‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 47 sur 221 · QUI TRAITE DE LA SECONDE INCONSÉQUENCE · texte numérisé non relu

QUI TRAITE DE LA SECONDE INCONSÉQUENCE

Je vais établir la seconde inconséquence. Quiconque, étant donné qu'une chose est vicieuse, avance qu'il va la soutenir, annonce la prétention de violer l'honnêteté des mœurs par le vice de l'adulation. J'appuie cette thèse sur l'autorité de Sénèque, qui parle ainsi : "Aussi répréhensible est une louange excessive qu'un blâme immodéré : l'une est suspecte «d'adulation, l'autre de méchanceté. » Or, qui pourrait se rendre plus suspect de flatterie, par l'excès de l'éloge, que celui qui, sachant une chose vicieuse, se propose de la défendre. C'est ce que fait le Dictateur avec lequel je discute. En parlant de l'illustre ville de Paris, il dit ces mots : «Car, si vous étiez une vile courtisane ou une femme souillée de quelque «nom infâme (que Dieu nous en préserve!), ce n'est pas au fruit de vos entrailles qu'il «conviendrait de vous en faire un reproche; mais il devrait plutôt concourir de toutes ses «forces à la défense de votre nom.?;

Telles sont ses paroles. Quant à moi, je réponds que ni Paris, ni une autre chose, ni une personne quelconque, n'aurait droit à être défendue par moi, si c'était une courtisane honteuse et souillée. Quant à ce que je pense de Paris, cela se voit à mes paroles.

Ces vaines applications des textes de l'Écriture aux choses de la raison et de l'expérience ne pouvaient avoir d'autre résultat que d'engendrer des controverses sans fondement et sans fin.

(i) On peut signaler, comme exemple de ces thèses soutenues à outrance, celle que Jean de Jandun défend dans son livre De Anima (quœst. 16, f° 32 v°, h' col. F.). Il s'agit, comme pour les sept arts libéraux , d'une faculté ayant son principe en elle-même. Le subtil raisonneur essaye d'abord de répondre à cette question : rcQuid sit immediatum rrprincipium sensationis?» Il examine ensuite, à ce sujet , deux opinions qu'il rejette comme contraires à la doctrine d'Aristote, et il ajoute : <rEt dico ad rrpraesens , sicut alias dixi , quod necesse est in anima trsensitiva esse virtutem naturalem per se activam «sensationis. Et hœc polest vocari sensus activus, «quod probo, ad praesens. duabus rationibus princi- «paliter, ad quarum primam suppono quatuor prin- «cipia manifesta : Primum est quod sensatio, seu rrsenlire. indiget aliquo principio effectivo perse et

«immediato, etc.; secunda suppositioest, cpiod illud «ens est nobilius alio, cujus operatio propria et per « se est nobilior perfectissima opéra tione alterius, etc. ; «tertia suppositio est quod eflicere aliquid est sim- «pliciter nobilius quam recipere illud idem; quarta «suppositio est quod speciesrei seu formas sensibilis «non est simpliciter nobilior quam virtus animée senffsitivœ, etc. Et potest sic syllogiznri : Virtus prortpria animas cognoscitivas estres simpliciter dignior «sed accidente, quod potest esse in inanimatis , «potentia sensitiva est virtus propria animœ cog- «noscitivae, ut manifestum est, et ipsa species rei ff sensibilis est accidens , quod polest inveniri in rébus «inanimatis , ut manifestum est. Quare , etc. » Cette citation, un peu longue peut-être, nous a paru curieuse à plus d'un titre; elle donne d'abord une haute idée du talent de Jean de Jandun comme dialecticien; puis elle fait bien comprendre toute la vérité du mot qu'il emploie : Protcrviendo positionem custodire, garder effrontément sa position philosophique.

CAPITULUM TERTIUM

DE TERCIO HNCONVENIEiNTI.

Ostensis duobus inconvenientibus, procedo ad lercium. Quicumque, intendens laudare Parisius, pro tali accidente Silvanectum vitupérât, quod multo copiosius Parisius invenitur, ille in suis verbis saltem implicite confitetur opposita. Verbi gratia, in simili, si quis Platonem nigerrimuin existentem pollicetur sine omnis vituperii admixtione laudare, Socratem vero, qui minus niger est, ob nigredinem blasfemat, numquid ille sincère Platonem laudat? Sed dictator cum quo disputo sic egit. Nam pro muscarum multitucline et ranarum, antifrasice poetizans, detrahit Silvanecto in hiis verbis : ctUnum tamen restât memoria dignum, quod w in comparatione prefata locum obtineret non modicum , ranarum videlicet copia cf Silvanecti vigens hinc inde. v Et quibusdam interpositis dicit sic : ce Que si in cflaudem Silvanecti recitata forent, et muscarum collisionem inibi confluentium r-non tacuisset, merito fuisset admittenda commentatio. r, Ecce qualiter iste bomo, sub quodam tenui antifrasis velamento, innoxii Silvanecti, pro ranarum et muscarum multitudine, nititur imminuere laudem.

Ego autem, salva pace, respondeo quod et musce, et pulices, et cetera de putrelactis exorta, longe numerosius multiplicantur in humecte vallis concavo, ad quod fere ex nulla parte omnino libère ventus accedit, quam in monte mediocris altitudinis, omnium ventorum flatibus exposito circumquaque. Licet ergo veraciter Parisius omnino niebil pariât quod ei a benivolo et sani judicii viro debeat improperari, si tamen illius bominis verba essent undique veracia, palam est quid sequeretur ex illis. Visum est autem michi, ut causa solacii dicam, quod iste dictator se ipsum aliquo modo conformât illi securi de qua Esopus poeta satis jocosum confîxit apologum^. Erat enim securis quedarn privata manubrio, ita ut, non babens quo teneretur, nulli audebat secando nocere. Ipsa vero pro ligno, de quo sibi tentorium'2' fieret, rogavit silvam. Quo per ignaviam silve securi concesso, voluit omnes nemoris arbores dilacerare. Simili quoque modo, cum Parisiensem gîoriam nichil penitus coinquinare valeat, iste tamen larga, ne dicam prodiga, lingue et manus licencia, organum blasfemie, quantum in ipso extitit, ministravit.

Sed, per Dei gratiam, nullus bominum sic desipiet, ut ita tenui et exsufllabili'3) caligine studeat lmjuscemodi luminis radios offuscare; nullusquc dementabitur rabie tanti furoris, ut sic imbecilli jaculo^ in tam solidis meniis attemptet

ll) Esopi Fabul. 111, f. 10, De Sccureet Nemorc.

w Ainsi portent les deux manuscrits. Ce mot est sans cloute altéré , mais il doit signifier ici un moyen d'être tenu, un manche. Ne pourrait-on pas lire tenorium, leçon qui aurait l'avantage de ne pas

se confondre avec le substantif tentorium, tente?

(3) Littéralement : sur lequel il suffît de souffler pour le dissiper.

lelumque imbelle sine ictu

Conjicit (Virg. Mntià. lih. 11, v. 544.)

Page 1