‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 33 sur 221 · DES ARTISANS MANUELS · texte numérisé non relu

DES ARTISANS MANUELS

Il nous paraît bon, si cet examen ne vous déplaît pas, d'ajouter ici quelques remarques s i". sur les artisans manuels. Disons donc que les artisans manuels, sans lesquels l'intégrité Desarllsanst" s*n ral de l'association politique n'est pas complète (2), au milieu de cet ensemble si abondant de tous les éléments nécessaires, se pressent dans un voisinage si rapproché et en un tel nombre, que les yeux, en parcourant toutes les rues, ne peuvent trouver deux maisons contiguës qui n'en soient plus ou moins peuplées. Et afin de grouper sous quelques chefs principaux les différents genres d'industries qu'on ne peut décrire en détail, qu'il nous soit permis de parler ainsi : A Paris, on trouve des imagiers très-habiles, soit en sculpture, soit en peinture, soit en relief; là vous verrez d'ingénieux constructeurs d'instruments de guerre et même de tous les objets nécessaires aux cavaliers : selles et freins, épées et boucliers, lances et javelots, arcs et arbalètes, maillets et flèches, cuirasses et lames de métal, bonnets de fer et casques; enfin, pour abréger, toutes les armes convenables à l'attaque et à la défense se trouvent en tel nombre dans cette tranquille demeure de la sécurité, qu'elles peuvent effrayer l'esprit farouche des ennemis, et qu'elles bannissent toute crainte du cœur des habitants fidèles; ce qui ne les empêche pas de placer devant leurs yeux le rempart de la puissance divine (3). Vous y trouverez en outre des hommes qui fabriquent avec un très-grand soin des vêtements et des ornements.

Quant aux boulangers, il n'est pas déplacé de dire ici qu'ils sont eux-mêmes doués

Des

peintres et imagiers.

Des armurier*.

s li.

Des

fabricants <ic vêtements

Des boulangers.

analogues de Joinville et de Guillebert de Metz. {Hist. litt. de la France, t. XXIV, p. 493.) M. Ern. Renan le cite également, et en traduit la plus grande partie, comme un témoignage de la splendeur artistique et commerciale de Paris à cette époque. (Même volume, p. 610.)

(1) On verra dans Guillebert de Metz l'indication et la description de quelques-uns de ces hôtels.

(2) Cette pensée appartient à Arisfote, qui la formule ainsi au VIe livre, Su: . . . u>v âvev tsôXiv ihvvoltov oinsïadat. Rien que les ouvriers n'occupassent , nr en Grèce ni au moyen âge, la place que leur a faite l'industrie moderne, il n'y avait pas plus alors

qu'aujourd'hui d'État possible sans leur concours.

(3) Les industries militaires occupent une place relativement considérable dans cette énumération des métiers parisiens. Paris était, en effet, le siège principal de la fabrication des armes de guerre. Etienne Roileau consacre plusieurs litres de son livre aux heaumiers, aux mestres gaainiers de journaux , aux marchands de fier et d'achier, matière première de l'armurerie. On peut citer, plus lard, les ordonnances royales de et îi/ii sur les artilleurs , celles de 1/167 sur 'cs fourbisseurs , et de nombreux règlements recueillis par De Lamare pour la composition du livre VII du Traité de la police.

l'AUTICULA VI .

De

f.ii'lorilius vnsnrum.

l'AUTK.ULA VII .

De

lacloribus tilirnrum.

l'ARTICI LA PRIMA.

moribus populi Parisiehsis.

arlis prerogativa cunctis alhs sui generis dotati sunt, aut ipsorum materie, utpote grana et aqua, in tantum meliores sunt ceteris, ut, ob hoc, panes quos faciunt quasi inconmiensurabilem suscipiant bonitatis et delicationis (1) excessum. Melius autem est si hec ambo concurrant. Insuper metallicorum vasorum, precipue de auro et argento, stanno et cupro, figuratores (2) optimi supra Pontem vocatum Magnum, atque in ceteris (3), prout unicuique suppetit, pluribus locis, malleos super incudes, quasi armonice concurrentibus ictibus, faciunt resonare. Adhuc pergamenarii, scriptores, illuminatores atque ligatores librorum ^ ad ministerium sapientie tanto studiosius invigilant sua opéra decorare, quanto copiosius, ab illa profundissima scaturiginc cunctorum bonorum, scientiarum jocundissimi fontes egredhmtur. De ceteris autem manuartificum modis, tum quare sunt satis noli, tum quare prolixitatem vereor, non eligo ultra multiplicare sermones.

CAPITULUM QUINTUM

QUOD EST DE CONDICIONIBUS POPULI PARISIEXSIS QUOAD MORES (5' ET ACC1DENTIA CORPORUM.

Cum ad Parisienses ahimpnos, per mores animarum et accidentia corporum describendos, me converterem , visum fuit michi quod mulli virorum, ab antiqua seminum propagationc Parisius genitorum , tali utique mansuetudinis moderatione fruuntur, quod, ex laudabili consuetudine, mediocriler se babent ad irascendum : qui vero ipsorum déclinant a medio, frequentius per iracundiam quam per ire paucitatem transgrediuntur. Plerique etiam eorum (G) videntur decentis aiïabilitatis atque urbanitatis spirituali dulcedine gratiosi : qui autem ipsorum déclinant a medio magis se placidos exhibent quam protervos. Plurimi quoque Parisiensium et gencraliter Gallorum sunt excellenter eutrapeli : qui vero déclinant, a medio plus lu bomolochiam quam in agroyhexam^ cadunt, ob defectum congrue discipline. Adhuc Paiisiaci populi magna quidem pars aperta est et verax; sed, si qui ipso-

(1) Ce mot esl d'une latinité fort douteuse : on ne te trouve que dans les additions de Carpentier et avec le sens de vœu.

m L'auteur emploie indistinctement les expressions factor et fgnrator qui ne se confondent point , même dans la basse latinité. Arnobe entend le mol jigurator dans le sens d'une représentation par image; nous le traduisons ici par ciseleur.

(3) Le mot cwteris, rapproché de pluribus, avec lequel il forme un véritable pléonasme, nous avait suggéré l'idée d'une ellipse, celle de pontibus. Dans cette hypothèse, le Grand Pont n'aurait pas été le siège unique de l'industrie des orfèvres et des potiers ; mais, comme l'auteur ajoute le mot locis, qui implique une dissémination plus grande encore des ateliers dont il s'agit , nous n'avons pas cru devoir introduire cette nuance de sens dans la traduction.

(,,) Toute l'industrie éminemment parisienne de la fabrication des livres, comme dit Jean de Jandun , se rattache aux quatre mots qu'il emploie ici : les pergamenarii , dont la rue subsiste encore; les scriptores, que l'imprimerie a remplacés; les illuminatores, qu'elle ne remplacera jamais , et les ligatores, dont les travaux passaient ensuite aux mains des orfèvres , qui en faisaient de véritables objets d'art.

(5) Le manuscrit de Vienne ajoute ici animarum, comme dans la première phrase du chapitre.

(,,) Eorum, ajouté par le ms. de Vienne.

(7) L'auteur emploie ici plusieurs mots grecs, qu'il latinise : EÙTpabreAot , enjoués ; (3«f*oAoyia. , bouffonnerie ; ày pointa , rusticité , grossièreté. Ce dernier mot a été singulièrement défiguré par le copiste. Peut-être faudrait-il lire agroykeyam.

d'une supériorité étonnante dans leur art sur tous les autres ouvriers de ce genre, ou que les matières qu'ils emploient, savoir le grain et l'eau, sont tellement préférables aux autres, que, pour cette raison, les pains qu'ils fabriquent acquièrent un degré incroyable de bonté et de délicatesse Mieux vaut encore que ces deux qualités soient réunies. En outre, d'excellents ciseleurs de vases de métal, principalement d'or et d'argent, d'étain et de cuivre, se trouvent sur le Grand Pont, et en beaucoup d'autres endroits, suivant la commodité de chacun, et font retentir les marteaux sur les enclumes, en formant comme une cadence harmonieuse. II y a encore les parcheminiers, les écrivains, les enlumineurs et les relieurs, qui travaillent avec d'autant plus d'ardeur à décorer les œuvres de la science dont ils sont les serviteurs, qu'ils voient couler avec plus d'abondance les riantes fontaines des connaissances humaines jaillissant de cette source inépuisable de tous les biens. Quant aux autres espèces d'artisans manuels, soit parce qu'ils sont assez connus, soit parce que je crains la prolixité, je n'en dirai rien, ne voulant pas prolonger ce discours.

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