H8 SALONS ET CAFES
ques Rousseau, entraînant dans son log"is Thérèse Levasseur! En moins de cinq minutes j'ai reconnu Galiiani, ïliomas, Raynal, Damilaville et Ghastellux.
Cependant les rôtisseries envoient au loin leurs fumées odorantes, l'hôtellerie attire à ses tentations la g-ourmandisé à plein ventre et la soif à plein verre. Nous boirons, si vous voulez, d'un vin g-énéreux de Bourg^og'ne , la patrie de Bossuet, de Buffon et du g-rand Grébillon : vin de Bourg-og-ne, andouillettes de Troyes et poulardes du Périg*ord, avec une matelote et des petits pieds, on ne dîne pas mieux chez le riche Bouret. Quiconque a dîné de cette façon plantureuse et savante aura bientôt assez de g-énie et d'invention pour écrire les Éyléides de Poinsinet, les Druides de l'abbé le Blanc, le Bélisaire de Marmontel et le Séducteur du marquis de Bièvre.
Si, par bonheur, quelque habitué du café Procope, après vous avoir offert une tasse de café, vous invite à voir représenter sa comédie, ô la bonne aubaine! Allez, mon ami, vous placer debout, dans le parterre, entre la Morlière et Fréron, non loin de la petite log'e où se tiennent, semblables à deux chiens de faïence , M"" Dubois et M"^ Clairon. Et si vous voulez plaire aux puissances d'ici-bas, à Lafosse, à Pompig'nan, aux Dalibray , Sabatier, Chiniac, Mailhol, Chevillard, Marmontel, applaudissez de toutes vos forces ces g*rands réformateurs de l'histoire et de la société, sans oublier le sieur de Portelance ou le cynique Robbé. Ou encore, si vous connaissez le souffleur de l'Opéra et s'il vous invite à passer la soirée en cette boîte abominable où clapote incessamment l'archet du chef d'orchestre, allons, vous voilà au troisième ciel! vous êtes le cousin de Voltaire et de Montesquieu, du maréchal de Villars et du cardinal
SALONS F/f CAFÉS. H^
de Bernis; v^ous voilà à tu et à toi avec la Deseine et la Balaincourt, et tous ces biens parce que vous aurez bien dîné! Que disons-nous? M. Vestris, dans l'entracte, vous présente à M'" Allard; M'" Vestris vous présente à M. Boucher, premier peintre du roi. Cependant prenez g*arde à ne pas rencontrer sur le seuil de ce palais de tous les beaux-arts, le poëte May, un vieillard de soixante ans. Il avait mang-é sa fortune avec les batteurs de clavecin et les batteurs de pavé ; comédiennes et comédiens avaient dévoré le bonhomme jusqu'à l'os et l'avaient bu jusqu'à la lie. Il rencontre un soir des choristes qui s'en allaient souper g'aiement à la Grand'-Pinte "et qui lui dirent : a Que faites-vous là, monsieur May? — Vous le voyez, mes enfants, je souffre. » Il log-eait dans une écurie du prince de Soubise; il rentre en son log'is et meurt sur la paille où couchait Fille de l'Air, la reine des courses de chevaux.
C'est une mode presque g-énérale à Paris que de prendre une tasse de café après le dîner. .Te ne prétends pas prouver que cette boisson est trop saine : elle fait du bien à quelques-uns, à d'autres du mal. On estime que le café est un bon remède pour chasser la mélancolie ; témoin une dame (on prétend que ce fut une illustre duchesse à Paris dont je n'ose pas divulg-uer ici le nom par respect), qui, apprenant que son époux avait été tué dans une bataille, s'écria : « Ah ! malheureuse que je suis! Vite, vite, qu'on m'apporte du café ! » Les amateurs de tabac en prennent volontiers une tasse quand ils fument, disant qu'on passe ainsi le temps avec le plus g'rand plaisir. La chanson qui recommande tant le café est connue.
A Paris, il y a un nombre infini de cafés, tellement qu'on en trouve quelquefois dix, douze et plus dans la même rue.