H2 LA FETE-DIEU A SAINT-SULPICE
tiste, un ag*neau bouclé dans les bras. Suivait enfin le clerg-é de l'ég-lise en surplis, en tuniques, chapes, chasubles et dalmatiques ; ils étaient plus de quatre cents priant avec ferveur, et marchant à pas comptés.
C'est maintenant que nous allons voir la pieuse cohorte qui jette au Saint-Sacrement toutes les fleurs de ses cor-" beilles. Ving-t porte-encensoirs, ornés de ceintures écarlates* douze acolytes en aube, avec des ceintures bleu de ciel, remplissaient les airs d'un nuag'e d'encens. Chaque fleur était comptée, et pas un qui osât ramasser un seul bouton de ces fraîches épaves. Puis encore des flambeaux, et, marchant seul, suivi de quatre archevêques, et de vingt évêques en grand habit, monseigneur le cardinal de Polig*nac; la traîne de son manteau était portée par un officier de Saint- Louis. Puis les pages en g-rande livrée, aux couleurs du prince de Gondé, du prince de Conti, de monseigneur le duc de Chartres. La beauté des habits attestait la galanterie et la jeunesse de ces fils des dieux. Eux-mêmes, le matin, ils avaient passé en revue ce rég'iment à leur livrée, et qui eût vu circuler en si bel ordre ces jeunes pag*es ne se serait point douté des espiè galeries qui les rendaient po-^ pulaires. Conversion! conversion ! sur toute la lig'ne et dans tous ces g'roupes. A la fin, et quand tout semble épuisé^^ voici le dais de cent mille écus, tout couvert de ses plumes blanches, et semblable à quelque trône qui serait porté par les Dominations. Sous le dais, qui le recouvrait sans le cacher, apparaissait le Saint-Sacrement dans sa gloire. On eût dit le soleil dans les mains du vieux prêtre, et lançant?^'^ ses rayons lumineux sur tout l'univers. Il était accompag*né . des deux premiers marguilliers de Saint-Sulpice, M. le ma»'' réchal de Matignon et M. le duc de Saint-Aig-nan, suivis, de •:
LA FÉTE-DlEU A SAINT-SULPICE. 1 1 :\
M. le duo de Ghoiseul, marg-uillier d'honneur, et de tous les marg-uilliers de la paroisse. Or, ce beau titre était si recherché que M. Pig-alle, le premier sculpteur du roi, comme un jour le roi lui demandait à quel honneur il pouvait prétendre : — « Ah ! Sire, s'écria-t-il, rien ne manquerait à mon bonheur si j 'étais marg-uillier de Saint- Sulpice ! »
En effet, ce g-rand corps comprenait tout ce que la paroisse avait de plus grand, de plus g-lorieux, de plus célèbre. En ce moment cavalcadait le rég^iment des g-ardes suisses, suivi du rég-iment des g'ardes-françaises. Tant de chevaux, d'uniformes, de drapeaux, de casques et de cuirasses reluisant au soleil !
Quand vous pensiez que tout était fini, et que l'admiration n'était plus possible, alors recommençait, dans les rues et sur les places publiques, devant chaque maison enveloppée d'une tapisserie éclatante, la procession triomphante à travers mille chefs-d'œuvre de marbre, de pierre et de laine. Elle rencontrait sur son passag'e, à g-enoux, les plus beaux enfants, les femmes les mieux parées, et chantant Veni Creator. De la rue de Tournon à l'avenue du Luxembourg'des g-ardes-françaises étaient rang-és en bataille; les portes étaient g-ardées par messieurs les g'ardes-du-corps et les Cent-Suisses du roi. On saluait à g*enoux, lièrement posé sur les dernières marches de la cour, exhaussée et fermée par un balustre en marbre blanc, le reposoir royal. C'était le roi qui, vraiment, voulait paraître à son tour et faire une profession de foi qui fût dig-ne de sa couronne. L'enfoncement de ce reposoir était orné de parements de damas cramoisi à crépines d'or. Sur chaque côté de cette aug'uste chapelle étaient posées des pontes de velours brodé