‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 55 sur 221 · TRADUCTION DE LA CITÉ DE DIEU, LIVRE V, CHAPITRE \XV · texte numérisé non relu

TRADUCTION DE LA CITÉ DE DIEU, LIVRE V, CHAPITRE \XV

Bernardus Guidonis^}, en son cathalogue que il fist des papes, des empereurs et des roys de France, ou xlig chapitre du cathalogue des empereurs, lequel parle de Gracien lempereur, dit que ce Gracien fut occis des Parisiens a Lyons par ceuls qui estoient soubs le gouvernement dun de leurs dux appelle Merobaudus, et pour ce estoient appelles Merobaudi. Et par ce il semble que ou temps de Vallentinien eust ja a Paris ducs et gouverneurs. Et pour ce que nous sommes a

l'] Bernardus Guidonis, religieux dominicain , inquisiteur de la foi à Toulouse, puisévêquede Tuy, en Galice , et de Lodève , en Languedoc , était né en 1260, dans le Limousin. Elu, en 1817, procureur général de son ordre à la cour d'Avignon, il fut chargé par le Pape de plusieurs négociations politiques en Italie et en Allemagne, ce qui prouve que , dans la querelle qui divisait alors Louis de Bavière et Frédéric d'Autriche, il avait pris parti pour ce dernier que soutenait énergiquement Jean XXII. Guidonis était donc l'adversaire de Jean de Jandun. Plusieurs de ses nombreux ouvrages ont été publiés par Baiuze, le P. Labbe, Fr. Bosquet, Surius, Castel . Doni Martène , les Bollandisles , les continuateurs de D. Bouquet . etc. ; les autres, restésà l'état de ma-

nuscrit et conservés au couvent des frères prêcheurs de Toulouse , sont aujourd'hui dispersés dans plusieurs bibliothèques. Ceux qui offrent quelque intérêt historique et que Baoul de Presles a dû consulter sont: une Chronique des souverains Pontifes , depuis J. C. jusqu'en i33i ; une Description des Gaules et origine de la monarchie française; une Généalogie des comtes de Toulouse; un livre de la Fondation de l'ordre de Grandmont ; un Traité chronologique des conciles généraux ; les Vies de saint Fulcran, de saint Thomas d' Aquin , des papes Clément V et Jean XXII , et un Traité chronologique des conciles généraux. Son Traité de la pauvreté de J. C. contre les Fralricelles ne laisse aucun doute sur la part qu'il prit à la lui le dans laquelle succomba Jean de Jandun.

l'orine W des François et du temps de la fondacion de Paris^-\ et aussi des ducs et roys qui premièrement y habitèrent, nous en parlerons un pou, selon ce que nous en avons peu veoir et sentir par les croniqueurs qui ont traitié ceste matière, si comme Helinant'^, Bernardus Guidonis, Guillermus Armoricanus^\ maistre Hue de Saint Victor1^ et celi qui fist la division du monde qui se commence In exordio rerum, lequel croniqua comme fist Vincent^, et dist moult de choses singulières

(l) Orine, origine.

(2> Les six premières lignes du texte de Raoul de Presles n'ont pas été reproduites par Guillebert de Metz, qui commence son récit aux mots imprimés en italiques.

(3) On connaît deux écrivains, presque contemporains, qui ont porté le nom d'Hélinant. Le premier, selon M. Barthélémy Hauréau, appartenait à l'ordre de Citeaux et aurait vécu dans le xn* siècle; il serait auteur d'un Commentaire sur l' Apocalypse et de quelques gloses sur X Exode. Le second, né dans le Beauvaisis et mort, suivant Dom Brial, après l'année 12-29, ^ d'abord poëte de cour, puis moine à l'abbaye de Froidmont. On connaît de lui des Vers sur la mort, des Sermons, trois opuscules intitulés Flores Helinandi, et une Chronique, insérée par Tcssier dans ie Bibliotheca Cisterciensis. Dom Brial considère ce dernier ouvrage comme dénué de tout intérêt; il suppose, d'après le catalogue de la bibliothèque Cottonienne, qu'on possède en Angleterre un manuscrit de cette chronique plus étendu que celui de la bibliothèque Cistercienne. (Hist. litt. de la France, t. XVIII, p. 92.)

(1) Guillermus Armoricanus , Guillaume le Breton, chroniqueur et poëte célèbre, naquit en Bretagne entre les années 11 65 et 1170; il survécut au roi Louis VIII, mort en 1226. Devenu clerc ou chapelain de Philippe-Auguste, il suivit ce prince dans plusieurs de ses expéditions, fut envoyé à Borne pour obtenir la dissolution du mariage conclu avec Ingeburge, et fit l'éducation d'un lils naturel du roi. Ses ouvrages sont : La Philippide, poëme épique de plus de neuf mille vers , composé de 1 2 1 8 à 19.2/1, et où sont racontés tous les événements importants de la vie de Philippe II; Les Gestes de Philippe- Auguste , chronique en prose faisant suite à la vie de ce prince, écrite par Bigord. Ces deux grandes compositions, fort remarquables pour leur époque, ont été imprimées dans plusieurs recueils historiques, et notamment dans le Scriptorcs rerum gallicarum.

(5) Hue de Saint Victor, Hugues de Saint-Victor, moine de l'abbaye de ce nom à Paris, où il mourut en 11 4i, occupe dans l'histoire littéraire du xn* siècle un rang égal à celui de saint Anselme et de saint Bernard. Il doit cette gloire autant à ses écrits qu'à l'éclat de son enseignement. Ses ouvrages, imprimés successivement à Paris, en i5a6, à Venise, en 1 588 , à Mayence et à Cologne, en 1617, et enfin à Rouen, en 16/18, sont des plus variés : la nomenclature qu'en donne Fabricius ( Bibt. lat. médias et injimœ œlatis , t. III, p. 3oo et seq. ) occupe plus de quatre colonnes ; mais M. Barthélémy Hauréau a fait observer que les derniers éditeurs, «■gens d'un faible discernement , n ont entassé pèle mêle dans ce recueil, sous le nom de Hugues de Saint-Victor, les écrits de divers autres écrivains, et notamment ceux de Hugues de Fouilloi. Sa chronique , citée par Raoul de Presles , paraît avoir été continuée par Albéric de Trois-Fontaines. (Voyez Fabricius, Bibl. med. et infini . latin, t. If, p. 3o2, et VHist. litt. de la France, t. XII, p. 57.) Ce dernier recueil classe la chronique de Hugues de Saint- Victor parmi les ouvrages inédits.

{6) Vincent, Vincent de Beauvais, savant dominicain français, né vers 1 190 et mort vers 126/1, fut honoré de l'estime de saint Louis, qui l'encouragea dans ses travaux. Ses ouvrages sont de vastes compilations pleines de science, mais dépourvues d'originalité; il leur a donné uniformément le nom de Spéculum. Le Spéculum historiale, traduit en 1 Ag5 par Jean du Vignay (Paris, 5 vol. in-fol.), est un recueil d'extraits faits chez les historiens et chroniqueurs; le Spéculum nalurale offre, dit Fabricius, trois cent cinquante noms d'auteurs grecs , latins et arabes; le Spéculum doctrinale traite de théologie , de philosophie et de politique. D'autres ouvrages lui sont encore attribués ; Daunou en a donné la nomenclature dans le t. XVIII de l'Hist. litt. de la France. La recherche des sources du Miroir historial, mise au concours en 1 856 , par l'Académie des inscriptions, a valu un prix à M. Boutaric.

et ne se voult nommer1'1; Hugo Floriacensis®, et Orose, en son Ormeste(3), et plusieurs autres qui en ont parlé diversement et en diverses manières. Les uns treuvent que, après la destruction de Troyes, Antenor se parti avecques xu mille de ses gens en xxu nefs, et vint jusques en Pannonie, qui au jour duy estappellée Honguerie^. La, es Palus ouMarés qui se appelloientMeotides, edilïierent une cité, laquele il appellerent Sicambre, la ou a présent a une cité qui est appellée Bude; et y demourerent longuement et multeplierent en grant gent(5).

Or avint que ou temps de Vallentinien, unes gens que len appelloit les Allains, qui estoient venus de Saxonne (0), se rebellèrent contre les Rommains; les quiex

(l) Nous ignorons quel est ce chroniqueur rtqui ne se voult nommera et dont Raoul de Presles luimême ne connaissait pas le nom.

m Hugo Floriacensis , Hugues de Sainte-Marie, moine de Fleury, mort vers 1120, est auteur d'une chronique intitulée Hisloria ecclcsinstica , qui a été imprimée à Munster en i638, et fait parlie du t. IX des Scriplores de Pertz. Son traité De polestale regali et sacerdotali dignitate , publié par Baluze dans le t. IV de ses Miscellanea , est une apologie trèsvive de l'autorité des rois, et fait ainsi de Hugues de Fleury l'un des précurseurs de Jean de Jandun.

(3) Paul Orose, historien et théologien latin, né à Tarragone en Espagne, vivait dans la première moitié du v' siècle après J. C. Il fut l'ami de saint Augustin, de saint Jérôme, et l'adversaire de Pélage. Son principal ouvrage est XHormesta, vaste compilation historique en sept livres, sans valeur réelle, mais précieuse comme monument de la langue et de la littérature latines au v* siècle. La donnée de ce livre est à peu près la même que celle du De civitate Dei, et l'on s'explique cette ressemblance en se rappelant que Paul Orose reçut, pour la composition de son œuvre , les conseils de saint Augustin*. Fn présence des malheurs qui accablaient l'empire romain et que les païens attribuaient à l'abandon des Dieux de la patrie, Orose cherche , comme son maîlre, à établir que les calamités humaines sont de tous les temps , et qu'on n'est heureux qu'au ciel; cette pensée est le seul lien qui unit les faits historiques entassés par l'auteur. L'œuvre de Paul Orose, très-goûlée au moyen âge, a été souvent imprimée et traduite. Les manuscrits la désignent sous divers titres : Hisloria adversus Paganorum calumnias; De cladibus et miseras mundi; Hormesta , Ormesla ou Qrmista. Selon certains critiques, cette dernière appellation serait la meilleure; on a même prétendu qu'elle aurait

été formée de trois mots : Or. m. ista, abréviations de Orosii mundi hisloria.

(4) Les chroniqueurs que Raoul de Presles prend pour guides font suivre à Anténor une route toute différente de celle que lui assigne Virgile, interprète des traditions qui s'étaient perpétuées jusqu'à lui. Selon X Enéide, le prince troyen se serait embarqué après la prise de celte ville, et aurait abordé sur le rivage des Vénètes. Gagnant alors l'intérieur du pays, il aurait fondé une ville qui porta d'abord son nom . Antcnoris urbem, et qui depuis fut appelée Patavium, Padoue:

Antenor potuit, mediis elapsus Achivis, Illyricos penetraro sinus, alque intima tutus Régna Liburnorum et fontem superare Timavi, Unde per ora novem vasto cum murmure montis It mare proruptum , et peïago promit arva sonanti. Hic tamen ille urbem Patavi sedesque locavit Teucrorum , et genti nomen dédit, armaque fixit Troia.

(/Encid. lib. I, v. 2&2-2&<).)

(5) N'y aurait-il pas là une vague réminiscence des émigrations des Kimris? On sait que ces peuples , chassés des bords du Pont-Euxin par les invasions scythiques. fondirent sur l'Illyrie, puis sur l'Italie, et pénétrèrent également dans les Gaules. Pour que ce récit eût quelque vraisemblance, il faudrait supposer que la petite flotte d' Anténor entra dans la mer Noire, et remonta ensuite le Danube jusqu'à la hauteur de Bude; mais la géographie des chroniqueurs du moyen âge est tout aussi en défaut que leur chronologie. Nous n'en voulons pour preuve que les Palus Méotides (mer d'Azof) qu'ils placent sur les bords de Pister et en pleine Pannonie.

<0) Les Alains venaient de beaucoup plus loin; ils erraient avec leurs troupeaux dans les steppes qui

estoient diz Allains dun fleuve qui se appelle Lanus^, aussi comme les Allemans sont diz dun autre fleuve qui est appellé Lemannus^. Et comme Vallentinien, qui lors estoit empereur veist que il ni povoist mettre remède, et sceust celles gens que Antenor avoit amenez, et qui la sestoient logiés, estre fors, puissans et hardiz, et qui autre fois avoient résisté contre les Rom mains, combien que il fussent lor leurs tributaires, il leur offri a relachier leur treu par x ans, mais que il voulsissent mettre ces Allains en lobbeissance des Rommains. Lesquelz li accordèrent et le firent. Et pour ce orent remission par les x ans de leur truage(3). Mais les x ans passés il refusèrent a payer le treu; et pour ce les Rommains sappareillerent pour leur faire guerre; et les François mistrent paine a eulx defîendre et résister, et assemblèrent ensemble a tel dommage toutes voies des Francoys que a pou que ilz ne recurent grant perte, si comme dit Sigibert en sa cronique (4).

Autres croniques dient quil nattendirent mie Vallentinien, mais sen partirent, et vindrent selon le Rin en Germanie. Et après sen vindrent vers Cambray et vers Tournay et les prindrent; et de la en France et la conquirent.

du nom franco*. De ceste matière parle maistre Hue de Saint-Victor qui dit que aucuns deuiz furent diz François dun duc appellé Francio, qui estoit 1 homme très puissant en batailles.

Il y a autres oppinions plusieurs sur la manière de venir en Hongrie et de leur département aussi, et quelz chemins ilz tindrent , et queles terres ilz habitèrent. Et pour ce que, si comme nous avons dit, ceste matière chiet en m poins : lun de la naissance des premiers François, desquiex descendirent les premiers roys de France; le secont des premiers rois francois, et comment il emprindrent premièrement a avoir seignourie et en quels lieux, et le tiers quant la ville de Paris fu premiere-

s' étendent entre le Volga et le Tanaïs , lorsque les Huns fondirent sur ce peuple et l'entraînèrent avec eux. En moins d'un demi-siècle le vaste empire des Huns comprit tout le pays situé entre la mer Caspienne, la rive droite du Danube et le Rhin. C'est ce cjue Raoul de Presles appelle la Saxonne, en confondant les Huns avec les Alains.

(1) Probablement la Lahn, rivière cpii naît en Westphalie , traverse la Hesse , le ducbe' de Nassau , et tombe dans le Rhin , près de Niederlahnstein.

(2' Ce fleuve Lemannus ne peut être cpie le Rhône, qui traverse, comme on sait, le lac de Genève, mais qui n'est allemand qu'à sa source. Quant à l'étytaologie donne'e par Raoul de Presles au mot Allemans, elle est des plus contestables; alleman signifie littéralement : tout à fait homme.

(3) Jruage, même sens cpie treu, tribut.

(1) Sigibert, Sigebert de Gembloux, chroniqueur né vers io3o, dans la Relgique wallonne, mort en 1 1 1 2 , au monastère des Bénédictins de Gembloux . où il passa la plus grande partie de sa vie, prit parti pour l'empereur Henri IV dans la lutte que ce prisée soutint contre Grégoire VII. Sa Chronique , composée avec soin et assez purement écrite pour l'époque, a joui d'un grand crédit au moyen âge; elle s'étend de l'année 38 1 à 1 1 1 1 . Imprimée à Paris en 1 5 1 3 par Henri Estienne, et à Anvers en 1608, elle a été reproduite par M. Belbmann, d'après le manuscrit autographe de l'auteur, dans le t. VI des Scriptores de Pertz, avec les chroniques d'Anselme de Gembloux, de Hugues de Saint- Victor, de Turpin, de Otton de Frisingen, d'Hélinanl, de Guillaume de Mahnesbury , etc. ( Voyez également ÏHist. litt. de la France , i. \\.)

ment edifliée, qui est. le chef et la plus principal ville du royaume de France; nous en dirons aussi comme nous avons dit de Homme.

Prins et retenu pour reppetté ce que nous avons devant dit : maistre Hue de Saint Victor en sa cronique, et celi qui fist les croniques de France et la division du monde en son livre qui sappeîle la exordio rerum, racomptent de lorine des Francoys en ceste manière; et encores celi qui fist celle cronique In exordio rerum dit qui! en a vehue une plus parfaite que celle de Hue de Saint Victor; et racomptent que Francion, fils de Hector, qui lu filz Priant, et Turcus qui fu filz de Troïlus, qui semblablement fu filz de Priant, roy de Troies, après la destruction dicelle ville de Troyes, senfouirent et eschapperent avec très grant multitude de gens darmes. Et aussi sen partirent Helenus i adavineur W, lequel estoit aussi filz de Priant, et Enée, le filz dAnchises, et que cel Helenus a tout mil et 11e hommes vinst en Grèce et y fist plusieurs chastiaux, villes et cités, et y demoura li et sa postérité; et Enée sen vinst en Ytale et espousa la fille du roy Latin, et desconfit Turnus, qui estoit roy des Rutiliens. Et Francio et Turcus se divisèrent en u parties, dont les uns suy virent Francio, et les autres suivirent Turcus; et firent chascune partie leur duc, cest assavoir les uns de Francio et les autres de Turcus (->.

Turcus vint en Sace et y demoura et habita, et pour ce sont il encores dis Turs de Turcus(3). Et Francio sen vinst en Hongrie, ou il edilïia la cité de Sicambre, de costé les Palus ou Marés Meotides dont nous avons parlé dessus; et fu ou temps de David. Et quant il y ot demouré environ u cens et xxx ans, le peuple quil avoit amené crut par tele manière que il ny avoit pas assés lieu pour eulz habiter. Si sen parti de la environ xxuM hommes pour quérir lieu convenable ou ils poussent habiter; passèrent Germanie et le Rin, et vindrent jusques sus la rivière de Saine ; et avisèrent le lieu ou a présent est Paris. Et pour ce que il le virent bel et delitable, gras et plantureux et bien assis pour y habiter, il firent et fondèrent une cité, laquele ils appelleront Lutesse, a kilo, cest à dire pour la gresse du pays. Et fu edilliée celle cité ou temps de Amasie, roy de Juda , et de Jheroboam , roy dlsrael , vnic et xxx ans avant lincarnacion notre Seigneur^1'. Et sappellerent Parisiens, ou

Adavineur, devin.

(î) Il y a dans tout ceci un mélange confus des fictions poétiques mises en œuvre par Virgile et des Iraditions (privaient pu laisser le souvenir des colonies phéniciennes , rhodiennes et phocéennes , auxquelles le midi de la Gaule dut sa première civilisation.

^ L'auteur parait avoir eu un vague pressentiment de l'origine asiatique des Turcs. On ne connaissait pas, au moyen âge, le Turkestan et ce vaste plateau du Thihet d'où sont descendues tant de migrations. Pour les chroniqueurs d'alors, l'Asie Mineure était toute l'Asie, et, grâce à Ho-

mère ainsi qu à Virgile, dont on acceptait les fictions sans contrôle, Troie était regardée comme le berceau de toutes les nations européennes. Quant aux Francs , on ne voulait pas les considérer comme appartenant aux races germaniques, dont César, Tacite, Ammien Marcellin, etc. ont fait un portrait si peu flatté; on préférait se rattacher aux peuples héroïques chantés par l'épopée grecque et latine.

t4) La date que Raoul de Presles assigne à cette prétendue fondation et aux migrations qui l'auraient précédée rend toute recherche historique superflue.

pour Paris le fils Priant, ou de Parisia en grec, qui vault autant comme hardiesse en latin.

A quoy saccorde Guillermus Armoricanus en sa cronique quil fist de Phelippe le Hardi, dit autrement Dieu donné^, laquelle est appellée Pkilipica®, quant a ce quil se nommèrent Parisiens , ou il dit en i ver que les Frans qui vindrent a Lutesse sappellerent Parisiens, le nom signifioit quil estoient hardis. Et sont les vers telz :

El se Parisios dixerunt nomine Franci .

Quod sonat audaces, etc.

Si fait il quant a celle première venue des Troyens a Paris. Car il recite et dit que après ce que il orent ediflîé celle cité de Sicambre, comme il feussent en merveilleuses grant gent, et leur duc ou chevetaine (3), appelle Ybor, avecques xxn mille de gens sen vinst quérir païs pour habiter; et ala tant que il arriva ou lieu ou a présent est Paris; et pour ce que, comme dit est, le pays li sembla gras, y ediffia la cité de Lutece, qui a présent est appellée Paris, lequel lappella de ce nom Lutece pour la cause dessus dicte ^ Et aussi édifièrent plusieurs villes pour habiter a lenviron de Paris, que ilz appelèrent de ce nom; si comme Rueil en Parisi, qui fu chastel royal et chief de chaslellerie, Cormeilles, Louvres, Roissi, qui toutes furent nommées en Parisi, et Ville Parisie^; toutes les queles retrouvent encore ce nom. La demourcrent et habitèrent paisiblement, jusques a ce que les autres se partyrent de Sycambre, par la force de lempereur Valentinien qui leur fist guerre pour ce que ilz ne luy vouloyent payer le treuage (0). Et demourerent ces

fl) Ces surnoms n'ont pas été conservés à Philippe Il , né au mois d'août (Augustus), et plus particulièrement connu sous le nom de Philippe-Auguste. Quant à l'épithèle de Hardi, elle a été donnée plus tard à Philippe III, fils de Saint-Louis.

(2) Philipica. C'est le poëme sur Philippe- Auguste, par Guillaume le Breton, que l'auteur a déjà cité au commencement de son récit. Voici les vers dont il donne plus loin un fragment altéré :

Et se Parisios dixerunt nomine Graeco, Quod sonat exposilum nostris audacia verbis.

Pjjilippidos liber I.

(Historiens de France , t. XVII, p. 131.)

Pî Chevetaine, capitaine.

(4) Raoul de Presles oublie de dire à quelle langue appartient cette étymologie. Lulelia, a luto dicta, ont dit les historiens venus après lui; mais c'eût été faire parler latin les émigrants des rrMarés Meolides. » Il est vrai que Guillaume le Breton les fait parler grec, ce qui est un peu plus

vraisemblable chez des peuples d'origine troyenne.

(5) Ville Parisie, ou villœ Parisiœ , villes fondées par les Parisiens. L'abbé Le Beuf a fait remarquer l'exagération de tous ces détails. «Ce n'est point, « dit-il, dans les ouvrages fabuleux, tels que ceux "dont s'est servi Raoul de Presles sous le règne du trroi Charles V, qu'il faut chercher l'antiquité de fr Louvre. Cet écrivain, voulant faire parade d'éruirditioQ pour le temps auquel il vivoit, a mis dans mine de ses notes sur la traduction des livres de rr saint Augustin de la Cité de Dieu, au chapitre xxv. trque Louvre en Parisis est l'un de ces lieux que les rrSicambres avec Ybor, leur duc, édifièrent en rrmême temps que Lutèce, Cormeilles, Roissy, et ffeela huit cent trente ans avant la venue de J. C. «Ce trait est bon pour ceux qui veulent se reff paître de fables." {Hist. du diocèse de Paris, t. \ , p. 468.)

(6) Treuage, encore une autre forme dérivée de treu , tribut.

gens de Ybor a Lutece et es parties denviron, avant que les autres Francoys y venissent mil uc nu" et x ans ou environ, cest assavoir vui cens et xxx ans avant lincarnacion et le remenant ^ après lincarnacion.

La manière du département fu que il se partirent soubz le gouvernement de nidux; cest assavoir Simo, Gerebaudus et Marcomirus. Simo et Gerebaudus sen vindrent en Germanie, sur la rivière du Rin, et subjuguèrent les AHemans et les Turingues, les Belges, les Saxons et les Lorrains, prindrent Goulongne et gasterent plusieurs autres villes, et demourerent en une partie dAlemaigne qui pour eulz a a nom encores Franconia; et celle cronique nous avons vehue et leue, et est moult notable et moult singulier ('2).

Aucunes croniques dient que Simo, Gerebaudus et Marcomirus demourerent Des p' en Germanie sans passer le Rin; et que la mesmes en Germanie fu fait Pbaramundus, fils de Marcomirus, roy des François; et que, après ce que Marcomirus et Simo furent mors, le peuple voult avoir roy aussi comme les autres pays; et eslurent a roy ce Pbaramondus, fils de Marcomirus, lequel fu constitué roy en Germanie, ou temps de Honorius lempereur, ou ix° an de son empire, ira cens et xx ans après la nativité de Nostre Seigneur, et régna environ xi ans sans passer Germanie ^.

Et en son temps fu faite la loy salique, dont nous avons parlé cy dessus, ou cy parferons de ine livre sur lexposicion du xxie chapitré. Et ce estasses croiable, car «par le livre

loi

(,) Le remenant, le reste, du latin remanere. 11 n'y a plus à discuter aujourd'hui l'identité des Francs avec les Germains occidentaux que Tacite appelle Istœvones. Toutefois on doit, dans une certaine mesure , tenir compte d'une tradition rapportée par Grégoire de Tours, livre II, ch. ix, suivant laquelle les Francs seraient venus de Pannonie. Beaucoup d'hypothèses plus ou moins ingénieuses ont été bâties sur ce passage; mais on ne peut y voir que le vague et lointain souvenir d'une émigration teutonique, débouchant en Allemagne par la vallée du Danube et la forêt Hercynie. Ce qui fait surtout défaut à Raoul de Presles, c'est la chronologie et la science ethnographique, qu'on ne soupçonnait pas de son temps. Les Francs n'apparaissent sur le Rhin que vers l'an 2 Ai de notre ère, et, loin d'être une nation d'origine grecque ou troyenne. ils sont un mélange de peuplades germaines arrivées depuis longtemps des hauts plateaux de l'Asie et désignées sous les noms de Sicambres , Cattes, Angrivares, Hamaves, Haltewares , Bructhres, Usipètes. Tenctères, Ampaivares , etc.

IIIST. — I.

(3) Toute cette généalogie passait pour incontestable au temps de Raoul de Presles. Un siècle et demi après lui, J. Tritheim, abbé de Spanheim, près de Trêves, puis de Saint-Jacques de Wurtzbourg, la reproduisit avec plus de détails dans son traité De origine genlis Francorum, imprimé à la suite du livre intitulé Compendium sive breviarimn chronicorum de origine gentis et région Francorum ad Pippinum. (Mayence, i5i5,et Paris, 16.89, '"Toi.) Tritheim avait pris pour guide le chroniqueur Hunebauld, auctor nullius Jidei, dit Fabricius. L'ouvrage de Hunebauld a pour titre : Historiarum a bello Trojano usque ad Clodorei tempora libri X VIII. Tritheim ajouta douze livres à cette indigeste compilation; il avait été, dit encore Fabricius, trompé par l'étiquette, et il croyait, en se faisant le continuateur de Hunebauld , avoir affaire à un historien sérieux : Trilkemius , splendido deceptus titulo. et solidum Francorum hisloriographum traclare se non dubitans... (Bibl. med. et infini, œtat. t. III, p. 807.) Raoul de Presles est donc excusable d'avoir eu la même confiance un siècle et demi plus tôt.

mesmes de celle loy salique, il appert que elle fu faite en Alemaingne par un des plus grains, si comme nous lavons mis ou lieu dessus dit^.

Vprés régna Claudio son fdz, et fu ou temps de Theodosius le secont. Et fu le premier roy de France qui passa le Rin et qui transporta dessa le Rin le roiaume des François, qui paravant avoit esté en Germanie; et conquist Cambray etTournay.

Après li vinstMeroveus, après la nativité Nostre Seigneur nu cens xlix ans. En son temps commença la renommée des Francoys et des roys de France. Et fu si vaillent et si puissant en son temps, que les Francoys furent appcllés Merovei pour sa vaillance. 11 commença a régner ou temps de Theodosius» le Josne, ou xxv1 an de son empire, environ un cens l et ans après lavenement de Nostre Seigneur, si comme toutes ces choses Bernardus Guidonis met en sa cronique.

Or est il voir que quant les autres François qui sestoient partiz de Sicambre sen vindrent a Lutesse, il leur vouldrent faire guerre; mais quant il sorent que cestoient ceulz que Ybor y avoit amenés, et que cestoit tout i pueple, il sentre firent grant feste, et demourerent ensemble paisiblement, soubs i roy et soubs une seignourie®; et la ville qui avoit nom Lu te ce il appellerent Paris, disant que cestoit lait nom et ort que Lutece(3).

A lopinion cpii parle de Francio et de Turcus saccorde Baldericus, evesque de Dol ^\ en sa cronique qui! fist du passage doultre mer, ou tiers livre, qui dit que les Turs tiennent que eulz et les Francoys sont tous i peuple et partiz dun pays^, et dient que nulz nest digne destre chevalier si! nest François ou Turc.

Encores pour demonstrer lancienneté de Paris, et comment elle est fondée dan-

(|J Voir, à la suite du livre de Guillebert de Metz , l'appendice relatif à la Loi Salique.

(2' 11 est presque inutile de faire remarquer que les choses ne se passèrent pas aussi rr paisiblement. » Loin d'accueillir les nouveaux venus comme des frères , les Parisiens leur résistèrent énergiquement. Les hostilités, dit un historien moderne, se concentrèrent durant plusieurs années autour de Paris; Clovis avait compris l'importance de cette ville, et voulait s'en emparer à tout prix. Chaque printemps ramenait les barbares du Soissonnais dans le Parisis , et la belle vallée de la Seine était ravagée sans relâche; mais les Parisiens, secourus sans doute par les cités armoricaines, résistaient aussi opiniâtrement aux Francs que naguère les Arvernes aux (ioths.

(3) Lait nom et ort ( ord) , nom vilain et désagréable ; allusion à la racine du mot Lutèce. fatum, boue, limon , lange.

" Balderictis, Baudry, chroniqueur célèbre, né vers le milieu du onzième siècle , à Meung-sur-Loire . et mort en 1 1 3o , fut d'abord moine de Bourgueil , puis évèque de Dol en Bretagne. Il a laissé une vie de Bobert d'Arbrissel , plusieurs poèmes, dans l'un desquels il est question de la conquête de l'Angleterre par les Normands, et une histoire de la première croisade, dont le titre est : Historien I lient solymitanœ libri quatuor. Le fond de celte chronique . qui ne comprend que quatre années, est emprunté à Theudebode, dont l'ouvrage fait partie de la collection publiée par Du Chesne. Baudry avait assisté au concile de Clerniont, où fut résolue l'expédition; c'est pour cette raison qu'il s'en est fait le narrateur. Son récit se trouve dans le volumineux recueil de Bongars, Gcsta Dei per Francos (Hanau , 1 6 1 1 , ti II), ainsi que dans le troisième volume des Historiens occidentaux des Croisades,

' Dun pays , c'est-à-dire d'un même pays.

cienté, il se treuveau VIe livre de Julius Celsus^, Debello (jallico, duquel Julius César fist partie, que quant ce Julius vint en France de par les Rommains, Paris estoit habitée de gens grans et puissans, qui sappelloient Parisiens; et tenoienl la cité seulement, laquele estoit si forte pour lors, et estoit tellement fermée dyaue, que li mesmes tesmoingne que len ny pooit passer; or est tout atterri par gravoys, liens et autres ordures que len y a depuis geté. 11 lu longuement devant, car les Parisiens, qui estoient tout environ Paris et jusques a Melun, avoient une tele coustume que tantost comme guerre leur sourdoit^ il venoient tous a Paris a secours pour estre plus fors, et ne leur chaloit du remenant

Or avint que, si comme il faisoit siège devant Paris, et que tous les Parisiens si estoient retrais et vuidié tout le remenant, il savisa de prendre Melun, et le prist de fait; et par ce fu seigneur de la rivière, et povoit venir assaillir de quelconque part quil li plaisoit. Quant il ot long temps esté devant sanz riens faire, il fist semblant quil se partist et de lever son siège, et sen ala droit a Ville Juyve, qui a droit parler est appellée Ville Julive pour le corps saint de celle sainte qui y repose W. Et comme i appellé Camulogenus, qui estoit de Rouen, auquel, combien quil fust ancien, estoit baillé pour sa vaillance tout le gouvernement des gens (larmes, leur dist que ce nestoit que faintise '5), et quil se gardassent bien quil ne le poursuivissent, il ne le vouldrent croire, mais alerent après et lataindrent; et tantost ses gens quil avoit laissié en embusclie vindrent et les enclorrent, et y ot grant desconfiture. Et ce fu la cause qui pour lors les fist estre tributaires des Rommains, car oncques homme ni entra ne ne la prist par force (°l Dont il list le palais de Termes, qui estoit ainsi appellé pour ce que la se payoient le fcrehuz

' 1 Julius Celsus , critique grec du vu" siècle , connu par une révision des Commentaires de César, qui est jointe à plusieurs manuscrits des Commentaires. (Voy. Schneider, Petrarch. Hist. Juin Cœsaris, Leipzig, 1837, in-8°.) C'est pourquoi Raoul de Presles cite ici les Commentaires de César comme faisant partie de l'ouvrage de Celsus.

:) Sourdoit, naissait, arrivait.

{S) El ne leur chaloit du remenant, ils ne se souriaient point du reste. De là le substantif non-chaloir, qui a été abandonné pour la forme nonchalance.

L'abbé Le Beuf s'est fort exercé sur l'éfymologie de ce nom : On trouve, dit-il, écrit en français, Villejuif, Villejuke et Villejuit ; en latin, villa Judœa, villa Jude et villa Julittœ. Quant à lui, il propose villa Gesedum ou villa Josedum , d'où l'on aurait fait le pays de Josais ou Josas, le mot Gesedum, ajoute-t-il , désignant, dès le temps de Frodoard, une paroisse de Paris. L'étymologiede Raoul de Presles, moins cherchée cependant que la sienne.

ne lui paraît pas acceptable, attendu que, dès le xive siècle, il était faux que le corps de sainte Julitte ou Julive reposât à Villejuif. Enfin l'abbé Le Reuf repousse également l'hypothèse qui attribue aux Juifs le nom de ce village : rrll n'est pas certain rr dit-il, que les Juifs aient demeuré en ce lieu, «qu'ils l'aient presque entièrement acquis par leurs rrimmenses usures, et qu'il y en eût qui y furent «brûlés.» (Hist. du diocèse de Paris, t. X. p. 3y. 38,3g.)

w Faintise, feinte, ruse de guerre.

M Sur cette expédition de Jules César, ou plutôt de Labienus , et sur la fondation du palais des Thermes, on peut consulter Don) Toussaint du Plessis. Nouvelles annales de Paris, etc. p. h; Mémoires sur les antiquités gallo-romaines de Paris , par M. Jollois, t. I", p. 85; Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions et belles-lettres , etc. Paris, i8&3 , in-h"; et les travaux modernes de MM. de Saulcy, J. Quicherat. Creuly, Rordier, etc.

aus termes qui estoient ordenés^. Et adont les gens commencierent a edifïier maisons a leriviron de ce chastel et a eulx y ïogier; et commença celle partie lors a estre premièrement habitée. Nencores ne depuis longtemps ne lu lautre partie de Paris devers Saint Denis, la quele est a présent la plus grant, habitée. Mais avoit partout forés et grans bois, et y faisoit len mout domicides.

interprétation du nom Le marcliié des bestes estoit par dessa la rue aus Bourdonnoys, ou lieu que len

îles rues île Paris. înii-i

dit le siège au deschargeur('2); et encores lappelle len la viez place aus poursiaux. Et a la croys du Tyrouer(3) se tryoient les bestes; et pour ce, a proprement parler, est elle appellée la Crois du Triouer pour les bestes que len trioyt^.

Au carrefor Guillori estoit le pillori ou len couppoit les oreilles; et pour ce, a proprement parler, il est appelé le carrefour Guigne orille^5'.

Et la boucherie estoit ou elle est a présent, comme tout hors de la cité, et cestoit raison. Et e m prés, ou est Perrin Gasselin^, estoit une place ou len gettoit les chiens mors, qui sappelloit la Fosse aux chiens; et encores y a il une ruelle qui est ainsi appellée '7),

(1) Cette étymologie plus que naïve prouve que Raoul de Presles, comme l'immense majorité de ses contemporains, ignorait le grec. On sait qu'il était passé en habitude de latiniser ou d'omettre les mots de cette langue intercalés dans les auteurs; de là ce proverbe plus ou moins authentique : Grœcum est , non legilur.

(2) La rue des Déchargeurs existe encore : elle s'étend de la rue de Rivoli à la rue de la Ferronnerie.

(l) La croix du Tyrouer, Triouer ou Trahoir se trouvait à l'angle des rues Saint-Honoré et de l'Arbre-Sec, à peu près sur l'emplacement de la fontaine actuelle.

Variantes des éditions imprimées à Abbeville en i486 , à Paris en 1 53 1 : crEt a la crois du crioir rrcrioient les bestes; et pour ce est elle proprement rr appelée la croix du crioir, pour les bestes que l'on <t y tuoit. 5) Voyez aussi Topographie du Vieux Paris, par M. A. Berty, t. I", p. 4q , où sont citées les diverses manières dont ce nom a été orthograpbié depuis le xiiic siècle; l'auteur adopte, quant à l'étymologie , la première opinion de Raoul de Presles.

(5) Ce carrefour était situé au coin des rues de la Vannerie et de la Coutellerie; Sauvai le nomme carrefour des Becommandar esses. La rue de la Coutellerie, qui y aboutissait, n'était connue au xiue siècle que sous le nom de Vieille oreille, Veteris auris; c'est ce qui résulte notamment, dit Jaillot, d'une transaction de l'année 1938. entre les religieux de

Saint-Maur et l'abbaye de Sainte-Geneviève. Quant à l'étymologie donnée par Raoul de Presles et reproduite par l'auteur des Tablettes parisiennes, Jaillot ne la trouve pas fondée : rrOn coupoit, (litre il , les oreilles dans les carrefours, aux halles et ff autres places publiques; celui-ci pouvoit être un «lieu patibulaire de la justice de Saint-Eloi ou de rr Saint-Maur; mais je ne vois pas que, ni dans notre rr ancien langage, ni dans le nouveau, le mot gui- 'tgner ait jamais signifié couper. Ce carrefour fut rr ensuite nommé Guillori. Le rôle de la taxe de 1 3 1 3 trnous apprend qu'un maréchal appelé Guillori y rr demeurait; on trouve aussi un tief qui porte le rrmême nom, ce qui aura sans doute engagé à le «donner à ce carrefour. r, [Recherches sur la ville de Paris, cjuartier de la Grève, p. i5.)

(6) La rue Perrin Gasselin formait la continuation de la rue du Chevalier-du-Guet et aboutissait à la rue Saint-Denis; elle a disparu par suite de l'ouverture de la rue de Rivoli.

!7) La ruelle dont il est question commençait à la rue des Bourdonnais et se prolongeait jusqu'à la rue Tirechape, dans une direction à peu près parallèle à la rue Saint-Honoré. Par sa situation hors de l'enceinte de Philippe- Auguste , elle servait de voirie. L'endroit a été nommé Marché aux pourceaux, Place aux chats et Fosse aux chiens. Dès le commencement du xiv" siècle , ce n'était plus qu une impasse. Une autre Fosse aux chiens existait fort

Depuis fu habitée et fermée Paris jusques au lieu que len dit a larchet Saint Merry 11 , ou il appert encores le costé dune porte. Et la fu la maison Bernai t des Fossés (2), ou Guillaume dOrenge fu logié quant il desconfit Ysoré, qui faisoit siège devant Paris ®.

Ceste porte aloit tout droit sans tourner a la rivière, au lieu que len dit les Planches de mi bray ; et la avoit i pont de fust qui sadressoit droit a Saint Denis de la Chartre , et de la tout droit parmi la cité sadressoit a lautre pont que len dit Petit Pont. Et estoit ce lieu dit, a proprement parler, les Planches de mi

Guillaume l'objet d'un double travail. rrOn y voit, rrdit M. Paris, que le ge'ant se tenait en un lieu * qu'on dit Notre-Dame des Champs." Quand les assiégés, revenus de leur terreur, sortirent de la ville et reconnurent son cadavre, ils le mesurèrent et trouvèrent que, crsans la teste, il pouvoit bien rr avoir xv pieds de longueur. Si puet l'en encor rfveoir le lieu ou Guillaume le laissa mort, car en « propre y ordonna le Roy et fist faire une enrrseigne , etc." Sauvai a composé sur le géant Isoré et sur la Tombe-lssoire une dissertation qui est malheureusement restée incomplète , et qui n'a point encore été publiée. L'abbé Le Beul' s'en est également occupé dans son Histoire du diocèse de Paris, 1. 1", p. 2 3o, 23 1.

(,) L'arrivée du géant à Paris et le séjour qu'y (il Guillaume d'Orange, hôte de Bernard des Fossés, sont racontés tout au long dans le Moniage Guillaume que nous venons de citer, et dont M. Paulin Paris donne l'analyse au tome VI de ses Manuscrits français, rr D'après ce passage , ajoute M. Paul in Paris . rrconféré avec les anciennes cartes et les bons histo- " riens de Paris, la maison de Bernard des Fossés rrétait située à la sortie de la rue actuelle des Ecri- " vains, dans la rue des Arcis (s). Telle était l'opinion rrconsacrée au xv" siècle; mais il faut convenir rr qu'elle s'accorde assez mal avec le récit poétique rrqui fait naturellement venir Guillaume à Paris rrpar Orléans et par Etampes :

Trespasse Aucerre et Orliens et Estampes Trusques Paris ne volt onques attendre.

rrDe ce côté il gagnait la rive gauche de la Seine, rret non la rive droite (b), surlaquelle était l'emplacen-ment de {'Archer Saint-Mary. Quoi qu'il en soit, rr Guillaume , arrivant le soir au terme de son voyage ,

<n) La rue des Écrivains et la rue des Arcis n'existent plus. L'endroit indiqué correspond au point situé à l'intersection des rues de Rivoli et Saint-Martin.

lb| Dans le nouveau travail que M. Paulin Paris a publié sur le Moniage Guillaume (Ilist. littér. de la France, t. XXII , p. 527) , il ajoute cette judicieuse réflexion : «Guillaume d'Orange, arrivant d'Orléans , dut naturellement se présenter à une porte de la «rive gauche delà Seine; et le trouvère ne laisse aucun doute sur ce point, en faisant d'abord traverser le petit pont à Bernard, "quand il va chercher des provisions."

près de là, et dans des conditions semblables, à l'extrémité des rues de Béthisy et des Fossés-Saint- Germain-l'Auxerrois. ( Voir Jaillot , quartiers Sainte- Opportune, p. i5, et du Louvre, p. 21.)

(1) L'Archet ou porte Saint- Merry faisait partie d'une enceinte de Paris antérieure à celle de Philippe-Auguste; il était situé rue Saint-Martin, près de la rue Neuve-Saint-Merry. Baoul de Presles nous apprend qu'il restait encore de son temps le rrcosté d'une porte," et Jaillot affirme que rril en rrsubsistoit encore quelques vestiges auxv" siècle." Cette entrée de Paris produisait, à titre de péage, un certain revenu à l'abbaye de Saint-Denis. L'abbé Suger, qui administra si sagement le royaume pendant la seconde croisade, sut, selon certains auteurs, tirer cinquante livres par an de ce péage, qui n'en produisait annuellement que douze.

m L'auteur rappelle ici un épisode de la chanson de geste de Guillaume d'Orange, intitulée le Moniage Guillaume. Bernard des Fossés est ce pauvre serf à qui le vaillant paladin donne cent sous d'argent pour aller en ville lui acheter des vivres :

Bernars s'en vel la dedans en la cit, Vers Petit Pont atome son chemin.

Chapons achata et ploviers et perdris, Pain buleté, del poivre, del comin ; De la chandoile ne mist pas en obli , Clox de girolle et pomes de jardin , Fain et avaine au bon destrier de pris, etc.

Quant au rr géant Ysoré desconfit par Guillaume," on croyait voir sa tombe sur la rive gauche de la Seine, près de la barrière d'Arcueil; elle portait le nom de Tombe-lssoire. C'est ce qui résulte du passage suivant d'un abrégé en prose du roman de Guillaume d'Orange, fait au xv" siècle, et reproduit par M. Paulin Paris, qui a fait du Moniage

bras, car cestoit la moitié du bras de Saine (1); et qui auroit une corde et la menas! de la porte Saint Martin jusques a la rivière, et par la rivière a la Juyerie(2) droit au petit pont de pierre abatu, et de la a la porte Saint Jacques, elle yroit droit comme une lingne, sanz tourner ne ca ne la.

Apres len fist le cimentiere ou lieu ou est leglise des Innocens, qui estoit lors tout hors et loing de la ville, si comme len le faisoit anciennement; car îen faisoit et les boucheries et les cimentieres tout hors des cités, pour les punaisies^3' et poulies corrupcions eschiever.

Prés de ce cimentiere len commença a faire le marchié; et lappelloit len Champiaux, pour ce que cestoient touz champs; et encores a ce lieu retenu le nom. Et pour raison du marchié y commencèrent premièrement les gens a faire loges et petites bordes ^, comme firent les Bourguignons quant ils vindrent premièrement en Bourgoingne'5'. Et puis petit a petit y ediffierent maisons; et y fist len haies pour vendre toutes manières de denrées. Et ainsi crut la ville jusques a la porte Saint Denys; et la fu fermée et fu abatue la vielle muraille; et a présent sestent la ville jusques a la bastille Saint Denis (6).

ra bien de la peine à pénétrer dans les murs de rr Paris. La gaite ou sentinelle du roi Louis refuse de rrle reconnaître; mais, touchée de ses sollicitations, rrelle ajoute, pour adoucir l'expression de ses refus :

Por seul itant que estes crestien ,

Et que vos oi parler de Deu del ciel ,

Selonc mon sens vous verrai conscitlir :

Ici amont, delès cel pin plenier,

A un fossé qui est et grand et viez;

Uns povres hoins est illec hebergié . . .

Or soies là tros qu'a l'aube esclairier.

«•Guillaume finit, en effet, par demander et obtenir l'hospitalité de Bernard des Fossés. Les détails de la réception sont comiques et amusants. * (Les Manuscrits français- de la Bibliothèque du Roi, t. VI. p. 1/43 et suiv. — Hist. lilt. de la France, t. XXII, p. 527 et suiv.)

[1] Cette étymologie a été contestée; le rfpont de fust,» ou les Planches de Mibrai, devaient peut-être leur nom à un territoire; le P. Dubois cite, en effet (Hist. eccles. Paris, t. II, p. y5), un diplôme de Henri I", daté de 1082, et le Gallia christiana 1 1. Ml, col. 3 10) mentionne également un moulin en Mibrai , in Mulbraio , cpie Robert Pisel avait donné au prieuré de Saint-Martin-des-Champs. RenéMacé, moine de Vendôme, dans son poëme manuscrit intitulé Le Bon Prince, donne une troisième étymologie que Jaillot reproduit après Marrier (Monast. reg. S. Martini de Campis hist. Paris. î 687. in-A ". |). 46); la voici :

L'Empereur vient par la Coutellerie Jusqu'au carfour nommé la Vannerie Où fut jadis la Planche de Mibray :

Tel nom portoit pour la vague et le bratj Getté de Seyne en une creuse tranche , Entre le pont que l'on passait à planche, Et on i'ôtoit pour être en sûreté, etc.

Le mot bray , en latin du moyen âge braium , signifie boue, limon, fange, elle mot b'raye, partie de rivière resserrée entre deux digues (Du Cange. édit. Henschel, t. V, p. 73). Dans ce sens, Mibrai signifierait au milieu de la boue, in medio braio.

21 Juyerie, rue de la Juiverie.

(,) Punaisies, mauvaises odeurs, exhalaisons malsaines.

w Bordes , maisons ou fermes. Ce mot est encore usité dans le centre et le midi de la France.

(5) Presque tous les Rurgondes étaient gens de métier, rr ouvriers en charpente ou en menuiserie,'dit un historien moderne. On s'explique alors qu'ils aient facilement construit «loges et petites bordes.- On verra plus loin ce que Guillebert de Metz (ail de ce dernier mot.

(G) La porte Saint-Denis, appartenant à l'enceinte de Philippe-Auguste , était située dans l'axe de la rue Saint-Denis, à peu près à égale dislance des rues Mauconseil et du Petit-Lion; elle touchait à l'impasse des Peintres. La rue Turbigo, à son point d'intersection avec la rue Saint-Denis, en marque aujourd'hui l'emplacement.

Ouil soit vray il appert, car quant leglise de Saint Magloire, la quele fu premièrement en la cité, fu transporté ou lieu ou elle est a présent elle fu édifiée ans champs; et se trouve encores que en la dacte des lettres royaux qui furent l'a ittes pour lors, avoit et a escript : Donné en nostre église de Saint Magloire de les Champiaux prés de Paris

Encores se treuve il en la vie de saint Babolein^3', qui ou temps de Glodoveus DUng cbasiei

. . . , — . . que Julius Cesa

fonda une abaïe a Saint Mor, qui lors estoit appelles les fossés (4), que ou temps que Bat Julius César fu en France et quil lot aussi comme toute conquise, il sen vint de Sens a Meleun, et de la vers Paris par la rivière de Sainne, entra en la rivière de Marne pour aler conquerre la cité de Miaux; et arriva ou lieu ou est leglise de Saint Mor a présent; et la demoura tout liver, ou quel temps diver les anciens se reposoient ne naloient en guerre jusques au prinstemps. H si loga et tout son ost, pendant lequel temps, pour ce quil vit le lieu bel et la place forte, tant pour la rivière comme pour la situacion du lieu, il y fist faire i chastel trop merveilleusement fort, qui se fermoit de n costés de la rivière de Marne, et par devers Paris de fors murs et de grans fossés. Et fu ce chastel appellé le Chastel de Begaux, pour une manière de gens aus quiex il le bailla a garder, les quiex estoient appellés Begaux ®.

Ce chastel dura jusques au temps de Maximien, appellé Herculeius, qui fu envové

La seconde église Saint-Magloire était située à l'extrémité sud de la rue Salle-au-Comte , entre les rues Saint-Denis et Quincampoix , à peu de distance des églises Saint-Leu et du Saint-Sépulcre. Le couvent qui l'entourait fut occupé, de 1 1 38 à 1 572 , par des religieux de Tordre de Saint-Benoît , et, à partir de cette dernière époque , par des filles pénitentes. L'église et le couvent de Saint-Magloire , supprimés en 1790 et vendus le 6 vendémiaire an \, ont fourni le terrain nécessaire à l'ouverture de l'impasse Saint-Magloire en 1807, et plus récemment au percement de la rue de Rambuteau et du boulevard de Sébastopol.

Sur les Halles des Champeaux , voir le Traite des louanges de Paris, ci-dessus, p. 5o et 01.

(1) La vie de Saint-Babolein, que donnent les ' Acla Sanctorum, t. V, p. 17g , ne fait, bien entendu , nulle mention du prétendu séjour de César sur l'emplacement de Saint-Maur-des-Fossés , et de son expédition rrpour aler conquerre la cité de Miaux. n Celle que mentionne ici Raoul de Presles est une biographie anonyme composée au xi" siècle par un moine de l'abbaye. L'abbé Le Beuf a fait observer, après DD. Mabillon. Bouquet, Rivet, le P. Lecointe

et les Bollandistes , que cet auteur rra manqué de " critique, lorsqu'il a voulu parler de ce qui éloit rr arrivé sept cents ans avant lui.»

w Sur l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés et le château des Bégaux ou Bagaudes, voyez, outre le curieux article de l'abbé Le Beuf (t. V, p. 98. de ÏHist. du diocèse de Paris) , les Vies de S. Maur et de S. Babolein, publiées par DuBreul, p. 97, et p. 1.37 du Supplementum antiquitatum urbis Purisiacw , etc. Parisiis , 1 6 1 h , in-A", et le Gallia chrisliana.

(5) rrQui peut croire, dit l'abbé Le Beuf. (pie n- c'est Jules César qui avoit fait faire les ouvrages ffdont il est parlé ici, et qu'il leur donna le nom ffde Castrum Bagaudarum , à cause que ceux auxquels il en confia la garde s'appeloient Bagaudes? f Tous les gens versés dans la lecture des anciens 'fauteurs conviennent que le nom de Bagaudes n'a "■commencé à paroistre que trois cents ans après, n-sçavoir sous l'empire de Dioclélien et Maximien. "Ce fut le nom que portèrent alors les troupes errantes de mécontents, principalement de paysans, tnom qui, quoique d'abord ne signifiant en générrral qu'une assemblée, par la suite devint odieux, rrà cause que ces Bagaudes se mêloient de piller.

en France pour mettre a mort tous crestiens et destruire toutes les églises; et y fu envoyé par Dioclecien lemperere, lequel le fist compaignon de son royaume.

Ce Maxim i en Herculeius, quant il vint en France, trouva que Amant et Helien, ii crestiens qui ne vouloient point estre subgés ans Rommains ne aourer les ydoles, pour résister a Maximien sestoient mis a garant $ en ce chaste!, acompaignés de plusieurs de ces Begaux. La vint Maximien et fist siège devant le chaste! par long temps; et finablement le prinst et mist a mort tous les Begaux et autres crestiens quil pot trouver; et arrasa le chastel tellement quil ny demeura que la place vuide. Des Begaux ainsi occis par ce Maximien, et de Amant et Helien, et comment il furent vaincus legierement2, parle Orose ou VIIe livre de son Ormesle, ou xxxie chapitre (3).

i>es Encores est il assavoir que en ce temps que Julius César vint devant Paris, et

gens nommez Druides.

pour conquerre France, elle estoit gouvernée par certaines gens, si comme dit Julius Celsus en son VIe livre. H y avoit unes gens qui estoient appellés Druydes, et si y avoit chevaliers, et sy y estoit le peuple duquel len ne faisoit point de conte, car il estoient aussi comme serfs; et quant il se veoient grevés ou oppressés par aucun, il se rendoient au plus fort.

Les Druydes estoient aussi comme les souverains evesques, qui gouvernoient et temporel et esperituel, apprenoient aus enfans science et doctrine, congnoissoient de toutes manières de causes et jugoient, fussent crimineles ou civiles, personneles ou réelles.

Touz les ans assembloit tout le peuple devant eulz a certain jour en une montaingne consacrée a Jupiter, qui a présent est appellée Montjaout ^ , en latin Mans Jovis. La faisoient droit a chascun; et si! en y avoit aucuns qui ne voulsissent obéir a leurs decrés et tenir leurs jugemens, il li estoit deffendu a sacrefier, ne ne recevoit len point ses sacrefices, qui estoit une très grief paine a celi a qui il

'de voler, en sorte qu'il fut donné à tous ceux qui rrrefusoienl d'obéir aux empereurs, » (Hist. du dioc. de Paris, t. V, p. 98. )

(1) Sestoient mis a garant, s'étaient retranchés.

!2) Legierement , facilement et ici complètement.

(3) Raoul de Presles indique ici la source trèspeu sûre où il a pris les détails qui précèdent, et où avait également puisé l'auteur anonyme de la vie de saint Babolein. Avant Paul Orose, Aurelius Victor et Eutrope avaient parlé de l'expédition de Maximien Hercule, mais, ainsi que le fait observer l'abbé Le Beuf, «sans désigner la province et encore moins le canton.» L'historien du diocèse de Paris, fort de l'autorité des savants sur lesquels il s'appuie,

ne croit pas qu'Amand et Élien fussent chrétiens, qu'ils se soient retirés à Saint-Maur-les-Fossés , et qu'ils y aient subi le martyre. «-H n'est pas besoin, rrajoute-t-il, de critiquer davantage l'auteur d'une rr légende qui a voulu deviner les faits au bout de ffsept cents ans. » (Hist. du dioc.de Paris , t. V,p. 99.)

(/,) Monljavoult , village du département de l'Oise , arrondissement de Beauvais, canton de Chaumont en Vexin, est situé sur un point culminant, à 2o5 mètres d'altitude. On y a découvert des sépultures celtiques, des débris de sarcophages, des médailles, des briques et autres vestiges des époques gauloise et gallo-romaine. Raoïd de Presles paraît donc avoir été bien informé.

estoit deffendu. Tous le fuyoient, ne ne partaient point a li, nés W que a excommenié; et se il se plaingnoient daucun, len ne li en faisoit point de droit.

Ces Druides estoient quittes de tous trehuz, de touz os('2' et de toutes chevauchées; ne il naloient en bataille pour quelconque neccessité; et si estoient frans et quittes de toutes prestacions et redevances que les autres paioient; et pour celle cause plusieurs aloient a lescole et apprenoient.

Entre tous les autres il en y avoit i souverain qui avoit puissance sur tous les autres Druydes; et quant il estoit mort, len eslisoit le plus souffisant après; et se il en y avoit plusieurs de pareil estât, len en eslisoit i par le conseil des autres Druides; et aucunes foys se combatoit len pour avoir celle seignourie, selon ce qui! estoient puissans.

Lautre manière de gens estoit de chevaliers; et ceulz cy nentendoient a riens que aus armes et a faire injure a leurs voisins, ou rebouter (3) ceulz qui leur faisoient injures; et selon ce que chascun estoit plus riches et plus puissans, il estoit garni de gens.

Quant il se esconvenoit (4) armer, il esconvenoit que tous les jounes hommes se présentassent ensemble; et se il en y avoit aucun qui demourast derrière, ilz le faisoient mourir de très cruelle mort. 11 ne soufroient que leurs enfans veinssent devant eulz jusques a ce que il fussent en cel aage que ilz se peussent armer; et disoient que cestoit laide chose que i enfant avant son aage sapparust devant son pere.

Il estoient merveilleusement enclins aus religions de leurs Diex et a leurs sacrefices; entre les quiex ils aouraient^ sur toutes les autres Mercure, et après Apolin, Mars, Jupiter et Minerve. Quant ilz estoient tourmentés daucunes griefves maladies, ou en grant péril de leurs corps, en aucune bataille, il sacreffioient a leurs Diex hommes vifs, ou eulz mesmes se vouoient a sacrefier. Car leurs Druydes leur avoient enseigné que, pour racheter la vie dun homme, len devoit donner aus Diex la vie dun homme, ou autrement il tenoient que le courroux des Diex nestoit pas souffisamment apaisié. Il avoient autres sacrefices communs et publiques, cest assavoir que il faisoient une très grant ydole ou simulacre dosiers, et lemplissoient de hommes vifs, et puis boutoient le feu dedens et les ardoient; et mettoient dedens communément larrons et robeurs, et gens convaincus daucune mauvaistié. Et disoient que les Diex avoient ces sacrefices très agréables, et en estoient les Diex plus favourables a ceulz qui estoient ainsi condampnés. Et quant il avoient deflaute de telz gens, il sacreffioient par tele manière les innocens. Hz faisoient aussi sacrefices des bestes quilz avoient prinses.

(1) Nés que, non plus que. (3) Rebouter, repousser.

(2) Os ou ost, expéditions militaires d'intérêt gé- (4) Esconvenoit , convenait, néral, par opposition aux chevauchées ou guerres (5) Aouraient, adoraient, privées.

IIIST. — I. 1 5

Moult de choses y a autres que dit encores ce Julius Gelsus, lesquelz nous laissons pour cause de briefté^.

Tant y a que le principal de leurs temples estoit ou maintenant est Montmartre, qui estoit lors appellé le Temple de Mercure pour ce que son temple v ostoit (2). Le secont estoit le temple dApolin, et estoit a Court démanche, qui se dit en latin Curia dominica, et est oultre Pontoise, ou lieu que len dit a présent la mer dAutye (3). Le tiers estoit Montjaoust, qui estoit consacré a Jupiter. Et en tous ces m se faisoient sacreffices par tele manière, que quant len faisoit sacrefice a Court démanche, qui est ou millieu, len veoit des u autres montaignes ce sacreffice W.

De saint-Denis. A celle moutaingiie de Mercure fu envoyé par Domician Maxence et mené monseigneur saint Denis et ses compaignons, pour sacreffîer a Mercure en son temple qui la estoit, et dont il appert encore la vielle muraille; et pour ce qui! ne le voult faire, fu ramené li et ses compaignons jusques au lieu ou est sa chappelle, et la furent tous décollés. Et pour celle cause, ce mont, qui par avant avoit a nom le Mont de Mercure, pardi son nom et fu appellé le Mont des Martirs; et encores est.

Ce monseigneur saint Denis fonda a Paris m esglises : la première, de la Trenité, est leglise ou est aouré a présent saint Benoist, et y mist moinnes; la seconde, Saint Estienne des Grieux, qui par corrupcion de nom est appellée Saint Estienne de Grés, et y fist une petite chappelle ou il chantoit; la tierce, Notre Dame des Champs, en laquele église il demouroit, et y fu prins(ù).

(1) Tous les détails qui précèdent sont pris dans les Commentaires de " ce Julius Celsus,» liv. VI.

(2) Voyez sur le Mont de Mercure, devenu Mont des Martyrs , puis Montmartre , la notice sur Raoul de Presles et le passage du Musa que nous avons cité.

(3) Court démanche, aujourd'hui Gourdimanche , commune du canton et de l'arrondissement de Pontoise, département de Seine-et-Oise. Ce que Raoul de Presles appelle fia mer d'Autye» est probablement le plateau ou plaine élevée, œquor, qui s'étend de Pontoise à Triel. Celte région est couverte de grands bois qui portent encore aujourd'hui le nom de Hautil.

(,) Les trois montagnes que Raoul de Presles dit avoir été le siège du culte druidique sont situées en droite ligne, dans la direction de Paris à Rouen. Les Gaulois les utilisèrent peut-être pour organiser la défense du pays , en y allumant ces grands feux qui servaient alors de signaux télégraphiques.

5) L'abbé Le Beuf relève très- vivement ces trois cireurs de Raoul de Presles : frll étoit, dit-il, pardonnable au xivc siècle de croire, comme a fait "Raoul de Presles, en son commentaire sur S. Augustin de la Cité de Dieu , que S. Denis, ayant bâti rren ce lieu une église, y mil des moines. Comme "l'on méprise avec raison ces traits fabuleux, je ne "in'arrêtoisqu'à ce qui m'a paru digne de croyance, » Voilà pour la fondation de l'église Saint-Renoil , qu'il établit ensuite historiquement. Quant à Saint- Étienne-des-Grès , de Gressibus : rrJe suis bien éloiffgné, dit-il, d'en remonter l'origine au siècle de "S. Denis, puisque ceux qui l'ont cru n'ont été fondés que sur l'usage de la surnommer des Grès, ^qu'ils s'imaginoient venir du latin de Grœcis "(Grieux, Grecs) et en qui ils trouvoientun rapport "évident avec S. Denis l'Aréopagite. » Suivent de nombreux titres du xme siècle où l'église est appelée Sancti Stephani de Gressibus. Enfin Notre-Damedes-Champs . quoique d'origine fort ancienne . puis-

Et ces choses avons nous dit pour monstrer lancienne creacion de Paris.

Mais encores pour le monstrer plus clerement, Guillermus Monumeteitsis^, en sa cronique que Jen appelle le Brut, dit que ou temps que Brutus se parti de Grèce et que il queroit pays pour habiter, il vinst en Aquitaine, dont Golfarius estoitroy, qui estoit Poitevin; et après ce qui! fu desconfît de Brutus, il sen vinst en France pour querre secours; et dit que lors en France avoit xu pers qui estoient pareulz 2) eu digneté. Et dit que ce fu ou temps de Hely.

Encores dit il en ce mesmes livre que il y ot 1 roy en France, ou temps de Ysaye et dOsée les prophètes'31, qui ot a nom Aganipus, lequel otesposé'''1 la fille dun roy dEngleterre appelle Leyr, lequel depuis fu bouté hors de son royaume dEngleterre; et vinst a secours a Aganipus, qui passa en Engleterre et a force darmes le remist en son royaume'51. Par quoy len peut veoir que la cité de Paris fut fondée merveilleusement longtemps avant l'empereur Vallentinien.

Et ces choses souffisent quant a ceste partie, et pour ce nous retournons a lexposicion du texte.

qu elle est cile'e dans un document du vnr* siècle, ne peut être considérée comme ayant été bâtie par saint Denis. C'était, dit Le Beuf, un oratoire placé, comme celui de Saint-Michel, au milieu des vignes et des sépultures qui s'étendaient sur tout le revers occidental du plateau de Sainte-Geneviève. On l'avait surnommée de Campis, autant pour désigner sa situation que pour la distinguer de l'église cathédrale. (Hist. du dioc. de Paris, t. I". p. 2 1 o, 223, 2 32. — Voir, en outre, l'édit. Cocheris, t. Ier, p. 91.)

!l) Le chroniqueur que Raoul de Presles appelle improprement Guillermus est Gaufridus ou Galfridus Monumetensis (Geoffroy de Montmouth ) , né vers 1 100. probablement dans la ville dont il portait le nom, el mort en 11 54; il fut d'abord bénédictin, puis archidiacre de l'église de Montmouth et évêque de Sainl-Asaph. Ses ouvrages ont presque tous le caractère légendaire. Son Histoire des Bretons , dans laquelle il a fait entrer les prophéties de l'enchanteur Merlin et les aventures d'Arthur, lui valut, diton, le surnom de Galfridus Arturus. Celte compilation eut un immense succès au moyen âge; les manuscrits s'en multiplièrent, et plus tard elle eut de nombreuses éditions imprimées. On cite celles de Paris (i5o8 et 1517). de Heidelherg (1587), de Londres (1718,1880, i844), de Halle (1 85a). La chronique de Geoffroy de Montmouth est la mine d'où Wace a tiré son roman du Brut; Raoul de Presles la désigne même sous ce nom. C'est égale-

ment à cette source qu'ont puisé les auteurs de presque tous les romans de la Table ronde.

(2) Pareuh, égaux, pareils.

(3) Il est facile de voir que toute cette chronologie est fantastique : les synclironismes que Raoul de Presles cherche à établir d'après Geoffroy de Montmouth ne reposent que sur des légendes.

(1) Esposé, épousé.

(5' Leyr ou Lear, roi d'Angleterre, avait trois filles, Gonerille, Ragau et Cordelia. Les ayant interrogées afin de connaître leur amour pour lui , il fut si satisfait de la réponse flatteuse des deux premières . qu'il leur promi t ses états après sa mort et leur en donna la moitié en les mariant; ses gendres, impatients de recueillir cette succession, le détrônèrent. Ce fut le mari de la dernière, Aganippus, cpii l'avait épousée sans dot, qui vint rétablir Leyr sur son trône. On peut lire l'histoire du roi Leyr et de ses trois filles dans le Roman de Brut, par Wace (vers 1697-211/1). Ce roman, aussi bien que la chronique de Geoffroy de Monmouth. paraît avoir été inconnu à Shakespeare; au moins n'en a-t-il eu que des souvenirs d'après certains ouvrages anglais populaires de son temps; et il a trouvé plusieurs inspirations pour son drame dans une ancienne ballade publiée par l'évêque Percy. (Voir le Boman de Brut, par Wace, poète du xne siècle, publié par Le Roux de Lincy, Rouen, 1 836-38, in-8°, 2 vol. t. I", p. 84.)

DESCRIPTION

DE

SOUS CHARLES VI

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