‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 22 sur 221 · DE LA FACULTÉ DES DECRETS ET DES DECRETALES · texte numérisé non relu

DE LA FACULTÉ DES DECRETS ET DES DECRETALES

Dans la rue qu'on nomme Clos-Bruneau (3), les utiles lecteurs des décrets et des décrétales s i"r.

proposent leurs doctrines devant une multitude nombreuse d'auditeurs. L'importance et De l£,blé

Fà-propos de cette étude, pour l'administration des églises, peuvent être appréciés, de nos en génial"

jours, par ceux qui ont à traiter et à discuter les affaires des chapitres et des cures. La § 2.

cupidité humaine, racine de tous les maux, qui la plupart du temps s'attache à l'homme, De 'j"8"19

Bullet , Hist. de l'établissement du christianisme , etc.). rrlieu de s'inquiéter du surcroît d'incertitudes qu'il Tertullien considère les aveux de Platon, de Cicéron rr ajoutait à tant d'autres, et de la niasse des intérêt des stoïciens, comme le témoignage d'une âme rfprétations diverses qui continuaient de s'accunaturellement chrétienne : rrTestimonium animœ rmiuler autour de lui.» (Hist. lilt. de la France, * naluraliter christianae. » t. XXIV, p. liSq.)

(l) Les disputes théologiques étaient toujours (,) La rue du Clos-Bruneau, désignée ici, est la

précédées d'une profession de foi. (Dionys. Cisterc. même qui a porté jusqu'à nos jours le nom de rue

Principium in i" Sententiar. f° 2 r", 1 " col. Dargentré , Saint-Jean-de-Beauvais , nom qu'elle a pris vers la fin

Collect.judicior. denoviserroribus,i. I, irepart. 217.) du xve siècle. Le Clos-Bruneau, la rue du Fouarre et

(S) V. Le Clerc a relevé ce passage, qui est, en la Maison de Sorhonne, dont il est parlé précédem-

effet, très-significatif : rrLes plus habiles commen- ment, ont été les berceaux de l'Université de Paris,

fftateurs, dit-il, en étaient venus à se défier d'une II ne faut pas confondre cette rue du Clos-Bruneau

^ philosophie qui, désormais réduite à combiner avec une autre du même nom qui longeait un se-

rdes mots et des formules, paraissait regarder cond Clos-Bruneau, en censive de Saint-Germain-

rr toutes les conclusions comme indifférentes, pourvu des-Prés, et n'a été ouverte qu'au xvie siècle. Elle a

trqu'elle eût argumenté Le péripatélicien qui pris, vers le milieu du siècle suivant , le nom de rue

rr faisait entendre ces plaintes. Jean de Jandun, eut de Condé, qu'elle porte encore aujourd'hui.

la Faculté des décrois et des décrétées.

kl DOCUMENTS ET ÉCRITS ORIGINAUX.

amore, corporaliter afficitur ad se ipsum, ad tantam fréquenter perducit iniquitatem judicium rationis, ut homo id quod suum non est, sed alterius, per fraudis aut violentie nequitiam sibi usurpare présumât. Hinc autem originantur mortales discordie; hinc oriuntur lites verbales; hinc injurie corporales exsurgunt(1). Quod animadvertentes viri demurgici(2), populorum regiminibus inteii dentés, ex communibus nature juribus per convenientes deterrainationes arctatis(3), jura legalia seu leges proprias constituerunt; per quorum observantiam salutarem, sponte devitatis aut judicis officio decisis litibus, sub pacis et quietis jocunditate, prout hujus mundi(4) procellosus tumultus admittit, Deus altissimus adoratur in terris. Hoc igitur, in quantum michi ad presens apparet, unum est ex illis ad que venerabiles decretorum ac decretalium professores insudant

CAPITULUM QUARTUM

DE LAUDE MEDICORUM.

lrticula pbima. I ri iîla consolationis ac remediorum génitrice piissima, medicinarum magistri Kiicisin^omnmn,. qui ad sanitatis custodiam et egritudinum curas, nicliil ex contingentibus omittendo(5), laborant, quos etiam propter necessitatem ab Altissimo creatos(fi] Sapiens honorare precepit, in plenitudine tante numerositatis habundant, ut eis, in suis preciosis habitibus et capitibus birretatis (7) incedentibus per vicos, pro sue artis finiparticula m' bus capescendis, facile qui ipsis indiguerit valeat obviare. 0 quam graciosi sunt illi eoptimMm as. 0pjjmj mefljcomm qui , artem magis philosophice prosequentes, suppositis quibusdam philosophie^ phisice conditionibus ultimatis, pro sanitate et omnino bona et pulcra habitudine servanda , canones(9) operandi subordinant; et precognita, subtilitate sollertie aut continuitate studii, sensatis, collectis atque collatis indiciis, morborum principia, per efficaces, expertas et proprias remediorum virtutes, extirpant! Sic enim, ablato ab egrotantibus ultimi terribilium formidati merore, ad salvandam eam que'10) in ipso vivere dulcedinem naturalem vitaleque solatium resu-

(1) Toute celte partie est indéchiffrable dans ie manuscrit de Paris. Les caractères en sont presque entièrement effacés.

(2) Pour demùrgici (Ivpiovpyoî). Ce mot employé par Tite-Live, ne se trouve pas dans Du Cange, sous la forme dcinurgicus.

(3) Nous avons déjà fait remarquer, dans ce style bizarre et tourmenté , plusieurs expressions singulièrement expressives : juribus arctatis nous parait être un terme énergique et original.

!4) Manuscrit de Vienne : Hujusmodi.

(5> Le sens de ce membre de phrase a quelque chose d'un peu vague à cause de l'expression contingentibus ; nous l'avons interprétée dans le sens île ces occasions favorables, de ces crises heureuses

qu'un médecin habile ne manque pas de saisir.

(6) rr Honora medicum propter necessitatem ! etetr nim illum creavit Altissimus. r> Eccks. c. xxxvm , v. i .

(7) Du substantif birretum , berret, barrette, on a fait l'adjectif verbal bivrctatus? coiffé, et le mot birretatio, cérémonie où un licencié recevait le bonnet de docteur.

(8) Philosophie , ajouté parle ms. de Vienne. L'école dlonie regardait, en effet, l'étude de la nature comme une partie essentielle de la philosopbie.

(9) Le mol canon est employé ici dans le sens dérègle ecclésiastique, et, par extension, règle en général : Canones diciiuus régulas quasSS. Patres constituerunt. (Du Cange, éd. Henschel, H, 99, /ie acception.)

(,0) Sous-entendu est.

en lui inspirant la passion désordonnée d'une chose pour en jouir seul, conduit fréquemment le jugement de sa raison à une injustice telle, qu'il prétend s'emparer, par les voies perverses de la fraude et de la violence, de ce qui n'est pas à lui et de ce qui appartient à autrui. C'est là l'origine des discordes humaines, la source des discussions verbales, la cause des injures corporelles. A ce spectacle, des magistrats appliqués au gouvernement des peuples, restreignant le droit naturel dans de justes bornes, ont établi un droit légal, ou, pour employer le mot propre, des lois. Grâce à l'observation salutaire de ces lois, qui évite les procès ou les fait trancher par le juge, au milieu de la joie, de la paix et du calme, autant toutefois que le comportent les agitations orageuses de ce monde, le Très- Haut est adoré sur la terre. Telle est donc, autant qu'il m'apparaît pour le moment, une des fins auxquelles les vénérables professeurs de décrets et de décrétâtes consacrent leurs labeurs.

Page 1