LA FÊTE-DIEU A SAINT-SULPICE
Ce dernier dimanche, au Jjruit des cloches qui retentissaient dans les airs doucement réjouis, la sainte procession sortit triomphante de ce vaste portail, décoré par Servandoni lui-même. Il avait imag'iné des portiques, des colonnes, des jardins, des vases précieux, ornements variés de ce g"rand édifice, où s'étaient donné rendez-vous toutes les g-râces et toutes les splendeurs. La marche était ouverte par les suisses en hallebarde et couverts de leur habit d'or; venaient ensuite un timbalier, six trompettes, douze hautbois et quatre bassons, qui sonnaient des fanfares. Deux beaux jeunes lévites, en surplis blanc, portaient dans les airs la bannière éblouissante de broderies et de toutes les couleurs éclatantes de l'arc-en-ciel. La livrée allait autour, tenant les flambeaux et les torches; ving*! maîtres de cérémonie veillaient sur l'ordre et la marche de tout ce monde incliné par la prière, ou les yeux levés au ciel; et c'était un charme ineffable à voir passer dans leur plus magnifique appareil les six communautés religieuses^ g'ardiennes dé tous les enfants de la paroisse, et chantant les canticjues sacrés :
Pange lingua gloriosi Corporis mysterium Sanguinisque pretiosi...
Pas un de ces chanteurs qui ne sût sa partie à merveille. Arrivaient à leur suite la sacrée congrégation de tous les arts et de tous les métiers, précédés chacun de sa bannière, et souvent cette bannière était peinte aux frais de Toeuvro par quelque grand peintre : Noël Goypel ou Vanloo, peintres du roi. Il y en avait même de plus anciennes qui étaient eig-nées le Sueur ou Mignard. Venaient ensuite, et mar-