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BUREAU DE DAMPMARTIN

La famille Bureau était originaire du village de Sémoine, dans le comté de Champagne; on ignore à quelle époque précise elle vint se fixer à Paris; mais il paraît certain qu'elle y était 3' représentée dès la seconde moitié du xive siècle, puisque les registres de l'ancienne paroisse de Saint-Jacques-la-Boucherie, consultés par l'abbé Vilain'4', mentionnent un Bureau de Dampmartin , paroissien de cette église et décédé avant l'an 1/107. ^e ^- Anselme

1 Discours sur l'état des beaux-arts en France nu .nve siècle, dans le tome XXIV de ï Histoire littéraire, à la suite du discours sur l'état des lettres, p. 685 et suiv.

(2) Les Bureau de Dampmartin portaient d'azur au chevron potence et contre-potencé d'or,

rempli de sable, accompagné de trois buires d'or.

(1) Ce village fait aujourd'hui partie du canton et de l'arrondissement d'Arcis- sur- Aube (Aube).

(4) Essai d'une histoire de la paroisse de Saint- Jacques - de - la - Boucherie , Paris, iy58, in -18. p. 175.

a donc commis une erreur en nommant Simon Bureau l'aîné comme le premier membre de la famille établi à Paris les pièces que nous reproduirons dans le cours de cette notice biographique démontrent pleinement que les Dampmartin, auxquels les Bureau s'étaient sans doute alliés, comptaient parmi les grandes familles parisiennes des xine et xive siècles.

On distingue trois branches principales des Bureau : les La Rivière, les Montghit et les Dampmartin; les branches secondaires sont celles des Villemonble, des Saint-Souplex, des La Houssaye, etc. La famille, en se multipliant, en étendant ses alliances, dut naturellement prendre ou recevoir divers noms de seigneuries; mais le nom patronymique resta loujours, et on le retrouve, entouré d'honneur, jusqu'à la fin du xvne siècle. Parmi les nombreux membres de cette famille, nous nous bornerons à citer, avant d'arriver au personnage qui nous occupe, ceux qui sont qualifiés de bourgeois de Paris, ou qui ont eu leur sépulture soit dans une église, soit dans un cimetière de notre capitale. Le P. Anselme, l'abbé Vilain et les épitaphiers de Paris donnent les indications suivantes :

Ont porté simplement le titre de bourgeois de Paris :

i° Pierre Bureau, -j- avant i/i35:

•3° Simon Bureau, j" en î 6 3 A ; 3° Méry Bureau, f en i53i.

Ont été inhumés à Paris :

i° Jeanne Hesselin, femme de Jean Bureau, trésorier de France, "j" 1/128;

20 Simon Bureau, l'aîné, que le P. Anselme regarde comme le chef de la famille, f 1 435 ;

3° Hélène feznme de Simon Bureau, j* 1/1/12;

k° Jean Bureau, seigneur de Montglat, j- 1 /i63;

5° Jean Bureau, successivement grand archidiacre de Reims, évêque de Béziers et abbé de Morigny, f 1 /190 ;

6° Pierre Bureau, trésorier de France, "j" 1/192;

70 Isabeau Bureau, femme de Geoffroy Cœur, maître d'hôtel du roi Louis XII , + 1 k . . ; 8° Thierrie Bureau, femme de Jean de Saint-Romain, contrôleur général, f 1 A . . : 90 Méry Bureau, seigneur de Saint-Souplex et de la Houssaye, f 1 53 1 ; 1 o° Jaspard ou Gaspard Bureau, archidiacre de Coutances, j" i532; 1 i° Jean Bureau, aumônier de l'Ave-Maria, j 1 53 6 ;

1 20 Louise Bureau, femme de Simon de Machault, auditeur en la Chambre des comptes, f 1 553;

i3° Jean Bureau, chanoine de Poissy, "j" i555;

ih° Jean-Baptiste Bureau, seigneur de la Queuë, -\ 1599;

1 5° Jérôme Bureau, auditeur des Comptes, -f iSqq.

Les Comptes et ordinaires de la Prévôté de Paris, recueillis par Sauvai, donnent en outre les noms de :

Hugues Bureau, receveur ordinaire de Paris, en 1/478;

Simon Bureau, conseiller du Roi et maître des Comptes, en 1/181;

Robert Bureau, écuyer, prévôt et garde à Corbeil, en 1/196.

(l) Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, Paris, 1733. in-f", t. VIII, p. i35.

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On voit, par cette seule énumération , que la famille Bureau occupait un rang distingué à Paris; quatre de ses membres ont exercé des fonctions importantes. Pierre a été trésorier de France, et c'est en cette qualité qu'il a frappé le jeton dont nous reproduisons ici la face et le revers.

L'un des Jaspard , ou Gaspard , a été maître de l'artillerie du Roi ; l'autre s'est vu élevé à la dignité épiscopale. Enfin Jean est entré dans l'Echevinage parisien; il remplissait, en 1 45o, les fonctions de Prévôt des Marchands. Son épitaphe, que l'abbé Vilain a relevée dans la chapelle de Saint-Simon et Saint-Jude, à Saint-Jacques-de-la-Boucherie, le qualifie de «noble homme, chevalier, conseiller et chambellan du roi, maître de la Chambre des «comptes, trésorier de France, et maire perpétuel de Bourdeaux.» Il s'était signalé à la prise de Bergerac, de Blaye, de Libourne, de Saint-Emilion, de Bourg, de Fronsac, de Castillon, de Cadillac et de Bordeaux. C'est lui qui fit bâtir dans cette dernière ville le fort du Hâ et le château Trompette

La branche de Dampmartin qui nous intéresse plus particulièrement a été négligée par le P. Anselme; mais les indications de l'abbé Vilain comblent en partie cette regrettable lacune. L'historien de Saint-Jacques-de-la-Boucherie nous apprend que, dès l'année i34q, une dame Maheut ou Mathilàe, veuve de Jean de Dampmartin, avait fait une importante fondation dans l'église Saint-Jacques : elle y avait institué «un annuel de messes et des services «en la chapelle de Sainte-Anne.» Celte fondation, véritable bénéfice pour le titulaire, fut approuvée par une bulle du pape Clément VI et favorisée par le roi Philippe de Valois. La fondatrice eut le droit d'établir un chapelain «à tel autel qu'elle voudrait prendre et k élire,» à la condition de lui assurer vingt-cinq livres tournois de rente annuelle et perpétuelle.

Cet exemple fut imité par Simon de Dampmartin et Marguerite, sa femme, qui fondèrent également, à Saint-Jacques-la-Boucherie, «un salut de Nostre-Dame, » et obtinrent une bulle pontificale approuvant cette fondation. Ce salut se donnait dans une chapelle de la \ ierge, construite aux frais des deux époux et destinée à recevoir leurs dépouilles mortelles. Il était bien juste que ces pieux paroissiens y eussent leur sépulture, car ils y avaient fondé, en outre, un annuel de messes pour lequel ils constituèrent une rente de trentequatre livres dix-sept sols et quatre deniers. L'abbé Vilain nous a conservé l'inscription suivante, qui se lisait sur un des piliers de cette chapelle :

«Simon de Dampmartin, varlet de chambre du Roi nostre sire, changeur et bourgeois «de Paris, et Marguerite, sa femme, meus de grande dévotion a la gloire et louange de «Dieu, et a lhonneur et révérence de la benoiste Vierge Marie, firent édifier ceste chap-

Histoire de la paroisse Saint-Jacques-de-la-'Boucherie , p. 176.

« pelle, en laquelle ils fondèrent une messe perpétuel chacun jour, cellebrée de Requiem, «pour leurs ames, a heure de grant messe, laquelle feront célébrer les marguilliers de «céans, et seront tenus de quérir perpetuelment vestemens, livres, galices [sic) et toutes «autres choses appartenantes a celle messe. Item, lesdits Simon et Marguerite ordonnèrent «chanter en ceste chappelle un salut de Nostre-D.ime, cest a scavoir une antiepne chacun «samedy au soir, perpetuelment, a notte, par chantres et orgues solemnelment, a cinq «cierges de cire ardans; et seront tenus les dis marregliers [sic) de payer les chantres, «chapellains, orgues et cierges. Et pour tous les services dessus dis faire célébrer, les dis • Simon et Marguerite donnèrent a leuvre et fabrique de céans plusieurs rentes et sommes «de deniers comptans, et trespasserent de ce siècle, cest a savoir la dite Marguerite le « cinquiesme jour de juin de lan m.iii.xgiv, et le dit Simon, le cinquiesme jour de juillet « M.iii.xcix. Priés Dieu pour leurs ames"1.»

Peu d'années après, une pieuse dame, nommée Agnès de Dampmartin, bourgeoise de Paris et propriétaire du chastel ou hostcl que les inscriptions de la Croix des Bureau assignent comme ayant été la maison patrimoniale des Dampmartin, eut, dit l'abbé Vilain, La pensée d'y réunir un certain nombre de femmes veuves et dénuées de ressources; on les appelait -les bonnes pauvres femmes de la rue des Arsis. » On ne sait pas combien de temps ces nouvelles Haudriettes habitèrent la maison de la charitable Agnès.

Toutes ces bonnes œuvres avaient rendu le nom de Dampmartin populaire à Saint-Jacquesde-la-Boucherie; les inscriptions, du reste, le rappelaient partout. On distinguait encore, au xvii6 siècle, dit l'abbé Vilain, sur une tombe placée dans la grande nef de l'église Saint- Jacques, les mêmes armes que celles qui se voyaient au bas de l'épitaphe de Simon de Dampmartin : écartelé de gueules à une bannière fascée de six pièces d'argent, d'azur et d'or, au papegault de sinople. Nous donnons ici cet écusson, relevé sur l'armoriai de l'Hôtel de Ville

Les épitaphiers donnent encore quelques inscriptions relatives aux Dampmartin et recueillies tant sur les dalles de l'église Saint-Jacques qu'au cimetière des Innocents; il nous a paru intéressant de les reproduire :

■ Cy gissent sous celte tombe les corps de feu honorable personne Jean de Dampmartin, s marchand drapier et bourgeois de Paris, qui trespassa l'an de grâce 1 5 8 1 , le mardi

ffCelte inscription, dit l'abbé Vilain, est sur une lame de cuivre, donl on a creusé ie fond pour en •ffaire des lettres do relief. On remarque que cette reforme a pu donner l'idée des planches qui ont tfservi aux premières impressions, avant que l'on •eût l'usage des lettres mobiles. - (Hist. de Suiiil-

Jacques-la-Boucherie, p. 170.) La conjecture mise en avant par l'abbé \ ilain n'est pas sans quelque fondement, et nous ne refusons pas, pour notre part, de compter les graveurs de Paris au nombre dis précurseurs des Gutenberg, des Faust et des Schfleûer.

LA BOURGEOISIE PARISIENNE AUX XIV0 ET XVe SIECLES.

i a' jour de janvier, et de son âge le 7 i', et Marie Cuvellier, sa femme, qui trespassa l'an ••de son âge 5o, ans, le dimanche 28e jour de septembre i58o. Priez Dieu pour eux, ut ■■ requiescanl eorum corpora a laboribns, et animée requieecant in pace. Amen. Par permission de •MM. de Saint-Germain-l'Auxerrois. »

« Cy gist honor sire Jean de Dampmartin , en son

•• vivant marchand drapier et bourgois de Paris , qui trespassa

«le 29e jour d'octobre i5... et dame Magdeleine sa

-femme, qui trespassa le 3o avril i5...»

«Cy repose sous cette tombe le corps de feu honorable -personne Jacques de Dampmartin, vivant bourgeois de "Paris; l'âme duquel, pour ses vertus, siège au ciel, lequel ■décéda le 8e jour de janvier 1612, âgé de 76 ans. Et de - Marie Charpentier, sa femme , laquelle décéda le 2 Ac jour -de juin, l'an 162/1, âgée de 68 ans. Priez Dieu pour eux. » Anima eorum requiescant in pace. Amen, v

Les familles Bureau et de Dampmartin, dont la réunion a formé la branche à laquelle appartenait le Mécène bourgeois cité par Guillebert de Metz, étaient donc parfaitement représentées à Saint-Jacques-la-Boucherie, la paroisse bourgeoise par excellence. Elles y avaient fondé la chapelle de la Vierge, celle de saint Simon et saint Jude, le béguinage contigu à l'église, et les saluts, messes et annuels dont nous avons parlé. Un monument plus simple rappelait leur souvenir aux visiteurs du cimetière des Innocents : c'était la Croix des Bureau, qui a subsisté jusqu'à la suppression de cette antique nécropole, et que M. Albert Lenoir a reproduite d'après des dessins originaux. Elle était en fonte et assez élevée ; trois épitaphes y avaient été gravées : celle de Jeanne, épouse de Jean Bureau, trésorier de France, celles de Simon Bureau l'aîné, que le P. Anselme considère comme le chef de la famille, et deHelaine, aliàs Adenette, sa femme. Les voici, en regard de la croix, sur le piédestal de laquelle on les lisait :

'■ Gy gist Jeanne Hesselin, femme de noble homme sire S - Jean Bureau, conseiller du Boy nostre sire, trésorier de l «France, maistre en sa Chambre des comptes, laquelle tres-

• passa en son chastel, en la rue des Arcis, le lundy 2 4e jour

• du mois de may 1 h 2 8, le lendemain de la Penlecoste. Dieu «en ait lame. r>

■■ Cj gis! noble homme Simon Bureau laisné, bourgois de Paris, qui trespassa en son bostel, -en ceste ville de Paris, le 20/jour de juillet, lan de grâce i/i38. Dieu lui fasse mercy. »

-Cy gist Hélène... jadis la femme dudit Simon Bureau, laquelle trespassa a Paris le ••21e jour de novembre, lan 1/1/12. Dieu ait lame délie et de tous les trespassez. »

Nous arrivons au personnage que Guillebert de Metz a connu, et qui est désigné dans les écrits du temps sous le nom de Bureau ou Burel de Dampmartin, sans aucun prénom. Le compte des confiscations de Paris, pour 1/121, nous révèle sa filiation : «Bureau de «Dampmartin, y est-il dit, tenoit le parti du Dauphin; il etoit fils de Simon de Damp- «martin Changeur et orfèvre, comme son père, il devint l'un des fournisseurs habituels du luxueux époux de Valentine de Milan. Entre autres mandements, l'argentier du duc reçut, le 28 février ikoli, l'ordre de payer, tant à Bureau de Dampmartin qu'à neuf autres de ses confrères, la somme considérable de dix-huit mille neuf cent quatre-vingtdix-sept livres un sol et sept deniers tournois, «pour achat de joyaux et vaisselle dor «et dargent; quelques images dor, deux cent chapeaux dor, en manière de chappeaux de fer, «des pierreries et un grand nombre de hanaps('2).» Les comptes de la maison d'Orléans doivent fournir plusieurs autres pièces de ce genre; mais celle que nous reproduisons suffit pour indiquer l'une des principales sources de la fortune de Bureau de Dampmartin, en même temps qu'elle nous révèle les somptuosités de cette époque.

Bureau de Dampmartin n'était pas seul à élever l'édifice de son opulence : sa femme y travaillait aussi, et probablement avec autant de succès que lui-même. Sa principale cliente avait une réputation de prodigalité non moins justifiée que celle du duc d'Orléans :

c'était Isabeau de Bavière en personne. La dame Bureau de Dampmartin paraît avoir

été la parfumeuse en litre de la Reine : elle lui fournissait des eaux roses et autres odeurs en vogue. M. Vallel de Viriville cite, d'après Jean Chartier et les Comptes royaux, des pièces qui constatent le fait (3).

Cette situation des époux Bureau devait amener un double résultat : elle ne pouvait d'abord manquer de leur susciter des envieux et des détracteurs; puis elle les engageait fortement dans le parti royal ou armagnac, et les désignait ainsi aux haines de Jean sans Peur. Monstrelet ne nous laisse aucun doute à cet égard; dans des remontrances faites au Roi, en 1/112, Bureau de Dampmartin est signalé nommément comme l'un des bourgeois qui ont le plus favorisé le luxe de la cour et se sont enrichis aux dépens du trésor public. L'accusation est grave; mais elle ne semble pas dénuée de fondement : «Et quant est aux «autres officiers, disent les auteurs des remontrances, cest assavoir au gouvernement des «finances et au clerc, il est assavoir que toutes lesdites finances sont passées par leurs «mains, tant quils en ont acquis innumerables et hautes possessions, comme il apperl. Et «tous les conseillers pour le présent : Adrien Giffart, Bureau de Dampmartin, Renier de

(1) Comptes et ordinaires de la Prévôté de Paris, dans Sauvai, t. III, p. 285.

(,) Voici la pièce dans son entier; elle appartient au British Muséum, n° 3i 1/1, et a été reproduite par M. le marquis de Laborde dans son ouvrage intitulé Les Ducs de Bourgogne, Preuves, t. III, p. 2i5 : irLoys, fils de roy de France, duc dOrffleans, a nostre ame" et féal conseiller Jean Le rrFlament, salut et dilection. Nous voulons que vous frpaïez a Anthoine Follet, Jehan Hébert, Herbin t Coquelet, Jehan Le Conte, Nicolas Le Charron, «Bureau de Dampmartin , Gilet Saget, Thomassin

ir Orient. Hance Croist et Simon Allais, tous chantrgeurs et orfèvres demourant a Paris, la somme de rrde dix huit mille neuf cens quatre vins dix sept * livres ung soiz sept deniers tournois, en quoy rrnous leur sommes tenu pour les joyanlx et vaisrrselle dor et dargent que nous avons fait prendre cret achatter diceulx pour donner, de par nous, «aux estrainnes du premier de ce mois de janvier flan de grâce mil cccc et quatre. n Suit l'inventaire des objets fournis.

(3) Voir l'Histoire de Charles VII et de son époque, t. I, p. 73.

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"■ Bouligny, Jehan Guerin, et le gouverneur Nicole Bonnet, qui fut clerc de Jehan Chauf, «son prédécesseur, et le clerc maistre Gui Brocher, qui sont inutiles et coupables du mau- «vais régime devant dit(1).»

Ce langage sévère était tenu au roi Charles VI par «sa très humble et très dévote fille - 1 Université de Paris, ses très humbles et obeissans subgetz le Prévost des Marchans, «les Eschevins et bourgois de sa bonne ville.» On promettait au pauvre monarque en démence de lui « bailler confort, aide et advis pour son proufïit, honneur et bien, et poulet la chose publique du royaume.» Les remontrants concluaient à ce que le Roi s pource suivist diligemment les chosses dessus dictes, sans quelque dilacion,» et requéraient les princes et seigneurs de «mettre et faire mettre toutes les besongnes dessus dictes a pleine «exécution.» Monstrelct, qui nous a conservé le texte de ces doléances, ajoute que «ceux «qui avoient eu le gouvernement des finances furent fort esmerveillez, et eurent grant «double quilz ne feussent arrestez personnellement.» Le chancelier Henri de Marie se tira d'affaire en promettant de payer à bref délai une grosse somme d'argent; Andry Giffart fut mis dans les prisons du Châtelet, et Jean Guérin se réfugia dans une église. Quant à Bureau de Dampmartin, qui n'avait probablement fait que vendre à bon prix son orfèvrerie, il ne paraît pas qu'il ait été inquiété.

Nous le retrouvons, trois ans après ( 1 4 1 5) , toujours dévoué au parti royal, et par conséquent hostile aux Bourguignons. Une forte taille avait été imposée aux habitants de Paris après le départ de l'empereur Sigismond, et il en était résulté une grande émotion dans la ville. Jean sans Peur, toujours aux aguets, s'était hâté de profiter de l'occasion, et ses émissaires avaient reçu l'ordre d'exciter encore le mécontentement populaire. Les partisans du duc, dit Monstrelet, «conclurent et jurèrent conspiracion entre eulx. Et «avoient intention que le jour du grand vendredy, après disner, tous ensemble prendroient «ceulx qui estoient a eulx contraires, et premièrement le Prévost de Paris, et sil nestoit «a eux consentant comme juge, ils locciroient. Et sans mercy prendroient le Roy et le «meclroient en chartre. Après ils mectroient a mort la Royne, le chancelier de France et • autres sans nombre, avecques la royne de Cécile. En outre, ils vestiroient de vielz et «honteux habitz le roy de Cécile et le duc de Berry, et leur feroient rere leurs testes «et menez par la ville de Paris sur deux ors tumbereaulx, et après ce les feroient mourir... «Mais ce fut révélé par une femme a Michault Lalier, lequel le fîst savoir a Bureau de " Dampmartin, son très cher ami, par lectres, lui conseillant qui! sen alast bien tost hors «de Paris, ce quil fist. El celui Bureau le fist savoir au chancelier, ainsi quil devoit aler •'disner. Lequel prestement sen fouy au Louvre, et fist dire aux seigneurs du sang royal «et aux autres quils se sauvassent et affuissent audit Louvre. Laquelle chose ilz firent b prestement, excepté le Prévost de Paris, qui se arma et les siens, jusques au nombre de «cinquante hommes darmes, et saisit soudainement les Haies, et print en son chemin - aucuns des consenlans qui encore nestoient point armez, en leurs maisons, et les boula en « Chastellet »

Bureau de Dampmarlin venait de rendre un grand service au Roi, à la Reine et aux

1 La Chronique d'Engucrran de Monstrelet , édit. M.L.Douëtd'Arcq, 1 85/i ,in-8°, t. II, p. 3o8 et suiv. publiée pour la Société de l'Histoire de France, par (2) Monstrelet, t. III, p. i4o et îki.

princes; il en fut probablement récompensé par un redoublement de faveur; car nous le voyons, deux ans après, en t/117, attaqué plus violemment que jamais

En réponse aux griefs que Charles VI avait fait exposer au duc de Bourgogne par Aubert de Cliaunv, Jean sans Peur déclare «que ce qui est cy dessus dict, et moult dautres

• : choses innumerables et qui seroient moult longues a reciter, est tout notoire que les gour. verneurs , cest assavoir messire Henri de Marie, levesque de Paris (Pierre d'Orgemont), ••messire Taneguy du Chastel, messire Burel de Dampmartin, sire Estienne de Mauregard,

- liiaistre Phelippe de Corbie et plusieurs autres, ont esté piïncipaulx promoteurs et ••conducteurs desdictes iniquitez, a la perturbacion de paix qui est en ce royaume, et -dautres grans excès et crimes qui cy après seront declairez.» L'orgueilleux duc traite avec une grande hauteur les bourgeois de Paris et autres petites gens qui formaient le conseil de Charles VI: «Hz ne sont point, dit-il, telz hommes quils doivent avoir telle

• aucthorité ; ne pas leur est deue pour lignage, science, loyaulté expérience ou autre bonté. -Mais est une géant ordure ou desrision que, par gens de si petit fait et condition, la

• puissance des Anglois soit reboutée et enchacée, et a ce doivent bien avoir regart les k seigneurs et les nobles de ce royaume et tous autres preudhommes, de souffrir telle sbesterie et ordure, de se laisser ainsi destruire, suppediter et deshonnorer par telz gens Kqui riens ne scevent, ne riens ne pevent, ne valent - . ,-

Jean sans Peur avait sans doute moins de mépris pour la faction cabochienne que pour Bureau de Dampmartin et ses amis politiques, quoique les bouchers fussent certainement gens de plus petit fait que l'opulent changeur du Roi et du feu duc d'Orléans; mais l'ambitieux duc montrait autant de morgue aristocratique quand il se trouvait en face des

- Arminaz, » qu'il affichait de basse popularité devant ses compères de la Grande Boucherie. Nous ignorons ce qui advint de ce nouveau réquisitoire contre Bureau de Dampmartin; mais il est à croire que Jean sans Peur ne l'eût point épargné, si l'assassinat du pont de Montereau n'était pas venu changer, pour un instant , la face des choses.

De i h 1 7 à i /ta i , on ne trouve plus de traces de notre personnage. Il est probable que , pendant ces tristes années, Bureau de Dampmartin s'abstint de toute participation aux choses publiques, et se renferma dans les affaires de son commerce. 11 n'avait plus, du reste, à favoriser les prodigalités de l'hôtel Saint-Paul, où Isabeau de Bavière se consumait dans la tristesse et la pauvreté. Quant à la maison d'Orléans, elle avait disparu, et les fils du duc n'étaient point en état de soutenir le luxe de leur père. La cour de Henri V eut naturellement pour fournisseurs les Bourguignons, les Flamands, les Italiens attachés à la maison de Philippe le Bon, ou les bourgeois de Paris ralliés à la dynastie anglaise. Au témoignage de Guillebert de Metz, Bureau de Dampmartin avait usé noblement de sa fortune; en soutenant la cause royale, il croyait sans doute faire acte de bon et fidèle sujet; mais le parti victorieux en jugea autrement : il employa contre le vaincu Parme ordinaire de ce temps, la confiscation. Les Comptes et ordinaires de h Prévôté de Paris, recueillis par Sauvai, portent les mentions suivantes : i° Du vingt-quatrième cahier des confiscations de Paris, du 20 décembre i4q3 à la Saint-Jean 1697 : « Maison sise rue de la Couroierie, «qut fat a Bureau de Dampmartin . fut donnée, avec les autres maisons dudit Dampmartin , par le

;i) Le Journal d'un bourgeois de Paria appelle n-ceulx de la Bande. 21 Monstrelel, t. III, p. 901

Michaud Lalier. Bureau de Dampruarlin et autres. et 2ot>.

■c Roi a M Raoul de Neuville, chevalier, a sa vie seulement, v 20 Du trente-huitième cahier, de la Saint-Jean 1/127 à Noël ihSh: « De Mc Jacques Viart,pour une maison qui fut a Bureau de 9 Dampmartin . scise rue Saint-Martin, devant le chasteau, laquelle maison fut donnée, avec tous ■■les antres héritages dudit Bureau, scis en la Couroierie, a M" Raoul de Neuville, chevalier, a sa txvie.11 3° Du quarante- quatrième cahier : « Maison et terres a Garges, qui fut a Bureau « de Dampmartin et sa femme.» La domination anglaise ruina donc le généreux hôte de Laurent de Premier Fait, et nous ne savons s'il vécut assez longtemps pour obtenir réparation du roi Charles VII. A une époque aussi agitée, il faut faire la part des passions politiques et des réactions violentes qu'elles provoquent. Si Bureau de Dampmartin eut quelques torts à se reprocher, s'il ne s'érigea point en censeur du Roi , de la Reine et des princes, dont le luxe l'enrichissait, on peut du moins invoquer en sa faveur deux circonstances très-atténuantes : de l'aveu de son ennemi, il a tout fait pour que via puissance «des Anglois fût reboutée et enchacée;» et un témoin contemporain nous apprend, en outre, qu'il aimait et protégeait les lettres. C'était, en somme, un Armagnac dont le parti n'eut point à rougir, et un bourgeois qui méritait d'être moins rigoureusement traité.

Nous n'avons pu découvrir que trois documents graphiques se rapportant à Bureau de Dampmartin : les deux premiers sont des jetons qu'il frappa à une époque indéterminée, et dont un exemplaire nous a été obligeamment fourni par M. d'Affry de la Monnoye; le troisième est le sceau qu'on trouve apposé à un aveu rendu à l'abbé de Sainte-Geneviève, pour des terres situées à Antony. Ce sceau est rond, en cire rouge et sur double queue.

Nous reproduisons ces trois intéressantes pièces :

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