DU FLEUVE QUI PASSE À PARIS ET QUE L'ON APPELLE LA SEINE
Dans ce fertile bassin de Paris, qui semble avoir reçu du Très-Haut le rôle de Paradis terrestre'3', un fleuve justement célèbre, nommé la Seine, vient se répandre. La grandeur suffisante de son lit, la rapidité modérée de son cours non impétueux mais tranquille, y fournissent en abondance les richesses de toutes les parties du monde nécessaires aux besoins de l'homme. La Seine y apporte en grand nombre les vins de la Grèce, de Grenache, de la Rochelle, de Gascogne, de Bourgogne; elle amène en quantité du froment, du seigle, des pois, des fèves, du foin, de l'avoine, du sel, du charbon et des bois(4).
(,) Il serait curieux de rechercher, dans les divers auteurs qui ont écrit sur Paris, les traits fondamentaux du caractère parisien, et de constater ainsi que ce type s'est perpétué* à travers les siècles. Un pareil travail excède manifestement les proportions d'une simple note, et nous ne pouvons ici qu'en suggérer l idée au lecteur.
<2) La beauté des Parisiennes a toujours été proverbiale ; cependant on leur a plus d'ime fois contesté ce privilège. Nous citerons , entre autres pièces du débat, le petit livre intitulé : Puellarum Avenioneiisium adversus Parrhisianas de formœ prestantia concertatio, ex L. Claudii Ensis vigilationibus (Tholosœ , i522 , in-/i°).
(3) On retrouve ici le jeu de mots du Dictateur, Parisius, Paradisus; Jean de Jandun l'aura sans doute reproduit pour ne pas être accusé une seconde fois d'irrévérence envers la grande ville. Cette
crépenfhèseï se rencontre d'ailleurs chez presque tous les auteurs du temps : Français et étrangers proclament à l'envi que Paris est un Paradis. En i.3A/i, notamment, Richard de Bury, évêque de Durham, grand chancelier d'Angleterre, et grand amateur de livres, s'écrie, à propos des trésors de science que renfermaient les boutiques des vingthuit libraires jurés : rrOh! quel torrent de joie a n inondé notre cœur toutes les fois que nous avons rrpu visiter Paris, ce Paradis du monde, Paradisum nmundi Parisius.» (Richardi de Bury, episc. Dtmelm. Philobiblion , Helmstadii, 1708, et Paris, édil. Cocheris, 1 856 , ch. vm.)
(4) Ces marchandises ont toujours fait le fond du commerce par eau, sur la Seine et ses affluents. Voir les grandes ordonnances de Charles VI ( 1 h 1 5) , de Louis XIV (1672), qui ont réglé ce négoce, et le Traité de la police, t. III.