‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 66 sur 221 · DES GENS NOMMEZ DRUIDES · texte numérisé non relu

DES GENS NOMMEZ DRUIDES

Encore est il assavoir que en ce temps que Julius César vint devant Paris, et pour conquerre France, elle estoit gouvernée par certaines gens. Si comme dit Julius Celsus en son sixième livre, il y avoit unes gens qui estoient appeliez Druides; et si y avoit chevaliers, et si y estoit le peuple duquel len [ne] faisoit conte, car ilz estoient aussi comme serfz : et quant ilz se veoient grevez ou oppressez par aucun, il se rendoient au plus fort. Les Druides estoient aussi comme les souverains evesques, qui gouvernoient et temporel et espirituel, apprenoient aux enfans science et doctrine, cognoissoient de toutes manières de causes et jugoient, feussent crimineles ou civilles, personneles ou réelles. Tous les ans assembloit tout le peuple devant eulx a certain jour, en une montaigne consacrée a Jupiter, qui a présent est appellée Monljaou, en latin mons Jovis. La faisoient droit a chacun; et sil en y avoit aucuns qui ne voulsissent obéir a leurs decrés et tenir leurs jugemens, il lui estoit défendu a sacrefier, ne [ne] recevoit len point ses sacrifices, qui estoit une très grief paine a cellui a qui il estoit défendu : tous le fuioient, ne ne parloient point a lui, ne plus que a ung excommenié. Et se il se plaignoit daucun, len ne lui en faisoit point de droit. Ces Druides estoient quittes de tous trehuz, de tous ostz et de toutes chevaucées; ne ilz ne aloient en bataille pour quelconque

;l) Variante : « lequel le fisl compaignon de son rrrusticanorum manu, quos Vacaudas voenbant.

royaume, n irperniciosos tumultus excilavissent , Maximianum,

(2) Voici le texte de Paul Orose, qu'on peut crcognomenlo Heradium, Cœsarem fecit, misit-

également ajouter à la note 3 de la page lia, irque in Gallias; qui facile agrestium hominum

pour le texte de Raoul de Presles : crDiodetianus, frimperitam et confusam manum militari virtute

rrcpium in Gallia Amandus et Helianus. collecta rrcompescuit. »

DESCRIPTION DE PARIS SOUS CHARLES VI. Ul

neccessité. Et si estoicnt francs et quittes de toutes prestacions et redevances que les autres paioient. Et pour celle cause pluseurs' aloient à lescolle et aprenoient.

Entre tous les autres il y en avoit ung souverain qui avoit puissance sur tous les autres Druides; et quant il estoit mort, len eslisoit le plus soulfisant après. Et se il en y avoit pluseurs de pareil estât, len en eslisoit [ung] parle conseil des autres Druides; et aucunes fois se combatoit len pour avoir celle seigneurie, selon ce quilz estoicnt puissans. Lautre manière de gens estoit de chevaliers; et ceulx cy nentendoient a riens que aux armes et a faire injure a leurs voisins, ou rebouter ceulx qui leur faisoient injures. Et selon ce que chascun estoit plus riches et plus puissans, il estoit plus garny de gens. Quant il esconvenoit armer W, il esconvenoit que tous les juennes^ hommes se présentassent ensemble; et se il en y avoit aucun qui demourast derrière, ilz le faisoient morir de très cruele mort. Hz ne soufïroient que leurs enfants venissent devant eulx jusques a ce que ilz feussent en cel eage que ils se peussent armer; et disoient que cestoit laide chose que ung enfant avant son eage sapparust devant son pere. Hz estoient merveilleusement enclins aux religions de leurs Dieux (3> et a leurs sacrifices; entre lesquels ils aouroient sur tous les autres Mercure, et après Apolin, Mars, Jupiter et Minerve.

Quant ilz estoient tormentez daucunes griefves maladies, ou en grant péril de leur corps en aucune bataille, ils sacriffioient a leurs Dieux hommes vifz, ou eulx mesmes venoient sacriffier^; car leurs Druides leur a voient enseigné que, pour cacheter la vie dun homme, [len devoit donner aus Dieux la vie dun homme], ou autrement ilz tenoient que le courroux des Dieux nestoit pas soulfisament appaisié. Hz avoient autres sacrifices communs etpubliques, cest a assavoir que ilz faisoient une très grant ydole ou simulacre dosiers, et lemplissoient de hommes vifz, et puis boutoient le feu dedens et les ardoient; et mettoient dedens communément larrons et robeurs, et gens convaincus daucune mauvaistié. Et disoient que les Dieux avoient ces sacrifices très agréables; et en estoient les Dieux plus favorables a ceulx qui estoient ainsi condempnez; et [quant il avoient detïaute de telz gens, il sacreOioient par] tele manière des innocents mesme; ils faisoient aussi sacrifices des bestes que ilz avoient prinses.

Moult de choses y a autre ce que dit encores Julius Gelsus, lesquelz nous laissons pour cause de briefté. Tant y a que le principal de leurs temples estoit ou maintenant est Montmartre, qui estoit lors appelle le mont de Mercure pour ce que son temple y estoit. Le second estoit le temple de Apolin, et estoit dit Court Dimenche, qui se dit en latin Curîa Dominica; et est oultre Pontoise, ou lieu que len dit a présent la mer

(1) Quant il esconvenoit armer', quand il fallait prendre les armes.

(2) Raoul de Presles écrit jounes; Guillebert de Metz rfjuennes. i

Pî Indépendamment des différences locales, on

peut dire que, dans l'espace d'un demi-siècle environ , la langue a sensiblement varié : Raoul de Presles écrivait encore Diex, comme au temps des Croisades; Guillebert de Metz dit Dieux.

(4) Var. rreulx mêmes se vouoient a sacrefier. »

dAutye. Le tiers estoit Mont Jaoust, qui estoit consacré a Jupiter. Et en tous ces trois se faisoient sacrifices par tele manière, que quant len faisoit sacrifice a Court Dimenche, qui est ou milieu, len veoit des deux autres montaignes ce sacrifice.

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