‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 71 sur 221 · DE LEXCELLEKCE DU ROYAUME DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE LEXCELLEKCE DU ROYAUME DE FRANCE

Recite maistre Raoul de Praelles ou préambule quil fist au livre intitulé De Civitate Dei, lequel livre il translata de latin en francois pour et a la requeste du

(1) L'expédition que raconte ici Guillebert de Metz est celle que Philippe Auguste ordonna, en 1216, contre Jean sans Terre, violateur de la Grande charte et en lutte ouverte avec ses sujets. Appuyé par les barons et les prélats qui lui avaient proposé la couronne. Louis VIII put espérer un instant de monter sur le trône d'Angleterre; mais la mort de Jean renversa toutes ses espérances.

(2) Tulles, Marcus Tullius Cicéron. Il n'est pas facile de retrouver, dans la volumineuse collection des œuvres de l'orateur romain, la phrase à laquelle Guillebert de Metz l'ait allusion. On peut en recueillir les éléments en parcourant les Philippiques et les Catilinaires. Dans les deux derniers discours contre Catilina, notamment, à propos des députés des Allobroges, envoyés rrbelli rfTransalpini et tumultus Gallici excitandi causa," Cicéron reconnaît que l'appoint des Gaulois pouvait

amener le moment fatal : rrFatalem hune esse anrrnuni ad inleritum hujus urbis atque imperii;» et que le conspirateur les avait appelés pour renverser la république de fond en comble : rrhic ad everrrtenda fundamenta reipublicœ Gallos arcessit. y (Catil. III, iv ; IV, vi.)

l3) Même difficulté que précédemment pour retrouver, dans ce qui nous reste de Salluste , la phrase inexactement citée et probablement mal traduite par Guillebert de Metz. Rien de semblable dans Jugurtha et dans les fragments de Y Histoire romaine ; dans Catilina seulement 011 rencontre deux passages ayant quelque analogie avec la citation de notre auteur : Cap. xl. rrNatura gens Gallica bellicosa est;* Cap. lu. rrGallorum genlem infestissimam nomini tfRomano. «

(i) Dans ce chapitre, Guillebert de Metz, ainsi qu'il l'avoue dès la première ligne, reproduit la

roy Charles cinquiesme W de ce nom, surnommé le Riche ®. Premièrement que le roy de France est le plus grant, le plus noble, le plus catholique et le plus puissant des Grestiens; secondement que cest le plus digne roy, car avec ce que en leur baptesme soient enoings du saint cresme, comme est ung chascun bon crestien, encore par excellence sont ilz roys consacrez et si dignement enoings comme de la sainte liqueur qui par ung coulon, comme nous tenons fermement que ce fu le Saint Esperit mis en celle forme, apporta du ciel en son bec en une petite ampulle ou fiole, et la mist, veant tout le peuple, en la main de monseigneur saint Remy, lors arcevesque de Rains, qui tantost en consacra les fons et en oingny le roy Clovis, premier roy crestien. Et en ceste révérence, et pour ce très grant et très noble mistere, tous les roys de France qui depuis ont esté, a leur première création, ont esté consacrez a Rains de la liqueur de ce saint ampulle. Si ne tîengne nulz que celle consécration soit sans très grant, digne et notable mistere, car par icelle ont les roys tele vertu et puissance qui leur est donnée et attribuée de Dieu, quils font miracles si grandes et appertes, quilz garissent dune très horrible maladie qui sappelle les escroelles, de laquele nul autre prince terrien ne puet garir fors lui.

Item $ les roys de France portent les trois fleurs de lys en signe de la benoite Trinité , qui de Dieu par son angle furent envoyés au dit Clovis (4) pour soy combattre contre le roy Caudat®, qui estoit venu^ a grant multitude de gens es parties de France, et qui avoit fait, mis et ordonné son siégea Conflans Sainte Honorine dont combien que la bataille commencast en la valée, fu elle finée^ en la montaigne en laquele est a présent la tour de Montjoie, et fu la pris premièrement et nommé le cry en armes des roys de France, cest assavoir Montjoie Saint Denis. Et en la révérence de ceste victoire et de ce que ces armes Nostre Seigneur envoia du ciel par ung angle (0), et demonstra a ung hermite qui se tenoit en icelle valée, dencoste une fontaine en ung hermitage, disant qui! feist raser les armes des trois [croissans] que Clovis portoit en son escu. Et feist mettre en ce lieu les trois fleurs de liz, et en icelle se combatist ; et il auroit victoire contre le roy

plus grande partie du prologue place' par Raoul de Presles en tête de sa translation de la Cité de Dieu. Seulement le traducteur, s'adressant à Charles V. emploie partout la seconde personne, tandis que Guillebert de Metz y substitue la troisième. Nous indiquerons dans le cours du chapitre les variantes de texte.

(l) Le manuscrit original porte, sans doute par erreur, VIe.

2) Ce surnom, qui s'explique par les habitudes d'économie que Charles V avait dû contracter à la suite des guerres désastreuses du roi Jean, ne lui a pas été conserve' par la postérité. Christine de

Pisan , contemporaine du monarque . l'appelle déjà Charles le Sage.

^ Var. rret si portez."

4) Raoul de Presles ajoute : « premier roy crestien. r>

(5) Addition de Raoul de Presles : rrqui estoit Sarrazin et adversaire de la foy crestienne. *

(6) rrD'Alemaiugne, r ajoute Raoul de Presles.

(7) C'est à Guillebert de Metz que sont dus les deux mots rr Sainte Honorine. »

(8) Var. fftoulevoies Tu elle achevée, n

(5) Ici, comme plus haut et plus bas, Raoul de Presles écrit "angre. »

Gaudat; lequel hermite le révéla a la femme Clovis, sainte Crotilde(1), qui repairoit souvent au dit hermitage et apportoit au saint hermite sa récréation; laquele les emporta et effaça les [croissans], et y mist les trois fleurs cle liz. La fu fondé ung lieu de religieux qui fu et encores est appellé lAbbaye de Joie(2) en val, en laquele lescu de ces armes a esté par longtemps en révérence de ce.

XVIU.

DE LOIUFLAMBE ®.

Item le seul roy de France porte singulièrement l'oriflambe en bataille (4); cest assavoir ung glaive tout doré, ou est attacbié une baniere vermeille, laquelle iiz® ont acoustumé de venir prendre et querre en leglise de monseigneur saint Denis eu grant solennité^ et dévotion; car premièrement la procession vient au devant du roy ^ jusques a l'issue du cloistre. Et après la pourcession, sont attains les benois corps sains de monseigneur saint Denis et de ses compaignons, et mis sur ïautel en grant révérence; et aussi le corps saint monseigneur saint Loys. Puis est mise ceste baniere ployée desoubz les corporaulx, ou est consacré le corps de Notre Seigneur Jhesucrist; lequel le Roy reçoit dignement, après la célébration de la messe. Si fait cellui a qui le Roy la esleu a baillier comme au plus vaillant preudomme et plus vaillant chevalier. Et ce fait, le baise le Roi a la bouche, et le lui baille. Et la le tient entre ses mains par grant révérence, afin que les barons assistens le puissent baisier comme relique et chose digne; et en [le] baillant pour le porter (8' en grant révérence a lonneur du roy et du royaume. En tele manière (y)le prist ce souverain protecteur et défenseur singulier de leglise monseigneur saint Charles, jadis empereur et roy de France, quant il ala a secours a lempereur Constantin, qui estoit empereur de Constantinoble , pour délivrer son pays des Sarrasins qui loccupoient, et aussi la terre sainte de Jherusalem('°l Et lequel empereur de Constantinoble le manda par la vision qui! avoit veue devant son lit, qui fu tele selon les W anciennes histoires; c'est assavoir que devant icellui empereur, aux piés de son lit, il sapparut ung chevalier armé de toutes armes et monté à cheval, tenant une hante toute dorée, du bout de laquele hante yssoit flambe a merveilles grande.

w Raoul de Prestes avait omis te nom de sainte (6) Raoul de Prestes place ici le mot «révérence,"

(jlotilde. et il ajoute : n- si comme vous le savez."

(2) Le manuscrit de Raoul de Presles porte Jode, (7) Var. «vous vient a lencontre."

qui, sous la forme gode, rappelle la racine gau- (8) Raoul de Presles ajoute ici ces mots significa-

dtum. tifs : trli faites faire serement solempnet de ta garder

(3> Nous faisons, au début de ce chapitre , la « et porter, etc.* même remarque que pour le pre'ce'dent , et nous (?) Var. ? ainsi la print, etc."

renvoyons en outre le lecteur à l'appendice placé à (,s) Voir, sur cette prétendue expédition de Char-

la fin de cette description. lemagne, ce que nous en avons dit en commentant

!41 Var. «et si portez seul roy, etc.- Raoul de Presles.

s> Var. ffvos devanciers." Raoul de Presles ajoute "croniqueurs. -

Si comme Constantin (l) feust en grant perplexité de savoir quele signification cestoit et que tele chose signifioit, ung angle sapparut a lui, qui lui dist que cellui quil avoit veu , cestoit cellui qui delivreroit le pays de Sarrasins. Si cogneut Constantin par ce quil avoit veu que cestoit le roy Charlemaine, a présent nommé monseigneur saint Charles '"2). Et tantost le manda. Qui, entendu le mandement et la vision, tantost ala a Saint Denis, et print la baniere vermeille en tele révérence comme vous mavez oy raconter, mist la couronne sur lautel et laissa le royaume de France en la protection de monseigneur saint Denis. Et ceste baniere ainsi reveremment prise, et en tele dévotion, se party et ala a Constantinoble ; si vainqui les Sarrasins et en délivra le pays. Et en ceste révérence tant de la sainte vision comme de la noble victoire quil ot, lont aussi acoustumé a prendre ses successeurs roys de France^. Et portent liante dorée, et pour ce est appelée orytlambe, pour la flambe qu'apparut au bout de la hante W dorée.

Si est la baniere vermeille en la remembrance du glorieux martir ou martirs monseigneur saint Denis et ses compaignons, qui premiers apporta la lby en France pourlaquele il et ses compaignons furent martirisiés. Et doit estre attachée ceste baniere, comme dit est, a une hante dorée, pour avoir tousjours recordation et mémoire (5) dicelle liante et noble vision de nostre foy et de leur glorieuse passion. Si ont tenu les anciens (6) qu'elle ne doit point estre desployée sans très grant neccessité; et qui plus est, la victoire eue'7), qu'elle doit estre rapportée a grant dévotion et révérence en leglise monseigneur saint Denis, et rendue sur son autel, en remembrance de la victoire, ainsi comme fist Charlemaine.

Loriflambe est une baniere vermeille a cinq frenges, bordée de houpes de vert; si doit estre portée plus haulte et par dessus les banieres royaux (8). De ce me croy, car jeu ay veu deux de mon temps sur lautel des glorieux martirs, en chascune partie de lautel une; et estoient enhantées de deux petites hantes dargent dorées, ou pendoient a chacune une baniere vermeille, dont lune estoit appelé[e] la baniere Charlemaine ; et se portoit par révérence par ung des officiers religieux a certaines processions'9'. Item ces choses dénotent et signifient par vraie raison, que par ce les roys de France doivent estre 'l0) seulz principaulx protecteurs, champions et défenseurs de leglise, comme ont esté les roys anciens Et ce tient le saint

", Var. ffEt comme il feust. «

(2) Raoul de Presles et Guillebert de Metz admettent comme valable la canonisation prononcée par l'anti-pape Pascal III.

(3) Var. trvos devanciers et vous." [4J Le texte porte flambe.

(5) Var. rret vraye mémoire."

(6) Var rrvos devanciers.".

m Var. rrla victoire faite."

(8) Cette phrase tout entière a été ajoutée par

Guillebert de Metz; elle ne se trouve point dans le texte de Raoul de Presles, ou du moins elle est conçue autrement et n'occupe pas la même place.

(S) Ici se place la pbrase originale de Raoul de Presles ; elle est ainsi conçue : ff Et est ce que Ion rr appelle proprement loriflamme, et dont elle vint «•de ce qui en peut estre venu a ma petite eong-nois- -rsance. »

"0) Var. frvous estes et devez estre. - Var. " vos devanciers, -n

DESCRIPTION DE PARIS SOUS CHARLES VI. 151 siège de Romme, qui a acoustuiné a escripre aux roys de France singulièrement en iintituïation des lettres : au très christien des princes.

Et jusques cy descript maistre Raoul de Praelles, jadis advocat ou Parlement de Paris.

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