DES ANCIENS FRANÇOIS
Es histoires et autres escriptures desRommains et anciens escripvains latins, et
(1) Guillebert de Metz a remplacé par le mot Grecs l'ancienne forme Grieux qu'avait employée Raoul de Presles.
(2) Guillermus Monumetensis , c'est Geoffroy de Monmouth que l'auteur veut désigner. (Voir encore les notes de Raoul de Presles. )
(3) Var. rrpareulx.B
La seconde préposition à, qui est dans le
texte, semble faire contre-sens. C'est, au contraire, Aganippus qui vint au secours de son beau-père.
(5) Ici se termine le commentaire que l'auteur a emprunté presque littéralement à Raoul de Presles. Guillebert de Metz supprime tout naturellement la phrase de transition par laquelle le traducteur de la Cité de Dieu annonce qu'il retourne «• à l'exposicion du texte. *
autres aucteurs, est trouvé des proesces et chevaleries des François qui conquistrent avant ladvenement Nostre Seigneur longtemps Lombardie, Romme, Puillc, Calabre, la terre de Labour, Affrique, Macédoine, Grèce et grant partie dOrientW. Et fondèrent oultre les monts pluseurs villes et chasteaux. Et dit Justin, ung très notable historien, quil fu jadis tel temps que les Roys dOrient ne faisoient nulz grans batailles sans la puissance des François, qui estoient partis bien trois cent mille et espandus es parties de par de la®. Et mesmes les seigneurs de Turquie et autres, quant les François leur orent aidié à recouvrer leurs terres et pays, ils donnèrent chois aux François den prendre tele portion quil leur plairoit.
Or feray une manière de somme de tous les plus especiaulx et haulx fais en armes et en conquestes que je treuve des anciens François, pour abregier les liseurs de tant de croniques veoir et cerchier; et que on les puist savoir promptement et delegier (3). Et se on me demande se tout est vray ce que reciteray, je respons que pieca en semblable cas fu respondu par un clerc nommé Grispus : La vérité en soit requise et imputée, ou le contraire, aux historiens et aucteurs des quelx jay loyaument tout extrait'4'.
DU ROY CLOVIS ET DU ROYAUME DAUSTRvSIE.
Par le contenu des croniques de Saint Denis, je treuve que trois générations
(l) Guillebert de Metz fait ici allusion aux expéditions des Gaulois en Italie, au siège de Clusium, à la bataille d'Allia , ainsi qu'aux courses des Cisalpins dans le centre et dans le midi de la presqu'île. Il rappelle également le passage des Galles ou Galates et desKimris en Grèce, leur première expédition en Tlirace et en Macédoine, leur deuxième expédition en Thessalie et en Etolie, ainsi que leur descente en Asie Mineure pour rétablir Nicomède sur le trône de Bilbynie.
;2) Voici le passage auquel Guillebert de Metz fait allusion : «Gallorum, ea tempestate, tanlœ fœ- «cuuditatis juventus fuit, ut Asiam omnem, veltit ff examine aliquo, implerent. Denique neque reges «Orientis. sine mercenario Gallorum exercitu, ulla «bella gesserunt; neque pulsi regno adalios, quam rradGalios, confugerunt.» (Just. Hist. lib. XXV, 2.)
(3) Delegier, cboisir.
[4) Un clerc nommé Crispus. Par ces mots, l'auteur paraît vouloir désigner Salluste , dont le surnom , comme on le sait, était Crispus. Cependant on ne trouve rien , ni dans les ouvrages entiers , ni dans les fragments historiques de Salluste parvenus jusqu'à nous, qui réponde exactement à la phrase citée ici,
sauf le début du ivc chapitre de Caûïtna: rrUrbem Roitmam, sicuti ego accepi, condidere atque habuere rfinilio Trojani, qui, JEnea duce, profugi, etc.» Ce qu'on peut constater, en recueillant les jugements portés sur cet écrivain par les auteurs latins euxmêmes, c'est que, pour la composition du grand corps d'histoire si savamment restitué au siècle dernier par le président De Brosses, Salluste avait largement mis ses devanciers à contribution : Ex grœco translata Sallustii plurima , dit Quintilien (De Instit. Orat. lib. IX, cap. m), et il ajoute la fameuse épigramme :
Et verba antiqui multum furate Catonis
Crispe (Ibid. lib. VIII, cap. m.)
D'où il suit que Salluste s'appropriait sans scrupule les mots et les choses. Resterait le grave reproche de compilation sans critique, articulé par Guillebert de Metz. On peut l'appuyer sur un passage de Suétone : après avoir rapporté le jugement très-sévère porté sur les mœurs de Saliusle par Lenœus, affranchi de Pompée, l'historien des Césars achève le portrait en ces termes : ttPrœterea priscorum Cato- Knisqueverborum inerudilissimum furem.r, (Degrammaticis etrhetoribus. ) Le français qui , dans les mois .
\lilx DOCUMENTS ET ECRITS ORIGINAUX.
principales ont esté ca arrière des roys de France (1) : la première des Merovées, la seconde de Pépin, le pere Charlemaine , et la tierce de Hue Cappet. Delà première issi le fort roy Cloys, premier roy crestien , qui après ce qui! ot desconfit le roy dAlemaigne en bataille et acquis Bourgoingne^, il acreutet estendy le royaume de France jusques aux mons Pirenées qui sont lentrée dArragon et départent France des Espaignes^.
Je ne parle mie de tous les roys de France, car ce nest pas mon propos, ne de leurs colateraux qui estoient roys dAustrasie, dont le principal siège estoit a Mes en Lorraine, qui estoit appellée es croniques lancienne France. Et sestendoit icellui royaume dAustrasie tout le long du Rin, quilz appellent la première ou la basse Alemaigne. Et par de la comprenoit une partie de Honguerie jusques aux parties de Tharse'4). Mais me restraindray a aucuns fais particuliers daucuns. Et du remanant soit recouru aux croniques qui plus en vouldra savoir.
DU ROY CLOTAIRR ET DAGOBEUT.
Le roy Clotaire dit le Grant et Dagobert son filz abattirent jadis si lorgueil de Saxoigne, et, comme dit listoire, gasterent telement la terre par feu et par occision, quilz ny laissèrent ung seul hoir masle qui fust plus long de lespée audit Clotaire. Et pareillement fis t en Esclavonie le dit Dagobert, qui fonda Saint Denis(5). Charles Martel desconfist en deux batailles certains tirans paiens qui vouloient seignorir et conquerre France. Et estoient sept cent mil hommes dont lune bataille fu a Poitiers et lautre dencoste Nerbonne; esqueles il occist trois cent quatre vingt six mil mescreans. Si fist il plusieurs autres grans fais qui long seroient a
ne brave pas l'honnêteté , pourrait bien , si le fait était prouvé, appeler rrcompilaleur sans critique» un fur ineruditissimus.
(1) Les Chroniques de Saint-Denis, on Grandes Chroniques de France, ont été rédigées, dès les premiers temps de la monarchie , par les religieux , qui les conservaient dans le trésor de l'Abbaye. Un moine de Saint-Denis snivait la cour, afin de recueillir les faits à mesure qu'ils se produisaient. Lorsqu'un roi mourait, les notes ainsi prises servaient d'éléments pour écrire l'histoire de son règne; et cette histoire, après avoir été lue et adoptée en assemblée capitulaire, était incorporée aux Grandes Chroniques.
m Allusion à la bataille de Tolbiac et à la défaite de Gondebaud.
[s) Il s'agit ici de la conquête de l'Aquitaine, moins la Septimanie qui resta aux Wisigolbs.
Il est difficile de savoir ce que Guillebert de
Metz entend par les a parties de Tharse. » Tarse, aujourd'hui Tarsous, capitale de l'ancienne Cilicie. est située en Asie Mineure, près de l'embouchure du Cydnus dans la Méditerranée. Très-évidemment le royaume d'Austrasie ne s'étendait pas jusque-là. Quant au pays de Tharsis, que l'Écriture Sainte cite à côté du pays de Saba, c'était une contrée vague et lointaine où les vaisseaux de Salomon allaient chercher des métaux précieux. Le royaume d'Austrasie n'ayant jamais dépassé les limites de la Bavière actuelle , il faut ranger parmi les fables ce que notre auteur en dit, d'après le récit des chroniqueurs.
(5) L'expédition dont parle Guillebert de Metz est celle de Dagobert contre Samo , roi des Wendes ou Tchèques. Le succès fut loin de répondre aux espérances du roi franc, qui se vengea de ce mécompte en faisant égorger neuf mille familles de Bulgares ( 63 1 ).
raconter. Et fu surnommé Martel pour ce quil portoit ung grand martel en bataille. Il conquist Alemaignc, Bavière, Saxoingne Frise, Bourgoingne, et Lions sur le Rosne. Pépin, pere Charlemaine, après pluseurs victoires, passa les mons et fist son tributaire Hastulphe, roy des Lombars. Rollant aussi fu merveilleux en armes, et Olivier son compaignon.