence d'une ebose. et l'adjectif quiddilativus , essentiel.

<U) Il y a là une allusion aux fameuses discussions qu'a soulevées pendant tout le moyen âge la théorie d'Aristote sur l'âme, et qui ont produit un si grand nombre de commentaires.

TRAITÉ DES L()l,iA.\GES DE PARIS. 39

particuliers de cette terre si fertile se les refuserait, si je puis le dire, suivant ce mot connu : Demander une chose difficile, c'est se la refuser à soi-même.

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