‹ Paris et Versailles il y a cent ansChapitre 26 sur 40 · LA REINE D'UN JOUR · texte numérisé non relu

LA REINE D'UN JOUR

son vol énorme et le g^uet-apens tendu à l'innocence de son commis; le prince de Soidiise était animé de l'émotion de Pauline, et M""" de Pompadour s'anima de l'émotion du prince de Soubise. « Mais ce Galry est un misérable ! » Et la marquise versa deux ou trois larmes au plus ; elle avait alors trente-cinq ans, à cet âg-e les yeux rougûssent facilement, et il n'est g*uère permis de pleurer beaucoup.

M"' de Pompadour passa chez le roi en quittant le prince de Soubise. Le roi lui trouva une fig-ure étrang-e. a Qu'avezvous donc, Antoinette? » lui dit-il. Car vous remarquerez qu'il appelait Antoinette M'"* de Pompadour.

Alors la favorite fit au roi le récit que lui avait fait le prince de Soubise. Elle arrang*ea son petit drame. Le roi, qui n'avait g-uère que des histoires à entendre, s'arrang*ea assez volontiers de celle-là , comme on s'arrang'e de temps à autre d'une comédie larmoyante de la Chaussée.

El le lieutenant de police reçut l'ordre de Sa Majesté d'étudier les affaires de M. de Gatry.

11 était nuit. Colas attendait tristement le lendemain , bien décidé à ne pas copier la lettre. Tout à coup on frappa à sa porte; un exempt de police entra dans la chambre, et l'on vit, dans la demi-obscurité de la porte, des g'ens armés (jui g-ardaient le corridor.

L'exempt pria Colas de lui remettre le modèle de la lettre, écrite en entier de la main de M. de Gatry»

Colas remit cette lettre en tremblant. Mais, ô surprise! on s'empara de M. de Galry, Colas fut libre, et le soir l'infâme Gatry, confondu par sa lettre, se jetait aux g*enoux du lieutenant criminel, demandant grâce pour sa famille. Le même soir. Colas s'introduisait un instant chez Pauline, qu'il appelait sa sœur. Pauline allait au bal ; elle n'eut que

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k' temps de tendre la main à Colas, et au bal elle sourit à M. de Soubise en lui disant : Merci! M. de Soubise, quittant le bal de bonne heure, alla remercier M'"'^ de Pompadonr. M'"'' de Pompadour, le même soir, fit avouer à cet imperturbable ég-oïste, le roi Louis XV, qu'il n'avait jamais trouvé tant de plaisir à faire une bonne action.

Le lendemain tout le monde parlait de l'affaire Gatry.

Le lendemain aussi Pauline dit à Colas :

« Veux-tu la place de M. de Gatry ^ Colas? »

Colas pensa faire le sig'ne de la croix, tant il était surpris de la bonne opinion que Pauline avait de lui.

Quelques jours après, M"° de Pons, ou si vous aimez mieux Pauline, se trouvant avec le prince de Soubise, lui parla de nouveau de son protégée.

« Je vous ai fait faire une si belle action, et vous n'avez rien fait pour lui, Monseig'neur ! Donnez la place de Gatry à cet honnête et bon jeune homme, Nicolas Rosier. » : .up

Le prince de Soubise écrivit sur ses tablettes le notti de l'heureux et vertueux Rosier.

Il en parla à M""" de Pompadour, qui en parla au roi, qui écrivit de sa propre main qu'il donnait la place de Gatry à Nicolas Rosier.

M. Nicolas Rosier devint donc un personnag"e, il eut une très-belle place, et le monde sut bientôt que son nom avait été écrit tout au long' de la main du roi.

Personne ne pouvait expliquer la faveur de Rosier. Il était visible que M. Rosier était favori de quelqu'un; mais favori de qui? Là était la question. On ne pouvait g-uère se douter que ce petit Colas n'était que la créature de M"' Pauline. Au reste, ce mystère ne nuisait pas à la considération de Colas; au cuiiti'airr, au lieu d'un protecteur coniui on

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lui en attribuait trois ou quatre, parmi lesquels M"^'de Pompadour tenait une place assez honorable pour notre héros. Quant à lui, heureux d'être heureux, il allait dans le monde et s'abandonnait aux œillades des fdies à marier et aux cajoleries de leurs mères; il jouissait à l'aise de son triomphe et de son crédit; puis le lendemain il racontait à sa sœur Pauline tout ce qui lui était arrivé, ajoutant toujours que, parmi toutes ces femmes, il n'en trouvait pas une qui fût aussi belle que sa sœur. Disant cela il lui baisait la main.

Un jour que M. Rosier était allé, après la comédie, à un jardin pubhc où l'on donnait une fête, M. Rosier fit rencontre d'une très-belle fille nommée Juliette, dont le père était relieur du ministère. Juliette était une g-rande brune de dix-huit ans, alerte, bien faite et Française de la plante des pieds à la pointe des cheveux; mais coquette autant qu'elle était Française. Elle donnait le bras, ce soir-là, à un Ang-lais attaché à l'ambassade, sir John Rrown, un Angolais du bon temps des Angolais. Sir John était fort épris de Juliette, et il se conduisait avec elle en véritable Gapulet, ne la quittant pas du reg-ard, dansant avec elle, se faisant Français autant que possible. Même il sortit si complètement de sa nature, il poussa si loin sa prévenance amoureuse, que M'" Juliette, impatientée et craig-nant le scandale, quitta le bras de son Roméo et s'en vint prier le jeune Rosier d'être son cavalier pour le reste de la nuit. Rosier ne dit pas non : il prit le bras de Juliette, et le voilà dansant avec elle, mais toujours d'un g^and fleg'me, d'un fleg-me ang-lais, pendant que sir John faisait feu et rag-e et brûlait d'envie de chercher querelle à ce petit jeune homme. Rosier, cependant, quand il eut bien dansé, alla s'asseoir sous un de ces éternels petits

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