DES PONS
Grant Ponl (l) a de lun costé soixante huit louages et de lautre costé soixante et douze; la demeurent les changeurs dun costé et orfèvres dautre costé. En lan quatorze cent, et quant la ville estoit en sa fleur, passoient tant de gens toute jour sur ce pont, que on y encontroit adez ung blanc moine ou ung blanc cheval.
Pont Nostre Dame® : la sont beaux manoirs; si en y a soixante quatre qui appartiennent a la Ville, et dix-huit qui sont a diverses personnes; si y furent commenciés encore cinq maisons lan quatorze cent vingt-deux, que ceste description fu faite.
Petit Pont® est moult fort; et est des le fondement de grans lames altaciés
cfconstruicte des deniers d'un nommé Oudart de "Mocreiix, maistre changeur et bourgeois de Paris, t comme il appert par une laine de cuivre attachée " contre le mur de ladicte chapelle, à main gauche, * proche du grand autel ;» l'autre était voisine du Petit-Pont et renfermait deux autels, mais on n'y disait pas habituellement la messe. {Théâtre des antiquitez , p. 74, 78.)
(1) Le premier Grand- Pont est le pont de Charles le Chauve, dont une pile a été découverte en 1 855 ; il occupait l'emplacement actuel du pont Notre- Dame, et avait certainement succédé à un pont romain. Le second, qui est mentionné en 1 55 1 et 1-278, et qui s'écroula en 129G, faisait communiquer le Palais avec le Châtelet; c'est celui qu'on regarde comme le plus ancien Grand-Pont. Il fut remplacé : i° par le ponl aux Changeurs, qui tendait de la rue Saint-Barthélémy en la Cité à celle de la Vieille-Joaillerie : c'est celui dont parle Guillébert de Metz; 20 par le pont aux Meuniers, qui menait de la tour de l'Horloge du Palais à la porte du Châtelet. Ces deux ponts formaient un angle aigu dont le sommet était occupé par un massif de maisons. Le pont aux Meuniers fut renversé en 1 5 96, et reconstruit en 1 609 par Charles Marchand, dont il prit, le nom; mais un incendie les dévora tous deux en 1621. On en rebâtit un seul en solides pierres de taille. Achevé en 16A7, il a subsisté jusqu'à ces dernières années. (Consulter l'article publié par M. Berty dans la Revue archéologique.)
;2) Par transaction entre l'Echevinage parisien et les religieux de Saint-Magloire , et après lettres patentes de Charles VI, en date du mois de juillet le pont Notre-Dame, commencé peut-être quelques années auparavant, fut construit en bois.
s'il faut en croire Robert Gaguin, et il ne supportait pas , selon Gnillebert de Metz , moins de quatre-vingtsept maisons. Cette énorme charge le fit écrouler quatre-vingt-cinq ans après son achèvement (2 5 octobre 1499). On sait que cette chute donna lieu à un long procès , où furent impliqués le Prévôt des Marchands et les Échevins. Un appel fut fait à tous les architectes pour la reconstruction du pont; la ville accorda la préférence à Jouîmes Jucundus; cordelier de Vérone, qui termina son œuvre en ]5i2. Le pont Notre-Dame ainsi reconstruit a été l'objet de nombreuses réparations depuis i54o jusqu'à nos jours. Il avait probablement remplacé le cpont de fust,» dont parle Raoul de Presles.
(3) Le Petit-Pont, dont il a déjà été question dans le Traité des louanges de Paris, est mentionné par Abbon, qui en raconte la chute. Rigord le cite également pour dire qu'il s'écroula l'an 1 20C, après avoir été rebâti en pierres par l'évêque Maurice de Sully. Nouvelles chutes en 1280, 1296, i325, 1376 et 1.393, à la suite desquelles on se borna à établir une passerelle en bois. En 139/1, le. Parlement trouva un moyen plus ingénieux que juste de le faire réédifier en pierres. Il condamna sept malheureux juifs, coupables d'avoir cherché à ramener au judaïsme un des leurs qui avait abjuré : i° à être battus de verges «par trois samedis en cr trois divers lieux ;n a° à payer dix mille livres parisis , dont neuf mille cinq cents seraient employés à la reconstruction du Petit-Pont; 3° à être détenus jusqu'à parfait payement de cette somme; k" à être bannis du royaume; 5° à voir tout le reste de leurs biens confisqué; ce qui eut lieu. Le Petit-Pont était donc de construction toute récente lorsque Jean de Jandun l'admirait (i3a3); au temps de Guilleberl
DESCRIPTlbN DE PARIS SOUS CHARLES VI 161
ensemble a fer et a plont. La est petit Cliastelet, si espés de mur que on y menroit bien par dessus une charrette. Si sont dessus ces murs beaux jardins; ia est une viz double, dont ceulx qui montent par une voie ne sapparcoivent point des autres qui descendent par laulre voie.
Pont Neuf^ est bien maisonné.
Les rues qui sont en la Cité sensuivent en tele manière, que on les pourroit aler qui vouldroit^2'; c'est assavoir :
de Petit Pont a rue Neufve Nostre Dame,
de la es rues des Coulons (3),
de Saint Christofle(4),
la ruelle du Parvis (5),
le port Levesque(0),
la grant rue Saint Christofle^,
Saint Pierre aux BeulV8),
de Metz il avait déjà été reconstruit (i4op,). Les maisons qu'il supportait furent réédifiées symétriquement une première fois en 1 552 , et une seconde fois en i6o3. Ruiné par les débordements au milieu du xviie siècle, il fut restauré en i65g et brûlé en 1718. Reconstruit alors sans maisons, il a subsisté jusque dans ces dernières années. Les détails que donne notre auteur sur l'épaisseur des murs du Petit-Châtelet , les beaux jardins qui les couronnaient et la tr vis double » par laquelle on y montait ne se trouvent pas chez les autres historiens de Paris.
(li Le Pont-Neuf ou plutôt pont Saint-Michel, nom qu'il devait à la chapelle voisine, aurait été, selon certains auteurs, construit originairement en pierres , ou du moins on aurait commencé à poser de larges assises pour les piles. Du Breul , qui discute le fait, croit, d'après Du Haillan, qu'il fut d'abord établi en bois, et en attribue la construction au célèbre prévôt de Paris, Hugues Aubriot, qui acheva l'enceinte de Charles V et fit bâtir la Bastille. Jaillot croit qu'il avait succédé au pont jeté par Charles le Chauve sur le petit bras du fleuve , pour faire suite à celui qui existait sur le grand bras; mais M. Ad. Berty a démontré le contraire. Au moment où écrivait Guillebert de Metz, c'est-àdire environ un demi- siècle après, il était «bien maisonné; » cependant il avait été renversé par les glaces en 1607. Détruit de nouveau par le choc successif de deux bateaux (15/17), 'e Pon^ Saint- Michel fut l'établi en bois, et emporté en 1616. Réédifié presque immédiatement, il a subsisté jusqu'à l'ouverture" du boulevard Saint-Michel.
H!ST. — t.
(2; C'est-à-dire qu'il est facile de les parcourir, en passant de l ime dans l'autre, tant elles se suivent et se correspondent bien.
P) La rue des Coulons n'était qu'une ruelle aboutissant à la rue Neuve-Notre-Dame. Dans un titre de 1254, elle est ainsi désignée : parva ruella ad caput ccclesiœ Sanctœ Genovefœ parvœ ( Sainte -Geneviève-des- Ardents ) .
(4) La rue Saint-Christophe commençait au coin des rues de la Juiverie et du Marché-Palu (de la Cité), et aboutissait au Parvis-Notre-Dame. Elle a été détruite tout récemment pour l'établissement du nouvel Hôtel -Dieu. Une ruelle du même nom lui était contiguë.
(6) La ruelle du Parvis était une des quatre petites rues qui aboutissaient à la rue Neuve-Notre- Dame; elle a été détruite, ainsi que la rue des Coulons , lors de l'agrandissement du Parvis et à l'époque de la construction du bâtiment des Enfants trouvés. On sait que cet édifice, qui sert aujourd'hui d'annexé à l'Hôtel-Dieu, et qui disparaîtra très-prochainement, a été pendant quelque temps le siège de l'administration de l'Assistance publique.
(6) Ce qu'on appelait Port-l'Evêque était la partie du bord de l'eau située le long du jardin de l'évêché jusqu'au Terrain. On y arrivait par la petite rue du Port-l'Evêque j qu'on nommait aussi rue des Râteaux, viens ad Batellos.
(7) Guillebert de Metz cite deux fois la rue Saint- Christophe; il a voulu probablement parler de la rue et de la ruelle.
!S) La rue Sainl-Pierre-aux-Bœufs , bordée par
Sainte Marine de la Cocatris^, la Contrarie (3), Champ Roussy ®, de la Pomme (5), de la Licorne Marché Palus*7), la Juerie(s), la Petite Orberie(l), la rue des Fevres (l0),
l'église de ce nom , s'étendait du Parvis-Notre-Dame à la rue des Marmousets , point où elle faisait face à la nie du Chevet-Saint-Landry. On la trouve indiquée dès 1206, dit Jaillot, sous le nom de rue Sainl-Pvre-aux-Bucfs ; dans le Dit des rues de Paris , par Guillot, elle est appelée rue Saint- Père-à-Beus. Elle a fait place, en 18-28, à la rue d'Arcole, qui a disparu elle-même en 1866.
(l) L'impasse Sainte-Marine portait au xue siècle le nom de ruelle; elle avait, en effet, deux issues, puisque une ordonnance de 1/117, c'^e par Jaillot, ordonne de la fermer à l'une de ses extrémités. Elle aboutissait alors à la porte du Goitre-Notre-Dame, près de Saint-Jean-le-Rond. Diminuée lors de l'ouverture de la rue d'Arcole, elle a disparu avec cette dernière voie.
;2) La rue Cocatrix s'ouvrait en face de l'impasse Sainte-Marine, et aboutissait, en retour d'équerre, à la rue des Trois- Canettes. Son nom était celui d'une famille considérable qui possédait un petit fief dans la Cité. Un acte de i3oo, cité par Jaillot, indique ainsi ce fief : Domus Cocalricis quœ contigit doinui Marmosetorum. Réduite de moitié par l'ouverture de la rue Constanline, en 1 8 3 6 , la rue Cocatrix a disparu en 1 8G6.
i3) La rue de la Confrérie-Notre-Dame faisait primitivement partie de la rue Cocatrix; on l'a appelée ensuite Cour-Fcrri ou Perron, puis rue de la Confrérie-Notre-Dame , parce que la maison de la CommunaUtè des Chapelains y était située; une enseigne lui a fait donner au xvi° siècle le nom de rue des Deu-v-llermkcs , qu'elle a conservé jusqu'en 1 806. L'ouverture de la rue de Constantine l'avait réduite à quelques maisons seulement.
(4) La rue que Guillebert de Metz appelle de Champ-Roussi a porté successivement les noms de Champrosai ou Champrosé, Champron, Cltampourri ,
Champroussiers , Cltampjlory et Champrosy. Jaillol nous apprend qu'un jeu de paume, dit de Perpignan, y était situé au Xvi° siècle, et qu'elle en prit le nom. Elle joignait la rue des Trois-Canettes à la rue des Marmousets. Coupée en deux tronçons par la rue Constantine, elle a, comme toutes les précédentes, disparu en 1866.
(5) La rue de la Pomme ou de la Pomme-Rouge n'était autre que la rue des Trois-Canettes. à laquelle aboutissaient les rues Cocatrix et de Perpignan. Selon Sauvai, elle aurait dù son nom à deux maisons appelées la Grande et la Pelite-Canette. De la rue de la Licorne , elle s'infléchissait vers la rue Saint-Cbristopbe, et débouchait sur le Parvis, à l'état de ruelle très-resserrée.
(6) La rue de la Licorne joignait les rues Saint- Christophe et des Marmousets, parallèlement à la rue de la Juiverie (de la Cité), en conlournant le chevet de la Madeleine; il en restait encore un tronçon en 1866.
(7' La rue du Marché-Pain formait la continuation de la rue de la Juiverie et aboutissait au Petit- Pont. Elle devait son nom à la proximité du marché qui a subsisté jusqu'à la construction de la caserne de la Cité.
<8) La Juierie , Juerie, Juyerie , Juyrie, Juisvie, Juiferie ou Juiverie e'tait le milieu de la rue de la Cité; elle devait son nom aux Juifs qui l'habitaient, et dont la synagogue était située sur l'emplacement de l'ancienne église Sainte-Madeleine, à l'angle de la rue des Marmousets.
(9) La Petitc-Orbcrie , qu'on appelait aussi Four ou Cour-Basset , n'était qu'un passage faisant communiquer les rues de la Juiverie et aux Fèves ; il n'existait déjà plus au siècle dernier.
(10) La rue des Ferres, au Fcure, aux Fèves, joignait les rues de la Calandre et de la Vieille-Dra-
la Calandre W, la Ganterie®, la Grant Orberie®, la Barillerie M, la Vieille Draperie^5', la Saveterie®, Sainte Groixw, Saint Lorens®, de la Lanterne ("L des Marmousez(10),
perie, parallèlement à la rue de la Juiverie; on la trouve nommée via ad Fabros , dénomination erronée, et mus Fabarwn. Réduite par l'ouverture de la rue Constantine, elle a gardé jusqu'en 1866 de sa partie méridionale.
La fameuse Calandre, voie triomphale par où l'on se rendait du Palais à Notre-Dame, passait pour une large rue au xine siècle; elle devait son nom à un habitant qui était, dit Jaillot, ou rJean de la Kalendre,n ou «Nicolas le Kalendreur. » La nouvelle caserne de la Garde de Paris occupe l'emplacement de celte rue.
2) La Ganterie, la Canneterie, la Caveterie, la Châmterte ou Savaterie était un composé de cinq tronçons formant une ligne brisée, ce cpii explique les différentes appellations qu'on a données à ces fragments, de rues. Elle joignait la rue de la Calandre à celle de la Vieille -Draperie, traversant l'ancien enclos Sain'-Éloi, dont elle avait retenu le nom. et contournait le monastère des Barnahites. Elle à été absorbée dans la nouvelle casèrne.
1 La Granl-Orberic , ainsi nommée par Guillot et Guillebert de Metz , était la rue ou quai du Marché-Neuf. Fermée, avant le xvi" siècle, du côté de la rue du Marché-Palu, elle rejoignit, en 1 557. par un coude, la rue Neuve-Notre-Dame. Pourvu au siècle dernier d'un marché aux herbes et au poisson, d'une boucherie et d'un corps de garde, le quai du Marché-Neuf fut doté, en 180/1, de la Morgue, installée jusque-là dans la basse geôle du Châtelet. Ce funèbre établissement a élé transporté en 1 864 à la pointe orientale de la Cité, sur une partie de remplacement connu autrefois sous le nom de Terrain ou Moite aux Papelards.
w La Barillerie, ainsi nommée à cause des fabricants de barils qui l'habitaient, et non la Babiller ie , comme l'appellent Corrozet et Robert Cénal,
par une plaisanterie que Jaillot qualifie de fade, longeait l'enclos du Palais depuis le pont Saint-Michel jusqu'à la rue de la Vieille- Draperie. Elargie en 178/1, et pourvue d'une place semi-circulaire faisant face à la cour de Mai , elle a conservé son nom jusqu'à l'établissement du boulevard du Palais (1860).
(5) La rue de la Vieille-Draperie allait du Palais à la rue des Marmousets, entre les Barnabites, les églises Saint-Barthélemy et Saint-Pierre-des-Arcis ; habitée d'abord par des Juifs, puis, après leur expulsion, par des drapiers, elle avait reçu, dit-on, le nom de Judœaria pannijicorum , qui ne s'applique . en réalité, qu'à la Vieille-Draperie. Élargie en 1620 et 167 3, elle a fait place , en 1828, à la rue de Constantine et, de nos jours, à l'avenue qui succède à cette dernière voie.
'6| La Savaterie, que Guillebert de Metz appelle la Ganterie, était la rue Saint-Eloi.
(,) La rue Sainte-Croix n'était qu'une ruelle aboutissant aux rues de la Vieille-Draperie et Gervais- » Laurent , parallèlement à la rue de la Lanterne; elle longeait la façade de l'église Sainte-Croix.
(,) Il s'agit ici de la rue Gervais-Laarcnt , dont le dernier tronçon vient de disparaître , et qu'on trouve mentionnée dès le xni' siècle. Elle réunissait la rue de la Lanterne à celle de la Vieille-Draperie. Nous avons imprimé en italique le nom de celte rue ainsi que toutes les antres dénominations de voiepubliques altérées par Guillebert de Metz.
l '> La rue de la Lanterne , ainsi nommée à cause d'une enseigne cpii s'y trouvait, était l'extrémité septentrionale de cette voie qui s'appelait, au midi rue du Marché-Palu, au centre, rue de la Juiverie. au nord rue de la Lanterne , et qui constitue la rue actuelle de la Cité. Elle a porté elle-même plusieurs noms, que M. Berty a relevés à partir de 1 1 1 5.
"0) Plus heureuse que la plupart de celles qui
de la Colombe(l), le port Saint Landry de la Cage®, de Limage
Glaitigny (5), ou est les fillettes; Saint Denis de la Ghartre ®,
la Peletterie(7), ou len fait les châlits, et dillec a Grant Pont.