ACCOMPAGNANT CE VOLUME
En publiant les œuvres des historiens originaux qui ont écrit sur Paris, on a senti la nécessité d'éclairer les textes par de nombreuses reproductions ou fac-similé, qui révélassent aux yeux , comme à l'esprit du lecteur, l'époque même qu'il s'agissait de faire revivre. De là les miniatures, les gravures anciennes et les vieux bois dont ce volume est illustré. Malgré la largesse avec laquelle on a semé ces utiles et curieux documents, il fallait y ajouter une pièce capitale, que les auteurs du temps ne donnent point, que les archivistes n'ont pas encore découverte , et qui aidera , mieux que toutes les descriptions écrites, à comprendre ie Paris des xivc et xve siècles : nous voulons parler d'une de ces vues d'ensemble, d'un de ces « pourtraicts de cités , » comme on les appelait autrefois. Un tel plan n'existant pas pour l'époque à laquelle se réfère le présent volume, on s'est résolu à le créer de toutes pièces, en prenant, comme base du travail à faire, le plus ancien document graphique connu jusqu'à ce jour, et en procédant par élimination, à mesure que l'on remontait le cours des âges.
On a choisi une date précise : celle de i38o. La raison déterminante de ce choix est, Datechoisie; i38o. selon nous, facile à comprendre. H y a, dans l'existence des villes, certaines époques remarquables, où leur aspect, leur physionomie générale changent d'une manière appréciable. Les traces de ces changements peuvent se suivre sur un plan cavalier, bien mieux que sur un plan ichnographique ou en simple tracé. Mais il est certain aussi qu'il faut saisir un moment précis et bien arrêté, si l'on veut pouvoir justifier la représentation, dans le plan de telles ou telles parties, de tels ou tels édifices dont l'existence se date par des documents chronologiques. Ainsi, l'achèvement de l'enceinte de Philippe-Auguste ( 1 s t 1 ) est une de ces époques; l'enceinte de Charles V (i38o) en indique une autre. Pour la première, il faut saisir la date de cet achèvement, si l'on veut faire voir les parties non encore bâties qu'enveloppait l'enceinte, parties plus tard couvertes de maisons, et, en outre, les terrains laissés hors des murailles. Là s'élevèrent bientôt, surtout dans le voisinage des portes, des constructions destinées à des auberges ou hôtelleries, ainsi qu'à des dépôts de marchandises, ou bien encore des bourgs dans lesquels se réfugiaient ceux qui voulaient se soustraire aux charges assez nombreuses qu'entraînait la résidence à l'intérieur d'une ville. Ces différences d'aspect exigent quelques détails. Les mêmes raisons se présentent pour l'enceinte de Charles \ . Afin de justifier le choix de l'année i38o, au lieu de 1/180, par exemple, nous
dirons que cette date a l'avantage d'être une date intermédiaire, à cheval sur les deux siècles, et qu'elle se trouve plus rapprochée de l'époque de Jean de Jandun. Quant à Guillebert de Metz, un plan de la seconde moitié du xve siècle conviendrait peut-être davantage à sa Description de Paris; mais il se composerait d'éléments différents, et, conséquemment, ce seraient deux plans distincts à établir. D'ailleurs, il pourrait mieux trouver sa place à côté d'autres auteurs, et servirait de transition entre celui de i 38o et les plans originaux dressés par les topographes des xvi° et xvif siècles.
Voici maintenant les motifs de la préférence donnée au plan cavalier sur un plan en simple tracé :
Quelle que soit l'exactitude des plans géométraux, on arrive toujours à constater que, si l'on pouvait obtenir un plan cavalier exact comme mesures et dispositions, et aussi fidèle que possible comme image des édifices et des constructions, ce serait incontestablement le meilleur moyen de faire passer dans l'esprit du lecteur les idées qui ont dû inspirer les historiens originaux à l'époque où ils écrivaient. Il en résulterait une véritable résurrection de la ville, au moment où ces écrivains ont rendu témoignage de ce qu'ils voyaient. Telle a été, du reste, la pensée de presque tous les topographes parisiens antérieurs à De Lagrive. Gomboust même, le plus justement estimé de tous, n'a renoncé qu'avec regret à la vue cavalière, dite à vol d'oiseau, et il a en quelque sorte combiné les deux systèmes. L'habitude de ce mode de figuration était tellement enracinée, que la plupart des plans visuels ou croquis cotés, dressés par les anciens arpenteurs, sont de véritables plans cavaliers, avec le croquis grossier des bâtiments, des arbres, des haies, etc.
11 ne faut pas penser toutefois que les auteurs de ces images aient eu la prétention de faire une chose rigoureusement exacte , comme on l'exige aujourd'hui. Le topographe ancien traçait le réseau des voies et des rues; sur ce réseau il relevait les édifices, avec leur apparence par à peu près. Quant aux maisons, il donnait à toutes le même aspect, comme à celles qu'on place sur les cartes pour indiquer l'importance du lieu signalé : par exemple, des animaux, des navires ou des personnages, destinés à figurer aux yeux les productions, le commerce, l'industrie des lieux où ces objets se trouvaient dessinés. Au commencement du XVIIe siècle, Quesnel alla plus loin : il compléta son plan avec l'image de constructions projetées, qui n'ont pas été exécutées depuis; il fit entrer dans son cadre trop étroit des localités intéressantes, en rapprochant les distances qui les séparaient des limites adoptées pour le plan. Un siècle et demi plus tard, le tracé géométral était beaucoup plus respecté; mais un autre vice s'était perpétué. On remarque facilement, par exemple, dans le plan dit de Turgot, avec quel soin le dessinateur évite de passer sur les lignes du tracé, et cette préoccupation l'amène souvent à déformer les édifices d'une manière choquante. Malgré ces défauts, il est certain que ces plans ou «pourtraicts , r> comme on les appelait autrefois, exercent une sorte de séduction sur le spectateur, et lui donnent immédiatement une idée \ ive et saisissante de l'aspect général de la cité, au moment où il veut en étudier l'histoire.
Conditions de ce travail.
Toutefois , établissons en principe que, pour exécuter un plan de ce genre, il ne faut point s'astreindre à l'exactitude mathématique qu'exige le plan en simple tracé. Dans ce dernier système, en effet, on peut indiquer par des pointillés, ou même par des lacunes,