‹ Paris et Versailles il y a cent ansChapitre 25 sur 40 · LA REINE D'UN JOUR · texte numérisé non relu

LA REINE D'UN JOUR

C'est un long* chapitre à faire, l'histoire des reines de la main g-auche! On les retrouveraitdans toutes les conditions, dans les beaux-arts, au ministère et voisines de nosseig*neurs les cardinaux. Plus d'une fois un nez retroussé, un jupon court ont décidé du sort des plus g-randes affaires; les femmes, sous le roi Louis XV, se sentaient faites pour le commandement. Leur moindre vœu était un ordre, et cet ordre était obéi. Que d'accidents, que d'aventures! les hasards merveilleux! Le philosophe étonné reg-arde au sommet voisin du trône : Eh! dit-il, c'est Fanchon qui g-ouverne! Il revient dans son log-is tout pensif et cherchant tous les moyens de se retirer prudemment de la bag-arre, ou bien, de son épouvante, il fait un conte à ses amis. Quoi de plus joli que l'historiette de M"' de Pons? Elle était pauvre, elle était amoureuse d'un g-arçon aussi pauvre qu'elle. Absolument elle voulait faille un g-rand mariag-e et se tirer de la foule des demoiselles à marier. Son prétendu s'appelait Colas ; Colas de qui? Colas de quoi? Colas de rien. M"" Pauline un jour dit à Colas : « Laissez-moi faire et ne vous inquiétez pas , vous serez quelque chose. » Elle disait ces mots rassurants

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le jour même où le prince de Soubise, un très-g-rand seig-neur qui n'était pas certes un g'rand esprit, avait jeté sur elle un de ces reg*ards qui disent tant de choses et qui font tant de promesses. « Allons, se disait Pauline, il m'a reg'ardée avec tant de respect que je le mènerai où je veux le mener; mais que Colas sera content î »

Colas, cependant, confiant dans les promesses de Pauline, attendait la gTande position qui ne pouvait lui manquer. Il était un simple commis aux écritures du g-ouvernement, et si naïf qu'il ne pouvait rien comprendre aux énormités les plus énormes. Il était docile et complaisant aux ordres de ses chefs ; quand la chose allait trop loin, il se disait : « J'en parlerai à M"" Pauline. » Oui, mais, s'il avait accès auprès d'elle, il en éprouvait tant de joie et de contentement, qu'il en oubliait toutes les confidences qu'il voulait lui faire. On n'eût jamais dit, à l'entendre, à le voir, à quels destins il était réservé. Un jour enfin, pressé à bout par sa mauvaise fortune, il vint se jeter aux pieds de Pauline : « Hélas! disait-il, ma chère Pauline, je suis ruiné, perdu, déshonoré' prenez pitié de moi ! » Pauline à peine écoutait le récit de cette gTosse aventure ; elle savait que son ami Golas était un honnête homme, un sincère amoureux, et voilà tout ce qu'elle voulait savoir. «. Eh! voyons, l'ami Colas, disait-elle, rassurez-vous, retenez ces g-ros soupirs et contez-moi ces gTands malheurs. » Lui, alors, brossant son chapeau neuf avec son bras, il raconta sa peine à ses chères amours. « Voici le fait : rien de plus imprévu et de plus affreux. Le préposé aux fonds secrets, M. de Gatry, m'a appelé ce matin chez lui ; il m'a sig-nifié qu'il avait volé un demi-million à sa caisse, et que j'eusse à me déclarer coupable de ce vol dans les ving^t-quatre heures. Demain, à dix

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heures, il faut que je Jui porte un billet écrit de ma main, qu'il m a donné tout rédig'é, et que je parte en poste avec soixante mille francs et le déshonneur, sinon je suis enfermé à la Bastille pour le reste de mes jours. »

Sur quoi, très-calme, et confiante dans l'avenir de ses amours, la belle Pauline : « Allons, calmons-nous, mon cher ami, et retourne, en attendant ma justice, chez ton voleur M. de Gatry. »

Justement à peine Colas avait pris cong-é de sa dame et seig-neuresse, le prince de Soubise entrait dans l'hôtel où il venait tout exprès pour saluer M"" Pauline, un des arbitres de sa destinée. Pauline était encore tout émue; l'indig'nation, l'amour, la colère, le besoin de sauver Colas, tout lui donnait je ne sais quel charme incroyable. Jamais le prince de Soubise n'avait vuPauHne si jolie.

« Mon Dieu ! que vous êtes belle, lui dit-il, et que je serais un homme heureux si vous m'accordiez le plus simple reg-ard ! »

-Pauline, habituée aux douces paroles de ce prince charmant, n'avait pas l'air de les entendre. Elle était émue et indig-née; ses beaux yeux avaient peine à retenir les larmes qui coulaient sans qu'elle en sût rien; puis, comme le prince de Soubise redoublait de g-alanterie et d'empressement :

(( Monseig-neur, lui dit-elle, pardon, monseig-neur; mais je voudrais vous parler très-sérieusement, w

Et alors elle raconte au prince de Soubise, mais en le reg'ardant en face de ses beaux yeux, avec une véhémence inspirée, et une éloquence qui partait du cœur, le crime et la trahison du voleur Gatry : les deniers dilapidés, un honnête jeune honnne, un Breton, accusé tle cette action info

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fàme, le voleur échappant à l'infamie et l'innocent perdu à jamais ! Elle parla si bien , que le prince de Soubise finit par écouter et par comprendre; il était tout ému, le pauvre prince, quand ayant achevé son récit :

« Je serais heureuse, lui dit-elle, que ce fût vous, mon prince, qui fissiez rendre justice à l'innocent et au coupable. Je vous en prie ! »

En même temps elle joiguiait ses mains.

Le prince de Soubise s'en fut, du même pas, chez madame de Pompadour.

M""* de Pompadour était à sa toilette, occupée à g'ouver-^ ner l'État. Ce n'était plus la jeune fille dans le premier éclat de la jeunesse; c'était la noble dame dans toute la force de sa beauté et dans toute la vig^ueur de son esprit., C'était la femme aimée et respectée de Louis XV. La France, qui était alors une monarchie absolue , tempérée par des chansons, ne demandait pas mieux que de fléchir le g-enou devant cette élég-ante maîtresse qui n'abusait pas trop de son pouvoir. Le prince de Soubise, jeune et beau g^entilhomme, très-brave et très-amoureux, même pour ce temps de bravoure et d'amour, était un des courtisans les plus assidus de la marquise.

Il jouait auprès d'elle un de ces rôles que les courtisans ont toujours joués, non sans profit, avec les majestés féminines, le rùle d'un amoureux qui n'ose pas parler de son amour. Ce mélang-e de passion et de respect avait fort bien réussi auprès de la g-rande dame, qui recevait le prince avec toutes sortes d'amitiés innocentes et d'ég'ards em- , pressés.

Alors voilà le prince de Soubise qui raconte, à son tour, à madame la marquise l'infâme action du misérable Gatry;

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