‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 78 sur 221 · CHARLES VI · texte numérisé non relu

CHARLES VI

lliostel de Tournelles, au duc dOrleans(1); lliostel dArtois, au duc de Bourgoingne ® ; lostel du Roy de Navarre (3) ;

lelel .en 1 780 , et la prison Saint-Martin .en 1785, la Grande-Force devint un lieu de détention préventive, et la Petite-Force fut affectée à l'emprisonnement des filles publiques. Pendant la Terreur, la Force fut le théâtre de scènes sanglantes au nombre desquelles se place l'assassinat de la princesse de Lamballe. Cette vieille demeure, si singulièrement transformée, tombait de vétusté, lorsque, en 18/10, on décréta la construction de la prison dite de Mazas ; par suite les bâtiments furent démolis en i85o, et sur leur emplacement on a ouvert la rue Malher, ainsi que le prolongement de la rue des Rosiers.

0 L'hôtel ou palais des Tournelles ne fut d'abord qu'une demeure seigneuriale reconstruite par Pierre d'Orgemont, chancelier de France, et vendue par son (ils, en 1602, au duc de Berri, frère de Charles V, qui la céda au duc d'Orléans. Devenu peu après maison royale . l'hôtel des Tournelles fut . pendant l'occupation anglaise, la résidence du duc de Bedford. qui l'agrandit de manière à comprendre dans les dépendances tout le terrain circonscrit aujourd'hui par le boulevard, la rue Saint- Gilles, la rue de Turenne jusqu'à son débouché dans la rue Saint-Antoine et cette dernière rue jusqu'au point de départ. Donné par Louis XI à son médecin Jacques Coitier, pour en jouir sa vie durant , il redevint ensuite habitation royale : c'est là que mourut Louis XII, et que Henri II fut blessé mortellement. Le plan de Du Cerceau , dressé à peu près vers cette époque , fait voir les lices dont le terrain était entouré pour les tournois, et les bâtiments dont l'hôtel se composait alors. On sait qu'un édit de 1 565 ordonna la démolition du palais des Tournelles, que cette œuvre de destruction fut assez longue, et crue la place Royale, avec les rues dont elle est entourée, ne fut commencée (m'en i6o4. Au moment où écrivait Guillebert de Metz . l'hôtel appartenait <rau duc d'Orléans,» ce qui date le récit, puisque le duc fut assassiné en 1607.

Les ducs de Bourgogne de la seconde race avaient leur hôtel au mont Saint-Hilaire, et la rue de Beims a porté leur nom ( v. p. 179. note 2). Lorsque le duché eut été uni à la couronne, le manoir de la rive gauche y fut également incorporé, et Philippe le Hardi, en recevant l'investiture du duché, dut loger à l'hôtel d'Artois qui appartenait à son épouse Marguerite, duchesse de Flandre et comtesse d'Ar-

tois. Il recouvra plus tard son ancien manoir, mais il aima mieux habiter celui qui lui venait de la duchesse. Jean sans Peur et ses successeurs eurent la même préférence. rrCe fut longtemps, dit Sauvai. h- une maison longue, étroite et bordée des murs de rr la ville, entrepris par Philippe Auguste, qui rérrgnoient entre la rue Mauconseil, la rue Pavée et rrla rue du Pelil-Lion, dont il reste encore des pans

rtdans ces rues-là et quelques tours On croit

ff même que ce grand et vieux corps de logis qu'on rrvoit le long de la rue Mauconseil fut construit rrpar quelqu'un de ceux des premiers comtes d'Arrrtois;mais on ne doute point que Philippe le Hardi, rren étant devenu propriétaire par son mariage, le "porta au delà des murs de la ville jusqu'à la rue rr Pavée et à celle du Petit-Lion, parce que ces murs n-ne servoient plus de rien depuis qu'on en eut corner mencé d'autres, etc.» Quant à la part de construction cpi'il faut attribuer à Jean sans Peur, Sauvai la détermine avec une grande netteté : rrLe duc r-et sa femme, dit-il, l'accrurent d'un grand corps • d'hôtel qui subsiste encore en partie, et qui est ff couronné de grands frontons gothiques de pierre, -rehaussés de leurs armes; et de plus l'accoinpaffgnèrent d'un petit pavillon que Monstrelet et les ff registres de la Chambre des comptes nomment "dongeon, avec une chambre toute de pierre de "taille, cpie Jean lui-même, surnommé sans Peur, r: l'assassin du duc d'Orléans, fit bâtir tout exprès " pour sa sûreté , la plus forte qu'il put , et terniirrnée de machecoulis, où toutes les nuits il couff choit, v (Hist. et recherches des antiq. de la ville de Paris, t. II, p. 6/1, 65.) On sait que ce donjon vient d'être démasqué, et qu'il sera prochainement restauré, après avoir été dégagé de toutes parts. C'est le dernier reste de l'hôtel d'Artois et de Bourgogne, dont François 1", par un édit de 1 563 , ordonna la démolition , et dont une partie fut acquise, en 1 5 A 8 , par les confrères de la Passion, puis occupée par la fameuse troupe de comédiens qui en prit le nom. La rue aux Ours prolongée, un tronçon de la rue Française et les propriétés situées à droite et à gauche de celte rue marquent aujourd'hui l'emplacement de ce curieux manoir.

(3) Sauvai compte huit hôtels des rois de Navarre à Paris, ou plutôt huit demeures qu'ils ont

lostel de Flandres, que le duc Jehan de Bourgoingne donna au duc An-

thoine de Brabant 1 :

les hostelz dAlenchon

de Hollande'3,

successivement habitées. Au temps où écrivait Guillebert de Metz , trois seulement pouvaient être considérées comme rflostel du Roy de Navarre ;» c'étaient : i° "la grande maison qui régnoit le long "de la rue du Cocq et de celle des Deux-Portes , r> où logeait, en 1 391 , Blanche de Navarre, veuve île Philippe de Valois, et qui fut vendue, en 1/117. par Catherine d'AIençon, veuve de Pierre de Navarre; '2° "la maison de la rue des Bouchers, vis- " à-vis la chapelle de Bracque, qui régnoit le long "de la rue du Chaume, tout devant l'hôtel de Guise. «et aboutissoit à la rue de l'Échelle-du-Temple. » laquelle maison était occupée, dans la première moitié du xv° siècle, par Jean d'Aragon, Blanche de Navarre , son épouse , et Charles de Navarre . leur lils; 3° "le logis sis dans la rue de Paradis et celle ■du Chaume, à l'endroit où est à présent le ma- ■nége découvert et la fontaine de l'hôtel de Guise, r'vis a vis le portail de la Merci;" lequel fut occupé par Bernard d'Armagnac, duc de Nemours, et confisqué plus lard par Louis XI. Ces deux derniers hôtels étaient presque contigus , et c'esl sans aucun doute de l'un d'eux que veut parler notre auteur. Ils ont été englobés, vers le milieu du wi' siècle, dans les dépendances de l'hôtel deGuise, qui passa, en 1697, au prince de Rohan-Soubise . dont il a gardé le nom jusqu'à l'époque de la Révolution, Les Archives de l'Empire y ont été inslallées par un décret en date du 6 mars 1808.

(l) rr Lostel de Flandres, que le duc Jehan de rr Bourgoingne donna au duc Anthoine de Brabant,» était situé, dit Sauvai, près de l'enceinte de Charles \ . entre les rues Plâtrière (J. J. Rousseau), Coquillière, Pagevin et des Vieux- Augustins; c'était, ajoute-t-il, rrune grande isle que Gui de Dam- » pierre, comte de Flandre, acheta de Pierre Co- "quiller, de Simon Matiphas et de Péyêque Buçi,u et qui fut agrandi de rrtout le pourpris, manoir et <■ terres des Augustins , » ce qui en étendit les limites jusqu'aux rues Montmartre et de la Jussienne. Construit vers la lin du xiue siècle, l'hôtel demeura propriété des comtes de Flandre jusqu'au mariage de Marguerite avec le duc Philippe, lils du roi Jean. Dans le partage que les époux firent de leurs biens, en 1/102, l'aîné, qui fut depuis Jean su is Peur.

choisit l'hôtel d'Artois ou de Bourgogne, et laissa l'autre à Antoine, son frère cadet, duc de Brabant. de Limbourg, de Luxembourg, etc. qui y fixa son habitation. Maximilien d'Autriche, après son mariage avec Marie de Bourgogne, réserva cetti> demeure pour son lils Philippe et en fit l'objet d'une stipulation particulière dans les traités de 1/182 et 1/193, conclus avec Louis XI et Charles VIII. H le confia ensuite à la garde d'Olivier de la Marche, qui. contrairement à ses engagements, le laissa tomber en ruines. Les confrères de la Passion , à la recherche de grands logis abandonnés pour y représenter les mystères, firent choix de l'hôtel de Flandre, comme de l'hôtel de Bourgogne, et ils y jouèrent pendant quelques années; mais le même •'•dit de 1 543 , que nous avons déjà cité, ordonna la démolition des deux hôtels. François I", il faut en convenir, n'avait pas à se louer de la Maison d'Autriche, héritière des domaines de Bourgogne. L'hôtel de Flandre fut divisé, dit Sauvai, en vingt-trois places ou lots, et il en resta deux gros pavillons carrés, l'un sur la rue CoquiUière, l'autre sur la rue Coq- Héron, où se trouvait l'une des entrées du manoir; ces derniers vestiges disparurent en 1 6 1 8. Sur l'emplacement de la demeure ducale furent élevés les hôtels d'Epernon, de liullion et plusieurs autres.

m Sauvai énumère un grand nombre de logis ayant appartenu aux comtes de Valois et d'AIençon (t. II, p. 69 et suiv. ). Dans la nomenclature qu'il en donne, trois pouvaient porter le nom de rrhostel "dAlenchon, n à l'époque de Guillebert de Metz : 1" celui qui était situé dans la rue du Roi-de-Sicile et fut vendu, en 1 3 8 9 , à Charles VI; 20 celui qui s'élevait vers le milieu de la rue des Cinq-Diamants (partie de la rue Quincampoix comprise entre les rues des Lombards et Aubry-le-Boucher) ; 3° l'hôtel bâti par le fameux surintendant des finances Enguerrand de Marigny, qui fut pendu à Montfaucon. (le dernier manoir, confisqué en 1 3 1 5, fut donné par Louis le Hutin à son fils Philippe, comte de Valois et duc d'AIençon. M. Adolphe Berty en a fait la monographie ( Topographie hist. du Vieux Paris, région du Louvre et des Tuileries , I, p. 88 et suiv i

(3) On ne connaît aucune mention d'un hôtel de Hollande à cette époque. Guillebert de Metz aurait-

les hostelz de Montagu (l , de Tournay (- ,

de Clicon^ et pluseurs autres;

Le Cliastallet, ou le Prévost de Paris et ses auditeurs tiennent les plais; et la sont les prisons en merveilleux nombre ^ ;

Lostel de la Ville en la place de Grève, ou le Prévost des Marchans et les Eschevins font loy '5);

Lostel appelé le Four Levesque, ou len plaide les causes du temporel de la juridiction de levesque de Paris; cest en la rue de lEscole Saint Germain 0 ;

il voulu parler d'un hôtel des ambassadeurs de Hollande, antérieur à celui que Cottard construisit rue Vieille-du-Teinple, et qui existe encore aujourd'hui au n" h-jl Gela n'est point invraisemblable, et peut-être l'édifice, élevé au commencement du \vine siècle, occupe-t-il la place de l'ancien hôtel.

(l " 2) L'embarras est plus grand pour les hôtels de Montaigu et de Tournay. Guillebert de Metz a-t-il désigné sous ces deux noms une maison occupée temporairement par les évêques de Tournay, et un logis ayant appartenu aux Montaigu , peutêtre au célèbre surintendant des finances, décapité en 1&09, époque à laquelle notre auteur se trouvait à Paris? Veut-il parler des collèges de ce nom situés sur la montagne Sainte-Geneviève, et dont les bâtiments servaient de résidence aux fondateurs, avant d'être affectés à l'enseignement? On ne peut émettre sur ce point que des conjectures.

M L'hôtel de Clisson fat construit, en 1 383, par le connétable de ce nom, sur l'emplacement du grand chantier du Temple, qui s'étendait au sud de la rue des Quatre-Fils; il était donc dans sa nouveauté lorsque Guillebert de Metz écrivait. Après avoir appartenu à divers propriétaires, il fut acquis par la maison de Guise, qui, sur son emplacement, augmenté de celui qu'occupaient les hôtels de Navarre , de la Roche-Guyon et plusieurs logis de moindre importance, lit bâtir la somptueuse demeure connue, depuis 1697, sous le nom d'hôtel Soubise.

(4i Tous les historiens de Paris ont parié du Ghâtelet et de ses geôles. Malingre . Brice et De Lamarre en attribuent la construction première à César; Corrozet et Sauvai en font honneur à l'empereur Julien. Ce qui paraît hors de doute, c'est «pie le Grand et le Petit-Châlelet , formant tête de pont, étaient d'abord une fortification destinée h couvrir la ville. On n'est pas bien fixé sur l'époque

où fut créée la juridiction qui tenait ses séances au Grand-Châtelet : elle paraît y avoir été installée au xi" siècle, ou du moins il en est fait mention à cette époque. Le Grand -Châtelet, restauré par saint Louis, de taia à 1 -3Ô5 , presque entièrement reconstruit de i/i85 à i5oo, agrandi et réparé vers la fin du xvne siècle, a subsisté jusqu'en 181 3. époque à laquelle il a été démoli. Sur son emplacement avait été construite la Chambre des notaires, antérieure à celle qui forme aujourd'hui l'angle de la rue Saint-Denis et du boulevard de Sébastopoi. Les prisons y étaient «en merveilleux * nombre» au temps de Guillebert de Metz; en effet , une ordonnance de Henri VI , rendue en 1 ûa 5 , en énumère onze.

^Lostel de la Ville» dont il est ici question, était alors la Maison aux Piliers, dite Maison de Grève ou Maison aux Dauphins, avant que la Ville en eût fait l'acquisition ( 1 3 5 7 ). Nous en donnons une vue prise vers le milieu du \\" siècle, el empruntée au célèbre manuscrit de Jouvenel des Ursins. Au moment où écrivait Guillebert de Metz. l'Echevinage parisien venait d'être rétabli (1A12 1, après un séquestre de plus de trente années; il semble que notre auteur ait voulu enregistrer ce fait, avec la brièveté qui lui est habituelle, en écrivant ces mots significatifs : <roù le Prevosl des f Marchans et les Eschevins font loy.»

" Le For-l'Evêque {forum Episcopi), qu'on a eu le tort d'écrire Fort el Four l'Evêque, était le tribunal de la juridiction épiscopale. Etabli d'abord dans la Cité, selon toute apparence, il fut transféré, vers le milieu du xn" siècle, sur le territoire des Champeaux.En 187-2 ,on constate qu'il était situérue Saint-GermainTAuxerrois, vis-à-vis le For-ïe-Roi. Reconstruit partiellement en 1 65a, il cessa bientôl d'être le siège du prévôt épiscopal , en conformité de l'éditde 167/1 , qui réunissait au Châtelet toutes les

Les halles des draps, de peleterie, de mercerie, de cuirs, de pain, de fruit et dautres choses, contenans lespace dune ville de grandeur

Aux halles, lez le pillory, est une fontaine, en la rue Saint Denis deux, et en la rue Saint Martin deux(2). En Grève est lestaple des vins, du bois, de charbons, de foing et autres marchandises en nefz ; la sont les porteurs dafeutrures et bote-

justices particulières. Transformé en maison de détention, le For-l'Evêque était plus particulièrement une prison pour dettes, qui fut supprimée par Louis XVI, en 1780. Il était situé rue Saint-Germain-rAuxerrois, entre les rues de fArche-Marion ( débouché de la rue des Bourdonnais ) et la rue des Fuseaux (débouché de la rue Bertin-Poirée ) , avec façade sur le quai de la Mégisserie.

(1) L'histoire sommaire des Halles de Paris est * exposée par Jaillot [Recherches hist. Quartier des Halles, p. 20), depuis la première acquisition du terrain des Champeaux par Louis le Gros jusqu'à

la lin du siècle dernier. Au temps où écrivait Guillebert de Metz , les Halles avaient pris un tel développement, dit l'auteur auquel nous renvoyons, a qu'il n'y avoit guère de sortes de marchands qui rf n'eussent la leur.» De là le nom des rues voisines (la Lingerie, la Toilerie, la Poterie, la Friperie, la Cordonnerie, la Chanvrerie, la Courroirie, etc.); Sauvai ajoute (t. I,p. 1^7 et suiv.) que plusieurs marchands forains avaient des halles particulières portant le nom des villes qu'ils habitaient. Cet ensemble, rf contenant l'espace d'une ville de granrrdeur,» s'est conservé presque intact jusqu'à ces dernières années.

(2) Guillebert de Metz ne compte que cinq fontaines publiques sur la rive droite, au temps où il écrivait. L'eau qu'elles débitaient provenait surtout de Belleville , et était amenée à Paris par un système de conduites que Du Breul a minutieusement décrit : ffLes Prévosts des Marchands et Eschevins, " dit-il, ont fait construire de grands aqueducs ou rr canaux composez de murs de maçonnerie et pierre Tde taille, pavez de grandes noues ou esviers aussi rrde pierres, contenent deux aqueducts, cinq cents f toises de longueur et plus, sans qu'il y aie aucune rr clarté , sinon celle que l'on y peut porter avec feu , « et de six pieds de hauteur, sur trois pieds de lar- Tgeur, le long desquels les personnes peuvent farfcilement cheminer la lumière à la main; lesquels -aqueducts sont accompagnez d'auges ou receprrtacles pour faire rouer et purifier l'eau desdites rr sources : à l'entrée desquels est une forme de bas-

rrtiment, auquel y a un grand réceptacle servant rrd'acueil pour recevoir les eaux descendants d'une rr montagne sablonneuse, appelée la montagne de rr Belleville sur Sablon ; au haut et fin duquel aquerr duct est un regard en forme ronde , et au milieu rrd'iceluy une forme de puits, servant d'auge à rerrcevoir trois belles sources, descendans en iceluy «par trois divers endroits; édifice voûté en forme rr ronde, appellé ciel de four, garny de son ouverrrture pour une lanterne à jour; et en iceluy deux rr descentes de pareille forme ronde, édifice artule rr et curieusement bâti : desquelles noues ou esviers . rren l'an 1/167, en m* refait de neuf environ quatre rr vingt seize toises de longueur, le surplus desdits rraqueducts ou canaux basty de grande antiquité. » ( Théâtre des antiq. de Paris, p. 1 069.) Les cinq fontaines alimentées par ces conduites étaient, selon notre auteur : 1 ° la fontaine des Halles , qui était contiguë au Pilori , et que les anciens plans montrent , en effet , à côté de cet édicule, dans la direction de la rue de la Chanvrerie; 20 les deux fontaines de la rue Saint-Denis, c'est-à-dire celle des Innocents, attenante à l'église de ce nom, et celle du Ponceau, qui formait l'angle des rues Saint-Denis etdesÉgouts; 3° les deux fontaines de la rue Saint- Martin, c'est-à-dire la fontaine Maubuée, au coin de ces deux rues, et celle qui était adossée aux murailles de l'abbaye Saint-Martin-des-Champs. Toutes ces fontaines ont été reconstruites aux xvie. xvnc et xvm" siècles. Du Breul, Sauvai et Jaillot donnent les dates suivantes: i6o5 pour la fontaine des Halles; i55o pour celle des Innocents; i5ao, et i6o5 pour celle du Ponceau; 173/1 pour la fontaine Maubuée, et 1720 pour celle du prieuré Saint-Martin. Toutes ces fontaines remontaient à une haute antiquité; il est question, en effet, de la fontaine des Innocents en 1273, et de la fontaine Maubuée en 1 357. Quant à celles que Guillebert de Metz ne mentionne pas, ou qui excèdent le nombre de cinq, rril y a tant de temps, dit Sauvai, rrqu on a fait celles de la Croix du Trahoir. de la rr Trinité, de Saint-Julien, des Cinq -Diamants, de rr la Barre-du-Bec . de la Beine . de la Porte-Baudets

leurs de foingM. Le bel liostel de Bureau Dampmartin, en la Courarie®; lequel Bureau, entre les autres choses de son estât, tenoit ung poëte de grant auctorité, appelle maistre Lorens de Premier Fait: lostel de Digne Responde, en la vieille Monnoie(3), et autres pluseurs(4).

LOSTEL DE MAISTRE JAQLES DUCIllÉ EN LA RUE DE PROUVELLES '5).

La porte duquel est entaillie de art merveilleux; en la cour estoient paons et divers oyseaux a plaisance. La première salle est embellie de divers tableaux et escriptures denseignemens atachiés et pendus aux parois. Une autre salle raemplie de toutes manières dinstrumens, harpes, orgues, vielles, guiternes, psalterions et autres, desquelz le dit maistre Jaques savoit jouer de tous. Une autre salle estoit garnie de jeux deschez, de tables, et dautres diverses manières de jeux, a grant nombre. Item une belle chappelle ou il avoit des pulpitres a mettre livres dessus de merveilleux art, lesquelx on faisoit venir a divers sièges loings et prés, a destre et a senestre. Item ung estude ou les parois estoient couvers de pieres précieuses et despices de souefve oudeur. Item une chambre ou estoient foureures de pluseurs manières. Item pluseurs autres chambres richement adoubez de lits, de

fret de Marie, que personne ne sait qui les a fait "■faire, non plus que la fontaine de Sainte-Avoye.» (Hist. et reck. des ant. de Paris, t. I, p. 21 3.)

(1) La miniature de Jouvenel des Ursins montre rrfestaple des vins, du bois, de charbons, de foing rret autres marchandises en nefz,« c'est-à-dire arrivant par bateaux. Quant aux » afeutrures , » que Du Cange enregistre sous la forme afeutrement et afeutréeure , c'étaient des objets de harnachement, sans doute pour les chevaux de charroi et de halage. Presque tout le commerce d'approvisionnement de Paris se faisait par eau ; il a été réglé par la grande ordonnance de iii5, et plus tard par celle de 167a, que nous avons déjà citée.

m II existait deux voies de ce nom, l'une, appelée fr la Courarie» ou rue de la Courroirie (Correarii vicus), est représentée aujourd'hui par le tronçon de la rue de Venise qui joint les rues Saint-Denis et Saint- Martin. Bâtie dès la fin du xuie siècle et désignée sous le nom de rue Plâtrier e, elle emprunta aux corroyeurs qui l'habitaient la dénomination qui lui fut donnée au siècle suivant. (Voir pour l'autre rrCourarien la note 1, p. 200.)

(3) La rue de la Vieille-Monnaie , qui joignait à la rue des Lombards celles des Ecrivains et de la Heaumerie. a disparu il y a quelques années, lors

de l'ouverture du boulevard de Sébastopol , et est absorbée aujourd'liui par la rue de Rivoli ; l'emplacement en est représenté par les maisons construites le long de ce boulevard, entre l'angle nord-est qu'il forme avec la rue de Rivoli et le débouché de la rue des Lombards. U est fait mention, dès le commencement du xiiie siècle, de la f Viez-Monnoie , » et les maisons dont elle était bordée sont dites situées in Monetaria. Au xvij' siècle , on l'appelait rue de la Passementerie , sans doute à cause de l'industrie qui avait succédé à la fabrication de la monnaie. Au temps de Guillebert de Metz , ce devait être le siège d'un riche négoce, puisque Digne-Responde . dont l'opulence était proverbiale, y avait sa résidence.

(4) Voir, aux appendices, les renseignements que nous avons pu recueillir sur Rureau de Dampmartin . Laurent de Premier-Fait et Digne-Responde.

(5) Voir aux appendices pour les rares détails relatifs à Jacques Duchié. La rue des Prouvelles, dans laquelle était située la magnifique demeure décrite par notre auteur, a été appelée Préverres , Preuverres , Proverres, Prouvoires et enfin Vrouvmres (viens presbyterorum).Les prêtres de Saint-Eustache y demeuraient dès le xme siècle. La plus grande partie de cette voie est comprise aujourd'hui dans les Halles centrales, dont elle forme une rue couverte.

tables engigneusement entaillies et parés de riches draps et tapis a orfrais(l). Item en une autre chambre haulte estoient grand nombre darbalestes, dont les aucuns estoient pains a belles figures. La estoient estendars, banieres, pennons(2), arcs a main, picques, faussars(\ planchons^4', haches, guisarmes(5), mailles de fer et de plont, pavais", targes(7), escus, canons et autres engins, avec plenté darmeures; et briefment il y avoit aussi comme toutes manières dappareils de guerre. Item la estoit une fenestre faite de merveillable artifice, par laquele on mettoit hors une teste de plates de fer(s creuse, parmy laquele on regardoit et parloit a ceulx de hors, se besoing estoit, sans doubter le trait. Item par dessus tout lostel estoit une chambre carrée, ou estoient fenestres de tous costés pour regarder par dessus ia ville. Et quant on y mengoit, on montoit et avaloit vins et viandes a une polie, pour ce que trop hault eust été a porter. Et par dessus les pignacles de lostel estoient belles ymages dorées (,). Cestui maistre Jaques Duchié estoit bel homme, de honneste habit et moult notable; si tenoit serviteurs bien moriginés et instruis, da venant contenance, entre lesquelx estoit lun maistre charpentier, qui continuelment ouvroit a lostel. Grant foison de riches bourgois avoit, et dofficiers que on appeloit petis royetaux de grandeur.

Lostel de Guillemin Sanguin, en la rue Bourdonnois(l0), dexcellent édifice, ou il a de sereures autant comme il a de jours en lan. Les hostels des evesques et prelas en grant quantité, des seigneurs de parlement, des seigneurs de la chambre des comptes, des chevaliers, bourgois et divers officiers. Entre lesquelx estoit lostel

(,) Ce mot se trouve sous les formes suivantes : Orfrais , orfrois , orfrays , orfreis et aurfrc's ; en latin aurifrigia et orfrcsimn ; it désigne une frange d'or.

J Le pennon était plus particulièrement l'étendard des bacheliers, et quelquefois celui desécuyers.

<3) Le fanssarl, fausart ou fauchon (falsarius) était une sorte de poignard.

Ou appelait planclion (plansonvs) une manière de pique ou d'épieu; le diminutif était plnnelwnchel .

[5) On désignait sous le nom de guisarme une bâche ou demi-pique dont s'armaient les gwysarnuers.

m Pavais pour pavois.

Le mot large avait cinq acceptions : c'était ou un bouclier de forme déterminée, ou une arme défensive quelconque, ou une épée de Turquie, ou une monnaie, ou une embarcation; il est employé mi dans l'un des trois premiers sens.

(S| Voir dans le Traite des louanges de Paris, a. 52, la note relative an mot plala. Quant à la ' leste de plaies de fer creuse -n dont il est ici question , c'était un appareil en lames de fer, qui permettait aux assiégés d'observer sans danger les assiégeants.

Cette curieuse description nous remet en mémoire les détails que donne Christine de Pisan sur la demeure d'une marchande de Paris, récemment accouchée, à qui elle va faire visite. L'ameublement y est d'une richesse égale à celle que Guillebert admire chez Jacques Duchié. (Cité des dames, Paris. i536, fol. 107 v").

ll0) La rue des Bourdonnais , où était situé l'hôtel de Guillemin-Sanguin, existe encore, mais elle s'est augmentée, vers le sud, des rues Thibault-aux-Dés et de l'Arche-Marion. Au temps où écrivait Guillebert de Metz , on y remarquait la grande maison des Carneaux, acquise en 1 363 par Philippe, duc d'Orléans, frère du roi Jean, et vendue peu de temps après à Gui de la Trémouille, qui l'habitait en 1898. Sauvai constate que cette maison seigneuriale cessa pendant quelques années d'appartenir aux La Trémouille, qui la rachetèrent en 1&21. JV'aurait-elle pas été, pendant cet intervalle, habitée par Guillemin Sanguin, sous le nom duquel Guillebert de Metz la mentionnerait? C'est une conjecture que nous nous permettons. (Voir aux appendices pour la famille Sanguin. )

de sire Mille Baillet en la Voirrie®, qui estoit trésorier du Roy ; ou quel hostel estoit une chappelle ou len celebroit chascun jour loffîce divin. 11 y avoit salles, chambres et estudes en bas pour demourer en esté par terre, et en hault tout pareillement ou len liabitoit en y ver; si y avoit des voirrieres autant quil a de jours en lan. Avec ce, ledit sire Mille avoit liors Paris, de trois costez de la ville ou ses héritages estoient, si grans hostelz a haulte court et basse, que ung grant prince se y logoit bien. Aussi pluseurs autres avoient des beaulx hostelz dehors.

Entour Chastelet vendoit on sel, fruit et herbes, et aussi y faisoit on tout lan chappeaux de diverses fleurs et verdeurs; et devant Chastelet estoit la grant boucherie ®. Devant lostel de lamiral, lez Saint Jehan®, estoit une diverse grosse pierre de merveilleuse façon, que len nomme le Pet au Deable®. Et a la porte Baudet vendoit on moult de vivres®.

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