UN LIEUTENANT CIVIL DE VINGT-QUATRE HEURES
à M. Hérault un tableau d'Andréa del Sarto en action de grâces. M"" Constitution et M"" le Bref l'invitaient à souper. Le g-reffier Jean Marot embrassait ses g'enoux. La future marquise de Mouchy lui donnait sa joue à baiser. A toutes ces gTâces M, Hérault ne pouvait rien comprendre et se laissait bénir.
Le surlendemain, quand il se rendit, selon sa coutume, à Versailles, le roi, qui lui faisait grise mine, l'accueillit de son plus beau sourire. On n'entendait à la ville, à la cour, à l'Opéra, au parlement, chez les coquettes et chez les philosophes, que bénédictions, allégeances, enchantements. M. de Maurepas adressait ses meilleurs compliments au lieutenant g-énéral; M. le chancelier d'Aguesseau lui demandait la main de sa fille pour son petit-fils. « Je voudrais finir comme vous avez commencé, » lui disait M. Turgot. Enfin ce brave homme, heureux de ces bonheurs inespérés, rentra chez lui accablé de ses louang^es, et dans la nuit même il mourut, le 2 août 1740, à peine âgé de cinquante ans, juste au moment où son confident, son ami, le sieur Chaban, lui portait ses plus vives remontrances pour avoir amnistié de son plein gré tant de scélérats.
C'est ainsi que M. Hérault mourut dans la louange universelle en laissant un nom glorifié par l'abbé g'alant.
Maintenant, si vous voulez savoir le vrai nom de ce rare et charmant gardien de la paix publif[ue, on peut vous le dire : il s'appelait François-Joachim de Pierres, abbé, et plus tard cardinal de Bernis, le ministre, et mieux que cela, dit-on, de M""" la marquise de Pompadour.