DU NOM FRANÇOIS
De cesle matière parle Hue de Saint Victor, qui dit que aucuns deulx furent diz François dun duc appelle Francio, qui estoit ung homme très puissant en batailles. H a autres oppinions pluseurs sur la manière de venir en Hongrie, et de leur département aussi, et quelx chemins ilz tindrent, et queles terres ilz habitèrent. Et pour ce que, si comme nous avons dit, ceste matière chiet en trois poins : l'un de la naissance des premiers François, desquelx descendirent les premiers roys de France; le second des premiers rois francois, et comment ilz emprindrent premièrement a avoir seigneurie et en quelx lieux ; et le tiers quant la ville de Paris fu premièrement édifiée, qui est le chief et la plus principal ville du royaume de France, nous en dirons aussi comme il sensuit('2).
Prinset retenu pour répété ce que nous avons devant dit, maistre Hue de Saint Victor en sa cronique, et cellui qui fist les croniques de la division du monde en son livre qui sappelle In exordio rerum, racontent de lorine des Francois en
(1) Variante : «si comme dit Sigibert en sa cro- m Var. tmous en dirons aussi comme nous
nique, r. avons dit de Romme. »
ceste manière. Et encores cellui qui fist celle cronique In cxordio rerum dit qui! en a de lui'11 une plus parfaite que Hue de Saint Victor; et raconte que Francio, filz de Hector, qui fu filz de Priant, et Turcus, qui fu filz de Troïlus, qui semblablement fil filz de Priant, roy de Troies, après la destruction dicelle ville deTroies. senfuirent et eschapperent a très grant multitude^ de gens darmes. Et aussi seu partirent Helenus, ung adevineur, lequel estoit aussi filz de Priant, et Enée, le filz dAnchises. et que cel Helenus a tout mille deux cens hommes vint en Grèce et y fist pluseurs chasteaulx, villes et citez, et y demoura lui et sa postérité. Et Enée sen vint en Ytalie et espousa la fille du roy Latin, et desconfist Turnus, qui estoit roy des Rutiliens. Et Francio et Turcus se devisèrent en deux parties, dont les ungs suivirent Francio, les autres Turcus, et en firent chacune partie leur duc : cest assavoir les ungs de Francio, et les autres de Turcus. Turcus vint en Scite ou Sithe'3', et y demoura et habita; et pour ce sont ilz diz^ Turs de Turcus; et Francio sen vint en Hongrie, ou il ediflia la cité de Sicambre, de costé les Palus ou Marés Meotides, dont nous avons parlé dessus, et fu ou temps de David. Et quant il y ot demouré environ deux cens et trente ans, le peuple quil avoit admené crut par tele manière que il ny avoit pas assez lieu pour eulx habiter. Si sen partirent environ vingt deux mil hommes pour quérir lieu convenable ou ilz peussent habiter, passèrent Germanie et le Rin, et vindrent jusques sur la rivière de Sainne et adviserent le lieu ou a présent est Paris ; et pour ce que ilz le virent bel et delictable, gras et plentiveux'r,), et bien assiz pour y habiter, ilz firent une cité, laquele ils appelèrent Lutesse, a luto, cest a dire pour la gresse du pays. Et fu edifïîée celle cité ou temps de Amasie, roy de Juda, et de Jéroboam, roy dlsrael, huit cent et trente ans avant lincarnation Nostre Seigneur. Et sappellerent Parisiens, ou pour Paris le filz Priant, ou de parisia en grec'c), qui vault autant comme hardiesse en latin.