L'UNIVERSITÉ DE PARIS
L'Université, cette aima mater, la fille aînée des rois de France, comme on l'appelait g-lorieusement, fut entourée, sous l'ancienne monarchie, de tant de sollicitude, pourvue de tant de hauts et nobles privilég-es, qu'elle pouvait passer à juste titre pour le premier corps de l'Etat.
On disait d'elle : « La foi lui doit sa conservation ; la société, sa politesse et ses mœurs; le monde entier, ses lumières et ses connaissances. » Ces paroles sont du roi Louis X, cherchant à justifier aux yeux de la noblesse les immunités et les franchises nouvelles qu'il lui plaisait d'accorder à l'Université.
Perdit-elle quelque chose des mérites qui l'avaient élevée si haut, ou bien les rois se lassèrent-ils de déférer au corps enseig-nant une trop g-rande part de leur autorité? Toujours est-il qu'à partir de l'avènement des Valois, l'Université perdit peu à peu ses plus beaux privilégies.
Au dix-huitième siècle elle jouissait d'une gTande considération par la saine doctrine qu'elle professait, par Texemple de sag-esse et de modestie qu'elle inspirait à ses élèves, par les g-rands hommes qu'elle avait donnés à l'Etat. Mais
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souvent son aulorité était menacée par les g^ens du roi, par les parlements, par les jésuites et plus encore par ses querelles intestines.
Elle fut bientôt réduite à l'enseig-nement dans les quatre facultés : théologie, jurisprudence, médecine, belles-lettres; et au droit exclusif de conférer les g-rades de docteur, de licencié, de bachelier et de maître.
Le dernier recteur qui sut maintenir d'une main ferme l'étendard de l'Université fut le g-rand Rollin, le fondateur et le lég-islateur de l'enseig'nement moderne. M. Gibert, qui lui succéda plusieurs fois, car cette illustre chargée était annuelle, se montra son dig-ne collaborateur.
La fameuse affaire de la bulle Unigeniti^s devint bientôt le sig*nal des luttes dans lesquelles ils devaient succomber, non certes faute de bien combattre et de faire valoir des droits légitimes, mais sous le poids de la contrainte et sous les intrig-ues sourdement ourdies par le cardinal de Fleury. Quand le ministère vit que Rollin, Gibert, un vieillard de quatre-ving-ts ans, l'abbé d'Eaubonne et quelques autres, allaient soutenir la protestation de l'Université, on lança contre eux des lettres de cachet, on circonvint les plus jeunes membres du corps, plus ambitieux de la fortune à venir que jaloux des anciens privilégies, et l'on bombarda à la dig'nité de recteur M. l'abbé de Ventadour, suppôt de la Compag*nie de Jésus, En vain les fervents — ils étaient soixante — en appelèrent au Parlement... Le Parlement, fort ébranlé lui-même, reçut défense formelle de se prononcer.
Le rôle traditionnel de l'Université dans l'État était fini.
Le pape, en récompense, accorda le chapeau à M. l'abbé (le Ventadour, qui devint cardinal de Soubise. Le vénérable