‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 80 sur 221 · DES PORTES ET PREMIEREMENT DE LA HAULTE PARTIE DE LA VILLE · texte numérisé non relu

DES PORTES ET PREMIEREMENT DE LA HAULTE PARTIE DE LA VILLE

La porte Victor, au dehors de iaquele est labbaye de Saint Victor, prés de la ville; et la est ung moult grant arbre de pommes de pin^. La porte Saint Marcel (2), au dehors de Iaquele sont les églises paroschiales de Saint Marcel (3), de Saint Medart^ et de Saint Ypolite(5); item y sont la chanonie de Saint Marcel (f,) et la

(,) La rr porte Victor,* qui faisait partie de l'enceinte de Philippe Auguste, fut construite entre les anne'es 1 900 et 1212, un peu à l'ouest des rues actuelles du Cardinal-Lemoine et des Fossés-Saint- Victor. Elle subit à diverses reprises, et notamment sous les rois Jean, Charles VI et François I", des modifications qui altérèrent sa physionomie primitive. Reconstruite en 1 568 , elle fut de'molie en iG8i. Le « moult grant arbre de pommes de pin» que mentionne Guillehert de Metz a pour successeur le fameux cèdre du Liban, qui s'élève à peu de distance sur le flanc de la butte Copeau. Ces plantations d'arbres verts dans le voisinage des portes paraissent d'ailleurs avoir été en usage à Paris : on se rappelle que Guillaume d'Orange, à son entrée à Paris, trouva un rrpin plenier» en avant de la porte ou archet Saint-Merry. (Voir aux notes du texte de Raoul de Presles, p. 1 1 o.)

La porte Saint-Marcel paraît avoir été appelée primitivement porte Bordelles, nom que portait également la rue qui y aboutissait (rue Descartes), et qui lui venait de Pierre de Bordelles (Peints de Bordellis), personnage notable, contemporain de Philippe- Auguste. On a écrit ensuite Bordele, Bordel, Bourdelles , Bardel, Bordet et Bordelles ; et enfin, dit André Du Chesne, «la pudeur lui a fait fr quitter ce sale et impudique nom.') Construite sur le même modèle que les autres portes de la même enceinte, elle avait dû également être remaniée dans le cours des xive et XVe siècles. Des lettres patentes de 1686 en prescrivirent la démolition; la date de ce fait est consignée sur une plaque de marbre encastrée dans la façade d'une maison de la rue Descartes, un peu au sud de la place Lacépède, sur l'emplacement même que la porte occupait.

1 Le texte de Guillehert de Metz porte Saint- Marcel, mais il faut lire Saint-Martin, car la «charmonie Saint-Marcel» est mentionnée une ligne plus bas. Cette petite église était située dans le cloître de ce nom . a peu près à l'angle que forment actuelle-

ment la rue et la place de la Collégiale. Simple chapelle dans la première moitié du xue siècle (ecclesiola). elle fut érigée en paroisse au commencement du xiu". Le chœur fut reconstruit en i5A4, et la nef agrandie en 1678. Supprimée en 1790, l'église Saint - Martin fut vendue en l'an x et démolie en 1806.

' Saint-Médard existe encore; le diacre Paris et les convulsionnaires l'ont rendu célèbre; mais cette célébrité est bien moderne relativement à l'origine de l'église et du quartier. Dès l'époque mérovingienne, deux bourgs paraissent s'être formés sur les rives de la Rièvre : celui du sud ou de Saint- Marcel, celui du nord ou de Saint-Médard. Tous deux eurent leur église paroissiale, qui fut trèsprobablement pillée par les Normands, et rétablie à l'époque où les bourgs eux-mêmes se repeuplèrent. Auxu" siècle, Saint-Médard était desservie par un chanoine de Sainte -Geneviève. Agrandie en 1 56 1 , 1 586 et 1 655, cette église doit être prochainement dégagée, à l'est et à l'ouest, par l'ouverture de la rue Monge et l'élargissement de la rue Moulfetard.

''' La petite église Saint-Hippohjte , dont les derniers vestiges disparaissent en ce moment, s'élevait dans la rue de ce nom, à l'angle de celle des Marmousets. C'était primitivement, comme l'église Saint-Martin, une chapelle qui fut érigée en paroisse à peu près à la même époque, c'est-à-dire au commencement du xiuc siècle. Supprimée eu 1790, elle fut aliénée trois ans après, et démolie, en grande partie, dans l'année 1807; ce qui en restait avait été approprié aux besoins d'une usine. Le tracé du boulevard Arago passe sur l'emplacement de cet ancien édifice. M. H. Coçheris, dans sa nouvelle édition de l'abbé Le Reuf (t. II, p. 3o), énumère les sept confréries qui avaient leur siège à Saint-Hippolyle, et donne des détails sur un chapiteau fort étrange , qu'on y voyait encore avant la démolition dernière, et qui a été réservé par la Ville pour le Musée municipal.

m La collégiale ou « chanonie» de Saint-Marcel

poze des Cordelières ®. Item y a fors bours moult grans, comme se ce feust une ville a part^; sy y demouroient ouvriers de divers mestiers, especialement bouchiers, tainturiers, ouvriers de tombes et de lames, et autres. La porte Saint Jacques, ou il a fonbours (3); si y est lospital de Saint Jaques de Hault Pas(4), et leglise Nostre Dame des Champs®. La porte dEnfer®, que len appelle maintenant la porte Saint

remonte à une haute antiquité. Ce fut tout d'abord une chapelle élevée sur le tombeau du pieux évêque de Paris, au centre du bourg qui s'e'tait formé autour de cette sépulture; mais, dès le commencement du ix" siècle, elle est qualifiée d'église, et le clergé qui la desservait est dit habiter un monastère ou abbaye. Ces expressions ont donné lieu à une savante discussion entre les historiens de Paris; Jaillot, le plus moderne d'entre eux, croit qu'il ne s'agit point d'un couvent proprement dit, mais d'une réunion de prêtres composant ce qu'on a plus tard appelé un chapitre. L'église, à laquelle on adjoignit un séminaire vers la fin du xif siècle, avait été restaurée, agrandie et reconstruite à diverses reprises; on y voyait le tombeau du fameux Pierre Lombard, le Maître des Sentences, l'un des successeurs de saint Marcel sur le siège de Paris. Supprimée en 1790, elle a été détruite en 180&. Elle était située sur le côté méridional de la place de la Collégiale , vis-à-vis la petite rue Saint-Marcel , qui débouche dans la rue Mouffetard. Les constructions qu'on élèvera en bordure du nouveau boulevard couvriront l'emplacement de cette ancienne église.

(I) La rrpoze des Cordelières, « ou Clarisses de Lourcine-lez-Saint-Marcel , n'est autre que le couvent de ces religieuses, fondé, vers la fin du xuf siècle, à l'extrémité du bourg Saint-Marcel , et , selon toute probabilité , par la reine Marguerite de Provence, qui fit don à ses protégées du « chaste] » que saint Louis possédait en ce lieu. L'église, commencée parla fondatrice, fut achevée par Blanche, sa fille, veuve du prince Fernand de la Gerda, qui voulut y être inhumée. L'expression dont se sert Guillebert de Metz , poze, posa , posacla , est peutêtre une importation espagnole. On la retrouve d'ailleurs dans le latin du moyen âge, sous la forme pausa, signifiant lieu de repos et d'oubli. Les bâtiments et dépendances du couvent des Cordelières étaient très - considérables ; ils étaient bordés par la rivière de Bièvre. Vendus et détruits en partie à l'époque de la Révolution, ils ont été affectés à divers usages industriels; les acquéreurs

ont dû, en outre, ouvrir deux rues sur leur propriété, et une troisième a été percée en 1825. Ces rues portent les noms de Pascal, de Julienne et des Cordelières; le nouveau boulevard Arago les atteint dans son parcours.

(2) L'importance des bourgs Saint- Médard et Saint-Marcel est bien indiquée par Guillebert de Metz; les industries qu'il énumère s'y sont perpétuées.

(,) La porte Saint-Jacques , construite entre les années 1200 et 1212 , fut réparée plusieurs fois, notamment sous les règnes de Charles V et de François Ier; c'était, du côté du sud, la principale porte de Paris, et de nombreuses entrées royales ou princières ont eu lieu par cette ouverture. Elle fut démolie en i684; remplacement qu'elle occupait est situé un peu au-dessus du point d'intersection des rues Saint-Jacques et Soulllot.

(4) L'hôpital Saint- Jacques-du Haut-Pas remontait au xif siècle. On ne sait pas exactement si la congrégation , qui l'avait fondé et qui le desservait , était composée de chanoines réguliers ou de chevaliers profès. A l'instar des ordres militaires de la Terre Sainte , ces religieux recevaient les pèlerins et faisaient diverses œuvres de charité. Supprimés en 1 45g , par le pape Pie II (.Eneas Sylvius) , ils se maintinrent à Paris et reconstruisirent leur église en 1019. L'hôpital fut mis, en i554, à la disposition du Roi, pour y héberger et soigner les soldats blessés ; mais ce premier hôtel des Invalides n'eût qu'une durée éphémère. En 1572, les religieux de Saint-Magloire , dont nous avons parlé à propos de l'église Saint- Barthélemy (p. 1 56 , note 3), furent transférés à Saint- Jacques-du-Haut-Pas , et , en 1 6 1 8 , la maison fut transformée en séminaire. Les Sourds-Muets y ont été installés en l'an xi, et, depuis lors, l'antique hôpital n'a pas changé de destination.

<5) Nous avons parlé de l'église Notre-Dame-des- Champs, à propos du texte de Ilaoul de Presles. (Voir p. 1 14, note 5.)

(6) La porte d'Enfer ou Saint -Michel, bâtie à la même époque que les précédentes, a porté d'abord le nom de Gibart, Gibert et Jubert. On n'est

Michiel; la sont au dehors les Chartreux Et y est lostel appellée le pressoir de lostel Dieu, qui dure des la dicte porte jusques aux dis Chartreux (2). La porte Saint Germain® : la sont forhours ou demeurent moult de bouchiers(4); la est labbaye de Saint Vincent, que len dit présentement labbaye de Saint Germain des Prés, dont labbé a haulte justice, moyenne et basse (5). La porte dOrleans(6),

pas fixé sur l'origine de ces trois dénominations, malgré les recherches et les hypothèses ingénieuses de certains historiens. Donnée, en i3i3, aux Jacobins par Philippe le Long, elle conserva ses deux grosses tours rondes et tout son ensemble primitif jusqu'à l'époque de sa destruction , qui eut lieu en 1 684. Elle était située à l'endroit même où l'on remarquait, il y a quelques années, la fontaine illustrée par un distique de Santeuil, vis-à-vis l'ancienne place Saint-Michel. Les subslructions en sont encore visibles dans l'égout du boulevard.

(,) Les Chartreux , institués par saint Bruno en 1086, et sollicités par saint Louis de venir s'établir à Paris, reçurent du pieux roi, vers 1257, le château ou hôtel de Vauvert, situé sur le versant occidental du plateau de Sainte-Geneviève. Il faut lire dans Du Breul ( Th. des antiq. de Paris, p. h^q ) le récit touchant de l'installation des disciples de saint Bruno. L'église fut commencée presque immédiatement sur les dessins d'Eudes de Montreuil et achevée en i3a4. Les cellules, d'abord au nombre de quatorze, s'augmentèrent dans une forte proportion. On distinguait à la Chartreuse de Paris deux cloîtres : le grand , sur lequel s'ouvraient vingthuit cellules isolées , et le petit, sur les murs duquel Lesueur avait peint la vie de saint Bruno. Il y avait, en outre, dans une première cour, une chapelle oii les femmes , que la règle excluait absolument du monastère, pouvaient venir prier. Les bâtiments des Chartreux furent, ainsi que l'église, vendus et démolis à l'époque de la Révolution; l'avenue de l'Observatoire et la ci-devant rue de l'Est furent ouvertes , en vertu d'un décret de l'an vi , sur une partie de l'enclos, dont la plus grande portion fut réunie au jardin du Luxembourg. Ce qui restait des bâtiments de l'ancienne Chartreuse a disparu, lors de la reconstruction de l'Ecole des mines et du remaniement de la Pépinière.

(2) L'Hôtel-Dieu avait effectivement sur ce point une ferme et un pressoir. La ferme occupait l'emplacement couvert aujourd'hui par l'École des mines; le pressoir était, comme le dit Guillebert de Metz, plus rapproché de la porte Saint-Michel.

M. Berty a déterminé la situation exacte de ces bâtiments dans l'un de ses plans restitués du Vieux-Paris.

^ La porte Saint-Germain était située dans la rue de l'École-de-Médecine, à la hauteur de la rue du Paon (Larrey). Aux xm° et xive siècles, elle était plus généralement connue sous le nom de porte des Cordeles ou Cordelicrs, parce qu'elle était trèsvoisine du couvent fondé sur ce point par les Frères Mineurs. Plusieurs auteurs l'ont confondue avec la porte de Buci, qui s'élevait à l'extrémité de la rue Saint-André-des-Arts. Construite en taho, modifiée en 1 356 et 1 368 , elle fut reconstruite à la fin du xvi" siècle et démolie en 1672.

(,) Ces fforbours ou demeurent moult de boun-chiers» ont pris le nom de rue des Boucheries- Saint-Germain. C'était là, en effet , qu'étaient établis les tueries et les étaux du bourg Saint-Germaindes-Prés; ils ont subsisté jusqu'en 1808, époque de la construction des abattoirs. Quant à la rue, qui forme la continuation de celle de l'École-de-Médecine, elle en a pris le nom en 1 846.

(5) L'antique et illustre abbaye de Saint-Germain ne peut être l'objet d'une simple note. Mieux vaut renvoyer le lecteur, pour les temps anciens, à la grande monographie de Dom Bouillart , ainsi qu'au tome III de l'excellente réédition de Le Beuf, et , pour l'époque contemporaine , à ï Itinéraire archéologique de Paris, par M. F. de Guilhermy. On sait que l'enclos de l'Abbaye, dont une belle vue cavalière vient d'être gravée par la Ville, pour l'ouvrage de M. Franklin (Les anciennes bibliothèques de Paris). avait pour limites les rues du Colombier (Jacob), de l'Échaudé, Sainte-Marguerite (Gozlin) et Saint- Benoît. L'ouverture des rues Bonaparte, de l'Abbaye , et en dernier lieu la coupure pratiquée dans la rue Ghildebert, ont fait disparaître ce qui rappelait cet ancien enclos.

(6) M. Bonnardot n'hésite pas à reconnaître dans cette porte (Y Orléans la porte de Buci, qui était, en effet, voisine de l'hôtel d'Orléans. Les deux raisons qu'il en donne sont décisives : d'abord Guillebert de Metz , qui énumère toutes les portes de la

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emprés laquele est lissue de Neele ou est au dehors le pré appelle aux Clers®.

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