DEUXIÈME PARTIE
SENSUIT LA DESCRIPTION DE LA. VILLE DE PARIS DE LAN MIL QUATRE CENS ET SEPT. LAQUELLE DESCRIPTION EST DEVISE EN CINQ PARTIES. LA PREMIERE PARTIE CONTIENT LA MOYENNE PARTIE APPELÉE LA CITE, ENTRE DEUX RRAS DU FLEUVE DE SAINE. LA SECONDE PARTIE EST DE LA HAULTE PARTIE DE LA VILLE OU LES ESCOLES DE LUNIVERSITE SONT. LA TIERCE PARTIE PARLE DE LA BASSE PARTIE DE LA VILLE DEVERS SAINT DENIS EN FRANCE. LA QUARTE EST DES PORTES DE TOUTE LA VILLE. LA CINQUIEME PARTIE DEVISE EN GENERAL DE LEXCELLENCE DE LA VILLE.
La première est de la Cité
La est leglise cathédrale de Nostre Dame, qui par dedens a de long deux cents pies, et de large quatre vingt piés(2). Si sont es trois premières entrées quarante colombes (3) que on puet environner; aussi y a vingt colombes dont il a a chascune une chappelle que on ne puet environner^41. Entour le cuer de leglise sont aussi
(1) Cette rubrique est de Guillebertde Metz.
(2) Le calcul de Guillebert de Metz n'est pas exact. Dès le commencement du xvu" siècle , le P. Du Breul citait . pour indiquer les dimensions de Notre-Dame , les vers suivants qu'on lisait sur un tableau placé près de la statue de saint Christophe , au second pilier de la nef :
Si tu veux sç.avoir comme est ample De Notre-Dame le grand temple :
Il a dans œuvre , pour le seur, Dix et sept toises de haulteur, Sur la largeur de vingt et quatre; Et soixante cinq, sans rabattre , A de long; aux tours hault montées Trente quatre sont bien comptées; Le tout fondé sur pilotis , Aussi vray que ie te le dis.
( Théâtre des antiqnitci de Parts, éâit. de 1613 , p. g.)
Ainsi Guillebert de Metz fait erreur de cent quatrevingt-dix pieds pour la longueur, et de soixante pieds pour la largeur.
(3) Colombes, colonnes.
(4) Par ces mots : «que on puet, que on ne puet "environner, » fauteur veut dire, sans doute, autour
desquelles il est possible ou impossible de circuler. Quant au nombre des chapelles que Guillebert de Metz égale à celui des colonnes , il était de vingt-cinq , en y comprenant sans doute le maître-autel et l'autel des pares-eux, altare pigrorum (a), dit Du Breul, qui en donne la liste suivante : Saint-Denis , Saint-Remy, Saint-Martial. Saint-Léonard, Saint-Biaise et Saint- Georges, Sainte-Geneviève, Saint-Julien-le-Pauvre etSainte-Marie-Égyplienne , Sainte-Catherine , Saint- Nicolas , Saint-Julien-du-Mans , Saint-Jean-f Évangéliste et Sainte-Agnès, Saint-Eustache, Sainl-JeanfÉvangéliste et Sainte-Marie-Madeleine, Saints- Ferréol-et-Ferrution, Saint-Michel, Saint-Martin et Sainte-Anne. Sainte-Foy, Saint-Eutrope, la Décollation de Saint-Jean-Baptiste , Saint-Louis , Saint-Bigobert, Saint-Nicaise , Saint-Etienne. Cette énumération ne se concilie guère avec celle de Guillebert de Metz, qui ne compte pas moins de quarantesept chapelles. Dans ce nombre figurent peut-être les chapelles particulières qu'on a successivement établies dans l'intérieur de l'église.
M C'était l'autel où se disait la dernière messe.
autant de coulombes et de chappellcs. La place qui est ou milieu de leglise, cest entre le cuer et lentrée, contient autant despace comme de douze colombes; et y a six chappelles(1). Entour le cuer sont entailliés de pierre les fais des apostres et listoire de Joseph le patriarche ('2), de plaisant ouvrage, et maistre Pierre du Coingnet (3). A lentrée est limage de saint Ghristofle, de merveilleuse haulteur et
1 II ne peut èlre question, dans ce «milieu de «léglise,» que des chapelles du jubé, détruites pour l'accomplissement du vœu de Louis XIII, et de celles du transept.
(2) Les parties de bas-reliefs dont parle ici Guillebert de Metz, et qui n'existent plus aujourd'hui, correspondent sans doute à l'extrémité absidale du chœur et au jubé qui en fermait l'entrée. Les brèches <pie nécessita la décoration nouvelle ordonnée par Louis XIV, en exécution du vœu de son père, firent sans doute disparaître «les lais des apostres et lis— -toire de Joseph le patriarche.» Du Breul, qui a décrit Notre-Dame avant cette mutilation, s'exprime en ces ternies : «Le chœur est clos d'un mur percé -à jour autour du grand autel, au haut duquel sont - représentez . en grands personnages de pierre dorez -et bien peints, l'histoire du Nouveau Testament, et -plus bas l'histoire du Vieil Testament, avec des es- » crits au dessoubs qui expliquent les dites histoires, » ( Théâtre des anliquilez de Paris, éd. de 1 6 1 a , p. 1 3. ) Jean Ravj , trmasson de Notre-Dame de Paris, par " l'espace de xxvi ans, commença ces nouvelles his- "toires, et maistre Jean le Bouteiller les a parfaites •'en l'an mccccu.» Telle était l'inscription qui se voyait autrefois près de la Porte Rouge. L ouvrage ii était donc pas achevé au moment où Guillebert de Metz écrivait.
Maistre Pierre du Coingnet. Pierre de Cugnières, chevalier, conseiller et avocat général du Parlement de Paris, sous Philippe de Valois, défendit \igoureusement l'autorité royale contre le clergé et 1 université. Pour se venger de lui on plaça, diton, dans quelques églises de Paris, et notamment à Notre-Dame, des marmousets de pierre, contre lesquels on éteignait les cierges en répétant ces mots ironiques : Tu disais vrai, du Coignel. M. Paulin Paris croit, au contraire, que longtemps avant Pierre de Cugnières il existait à Notre-Dame, au fond du chœur, une pierre grossièrement façonnée, et que •-de l'habitude qu'avaient prise les bedeaux d'y -éteindre les cierges en les cognant contre cette fi- "gure grotesque, on lui donnait le nom de Cognei. "La maie renommée de Pierre de Cugnières auprès
msT. — i.
"du clergé , ajoute M. Paulin Paris , lit qu'on se plut à «transformer ce Cognet en Cugnières.» (Manuscrits français, t. IV, p. 07.) Rabelais, au prologue de son IVe livre, fait allusion au même fait quand il dit : «Et parce que, selon le proverbe des Limosins , «à faire la gueule, d'ung four sont trois pierres né- «cessaires, vous les associerez à maistre Pierre du «Coingnet, par vous jadis pour mesme cause pé- « trifié. » Noël du Fail , seigneur de la Hérissay e , dans ses Contes d'Eulrapel (c. 1" de la justice) , a rapporté ce fait , ainsi qu'Etienne Pasquier, liv. III , chap. xxv, de ses Recherches, etc. Citons encore une pièce en vers français de quatre feuillets gothiques, intitulée Le testament et épitaphe de maistre Pierre du Quignet. En voici la suscription : Cy Jinist le grunt épitaphe — maistre Pierre du Quignet , — composé par llans du Gulaphc , — en un soir par ung matinet, — le cinquantiesme de ginet — en l'an deux mille xx et dix . — en hiau papier blanc et bien net, — à la requesle de Béatrix. Pierre du Coignel ou Jean du Coignot. comme on l'appelle vulgairement, n'est pas moins connu à Sens; la métropole prit fait et cause pour sa suffragante. «L'an i3ap,, dit Du Breul, maistre -Pierre de Cuneriis (appelé par dérision du Cuictgnet), advocat du roi Philippe de Valois, plaida "publiquement contre les privilleges, immunitez et «franchises de l'Église, tendant à leur oster la jus- «tice temporelle. Mais, après avoir* esté réfuté et «rembarré par le docte Pierre Bertrand, évesque rtd'Autun, le Roy conclud qu'il augmenterait plus- "tosl les droits de l'Église que de les osier ou dimi- « nuer, pourveu qu'ils regardassent aussi de leur costé -à amender et corriger ce qui mérite amendement "et correction. Geste magnanime reponce est coin- « prise en deux carmes (vers), qui sont escrits au «portail de l'église cathédrale de Sens, sous l'effigie «de ce Roi armé et à cheval, comme il est à notre «éghse de Paris, et sont tels :
«Regnantis veri cupiens ego cullor haberi, «Juro rem cteri liberlutemque lueri.
«Maistre Pierre du Cuignet estant ainsi décheu de «sa prétention, on l'a comparé et donné le nom à •Mine petite et laide figure cpii est à un coing du
noble ouvrage W. En ceste église est le chief saint Philippe iapostre , et le chief saint Marcel, evesque cle Paris, et diverses reliques pluseurs 2). La table du grant autel dessus et celle de desoubz sont dargent dorez (3). H y a deux clochiers ou il a autant de degrez comme il a de jours en lan 4!. En lun est une cloche que len puet a paine par quatre fois avironner, les bras estendus {bK 11 y a une chappelle de costé comme len va au chapitre, de merveilleuse façon; et y est la légende Job entaillée®; et par dehors leglise sont belles ymages. Auprès de leglise, est le palais levesque dun costé : la tient on les plais devant loflicial de levesque et
"jubé do l'église, du costé du midy.au dessoubsde "la ligure denier, el n'est aucun réputé avoir veu « ceste église, s'il n'a veu ceste grimace.» [Théâtre des antiquitez de Paris, p. a 6.)
(1) Le saint Christophe de Notre-Dame, dont Béguillet a donné une vue réduite, et que nous reproduirons plus tard, en grand, d'après un dessin original, est ainsi décrit par Du Breul: rrA l'entrée de ladite ^église , vers occident , contre le second pilier dicelle . "on voit l'image de saint Christophle portant Notre rrSauveur sur ses épaules au travers d'un bras de muer; et h l'opposite, contre le premier pillier du ffinesme costé méridional, on voit un chevalier représenté à genoux sur une plate forme soustenue f par une colonne de j)ierre, avec cet escrit au bas : « c'est la représentation, de noble homme messire Anntoine des Essars, chevalier, jadis sieur de Thieure et "de Glatigni, au val de Galic, conseiller et chambellan «du Boy nostre sire Charles sixiesme de ce nom : lerquel chevalier jit faire ce grand image, en l'honneur net remembrance de Monsieur Sainct Christophle , en it l'an lâiS. Priez Dieu four son âme. Ceste statue de rr sainct Christople est naïfvenient décrite par maislre rr Raoul Boterey, advocat au grand conseil, en son "livre intitulée Lvlecia.» [Théâtre des antiquitez de Paris, éd. de 1612, p. 0.) Du Breul aurait pu ajouter que les poètes Astesan , Stoa et Knobelsdorl', dont les descriptions feront partie de ce recueil, ont également cité la statue du célèbre Porte -Christ.
(2) Nous donnons, aux appendices , un état des reliques existant à Notre-Dame à la fin du xv" siècle. Du Breul cite les chasses de saint Philippe, de saint Marcel, de Notre-Dame, de saint Lucain, de saint Côme et de saint Damien, de saint Justin, de saint Séverin, de saint Gendulphe, de saint Denis, de saint Martin, de saint Arnaud , de saint Avit, de saint Brice, de saint Prix, de saint Corte, de saint Amateur, de saint Didier, de saint Eutrope, de saint Florent, des deux saints Germain de Paris et
'' Ce devait cire une sorte de crécelle.
d'Auxerre et de sainte Ursule, plus un fragment du tombeau de Notre Seigneur. (77i. des antiq. édit. de 1 6 1-2 , p. 30 et suiv.) La plupart de ces reliques ont été détruites à I époque de la Révolution; il en reste quelques-unes au trésor de Notre-Dame.
m II est difficile de bien entendre ce passage; la table rrde dessoubs» était probablement la plateforme de l'autel; quant à celle "de dessus, t. c'était peut-être une sorte de surtout mobile dont on recouvrait l'autel après la célébration des saints mystères. De nos jours, on garnit encore les autels d'un tapis lorsqu'on ne doit plus y officier dans la journée.
4) Celte comparaison est restée populaire : on en usait souvent autrefois, sans se demander si elle était bien juste.
(5) Ces détails relatifs aux tours et au bourdon de Notre-Dame ne sont pas très-exacts. Du Breul compte trois cent quatre-vingt-neuf degrés pour arriver au sommet des tours. Il donne le nombre des cloches qui, de son temps, y étaient placées: "Il y cfen avait, dit-il, huict grosses : deux à la tour qui ffest du costé de Inostel cpiscopal, nommez Marie rr et Jacqueline , desquelles la première l'ut refondue rren l'an 1 397 ; et en l'autre tour sont Gabrielle, "Guillaume, Pasquier et Thibauld, et les deux que rrl'on nomme les Moineaux. Dans le petit clocher, "ajoute-t-il, sur la croisée de l'église, sont six pe- "lites cloches, non comprise la cloche de bois'"\ laquelle on ne sonne que depuis l'après disnée du rjeudi absolut, jusques au matin de la vigile de rrPasques. » Quant au diamètre du bourdon , il est de huit pieds en hauteur el en largeur, au rapport de M. Gilbert, qui donne sur ce point quelques renseignements curieux. (Voyez Description historique de la basilique métropolitaine de Paris , Paris, 18;? 1 , in-8°, p. i4G.)
;6) Celte chapelle devait être très-voisine des inscriptions laites à la mémoire des "ymagiers» Bavy el Le Bouteiller.
devant ses auditeurs; aussi le maistre des testamens y tient sa court (,l Dautre costé demeurent les chanoines; et y est la court de lofïicial et de larchediacre. La dicte église de Nostre Dame est dexcellent ouvrage dedens et dehors. En la Cité sont quinze églises paroschiales; cest assavoir:
de Saint Pierre aux Beufs^,
de Saint Pierre des Assis (3),
de Saint ChristofleW,
de Sainte Marie Magdaleine(5),
de Sainte Marine (0),
(,) Maistre des testamens. Officier de la juridiction e'piscopale chargé de juger les causes relatives aux testaments. Ces causes, pendant le moyen âge, appartenaient à la juridiction ecclésiastique. Du Gange définit ainsi le Maître des testaments, qui lites ad testamenta spécialités dijudicabat, et il cite îles lettres de iA83, où se trouve ce passage : -Pour lequel testament accomplir icellui suppliant, cra esté convenu en la court de l'évesque de Poic- « tiers, par-devant son officiai audict lieu, par-deffvanl le Maistre des testamens. » (Gloss. med. et injim. latin, édit. Henschel , t. IV, p. 181.)
2) L'église de Saint-Picrre-av.r-Bœufs , située dans la rue de ce nom , sur remplacement de la rue d'Arcole et de l'impasse Sainte-Marine, qui viennent de disparaître, n'avait, dit Jaillot, rien de remarquable que son antiquité. C'est une erreur : il suffit d'en voir le portail , appliqué depuis quelques années à la façade de l'église Saint -Séverin , pour se convaincre que le style de Saint-Pierre-aux-Bœufs appartenait à la meilleure époque. Etait-elle la paroisse ou le siège de la confrérie des bouchers de la Cité? Devait-elle son nom à la cure des bœufs malades, qu'on y pratiquait avec une clef rougie au feu, ou à deux têtes de bœuf, sorte d'armoiries d'une famille Le Beuf, lesquelles en décoraient le portail? M. H. Cocheris a savamment discuté ces questions dans son excellente édition de Le Beuf. L'église Saiut- Pierre-aux-Bœufs a été démolie en 1837.
(3) Saint-Pierre des Assis, des Arcis, des Arsis , et même des Assyriens, était une petite église séparée du chevet de Sainl-Barlhélemy par une simple ruelle. Les quatre noms qu'elle a portés ont donné lieu à autant d'étymologies et d'opinions sur son origine; Jaillot les énumère et les discute. (Quartier de la Cité, p. 46.) Supprimée en 1791, elle a été démolie vers 1800; en 1812. on a ouvert sur son emplacement la ci-devant rue aux Fleurs.
(4) L'église Saint-Christophe ou Chrislojle, située dans la rue de ce nom, qui vient de disparaître, existait dès le vu" siècle; on a même prétendu qu elle servait de chapelle aux comtes de Paris; mais il semble plus probable qu'elle dépendait d'un monastère de filles. Devenue lieu d'asile au commencement du i\e siècle, puis érigée en paroisse au xir", époque où elle avait été reconstruite , elle fut démolie en 17/17, Pour 1 élargissement de la place du Parvis et la construction du bâtiment des Enfants trouvés. La dernière réédification remontait à 1 htjk.
(6) L'église de Sainte-Madeleine , située presque à l'angle des rues de la Juiverie, de la Vieille-Draperie et des Marmousets, avait été détruite, en trèsgrande partie , antérieurement à l'ouverture de la rue de Conslantine. M. Berty a raconté comment elle avait été construite vers la fin du xuc siècle, sur le terrain d'une ancienne synagogue, et agrandie successivement; la synagogue elle-même fut transformée en église , par ordre de Philippe Auguste , selon le témoignage bien connu de Guillaume Le Breton :
Ecclesias fecit sacrari pro synagogis ,
In quoeumque loco schola vel synagoga fuisset.
Devenue successivement église paroissiale et archipresbytérale , la Madeleine avait vu sa circonscription agrandie par la réunion des paroisses de Saint-Leu et Sainl-Gille», de Saint-Christophe et de Sainte- Geneviève des Ardents. Supprimée en 1 79-2 , vendue en 1793, elle fut démolie en 179/1.
(6) Sainte-Marine , dans l'impasse de ce nom , était encore debout, quoique mécoimaissable , en 1866; établie fort anciennement, elle servait de paroisse pour les gens de l'évêché et des cours ; et les mariages ordonnés par l'officialité, c'est-à-dire après cohabitation, s'y faisaient avec le fameux anneau de paille dont on a tant parlé. Le prévôt des marchands , François Miron, y avait été inhumé.
ao .
de Saint Denis de la Ghartre W, ou Nostre Seigneur acommenia - Saint
Denis; de Saint Bertelemy(3), de Sainte Geneviève des Ardans(l], de Saint Simpliorien'5', de Saint Landry (r,),
(1) Saint -Denis-de- la - Chartre , qu'une ancienne tradition désignait comme avoisinant le lieu où le saint apôtre fut emprisonné, était une ancienne église, construite probablement à la suite des incursions des Normands et près de la prison publique. Desservie par des chanoines dès le commencement du \ie siècle, elle fut placée plus tard sous la dépendance des religieux de Saint-Martin-des-Champs. Cette église était double, selon un antique usage, c'est-à-dire qu'il y avait dans son enceinte deux paroisses distinctes : l'une dans la nef, l'autre dans un bas-côté. Supprimée et vendue à l'époque de la Révolution, elle avait été complètement dénaturée, et l'on n'en a retrouvé que des restes informes en 1866.
(2) Acommenia, donna la communion. ffOr sainct "Denys, célébrant en la dicte prison le saint sacrifice de la messe pour fortifier les chrestiens de la "saincte communion, à la fraction de l'hostie Nostre- " Sauveur s'apparut visiblement à tous ceux qui es- "toient en la chartre avec une clarté admirable, etc.» (Du Breul, Antiquité: de Paris, etc. liv. l",p. 11 5.) La vie de « Monseigneur sainct Denys,» à laquelle nous avons fait deux emprunts, contient une magnifique miniature représentant cette scène.
(3) Saint-Barthélémy était, après Notre-Dame, l'édifice religieux le plus important de la Cité. D'abord simple chapelle, fondée et dotée par les Rois, puis église royale parce qu'elle était la paroisse du Palais, elle fut successivement desservie par des <h,iiinines, érigée en abbaye, sous le vocable de saint Barthélémy et saint Magloire, et église paroissiale avec une circonscription distincte. Les religieux de Saint-Benoît qui l'occupaient, l'ayant abandonnée en 11 38 pour se transporter à Saint-Magloire , elle ne garda que le nom de Saint- Barthélémy, qu'elle a conservé jusqu'à sa destruction. Réparée et agrandie à plusieurs reprises depuis 1809, elle a été reconstruite en grande partie vers la fin du siècle (Ici nier. Sur son emplacement, qui faisait face à la GrandSalledu Palais, ont été disposés un théâtre et une salle de bal, lesquels ont été détruits lors de la construction du nouveau Tribunal de commerce.
[4) Sainte-Geneviève-des-Ardcns , appelée la Petite dans le rôle de la taxe de 1 3 1 3 , par opposition à la grande Sainte-Geneviève-du-Mont, devait son surnom au feu sacré ou mal des ardens, qui fit tant de ravages au xnc siècle. La châsse de la sainte, descendue à Notre-Dame, ayant guéri, dit- on, nombre de malades, le pape Innocent If ordonna qu'une fête commémorative serait célébrée chaque année, le 2 G novembre, dans les deux sanctuaires. Celui de la Cité, situé rue Neuve-Notre-Dame . à quelques pas du Parvis, n'était guère qu'une chapelle, quoiqu'il eût le titre de paroisse. Le portail avait été reconstruit, en 1 4o2 , par les libéralités «le Nicolas Flamel. On y voyait la statue à genoux de ce généreux bienfaiteur; nous la reproduisons aux appendices de Guillebert de Meta. Sainte-Genevièvedes-Ardents fut abattue, en 17^17, pour l'agrandissement de l'hôpital des Enfants trouvés.
(5) Saini-Symphorien n'était séparé de Saint-Denisde-la-Chartre que par la rue du Haut-Moulin. Ce petit oratoire avait succédé, au xm" siècle, à une ancienne chapelle de Sainte-Catherine, fondée sur l'emplacement de la Chartre (Carcer Glaucini), où saint Denis a été emprisonné. Dotée par Mathieu . comte de Beauniont, Aliénor ou Eléonore , comtesse de Vermandois, et Garnier de Saint-Lazare, l'église de Saint-Syniphorien fut desservie par des chapelains et des chanoines jusqu'en 170^1 , époque où elle fut cédée à la confrérie des peintres, sculpteurs et graveurs qui lui donnèrent le nom de leur patron, saint Luc. Après avoir été supprimée et vendue, elle fut englobée dans les vastes constructions de la Belle- Jardinière, au milieu desquelles le service historique de la ville de Paris l'a retrouvée presque intacte. L'architecte du nouvel Hôtel-Dieu, à qui cet oratoire avait été recommandé, n'a pu, malheureusement . lui donner place dans le plan de ses constructions.
(r,) L'église Saint-Landry, fondée avant le xnc siècle, perpétuait le souvenir du pieux évêque auquel on doit la fondation de l'Hôlcl-Dieu ; peut-être étaitce l'oratoire même du saint. Dès 1171, elle était placée sous le patronage de la grande église Saint-
LA COMMUNION DE SAINT DENIS dans Là prison publique cLe Daté ce ! m earcere Glaucini).
(Fœsimi/fwmur./um-minM/arr./s/., Vint» MojMcigiwur Sainct Drav» (/W- imf.ms.X." zvj,*, f."37. Vf) Au dessous du sujet se voit le Petit Pont de Paris.
de Saint Germain le Vieil W, de Sainte Croix®, de Saint Jehan le Rond(3), de Saint Massias (4) et de Saint MichielK En la Cité est le prieuré de Saint Eloy (,,),
Germain-l'Auxerrois. Elle fut reconstruite à la (in du sv* siècle, supprimée en 1791, vendue en 1792 et démolie. Son emplacement était recouvert par les maisons qui faisaient l'angle du quai Napoléon, des rues d'Arcole et Saint-Landry. Quelques vestiges des fondations ont été' reconnues en 1866.
(1) Saint- Germain- le-Vieux (vêtus) ou l'Evieux (aquosus), selon la bizarre étymologie de l'abbé Le Beuf , était situé entre les rues de la Calandre et du Marché-Neuf, dans l'angle rentrant formé par cette dernière voie. Cette église, ancienne chapelle baptismale de Notre-Dame, sous le litre de Saint-Jean- Baptiste, existait dès le }\° siècle, et servit, lors des incursions des Normands, d'asile aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, qui y laissèrent un bras de ce saint, en témoignage de reconnaissance. On croyait d'ailleurs que saint Germain lui-même y avait résidé au vic siècle, ce qui expliquerait le choix d'une telle retraite, au ixc. par les religieux de ce nom. Agrandie en iA58 et i5fio, elle a été supprimée en 1791, et vendue en l'an iv. Son emplacement est marqué approximativement par le pavillon sud-est de la nouvelle caserne municipale.
;2> Sainte-Croix n'était qu'une chapelle occupant l'angle des rues de ce nom et de la Vieille-Draperie. L'origine en est fort obscure; Jaillot croit qu'elle» servait, dès le vu° siècle, d'infirmerie aux religieuses de Saint-Eloi, qu'elle reprit son nom et fut érigée en paroisse vers le xne siècle. Réédifiée et agrandie de ift5o à 1539, elle fut supprimée et vendue à la Bévolution. Il en subsistait encore quelques murs en 1866, vers le milieu de la rue Conslantine.
ts) Beaucoup d'églises avaient autrefois pour baptistère un édifice séparé , et quelques-unes ont conservé cet usage; ainsi l'oratoire Saint-Jean-Baptiste, auquel succéda Saint-Germain-le-Vieux , contenait les fonts baptismaux de Notre-Dame. Rapproché de cette église , à une époque qu'il est difficile de préciser, ce baptistère fut construit en forme de rotonde ; il était très-voisin de la porte septentrionale de la cathédrale , et touchait presque à la façade; c'était la paroisse des laïques habitant dans le cloître. Démoli en 1 768 , il a donné, pendant un demi-siècle.
son nom à Saiut-Denis-dtt-Pas , petite église silure au chevet de Notre-Dame, où avaient été transférés les fondations ainsi que les fonts baptismaux. Guiilebert de Metz ne dit rien de ce dernier sanctuaire.
(,,) Saint-Martial, que notre auteur appelle Saint- Massias, et qu'on trouve également indiqué sous les noms de Saint-Maciel et Macial, n'était autre chose que le chœur de l'ancienne église du monastère Saint- Eloi, dont l'enclos a été occupé depuis par le couvent des Barnabites, lequel était situé derrière la partie méridionale de l'hémicycle faisant face à la grille du Palais de justice. Séparé de la nef à laquelle il avait appartenu, le chevet de Saint-Eloi devint paroisse distincte et subsista jusqu'au commencement du xviii6 siècle. ,
5) La chapelle Saint-Michel, située entre la rue de la Barillerie (boulevard du Palais) et la cour de la Sainte-Chapelle, sur laquelle elle avait son entrée, existait avant Philippe Auguste, puisque ce prince y fut baptisé. D'abord en dehors de l'enceinte du Palais , elle y fut comprise à l'époque où l'on en reconstruisit la clôture , et Charles VI l'unit , en 1 385 , à la Trésorerie de la Sainte-Chapelle. Elle a disparu à la fin du siècle dernier, lors de l'élargissement de la rue de la Barillerie.
(6) Ce que Guillebert de Metz appelle «le prieuré ffde Saint-Éloy» est peut-être le plus ancien établissement religieux de la Cité. Le célèbre ministre de Dagobert, ayant obtenu du monarque un vaste terrain, situé en face du Palais, y lit construire un monastère de filles, qu'il mit sous l'invocation de saint Martial, évoque de Limoges, et dans lequel il plaça des reliques de ce saint. L'enclos du monastère, appelé la ceinture de Saint-Eloy, était limité par les chemins ou rues qui ont été nommées depuis de la Barillerie, de la Calendre, aux Fèves et de la Vieille-Draperie. On lui a donné, concurremment avec le nom de Saint-Martial , celui de Saint- Éloy, son fondateur, et de Sainte-Aure , sa première abbesse. Cédé, dès le xne siècle, à l'abbaye de Saint-Maur-les-Fossés, ce monastère eut à subir toutes sortes de vicissitudes; il tombait en ruines lorsque M8r de Gondi , premier archevêque de Paris ,
et le collège nommé Dix Huit M.