EN LA BASSE PARTIE DE LA VILLE, DEÇA LES PONTS
Les églises paroischiales de Saint Jaques de la Boucherie
de Saint Eustace('2), de Saint Germain dAucerre^3', des Innocens^, de Saint Marry ^,
(l> Saint- Jacques-la-Boucherie était l'une des plus anciennes églises de Paris. La plupart des historiens ont pensé qu'elle avait remplacé une antique chapelle de Sainte-Anne, ou de Sainte-Agnès, selon l'abbé Le Beuf. Ce point n'a pu être complètement éclairci par l'abbé Vilain , auteur d'une savante monographie de cette église. L'édifice, circonscrit par les rues du Cloître- Saint- Jacques, des Écrivains et des Arcis, avait son chevet sur celle dernière rue , sa façade à droite et en alignement de la tour , perpendiculairement à la rue de Rivoli. C'était probablement la troisième église édifiée sur ce point; elle appartenait aux xiv" et xv6 siècles, et devait beaucoup aux libéralités des riches bourgeois du quartier; la tour, commencée en i5o8, n'avait été terminée que sous le règne de François Ier. Le voisinage de la trGrant Boucherie" du Chàtelet lui avail valu le surnom qui servait à la distinguer des autres églises sous le même vocable (Sancti Jacobi de Carnijkina). Supprimée en 1790, vendue en l'an v, et démolie pour l'établissement d'un marché au linge et aux habits, elle a légué à notre siècle sa magnifique tour, dignement restaurée par M. Ballu.
(4) Saint-Eustache a son histoire comme Saint- Jacques-la-Boucherie ; des scènes de toute nature y ont eu lieu; nombre de bourgeois de Paris et de personnages illustres en ont été les bienfaiteurs ou y ont eu leur sépulture. L'édifice qu'on admire aujourd'hui a remplacé une chapelle de Sainte-Agnès, dont il est fait mention dès le commencement du un" siècle et qui avait été érigée en cure sous le vocable de saint Eustache. Cette nouvelle dénomination, dit Jaillot, rrvenoit apparemment de quelque -relique de ce saint qu'on obtint de l'abbaye de « Saint-Denis , où son corps avoit été déposé." Après avoir été plusieurs fois réparée et agrandie , l'église de Saint-Eustachefuteomplétementréédilîéede 1 53-j à 1662. Le portail qu'on trouvait crde mauvais -•goût," et qui d'ailleurs n'était pas achevé, fut détruit pour faire place à celui de Mansart de Jouy,
substitution des plus regrettables. On a depuis longtemps le projet de remplacer le lourd péristyle grec, maladroitement accolé à une église de la Benaissance, par un portail en harmonie avec le style de l'édifice.
(3) Saint-Germain-l'Auxerrois , église royale et paroissiale, est des plus vénérables par son antiquité, puisqu'il en est fait mention dès le vn° siècle, et que les Normands s'y fortifièrent, lors du siège de Paris. aBâtie et rebâtie par nos rois, notamment sous le règne de Charles VII, elle prit le titre de royale , qui lui fut confirmé lorsque le Louvre devint la résidence habituelle des souverains. » Sauvai et Le Beuf ont énuméré les diverses reconstructions de celte église. M. J. Quicherat a publié, en outre, dans les Mém . de la Soc. des Antiq. de France, un trèsremarquable travail intitulé Les trois saints Germain.
(4' L'église des Saints-Innocents s'élevait au coin de la rue Saint-Denis et de l'ancienne rue aux Fers, vers l'angle nord-est du square actuel. L'origine en est fort obscure; ce qu'on peut affirmer, c'est qu'elle existait dès le règne de Louis-le- Jeune , puisqu'il en est fait mention en 11 56 dans une transaction entre le chapitre Sainl-Merry et l'abbaye de Saint- Magloire. Jaillot croit qu'elle avail été construite sur l'emplacement de la chapelle des morts, dont tous les cimetières étaient autrefois pourvus. 'Réédifiée et agrandie par Philippe-Auguste , avec les deniers des Juifs, l'église des Saints-Innocents fut démolie en 1786, lors de la suppression du cimetière et des charniers , et la paroisse réunie à celle de Sainte- Opportune. Neuf confréries y avaient leur siège.
(5) Saint-Merry existe encore; le premier édifice de ce nom, bâli sur remplacement d'une ancienne chapelle dédiée à saint Pierre, reçut le vocable de saint Médéric, solitaire qui vivait au vn° siècle, comme saint Séverin, à côté de l'oratoire qui devait un jour être réédifié et porter son nom. Ce sanctuaire , qui succéda à la chapelle primitive et qui avait été bâti aux frais d'Odon ou Eudes le Fau-
18/i , DOCUMENTS ET ECRITS ORIGINAUX,
de Saint Sauveur (]),
de Saint Honnoré, ou est Nostre Dame de Vertus (J); de Saint Pol M, de Saint Gcrvais(4), de Saint Jehan (5',
connier, dont on y voyait la sépulture, fut reconstruit, une première fois au commencement du xin" siècle, et une seconde fois sous le règne de François I"; c'est l'église actuelle, qui ne fut terminée qu'en 1612. Devenue Temple du Commerce en 1793, et rendue au culte peu de temps après, elle a été depuis l'objet de diverses restaurations.
(1) L'église Saint-Sauveur, qui était située à l'angle nord de la rue de ce nom et de la rue Saint-Denis , avait remplacé, à une époque indéterminée, une chapelle dite de la Tour, frà cause, dit Jaillot, d'une nloiw qui en étoit voisine." Quelle était cette tour? A quelle enceinte pouvait-elle appartenu-? C'est ce qu'il est difficile de préciser. Quoi qu'il en soit, la paroisse Saint-Sauveur existait dès la fin du xiii" siècle; l'édifice fut reconstruit en i56o, réparé et agrandi en 1871 , 1622 et 171.3. Supprimée et démolie à l'époque de la Révolution, l'église Saint- Sauveur a fait placé à un établissement de bains.
(2) L'église Saint-Honoré , projetée dès 120Z1 par Renold Gherey et son épouse Sybille, qui la dotèrent richement, était terminée quelques années après et pourvue de vingt et une prébendes ou chanoinies; c'était donc une collégiale, avec titre curial, mais pour les maisons du cloître seulement. Le fameux cardinal Dubois , qui avait occupé l'un des canonicats de Saint-Honoré, y était inhumé. Le cloître Saint-Honoré existe encore; l'église, petite et basse, avait été agrandie en 1 579 ; elle occupait la partie du cloître la plus rapprochée de la rue Saint-Honoré, à gauche du passage qui communique avec cette rue. Supprimée en 1790 et vendue en 1792 , elle a fait place à des maisons privées. Quant à « Nostre Dame de Vertus , » c'était sans doute une statue miraculeuse de la Vierge, comme celle du village d'Aubervilliers dont parlent du Breul et Le Beuf. Sauvai (t. III, p. l\hi) mentionne «les •maistres et gouverneurs de la confrairie Noslre-
• Dame-des-Vertus , fondée en l'église Saint-Honoré ,
• -aux Boureliers de la ville de Paris.»
(1) L'église Saint-Paul avait succédé à une ancienne chapelle cimetériale, dite de Saint-Paul-dcs- Çhamps, où furent inhumés Sainle-Aure, abbesse de Saint-Eloi, et l'abbé Quintilien. En 1107, elle
fut donnée, comme le monastère de Saint-Éloi et tout ce qui en dépendait, à l'abbaye de Saint-Maurles-Fossés. Rebâtie au siècle suivant, mais non comprise dans l'enceinte de Philippe Auguste, elle fut l'objet d'agrandissements et de réparations considérables, lorsque Charles V eut fait bâtir dans le voisinage le fameux hôtel rrdes grants esbals,1connu sous le nom (Y Hôtel Saint-Paul; elle devint alors paroisse royale. L'église Saint-Paul était entourée d'un cimetière, d'un charnier, d'une ancienne grange dite de Saint-Eloi, située presque à l'angle de la rue Saint-Antoine, et qui a longtemps servi de prison publique. L'hôtel des abbés de Saint- Maur, placé entre l'église et l'hôtel Saint-Paul, avait été absorbé dans les dépendances de la demeure royale. Supprimée en 1790, vendue en l'an v, et démolie en l'an vu, l'éghse Saint-Paul a complètement disparu ; son emplacement est occupé par une cour, des hangars et une hôtellerie cpii portent les n°' 3o et 32 sur la rue Saint-Paul.
(4) L'église Saint-Gervais est, dit Jaillot, la plus ancienne dont il soit fait mention sur la rive droite de la Seine; elle existait déjà sous l'épiscopat de saint Germain. Devenue paroisse, par suite des accroissements successifs de Paris, et comprise dans l'enceinte antérieure à celle de Philippe-Auguste, elle fut rebâtie au commencement du xm" siècle, considérablement agrandie en 1 58 1 , et décorée en 1617 d'un beau portail classique par Salomon de Brosse. Devant la façade de Saint-Gervais s'élevait le fameux orme, ou ourmeciau (comme l'appelle Guillol ), qu'on voit encore figuré sur les plans du siècle dernier. On a donné, au sujet de cet arbre, deux explications également acceptables : c'était ou une réminiscence de l'ancien usage qui consistait à planter des palmiers, des ormes et autres arbres devant les basiliques élevées en l'honneur des martyrs; ou une application parisienne de la coutume qui faisait de l'orme paroissial le centre des affaires et des plaisirs du village. Sauvai cite un compte de ihh% où il est dit que certaines rentes doivent être payées r?à l'Orme Saint-Gervais. -n
(5) Saint-Jean-en-Grève était le baptistère extérieur de Saint-Gervais, comme Saint-Jean-le-Rond était
de Saint Nicholas lez Saint Martin de Saint Josse ('2),
de Saint Gille^ et de Saint Julien W.
Labbaye de Saint Ma^loirc, dont labbé a juridiction temporele
Les priorés de Saint Martin
la chapelle baptismale de Notre-Dame. Érigée en cure vers le commencement du xm* siècle, par suite de l'accroissement de Paris et de la division île la paroisse Saint-Gervais , cette église devint une collégiale et eut un cloître; elle fut agrandie en 1 2^5 , i326 eti735.0n appelait Fil/elles de Saint- Jean les quatre communautés des Blancs-Manteaux, des Carmes-Billeltes, des Capucins et des Enfants du Saint-Esprit, qui accompagnaient dans les processions le clergé de la paroisse. L'église Saint-Jeanen-Grève et son cloître étaient limités par les rues des Vieilles-Garnisons, du Cloître, du Monceau-Saint- Gervais et de Martroi, aujourd'hui disparues; l'emplacement qu'ils occupaient est représenté par la salle qui en porte le nom et par la galerie dite des fêtes. Supprimée en 1790, l'église Saint -Jean -en- Grève a été démolie l'année suivante.
(,) Saint-Nicoîas-des-Champs n'était, dans l'origine, qu'une chapelle bâtie près du monastère Saint-Martin, pour les besoins religieux du voisinage; on trouve cette église mentionnée dès l'année 1 1 1 9 , et , avant la fin du xuc siècle , elle avait le titre paroissial. Réparée et agrandie en 1 A20 et en 1576, l'église Saint-Nicolas resta, jusqu'à l'époque de la Révolution, sous la dépendance des religieux de Saint-Martin, qui avaient droit de nomination à la cure. L'édifice a déjà été dégagé des constructions vulgaires qui l'entouraient, par l'élargissement de la rue Saint-Martin et l'ouverture de la rue Turbigo; il le sera encore davantage par le prolongement de la rue Réaumur.
(2) L'église Saint-Josse était située à l'angle nordouest formé par les rues Quincampoix et Aubryle-Boucher. D'abord simple chapelle , hors des murs . elle y fut comprise lors de la construction de l'enceinte dite de Philippe Auguste, et séparée de la paroisse Saint-Laurent, dont elle dépendait ,propter intolerabilem distantiam, disent les titres de fondation. Cette érection date de 1260. Reconstruite en 1679, avec la façade tournée au sud, elle fut démolie en 1791.
(3) L'église Saint-Leu et Saint-Gilles , que notre auteur désigne seulement sous ce dernier vocable, existe encore, entre la rue Saint-Denis et le boule-
vard de Sébastopol, et n'était, vers le milieu du xim" siècle, qu'une chapelle succursale de Saint-Barthélémy en la Cité. Reconstruite un siècle après, elle fut érigée en paroisse l'an 1 G 1 7 seulement; réparée et agrandie en 1727, supprimée en 1790, et vendue en l'an v, elle fut rendue au culte en 1 8 1 3. Le chevet a été réduit du côté du boulevard, niais les bas côtés ont été récemment isolés et restaurés; on a construit, déplus, un presbytère et une chapelle des catéchismes.
(4) S;iint-Julien-dcs-Méiic'lricrs était une modeste chapelle située rue Saint-Martin, entre la rue des Petits-Champs (Brantôme) et la cour du Maure; elle avait été fondée en i33o par des ménétriers ou joueurs d'instruments, qui formèrent le pieux dessein d'y établir un hôpital pour les pauvres passants. Ils la dotèrent de seize livres de rente, s'unirent à leurs confrères pour perpétuer cette bonne œuvre, et placèrent leur chapelle, ainsi que leur hôpital , sous le vocable de saint Julien , de saint Georges et de saint Genès. Le récit de cette fondation est raconté par Du Breul avec une simplicité louchante. La confrérie de Saint-Julien a joui, jusqu'au siècle dernier, des privilèges de fondation. Détruits à l'époque de la Révolution, la chapelle et l'hôpital ont fait place à une maison particulière.
w L'abbaye de Saint-Barthélémy cl Sainl-Magloirc , fondée au xe siècle dans la Cité , fut transférée , en 11 38, sur le chemin de Saint-Denis, en une chapelle de Saint-Georges, possédée par les religieux qui avaient succédé aux anciens chanoines de Saint-Barthélemy. Cette translation eut pour résultat l'érection de l'église Saint-Barthélemy en paroisse, de telle sorte que le nom de Saint-Magloire resta au nouvel établissement. Après un séjour de trois siècles dans ce nouveau monastère, les religieux durent, en 1072, se transporter au faubourg Saint-Jacques. La reine Catherine de Médicis installa à leur place des filles pénitentes. (Voir, au surplus, la note 1 de la page 111.)
(6/ Le rrprioré de Saint-Martin v est le célèbre monastère de Saint-Martin-dcs-Champs , dont les origines et l'existence sont exposées dans le savant ouvrage de Doni Manier. Dès le vi5 siècle, saint Martin .
de la Trinité ^ et du Temple^, qui est aux hospitaliers.
dont le culle a toujours été populaire, était honoré à Paris ; Grégoire de Tours le dit formellement ; mais les historiens ne sont pas d'accord sur remplacement de ce premier oratoire. Au commencement du vm° siècle, une église existait sous ce vocable dans la partie nord de la ville , et les Normands la ravagèrent. Henri I" la fit reconstruire , ainsi que le cloître dont elle était entourée, et y plaça des chanoines séculiers qui furent remplacés, peu de temps après, par des Bénédictins de Cluny. Cette mesure réduisit l'abbaye Saint-Martin à l'état de prieuré; c'était le second de cet ordre; aux prieurs réguliers succédèrent les conmiendataires qui se sont perpétués jusqu'à la Révolution. L'enceinte du monastère, qui renfermait, selon Du Breul, un terrain de quatorze arpents, était formée de murs flanqués de tourelles; il en existe encore une à demi transformée en fontaine publique, presque à l'angle des rues Saint-Martin et du Vert-Bois. Cette enceinte avait été bâtie vers la fin du xnf siècle. Le cloître fut reconstruit de 1702 à 1720, et une partie de l'enclos, autrefois consacrée aux duels judiciaires, servit de marché jusqu'en 1765. Supprimé en 1790, le prieuré de Saint-Martin fut affecté à divers usages; on y logea les bureaux d'une mairie; on fit dans l'église un essai de Conservatoire des arts et métiers, essai qui devait aboutir à une grande institution. Des travaux considérables ont donné, dans ces dernières années, un aspect tout nouveau au vieux monastère. Nous ne terminerons pas cette note sans renvoyer le lecteur à l'excellent travail que M. H. Cocheris a publié sur la gestion temporelle du prieuré. [Histoire du diocèse de Pa) is, l.ll, p. 333.)
(,) L'hôpital de la Trinité , que Guillebert de Metz qualifie de prieuré , fut fondé , vers la fin du xir* siècle ou au commencement du xni", par Guillaume Escu à Col, ad opus pauperum ejusdem loci; il s'appelait I hôpital de (a Croix de la Reine, dit Jaillot, crà ■•cause d'une croix ainsi nommée, placée au coin ff des rues Grenelât et de Saint-Denis , où cet hôpirftal fut construit. 1 Quelques années après, il prit le nom de la Trinité crqui étoit probablement le vorrcable de la chapelle, » et il reçut dès lors des pèlerins de passage, peregrînorutn tantutnmodo transeuntium, aux termes d'une sentence de 1207. Au xivc siècle, l'hospitalité n'étant plus pratiquée à la Trinité, les confrères de la Passion y louèrent une grande salle pour y représenter les Mystères; mais.
en 1 545 , ils durent céder la place aux Enfants pauvres qui, par arrêt du Parlement, devaient y être f hébergés et élevés en la religion chré tienne, » A partir de cette époque, les Prémontrés, qui avaient fait le service de l'hôpital , crurent devoir se retirer. L'asile contenait trente-six filles et cent garçons, qu'on élevait et à qui on apprenait un état : c'était ce qu'on appelle de nos jours un orphelinat. C'était de plus un lieu privilégié où les artisans arrivaient à gagner la maîtrise. La Trinité, dite hospice des Enfants-Bleus, fut supprimée à l'époque de la Révotion. L'enclos , qui était considérable, puisqu'il s'élendail de la rue Grenétat à la rue Guérin-Boisseau . avec deux entrées sur la rue Saint-Denis, fut coupé par des passages, et l'on y établit des maisonnettes en bois qui formaient de petites rues à l'époque où écrivait La Tynna (1812). C'est l'année où fut vendue l'église, qui avait été réédifiée en i5g8 et dont le portail datait de 1671. Les maisons construites sur cet emplacement ont été démolies, dans ces dernières années , pour l'ouverture du boulevard de Sébastopol et de la rue de Palestro.
(2) Le Temple a eu tous les genres de célébrité. On connaît l'origine de l'ordre religieux et militaire des Templiers; ce qu'on sait un peu moins, c'est la date de leur établissement à Paris; toutefois il en est fait mention dès le règne de Louis le Jeune. La suppression de l'ordre en i3i2, le supplice du Grand Maître et les divers incidents du long procès qui précéda ce dénouement, sont dans loules les mémoires. L'enclos que les Templiers possédaient à Paris était si considérable, qu'on l'appelait Villa nova TempU; il fut attribué, par arrêt du Parlement rendu en 1 3 1 3 , aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, connus depuis sous le nom de chevaliers de Malte. Cet ordre y a été maintenu jusqu'à la Révolution, et il y faisait exercer les fonctions curiales par des chapelains. Devenu la résidence du grand prieur, le Temple fut le théâtre de rr petits soupers* dont on a fait beaucoup de bruil au dernier siècle. Après la suppression de l'Ordre en 1790,' il eut la douloureuse destination que chacun sait. La tour, qui rappelait de tristes souvenirs, fut démolie en 181 1 ; dans l'ancien enclos, autrefois flanqué de tours, qui était lieu d'asile et de privilège, a été ouvert, en 1809, le marché au vieux linge, qui vient de faire place à une élégante construction en fer et briques. L'ancien hôtel el le jardin du grand prieur ont été. sous l'Empire, la
Lostel des quinze vingts Aveugles Les Begliines^.
Les Bons Enfans(3).
La chappelle des bonnes femmes Haud Les églises de Saint Bon(3\
de Sainte Avoye(0),
résidence du Ministre des cultes; puis on y a installé un couvent de Bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Ce dernier établissement a subsisté jusqu'en i 853; sur son emplacement a été disposé un square; on y a construit aussi un lavoir et un établissement de bains , qui ont fait place à la nouvelle mairie du m" arrondissement.
10 Les Quinze-Vingts de la rue Saint-Honoré sont l'objet d'une monographie complète dans le tome I" de la Topographie du Vieux Paris, par M. Adolphe Berty. Nous y renvoyons le lecteur.
(2) Les Béguines ou religieuses de YAve-Maria étaient primitivement des filles ou veuves pieuses, réunies volontairement pour vivre en commun ; leur maison se nommait le Béguinage. Fondé vers le milieu du xm° siècle, l'établissement fut donné par Louis XI aux religieuses du tiers ordre de Saint-François, dites sœurs de Sainte-Claire. C'est de cette époque que date le nom à' Ave Maria, par lequel on désigna les trois récitations quotidiennes de la Salutation angéiique. Le couvent de YAve- Maria, bâti ttdelez la porte Barbée!,» c'est-à-dire en dehors de l'enceinte de Philippe Auguste, fut supprimé en 1790, et les bâtiments affectés peu après à une caserne d'infanterie. Ils existent encore aujourd'hui , mais ils doivent prochainement disparaître; l'îlot qu'ils forment est circonscrit par les rues des Barrés, du Fauconnier, Charlemagne et des Jardins-Saint-Paul.
Le nom de Bons-Enfants était commun à tous les écoliers pauvres et laborieux élevés par charité. Ceux dont veut parler ici notre auteur sont trèsprobablement les Bons-Enfants Saint-Honoré, pour lesquels Etienne Belot et Ada, sa femme, instituèrent, en 1208, un hôpital ou collège sous la direction d'un chanoine de Saint-Honoré. Jacques Cœur fut l'un des bienfaiteurs de cet établissement. Supprimé en 1790, avec une chapelle de Sainte- Claire qui en dépendait, le collège d'Etienne Belot occupait l'emplacement compris entre le débouché occidental de la rue Montesquieu et le passage qui communique du cloître Saint-Honoré à la rue des Bons-Enfants.
l l) Les te bonnes femmes Haudry,» vulgairement appelées les Haudrieltes ou les I icilles-Haudrielles x étaient primitivement des femmes veuves pour lesquelles un établissement de bienfaisance fut fondé, en i3o(j, par Etienne Haudry, grand panetier de Philippe le Bel. Cette communauté fut remplacée depuis par un véritable couvent, qui fut transféré, en 1622, au faubourg Saint-Honoré, et dont les bâtiments, ainsi que la chapelle, subsistent encore sous le nom de X Assomption.
(D) L'origine de la chapelle Saint-Bon est des plus obscures ; Sauvai , Le Beuf et Jaillot n'ont pu ni savoir si elle avait succédé à une chapelle de Sainte- Colombe, comme on l'a prétendu, ni préciser l'emplacement de ce dernier édifice. Le rapprochement de ces deux noms a fait croire à l'abbé Le Bœuf que le saint, comme la sainte, appartenait au diocèse de Sens. Il existe, en effet, sur un monticule voisin de cette ville , les restes d'une ancienne chapelle de saint Bon, sanctus Baldus; mais son homonyme parisien est désigné en latin sous le nom de Bouillis. C'est sous ce dernier vocable que la chapelle est mentionnée, au xin6 siècle, comme dépendant de l'abbaye de Saint-Maur-les-Fossés. Elle était petite, d'une construction très-ancienne , et avait son sol au-dessous du pavé de la rue; son portail faisait face à la rue de la Lanterne. Supprimée en 1792, la chapelle Saint-Bon a fait place à un corps de garde , puis à une maison particulière qui portait le numéro 8 et a été démolie en i853.
(0) Sainte Hedvvige, plus connue en France sous le nom de sainte Avoie, était fille de Berthold, duc de Carinthie, et sœur d'Agnès de Méranie. Veuve de Henri , duc de Silésie et de Pologne , elle fonda dans son pays une abbaye de l'ordre de Cîteaux , y mourut en 1 243 et fut canonisée en 1260. La maison qui portait son nom à Paris était située dans la rue de ce nom, à son point d'intersection avec la rue de Bambulcau; elle avait été fondée, en 1288. par Jean Séquence, chevecier de Saint-Merry, et une veuve nommée Constance de Saint-Jacques, pour y installer une communauté de pauvres femmes au moins quinquagénaires. Ces femmes, qui n'apparte-
Les esglises de Saint Eloy(1),
des religieuses appelées les Filles Dieu (2). Les collèges de Louvres(3),
de Sainte Oportune(4),
naienl d'abord à aucun ordre religieux, suivirent en 1622 la règle des Ursulines. Le couvent, supprimé en 1790 et vendu en l'an v, a été démoli pour le percement de ia rue de Bambuteau.
!,) Il s'agit ici de la chapelle des Orfèvres, située dans la rue de ce nom et élevée, au xive siècle, parla confrérie de Paris, sous le vocable de son illustre patron. A celte chapelle fut annexé un hôpital spécialement consacré aux pauvres de la corporation et à leurs veuves âgées et infirmes. La chapelle et la maison hospitalière furent restaurées et agrandies vers le milieu du xvi" siècle, aux frais de la confrérie; Philibert De Lorme et Germain Pilon y laissèrent des traces de leur talent. Supprimés en 1790 et vendus dès l'an vi , hôpital et chapelle sont assez peu reconnaissables aujourd'hui. Toutefois le groupe de petites rues où ils avaient été bâtis, à quelques pas seulement de la moderne place du Châtelet, a conservé en grande partie son ancien aspect.
2 Les Villes-Dieu occupaient un vaste enclos compris entre la rue Saint-Denis et la Ville neuve ou quartier Bonne-Nouvelle. Fondé, dans la première moitié du xin" siècle, par Guillaume d'Auvergne , évêque de Paris , l'établissement , qui était un refuge pour les filles repenties, fut d'abord placé hors de la ville, en la censive et près de Saint-Lazare ; mais , lors de la construction de l'enceinte de Charles V, qui l'eut laissé en dehors, exposé à toutes les attaques, il fut transféré par l'évêque Jean de Meulant ^en une maison et jardins sis hors la porte rr Saint-Denis» (celle de Philippe Auguste). Là les repenties furent en môme temps hospitalières, et reçurent les pauvres femmes malades; mais le relâchement, la débauche même envahirent le nouveau refuge, et, Charles VIII ayant ordonné, en 1 483 , que les religieuses réformées de Fontevrault s'y installeraient, elles acceptèrent le nom de Filles-Dieu, sous lequel on désignait déjà la communauté. Au siècle dernier, dit Jaillot, on voyait encore au chevet extérieur de la chapelle Sainte-Madeleine, qui dépendait du couvent, un crucifix devant lequel on conduisait les criminels qu'on allait exécuter à Montfaucon; ils le baisaient, recevaient de l'eau bénite, et les Filles- Dieu leur apportaient trois morceaux de pain et du
vin. Ce triste repas s'appelait le dernier morceau du patient. Supprimé en 1790 et vendu en l'an vi, le couvent des Filles-Dieu a été démoli en 1 798 . et sur son emplacement ont été ouverts la rue et les passages du Caire; il en reste encore quelques dépendances contiguës aux cours des Miracles et Sainte- Catherine.
(,) Guillebert de Metz , ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, appelle * collèges n les églises collégiales. Celle dont il veut parler ici ne peut être que Saint-Thomas ou Saint-Nicolas-du-Louvre, dont la monographie se trouve dans la Topographie historique du Vieux Paris, région du Louvre et des Tuileries, I, p. 96 et 1 09.
[4) L'origine de l'église royale, collégiale et paroissiale de Sainte-Opportune , comme celle de toutes les anciennes fondations religieuses, présente les plus grandes obscurités : parmi les historiens de Paris , les uns la font remonter à Charles le Chauve . les autres l'attribuent à Louis le Bègue, à Louis le Gros et même à Louis le Jeune. Ce qui semble plus probable, c'est que le premier établissement date de la seconde moitié du ix" siècle; qu'il eut pour auteur Hildebrand, évêque de Séez, chassé de son diocèse par les Normands, et qu'il fut placé sous le vocable de sainte Opportune, abbesse de Montreuil , dont les reliques y furent transportées. L'église fut dotée de vastes terrains qui formèrent plus tard la ceinture de Sainte-Opportune , et acquirent une grande valeur. Le chapitre était composé originairement de quatre chanoines seulement; on institua ensuite un curé prébendier et des vicaires , puis , par la division des bénéfices , on porta le nombre des prébendes à seize. L'église et le cloître Sainte-Opportune étaient limités par la place de ce nom, les rues Courlalon et de l'Aiguiïlerie; le chœur était de la seconde moitié du xu" siècle; mais la nef, construite au xive, avait été réparée et agrandie à la fin du xv*; la tour était remarquable par les ornements qui la décoraient. M. H. Cocheris a donné, dans sa nouvelle édition de l'abbé Le Beuf (t. II, p. 1 89 ), de curieux détails sur les redevances annuelles de la bouquetière de Sainte-Opportune. Supprimée en 1790, l'église a été vendue en 1792. cl démolie en 1795.
Les collèges du Saint Sepulcre(1), de la Trinité, des BiHettes(2>, de Sainte Croix (3), des GuiHemins^,
(1> Le chapitre du Saint-Sépulcre , qui devait , dans la pensée de ses fonda leurs, être un hôpital pour les pèlerins allant en Palestine ou revenant de ce pieux voyage, fut détourné de nette destination lorsque les croisades cessèrent d'êlre la grande préoccupation des princes d'Occident. Institué par la (f Confrérie du Saint-Sépulcre d'Outremer, « au moyen des libéralités de Louis de Bourbon , comte de Clermont, et enrichi par les aumônes des lidèles , le nouvel établissement compta bientôt seize canonicats et dix-sept chapellenies ; mais les uns et les autres furent réduits plus tard, pour assurer un revenu suffisant à ceux qui en étaient pourvus. Considéré comme hôpital et réuni, par l'édit de 167a, aux ordres de Saint-Lazare et de Nolre- Dame-du-Mont-Carmel , le chapitre du Saint-Sépulcre recouvra, en 16 9 3, son existence propre et l'administration de ses biens ; il était dans la dépendance du chapitre Notre-Dame el formait paroisse pour les habitants du cloître. L'église du Sainl-Sépulcre avait été reconstruite de i522 à 1 65 5 , et les maisons canoniales rebâties en 171/1. Déclarés propriété nationale en 1790, les bâtiments furent vendus, l'année suivante, à une compagnie hollandaise qui y lit ouvrir une cour et un passage, qu'elle entoura de constructions uniformes. Le nom de Batave fut donné au passage el à la cour, en l'honneur de la République batave nouvellement fondée (1795); l'un et l'autre ont disparu par suite du percement du boulevard de Sébastopol. La partie orientale de la rue de laCossonnerie en marque aujourd'hui l'emplacement. M. IL Cocheris a publié, dans sa nouvelle édition de Le Heuf (t. Il, p. s33), une série de documents fort intéressants sur le Saint-Sépulcre.
(I) En 1290, un Juif, du nom de Jonalhas, habitant du fief des Flamands ou de la Bretonnerie, commit un sacrilège: en expiation de ce crime, et sur l'emplacement môme de la maison où il avait été accompli, Reinier Flaming, bourgeois de Paris, lit construire une chapelle qu'on appela la Maison des Miracles, el dans laquelle Gui de Joinville établit quelques années après un hôpital desservi par les Hospitaliers de la cltarilé Notre-Dame. Ces reli-
gieux, qui suivaient la règle de saint Augustin, y furent remplacés , en 1 633 , par les Carmes de l'Observance de Rennes , qui ont occupé la maison jusqu'à la Révolution. Le cloître, dont une partie est encore dans un bel état de conservation, date de i35o; l'église et le couvent ont été reconstruits un peu plus lard , el terminés dans les premières années du xv" siècle. Quant à l'église, elle a été réédifiée en 175Û, sur les dessins de frère Claude, religieux dominicain. Les religieux Billetles qui devaient leur nom à de petits scapulaires appliqués sur leurs vêtements, furent supprimés en 1790, comme toules les autres congrégations religieuses; les bâtiments qu'ils occupaient, vendus en l'an 11 et m, ont été. quinze ans plus lard , rachetés en partie par la ville de Paris pour l'établissement d'un temple et d'une école destinés aux luthériens de la Confession d'Augsbourg. Celle affectation leur a été conservée.
(3> Les chanoines réguliers de Sainte-Croix . proches voisins des Rillettes, furent institués en 1211 par Théodore de Celles, chanoine de Liège, et s'établirent à Paris, vers 1258; on les appela Croisiers, Porle-Croix , Frères de Sainte-Croix, à cause de ce pieux emblème qu'ils portaient sur leurs vêtements. La maison qu'ils occupaient rren "la Rretonnerie , » fief qu'on nommait aussi t Champ rraux Bretons» et « Terre aux Flamands , r. leur avait été cédé par l'illustre fondateur de la Sorbonne. Robert Sorbon, qui reçut une indemnité de saint Louis, protecteur des nouveaux religieux. Leur église fut bâtie par le célèbre Eudes de Monlreuil. architecte des Quinze-Vingts, des Chartreux, de l'Hôtel-Dieu , des Rlancs-Manteaux . etc. ; elle avait son entrée sur la rue Sainte-Croix. La collégiale fut supprimée en 1790, et les bâtiments vendus en 179.3 ; sur leur emplacement s'élèvent aujourd'hui des constructions privées , reliées par un passage et une cour à l'ancienne impasse de la rue des Rillettes. Il existe encore sur ce point de curieuses substructioas.
") Le monastère de Guillebert de Metz, appelé fflesGuiUemins,5j date du milieu du xiif siècle, il fut fondé, en 1 208, par les serfs de Sainte-Marie , nouvel ordre mendiant qui axait adopté la règle de saint
Les collèges de Sainte Katherine des Celestiens'2',
Augustin , et que te second concile de Lyon supprima en 127/1. A ces religieux, dont il ne restait plus que trois lors de la suppression , succédèrent les Guillcmiles, solitaires qui avaient pour patron saint Guillaume de Malevai, obéissaient à la règle de saint Benoît, et étaient déjà établis à Montrouge. Le nom de Blancs-Manteau r , que le peuple avait déjà donné à leurs prédécesseurs, leur resta, bien que leurs vêtements fussent noirs; et ils se maintinrent dans ce monastère jusqu'en l'année 1 6 1 8 , où ils demandèrent à être agrégés à la congrégation réformée des Bénédictins, connue sous le nom de Saint-Maur. Cette incorporation eut pour résultat de retremper les Guillemites, et la nouvelle maison des Blancs- Manteaux ne larda pas à se faire une réputation solide dans le monde de la science. La première chapelle du monastère avait été bâtie en 12 58, au moyen des libéralités de saint Louis ; la seconde fut construite de 1397 à iio8. Trop à l'étroit dans leur enclos primitif, les Guillemites s'agrandirent, en îàoà, aux dépens de l'enceinte de Philippe Auguste à laquelle ils confinaient , et bâtirent , en 1 685 . l'église qui existe encore aujourd'hui. Cet édifice, tourné vers le nord, est à quelque distance de l'ancienne église, qui était régulièrement orientée et touchait presque à la vieille rue du Temple. Le monastère ayant été supprimé en 1790, les bâtiments furent vendus en l'an v, mais l'église fut rachetée en 1807, pour être érigée en paroisse. Une rue, dite fies Guillemites, ouverte à travers les jardins du couvent, a dû en couper les bâtiments pour déboucher rue de Paradis ; la partie de gauche est devenue le presbytère, et celle de droite a été transformée en habitations particulières.
!1) Le Val des Ecoliers, congrégation célèbre, fut fondé, en 1201, dans une solitude du diocèse de Langres, par quatre savants professeurs de F Université de Paris, qui se mirent sous la protection de sainte Catherine. Les étudiants, attirés par la science et la vertu des nouveaux religieux , les suivirent en foule, d'abord dans une vallée appelée Vallis Barbillorum , puis au lieu dit les Vannes, sur les bords de la Marne, où ils furent transférés par l'évêque de Langres. Leur établissement à Paris date de 1228; ils le durent aux libéralités de Nicolas Giboin, bourgeois de Paris, de Pierre de Brenne, et surtout à l'initiative de Blanche de Cas-
tille et de saint Louis, qui avaient à cœur d'acquitter le vœu fait par les sergents d'armes de Philippe Auguste , au pont de Bouvines. Le terrain qui leur fut cédé était situé près de la porte Baudet ou Baudoyer, et en état de culture , ce qui leur fit donner le nom de Chanoines de la Couture. On mit tant d'empressement à activer leur installation, que, parmi leurs bienfaiteurs, les uns se chargèrent de l'église, les autres du réfectoire, des écoles, des chambres d'hôtes, ceux-ci du dortoir et du cloître, ceux-là des stalles du chœur, de l'infirmerie et de la chapelle, ainsi que de la clôture du monastère. L'institut ayant perdu de sa ferveur primitive, on y introduisit, en 1629, les chanoines réformés de Sainte-Geneviève , qui y demeurèrent jusqu'en 1767, époque où ils furent transférés dans les bâtiments précédemment occupés par les Jésuites de la rue Saint-Antoine (aujourd'hui lycée Charlemagne ). Sur l'emplacement du prieuré, qui fut démoli en 177/1, et de l'église, qui subsista jusqu'en 1777, furent ouvertes les rues Caron, du Colombier, Jarente, Necker et la place du marché Sainte-Catherine ; le prix des terrains fut employé à la construction de la nouvelle église Sainte-Geneviève (Panthéon). Tout cet ensemble de voies publiques existe encore aujourd'hui.
(2) Les Cêleslins, institués en Italie, vers le milieu du xiu° siècle, eurent bientôt, comme tous les ordres religieux . la pensée de s'établir à Paris. La famille Marcel, cpù occupait un rang distingué dans la bourgeoisie parisienne , les y aida dès les premières années du xive siècle , et le roi Charles V se déclara leur bienfaiteur ; il leur donna plusieurs bourses, 10,000 francs d'or, des bois pour la construction de leur église , et une partie des jardins de l'hôtel Saint-Paul. Charles VI ajouta de nouvelles faveurs à tous ces dons, et Louis, duc d'Orléans, son frère, fit construire dans le monastère une chapelle où les tombeaux, les sculptures, les tableaux, les vitraux se multiplièrent de manière à former un véritable musée de l'art français. Le poêle Astesan énumère une partie de ces merveilles ; Millin en a donné une description détaillée dans le tome I" de ses Antiquités nationales. Le cloître, reconstruit en i539, renfermait également de nombreux objets d'art. Les bâtiments des Célestins furent affectés , en 1791, au logement des Aveugles et des Sourds-
Les collèges de Saint Anthoine le Petit
du Saint Esperit® et de Saint Jaques, surnommé de lOspital'3, que Gharlemainé fonda, et autres.
Muets. Quelques années après, on les transforma en caserne, destination qu'ils ont conservée jusqu'à nos jours , à la suile de nombreux travaux de restauration et d'agrandissement. L'église, achevée en 1370, n'a été démolie qu'en 18^7; elle était située à l'angle des rues de Sully et du Petit-Musc.
'' La cruelle maladie connue sous le nom de feu sacré , mal des Ardents, mal Saint- Antoine, inspira, vers la fin du xi" siècle, à quelques hommes bienfaisants , la pensée de fonder des hôpitaux pour les infortunés qui en étaient atteints. Une communauté séculière, dite des Chanoines ou Frères de Saint-Antoine, se consacra à cette œuvre, d'abord au diocèse de Vienne, puis à Paris, sous le règne du roi Jean. Le Dauphin , depuis Charles V, favorisa le nouvel établissement, en leur donnant mm grant it manoir appelé la Saussaie,» entre les rues Saint- Antoine'et du Roi-de-Sicile; la maison qu'on y construisit fut érigée en commanderie de France; elle renfermait une chapelle et un hôpital. La commanderie de Paris, unie à celle de Bailleul , en fut séparée, l'an i523, par l'empereur Charles-Quint, puis supprimée en 1 0 1 8 , et transformée en séminaire ou collège pour l'instruction des jeunes religieux de l'Ordre. Rebâtie en 1 689 et presque incendiée en j 705 , la maison du Petit-Saint-Antoine, ainsi nommée pour la distinguer de la grande abbaye située dans le faubourg de ce nom , fut supprimée en 1791 et vendue en l'an vi. Sur son emplacement on a ouvert, en 1806, un passage qui a été détruit lors du percement de la rue de Rivoli , et qui est représenté aujourd'hui par l'extrémité méridionale de la rue des Juifs.
2 L'hôpital du Saint-Esprit devait sa fondation à deux personnes charitables qui achetèrent, l'an i36-3. une maison et une tr grandie sise en Grève," pour y recueillir les orphelins. Une confrérie fut instituée pour le proléger, et il fut pourvu d'une chapelle, dans les premières années du xv" siècle. Le voisinage de la Maison aux Piliers ne lui permit pas de s'agrandir ; au contraire , la construction du nouvel Hôtel de Ville exigeant la cession d'un terrain dépendant de l'hôpital, la Ville fut chargée, dit Jaillot, "de faire au pignon de devant la cha- - pelle un arc de vingt-huit pieds de haut sur au-
(ttant de large, pour appliquer le dessous à l'augrrmehtation de ladite chapelle, de faire construire un n-portail en pierres défailles, etc.» Elle fil de plus, en l'année 1C1 1, rétablir à neuf les deux voûtes de l'église et construire un pavillon. L'hôpital du Saint- Esprit formait un carré limité, à l'ouest par la place de Grève, à l'est par la rue des Vieilles-Garnisons, au sud par le corps de logis septentrional de l'Hôtel de Ville, auquel la chapelle était accolée: on v accédait par l'arc dit du Saint-Esprit , qui faisait pendant à l'arcade Saint-Jean. Cet établissement charitable, qui. depuis 1679, dépendait de l'Hôpital général et avait pour annexe le Grand bureau des pauvres, fut supprimé en 1 79 1 , et les bâtiments qui en dépendaient ne tardèrent pas à être démolis pour l'agrandissement de l'Hôtel de Ville. Les constructions qui les avaient remplacés ont disparu elles-mêmes, en 1 835 , pour la formation du périmètre du nouveau Palais municipal.
(1' L'Hôpital Sainl-Jacr/ues , comme celui du Saint- Sépulcre, dut sa fondation, non pas à Charlemagne . mais à une confrérie de pèlerins qui voulurent offrir un asile à ceux qui allaient à Saint-Jacques de Composlelle ou en revenaient. Ce projet fut réalisé entre les années i3i7 et i325, grâce aux libéralités de plusieurs hauts personnages , parmi lesquels figure Philippe de Valois. L'église était desservie par quatorze chapelains qui prirent plus lard le nom de chanoines. L'hôpital comptait quarante lits, et donnait chaque nuit asile à quatre-vingts pauvres, qui recevaient, en outre, des vivres le lendemain, avant leur départ. Réunie à l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare par deux édits de 1672 et 1732, puis rendue à son existence propre par lettres patentes de 1734, la maison des pèlerins Saint-Jacques, qui avait peu à peu perdu son caractère hospitalier, a été supprimée en 1790, et les bâtiments vendus par l'administration des hospices, de 1812 à 1817. Sur l'emplacement qu'ils occupaient ont été ouvertes les rues Saint-Jacques-l'Hôpital et des Pèlerins, ainsi que le prolongement de la rue Mondétour, voies qui viennent d'être détruites en partie par le percement de la rue Turbigo. L'église Saint-Jacques s'élevait à l'angle des rues Saint-Denis et Mauconseil
A Sainl Anthoine est ung oxal^ de bois entaillié excellemment.
A Sainte Kateleine est le sépulcre Nostre Seigneur en tele forme comme il est en Jherusalem(2); et si est en celle église limage de Bertram Clakin, tele comme il souloit estre en son vivant (3).
Aux Gelestins est paradis et enfer en painture, avec autres pourtraitures de noble euvre en ung cuer a part. Item devant le cuer de leglise a ung autel est painte ymage de Nostre Dame, de souveraine maistrise (4).
A leglise des Innocens est ung innocent entier enchâssé dor et dargent(5). La sont engigneusement entailliés de pierre les images des trois vifz et [des] trois
' Le mot vrai paraît être orcel, ourcel, ourceau, en latin occllus, orcelhts et urceoïus. Du Cange cite : "Ocellus cum ysopo suo vel aspersorio. r — "Un orcel d'argent a eauë benoiste.» (Gloss. med. et infini, lat. e'dit. Henschel, t. IV. p. 69-2 et 723.) L'axai serait donc un vase à eau bénite; cependant occllus s'appliquerait assez à un goupillon, lequel est percé de petits yeux, et le mot urseolus indiquerait aussi les poils dont on garnit cet instrument.
(5) C'est du temps même de Guillebert de Metz que ce tombeau fut placé dans l'église Sainte-Catherine. Voici en quels termes Du Breul s'en exprime : "Dans le chœur, à main senestre vers le "doistre, on voit représentée l'Annonciation de la <t Nativité du Fils de Dieu; et de l'autre costé l'on «voit comme une grotte souterraine, dans laquelle "est représenté le sepulchre où le corps de Nostre rt Sauveur fut mis, et cet escrit est au-dessus : Ce «sepulchre de Jésus fui faict l'an îâso et depuis retrpeintl'an i5jj.n (Théâtre des antiquitez, p. 882.)
(J) Le fait d'une image de Bertrand DuGuesclin, placée dans l'église collégiale Sainte-Catherine du Val-des-Écoliers, est d'autant plus curieux que les historiens de Paris n'en font aucune mention. M. Bonnardol l'a remarqué dans ses extraits de Guillebert de Metz; il croit que cet auteur a pris pour une statue de Du Guesclin un des sergents d'armes fondateurs de cette église, dont on voyait la portraiture au portail (page 27 des Etudes sur Gilles Corrozet , etc.). Cette circonstance nous a déterminés à faire reproduire l'admirable ex-voto de la victoire de Bouvines, qui fut placé, en i3oo, à la façade de Sainte-Catherine, et qui est aujourd'hui conservé dans la basilique de Saint-Denis. Si ce n'est pas l'image de Bertram Clakin , c'est du moins un admirable morceau do sculpture parisienne, contemporain de noire auteur.
' Millin , 1. 1, S 3 , de ses 1 ntiquités nationales , a
donné la description très-détaiilée des tableaux, statues, vitraux qui ornaient l'église des Célestins et en faisaient un véritable musée de l'art français du xive au xvme siècle. A propos du chœur de cette église et du maître-autel , il parle bien d'un retable curieux donné en 1/107 I)ar Arthur de Montauban, mais ce ne peut être là l'image de Notre-Dame dont parle Guillebert de Metz. On ne trouve non plus aucune mention d'une peinture représentant le paradis et l'enfer.
(5) L'Innocent dont il est ici question n'est pas une des jeunes victimes de la fureur d'Hérode, bien que Du Breul nous assure qu'il existait , dans cette église, "la jambe entière en chair et en os d'un des "■innocents occis par Herode, laquelle, environ d'un «demi pied de long, est portée sur le bras d'un frange.» Il s'agit d'un de ces enfants chrétiens que les Juifs égorgeaient, dit-on , en haine île la religion ou pour se venger des persécutions dont ils étaient l'objet. Les divers historiens de Paris ne révoquent pas le fait en doute : "Que les Juifs , dit Du Breul , dispersés par les régions catholiques, eussent accoustt tumé tous les ans de prendre un enfant chrétien , le et mener en lieu souterrain et , le vendredi de la semaine rrsaincte, le crucifier en despitet mesprit de Nostre "Seigneur Jésus Christ , plusieurs auteurs le certi- " fient. . . . Après l'avoir lié en croix , ils l'estran- "gloient à demy, ou lui mettoient un haillon à la "bouche, pour l'empescher de crier. Cela faict. ils trhiy faisoient ouvrir les veines, et si de toutes "parts le perçoient de longues esguilles. Le sang "qui en distilloit estoit reçu dans un grand bassin, "et en goustoient quelque peu, et le reste ils le trgard oient. » Le martyr qu'on vénérait à l'église des Saints-Innocents était le jeune Richard, mis à mort à Pontoise en 1 179, et transporté à Paris, où il resta jusqu'à l'époque de la domination anglaise "Les Anglois, dit encore Du Breul. l'ayant tiré du
inors(l); la est ung cimitiere moult grant, enclos de maisons appelles charniers, la ou les os des mors sont enlassés(J). Hlec sont paintures notables de la dance macabre et autres, avec escriptures pour esmouvoir les gens a dévotion^. Lune partie du cimitiere appartient à leglise des Innocens, lautre partie est pour le grant hospital, et la tierce partie est pour les églises de Paris qui nont point de cimetière. Item en ce cimetière est une tournelle en lieu dun tombel, ou il a une ymage de Nostre Dame entaillée de pierre, moult bien faicte; laquele tournelle len dist que ung homme lis! faire sur sa sépulture pour ce qui! sestoil vanté en son vivant que les chiens ne pisseroient point sur son sépulcre (4!.
•- sepulchre , le transportèrent en Angleterre par '•dévotion, et ne demeura seulement que le chef en "l'église des Saints-Innocents. ■» (Tlteatre des (tutti/. p. 83a et suiv.) Guillebert de Metz a donc vu cette relique fort peu de temps avant son enlèvement.
(1) Les Trois Vifs et les Trois Morts sont , ci-après . l'objet d'un appendice spécial.
(2) Tous les historiens de Paris , depuis Guillaume le Breton, ont parlé successivement du cimetière des Innocents. Sauvai , entre autres , y a vu beaucoup de choses : d'abord le tombeau de iNicolas Flamel et de Pernelle, sa femme, contemporains de Guillebert de Metz , f lequel tombeau est près de la porte . • -du rosté de la rue Saint Denys, sous les charniers, (fôù il y a plusieurs figures que les chimistes croient '•renfermer les mystères de la pierre philosophale ; » il y a remarqué en outre, « dessus l'arcade, proche "de l'église, une très-belle figure, perchée si haut "et si mal orientée, qu'il faut avoir les yeux très- "hons et très-fins pour juger que c'est une des meilleures figures de Paris. « Sauvai cite encore rrun -pleureur gâté malicieusement par ceux qui l'ont •modellé, lequel pleure de sorte qu'en le regardant on a envie aussi de pleurer * {Antiquités de Paris, t. Ier, p. 35o) ; un squelette, chef-d'œuvre de Germain Pilon, disent les uns, de François Gentyl. assurent les autres, et un bas-relief dit trdu fouirdroyé,?! dû à Ponce Trebatti. Les charniers, au témoignage de Sauvai, avaient quatre-vingt-quatre arches. Nicolas Flamel, dit l'abbé Vilain, en fit construire une en 1 38g , b alors que l'on batissoit succes- -sivement les charniers aux dépens des riches bourb geois de Paris , qui se faisoient un devoir d'y contribuer, comme à une œuvre de religion;» puis une seconde, en 1^07, vis-à-vis de la première, pour servir à la sépulture de sa femme. (Hist. critique de Mcolas Flamel , p. 3-2 et io4.) Du Breul, qui écrivait un demi-siècle avant Sauvai, ne compte que
quatre-vingts arcades et des "galetas où l'on voit une "infinité d'ossements et testes de trespassez, très- " belles et bonnes glasses à représenter la grandeur " et impertinence de nostre v anité humaine. » ( Théâtre des antiquitez, p. 83 1.) La dernière description de ce lieu funèbre, avant sa destruction, est de Mercier, qui put voir, au-dessous des galetas, les marchandes de modes et les écrivains publics envahissant l'asile des morts : rrLes squelettes, dit-il, sont ff entassés au-dessus de leurs têtes, dans ces greffiers surchargés de leurs poids. Ces ossements "accumulés frappent les regards, et c'est au milieu "des débris vermoulus de trente générations, qui "•n'offrent plus que des os en poudre; c'estau milieu c de l'odeur fétide et cada véreuse , qui vient offenser ff l'odorat, qu'on voit celles-ci acheter des modes, ff celles-là dicter des lettres amoureuses. » On sait que les charniers des Innocents furent démolis en 1 78G , et les ossements transportés aux catacombes. M. Bonnardot a publié , dans le tome III de la Revue universelle des Arts, une très-intéressante étude sur le cimetière des Innocents.
p) Consulter, ci-après , l'appendice consacré à la Danse Macabre, telle qu'on la voyait, dit le manuscrit de Saint -Victor, au cimetière des Innocents. prout liabelur apud Sanctum Innocentium.
w Ce serait là une singulière origine : elle attesterait, dit M. Bonnardot, que les chiens avaient alors l'entrée libre dans les cimetières de Paris. Quand à la tournelle, dont nous plaçons un dessin sous les yeux du lecteur, elle a beaucoup occupé les historiens de Paris. Piganiol et Le Beuf y ont reconnu un ancien fanal destiné, soit à recevoir des cierges brûlant en l'honneur des trépassés, soit à éclairer les fidèles qui se rendaient à l'église, et même les passants et les marchands. M. de Caumont ( Cours d'antiquités monumentales, t. VI, p. 336 ) exprime la même opinion. L'abbé Le Beuf décrit
La tour et le chastel du Louvre ou il [y] a logis pour le Roy et les douze pers(1 . Item la Bastille Saint Anthoine, qui est moult forte'2'. Item lostel de Bourbon, qui est de moult riche et plaisant ouvrage13'. Les hostelz de Saint Pol, ou le Roy et la Royne demouroient^; de Petit Muche, ou le Daulphin demouroit(5) ; Ihostel de Cecille, appartenais au Roy de Jherusalem et de CeciHe(6);
ainsi ce fanal : "Cette turricule a, dans le haut, "huit ouvertures quarrées oblongues, pratiquées "sous des formes de cintres un j)eu pointues. Le "bas et le haut de la lanterne sont entourés d'une •sculpture en pointe de diamant; le sommet ne • paroit point terminé par un globe mais par une "espèce de grosse fleur. La croix qui surmonte le it tout est une chose ajoutée, n (Hisl. du dioc. de Paris, 1. 1, p. 81.) Une statue de la Vierge, abritée par un auvent, avait été appliquée au fanal des Innocents, à une époque qu'il est difficile de préciser; on la désignait sous le nom de Notre-Dame-des-Bois ; ce qui a fait dire à quelques historiens que le lieu où le cimetière des Innocents fut établi avait été autrefois couvert par une forêt.
(1) Voir la Topographie historique du Vieux Paris, région du Louvre et des Tuileries, 1, p. 11 3.
(2) La description de (a Bastille est dans tous les historiens de Paris.
(3) Voir la Topographie historique du Vieux Paris , région du Louvre et des Tuileries , I , p. 33 et suiv.
rrL'hostel solenmel des grants esbattements , 1 construit par Charles V, occupait presque tout l'emplacement compris entre les rues Saint-Paul , Saint- Antoine, du Petit-Musc et le quai des Célestins sur lequel il avait sa principale entrée. Quoiqu'il eût été incorporé au domaine dès 1 364 , afin de "n'en cstre "jamais démembré pour quelque cause et raison "que ce pust estre, » diverses parties en furent successivement aliénées, et François I" en consomma la vente l'an 1 5 1 6. Les rues Beautreillis, des Lions, Neuve-Saint-Paul (Charles V ) et de la Cerisaie ont été ouvertes sur l'emplacement de l'ancienne demeure royale, dont il reste encore quelques vestiges dans les bâtiments occupés par la Compagnie de l'eau de Seine purifiée. Sauvai , Félibien et Piganiol ont donné de I hôtel Saint-Paul des descriptions détaillées.
(5) rtCent ans avant Charles VI, dit Jaillot, il "existoit un hôtel du Petit-Musc , dont la rue a pris "le nom, ou auquel elle a donné le sien; il s'élen- "doit depuis la rue Saint-Antoine presque jusqu'à "celle de la Cerisaie- C'est le manoir de "Petit
"Muche, où le Daulphin (Charles VII) demouroitau temps de Guillebert de Metz, et qui fut, un peu plus tard, réuni à l'hôtel Saint-Paul. Il avait été acheté , en 1 3 1 2 , par Louis I", duc de Bourbon . qui l'agrandit au moyen de la maison dite du Pont Perrin, parce qu'elle était voisine du pont jeté sur i'égout de la rue Saint-Antoine. Cbarles V l'avait réuni à l'hôtel Saint-Paul ; Charles VI le fit reconstruire, ce qui lui valut le nom d'Hôtel Neuf, qu'il échangea successivement contre ceux d'hôtel d'Etampes , de Bretagne , d'Orange , de Valentinois . de Boissi, de Langres, et enfin du Maine, en l'honneur du duc de Mayenne qui le fit reconstruire sur les dessins de Du Cerceau. Au xvn' siècle, l'hôtel fut occupé par le prince de Vaudémont et le président d'Ormesson; les bâtiments qui en restent forment l'angle des rues Saint-Antoine et du Petit-Musc.
w L'hôtel dont il est ici question devait son nom à Charles, comte d'Anjou et de Provence, frère de saint Louis , appelé aux royaumes de Naples et de Sicile. Il passa à son fils qui le donna, en 1292 , au fils de Philippe le Hardi , Charles de Valois et d'Alençon, dont les descendants le possédèrent jusqu'au règne de Charles VI. Le monarque, en ayant obtenu cession de Pierre, comte d'Alençon, l'an i3oo. le donna à Bobert et Charles de Bausson. L'hôtel appartint depuis aux rois de Navarre et aux comtes de Tancarville; il fut rebâti, dans la seconde moitié du xvi' siècle, par les cardinaux de Meudon et de Birague , puis acquis par le maréchal de Boquelaure . qui le revendit à François d'Orléans-Longueville. Il appartint ensuite au ministre de Chavigny et au duc de La Force dont il prit le nom. Dans les dernières années du règne de Louis XIV, il fut divisé en deux parties, dont l'une, connue sous le nom de Petite-Force, forma l'hôtel de Brienne et avait son entrée rue Pavée, au Marais; l'autre, appelée la (Iraudc-Force, fut acquis, en îjBli, par le comte d'Argenson, au nom du Boi qui voulait y établir l'École militaire. On sait que ce projet reçut une tout autre exécution. Le roi Louis XVI ayant supprimé les prisons du For-l'Evêque et du Petil-Chà-