SALONS ET CAFÉS
dont quelques-uns sont en grande considération, et souvent visités par des princes et d'autres g-rands personnag-es. On y entre sans être toujours oblig"é de faire quelque dépense. Les cafés qui sont auprès de l'Opéra et de la Comédie sont hantés par plusieurs centaines d'hommes, qui y viennent par pure curiosité de voir qui entre au spectacle et qui en sort. La veuve Laurent, dans la rueDauphine, tient un café, dit le Café des beaux esprits. Là s'assemblent certaines g'ens, qui mettent sur le tapis toute sorte de matières curieuses et spirituelles. Grimarest, ce célèbre maître de lang'ue, qui a écrit les Campagnes de Charles XII, présidait de son vivant dans cette assemblée. Il y en a un autre semblable chez Poincelet, sur la g^auche, à la descente du Pont-Neuf. Dans la ville, rue Rouillé, il y en a un autre, le rendez-vous de fjuelques savants qui s'entretiennent sur des sujets qui reg*ardent la littérature, et cela s'appelle ie Café savant. Il y en a encore d'autres où l'on trouve des nouvellistes qui y raisonnent, à l'occasion des g^azettes, sur les affaires d'Etal qui s'y présentent.
^^On ne fume point dans tous ces cafés, comme on fait en Hollande et en Allemagne ; aussi y a-l-il très-peu de personnes de condition en France qui aiment le tabac à fumer. De plus, on trouve les g-azettes ordinaires en très-peu de maisons de cette sorte, mais on les peut acheter de certains coureurs qui les portent à vendre par toutes les rues, ou on les peut aller lire aux petites boutiques, au quai des Aug'ustins et autre part, où l'on trouve aussi le Mercure galant., le Journal des Savants, les Mémoires de Trévoux, ceux de Verdun et d'autres semblables pièces savantes. Ce n'est pas non plus a coutume de jouer aux cartes ou aux dés dans les cafés, quoiqu'on y joue quelquefois ;ui\ ccliecs.
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Je trouve fort bon qu'un jeune voyag'eur aille parfois en ces cafés, l'après-dîner ou vers le soir, pour y écouter les discours des nouvellistes. On ne sort pas volontiers le matin; cela dérang-e toutl'avant-midi. Quelquefois ces g-ens-là raisonnent comme une cruche, à tort et à travers; mais quelquefois ils tiennent des propos très-spirituels. On n'est pas toujours oblig-é de se mettre de la conversation ni de soutenir le contraire, lorsqu'on n'est pas justement de leur opinion. Cependant on s'avance beaucoup dans la lang-ue, et l'on découvre à cette occasion les différents caractères du monde.
On trouve dans tous les cafés toutes sortes de liqueurs, mais qu'on s'en g^arde d'en boire à la glace: elles g-âtent l'estomac et sont très-dang-ereuses à ceux qui n'y sont pas accoutumés, surtout quand on les prend après s'être échauffé, car une telle débauche est ordinairement suivie de fièy^ei chaudes et d'autres g*randes maladies. '^ rr i " . • :
Le nombre des jeux de paume et des billards n'est pas moindre à Paris que celui des cafés; on les trouve surtout au faubourg" Saint-Germain, comme au rendez-vous des étrang"ers. Les billards sont fort hantés tant par les étrangers que par les Français. Pour le jeu de paume, cet exercice est estimé par des rois et des princes. Il faut donc qu'un homme de qualité s'y exerce aussi^ surtout s'il pense s'établir un jour à quelque cour.
Les g'rands seig-neurs prennent quelquefois plaisir à peu de chose, de sorte qu'un habile joueur de paume peut quelquefois entrer fort avant dans leurs bonnes gTâces par son adresse. Cependant il n'en faut pas faire son métier. ni jusqu'à tel point que de courir tout le jour au tripot, car avec cela on néo^lio-erait ses autres affaires plus iiéces-