DAUCUNS FAIS CHARLEMAINE EN BR1EF
Je ne me vueil ja arrester de parler des fais que Charlemaine fist avant quil feust roy en sa juennesce. Je treuve par pluseurs aucteurs et escripvains notables que la première bataille quil fist, puis que son pere mouru, fu en Acquitaine, contre le duc Gaifl'er'1', quil fist son homme et vassal; puis passa les mons a la requeste de lapostole Adrien, et subjuga Désir®, le roy des Lombars, quil envoia en exil. Si rendy au pape et aux Rommains ce quil'3' leur avoit osté, et bailla le royaume a Pépin son fîlz, qui le tint plus de trente ans. Pareillement disposa il et ordonna a sa voulenté de la duchié clAquillée, quil conquist en ce mesme voiage; et les \ enissiens aussi, lesquelz il bailla a lempereur de Constantinoble. Puis guerroia les Saxions ou Sesnes, qui fu la plus grieve guerre que les François eurent de ce temps. Si dura par trente années; mais entre deux ne laissa mie a faire gransfais ailleurs^'. Et linablement furent iceulx Saxions tous desconfis et soubsmiz a Charlemaine. De rechief conquist Puille, Calabre et la terre de Labour contre le duc Assegée et toute Ytalie^. Puis conquist Bavière contre le duc Statille(o;.
(1) Gaifler, Guaifre ou Waïfre avait eu le tort de donner asile à Grifon, frère de Pépin et de Carloman.
(2) Désir, Desiderius, Didier, roi des Lombards. (5) Il (Didier).
(1) Mais entre deux, etc. c'est-à-dire : mais entre ces deux grandes actions il ne laissa pas d'en faire d'autres ailleurs.
[s) Cette conquête de » toute Ytalien n'est pas plus conforme à la vérité historique que l'expédition de Cliarlemagne en Palestine. Le capitulaire de Thionville (806) , par lequel Charlemagne divise son empire entre ses trois fils, détermine la portion de l'Italie conquise par l'Empereur : elle comprenait tout l'ancien royaume des Lombards, depuis les Alpes jusqu'à XAtcrnus (Pescara) et le Liris (Garigliano), plus la marche Trévisane, celle de Carinthie et le duché de Frioul. Quant au patrimoine de saint Pierre, il se composait, comme on le sait, du duché de Rome, c'est-à-dire de l'ancien Latium, de la Sabine, de l'exarchat de Ravenne et de la
Pentapole. Nous devons faire observer, en outre, qu'il n'est question nulle part de ce rrduc Assegée 1 contre lequel Charlemagne aurait conquis rr Puille, rr Calabre et la terre de Labour.» C'est peut-être Aréghis, duc de Bénévent, qui, en 776 , avait formé une ligue avec Adalghis , prince des Lombards , Hildebrand, duc de Spolète, Rotgaut, duc de Frioul. et Reginald, duc de Clusion, pour rétablir l'indépendance lombarde. On sait que Rotgaut seul périt en défendant la cité de Frioul, et que Charlemagne , obligé de retourner promptemenl à Worms pour le champ de Mai, ne poussa pas plus loin sa victoire.
(6) Le duc ffStatille» est plus connu sous le nom de Tassile; il voulut réunir contre Charlemagne les Grecs, les Awares et les Slaves. Vaincu avant d'avoir combattu, il fut forcé de reconnaître n qu'il «•avoit péché en toutes choses, » et il dut remettre au vainqueur le duché de Bavière qu'il avait reçu de Pépin. Charlemagne le fit enfermer à l'abbaye de Jumiéges.
1/i6 DOCUMENTS ET ECRITS ORIGINAUX.
Après, Esclavonie, Honguerie, Panonie, le royaume de Dace et Denemarche; Liège, Flandres, Haynau, Brabant, Guéries, Juliers, la haulte et la basse Bourgoingne, Prouvence, Savoie, Lorraine, Luchembourc, de Mes, de Tboul, de Verdun, de Trêves, de Gouloingne, de Maience, de Strabourc, et pluseurs autres pays qui bonnement ne se peuent expliquier en francois, comme Suaves, Sorabes, Abrodiciens(1), et telz manières de gens, sans ceulx qui par son renom vindrent en son amistié.
Puis conquist il toutes les Espaignes; mais il ot premièrement nettoié le Saint Sépulcre des Païens, et osté les Grestiens de misérable servitute. Il augmenta et acrut tant son empire quil fist lais et dons en son testament, sans nommer celles d'Espaigne, à vingt-deux arceveschiés et églises métropolitaines, comme Romme, Ravenne, Milan, Acquilée, Grâce (2), Couloigne, Maience, Taillebourc^, Trêves, Besançon, Lyons, Vienne, Arle, Nerbonne, Ambrun , Tarentaise, Bordeaux, Sens, Tours, Bourges, Rains et Rouen; et en toutes les églises sufïragans. Et dit listoire que le roy des Escoches ® il ot si a voulenté et en son obéissance, quilz lappeloient leur seigneur, et eulz ses serviteurs et subgez; de quoy lacteur (5) dit qu'il en avoit plusieurs lettres et epistres.
Maistre Guillaume de Laigny, historiograffe très esprouvé, en parle en ceste manière : et Ung compaignon d'armes a Gharlemaine, clist il, appelle Guy, qui gardoit la marche d'Engleterre, y entra a grant puissance, a qui toute Engleterre se rendy. Et les armes des roys et des ducs qui sestoient rendus, inscripts les noms de chacun, présenta a Charlemaine; et ainsi lors premièrement fu conquise Engleterre des François*0'. v>