CY FINE LA DESCRIPTION DE LA VILLE DE PARIS
des Marchands, les officiers de la Cour et de la Ville allèrent à la rencontre du monarque qui arrivait avec un cortège de huit cents chevaux. Charles VI l'attendait au palais, et le reçut au haut de l'escalier de Philippe le Bel. — Guillebert de Metz , qui avait vu ou entendu raconter toutes ces merveilles , et qui n'assistait plus qu'aux tristes scènes dont Paris fut le théâtre depuis l'assassinat du duc d'Orléans jusqu'à l'entrée de Charles VII dans sa capitale (1/107-1437), avait quelque raison de s'écrier : rrGrant chose estoit de Paris « quand on y était témoin de tant de splendeurs !
(1) S'il faut en croire Froissart, notre auteur aurait singulièrement exagéré le nombre des personnes à cheval qui assistèrent à l'entrée solennelle d'Isabeau de Bavière. Les bourgeois de Paris, qui devaient former une partie notable du cortège, n'étaient que douze cents : ffEt estaient des bourgois crde Paris douze cens, tous a cheval et sur les rt champs, rangés d'une part du chemin et de l'aurrtre part, n (Le quart volume de Froissart, ch. 11.) Les bourgeois, il est vrai, se bornaient à former la haie; mais ils auraient fait une piètre figure devant rrsix vingt mil» chevaux. Guillebert de Metz semble vouloir expliquer cette affluence de cavaliers en assurant que «-la Boynei les rrpaya;» mais il oublie de nous dire que Charles VI l'avait épousée sans dot, et que cette immense cavalcade, venue de Bavière ou d'Amiens, n'avait dû compter que sur la munificence du jeune roi.
l2) Le Journal d'un bourgeois de Paris donne sur ce terrible fléau les détails suivants : a Estoit a Parrris la mortalité si cruelle quon neust veû depuis ff trois cents ans par le dict des anciens; car nul «neschapoit qui fust feru de lepydemie, especialrrment jeunes gens et enffens; et tant en mouru rrvers la fin du dit mois et si hastivement, qui! rr convint faire es cymetieres de Paris grans fosses , ffou on en inettoit trente ou quarente en chascune.
ttel estoient arangez comme lars, et puis un pou n-pouldrez par dessus de terre; et toujours jour et rrnuyct en nestoit en rue, que en ne rencontrast ffNostre Seigneur quen portoit aux malades; et « tretous avoient la plus belle cognoissance de Nostre rr Seigneur a la fin, que on vit oneques avoir ne «•crestiens. Mais au dict des clercs, on ne avoit rr oneques vue ne ouy parler de mortalité qui fust si desvée, ne plus aspre, ne dont moins eschapat ffde gens qui feru en fussent; car, en moins de cinq ffsepmaines,trespassa en ville de Paris plus de cinrr quante mille personnes ; et tant trespassa de gens , rrque en enterrait quatre ou six ou huict chefs rt dostel a une messe a notte , et convenoit marchander aux prestres pour combien ils la chanteraient. » (Journal d'un bourgeois de Paris, édit. de 172g,
(3) On peut s'étonner de trouver à cette occasion une mention de la Chambre des comptes, grande institution qui avait pour devoir de contrôler les finances du royaume, et non de («délivrer des draps rrpour ensevelir. 1 Cependant, comme il s agissait d'une grande calamité publique , il n'y a pas d'invraisemblance à supposer que l'État intervint pour activer et payer les inhumations, et qu'ainsi la Chambre des comptes eût à tenir un état des fournitures nécessaires aux ensevelissements. Le funeste incendie de 1 787 ne nous permet malheureusement pas de vérifier le fait. A côté de cette explication . nous croyons pouvoir en hasarder une seconde : on trouve, dans les Preuves de Félibien, un reçu du 92 mars i5oi, signé des officiers et officières de l'Hôtel-Dieu; et parmi ces dernières figurent Pernelle la Carabine, ainsi que Marguerite la Messie, qualifiées de a dames de la chambre aux coetes,» c'est-à-dire intendantes de la lingerie. Peut-être alors faudrait-il lire, «comme il apparut en la chambre rrdes coetes, ou len livre les draps pour ensevelir;?) ce qui serait beaucoup plus naturel.