‹ Paris et Versailles il y a cent ansChapitre 38 sur 40 · LES DERNIERS JOURS DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LES DERNIERS JOURS DE LA ROYAUTÉ

Ici s'arrête enfin cette long-ue entreprise d'un siècle raconté dans ce qu'il a de rare et de charmant.

Louis XV n'avait plus long-temps à vivre, et Louis XVI, attendu par une mort si injuste et si cruelle, était encore un jeune homme, lorsqu'il montait sur ce trône, envahi et menacé de toutes parts. Il avait été, de très-honne heure, une espérance, une consolation. Malheureusement, le nouveau roi, disposé à toutes les vertus, manquait de la volonté qui s'impose, et de ce coup d'œil pénétrant qui, dans une foule de projets et de conseils, disting-ue à l'instant le meilleur. Avec toutes les apparences du g-alant homme ing-énu, sincère, Louis XVI n'avait pas l'apparence, il n'avait pas la taille et le g-este de l'homme fait pour commander. Sa vie entière avait été, jusqu'à son premier jour de règ-ne, une vie isolée et studieuse. La g-uerre avait manqué à ce bon prince : au milieu de l'enivrement des batailles il eût appris la fermeté, le sang'-froid, le commandement. On ne lui enseig-na que les arts pacifiques. Il était né incertain , hésitant; il fut mal élevé par M. de Goëtlosquet, un faible esprit, et M. le duc de la Vaug'uyon, un courtisan frivole.

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M. le dauphin, la piété même, avait peur du trône autant que d'ordinaire un prince intellig'ent en a de presse et d'envie.

Il n'est pas trop facile d'expliquer le roi Louis XVI, cette âme incertaine, cette hésitation sans cesse et sans fin dans des circonstances si douloureuses, et les étonnements de ce prince infortuné, de ce roi sans énerg*ie au milieu de tant de haines et de fureurs. Ajoutez que plus les hommes qui l'entouraient et le conseillaient étaient au-dessous de leur tache, et plus les événements étaient terribles. Quel prince il eût fallu pour reg'arder face à face une pareille révolution ! quelle énerg-ie et quel grand courag*e à retenir les impatients, pousser les timides, encourag-er les braves g'ens, démasquer les coupables! Tant d'intrig-ues, de conspirations, de délations, tant d'injures, tant d'abandon, et pas un moyen de se sauver ! Pas une espérance ici-bas, pas une étoile dans le ciel !

Lorsqu'à la fin du dernier règ'ne, en 1770, M. le dauphin, (jui avait ving't ans, épousait l'archiduchesse d'Autriche qui en avait seize, il y eut dans la France un cri de joie et de triomphe. D'une voix unanime, la France célébrait la grâce et la beauté de la reine future. Sans doute on avait raconté des miracles de cette éblouissante beauté ; elle fut trouvée au-dessus de tous les élog-es. Le sourire d'Hébé et le reg-ard de Junon, pour parier comme les poètes. La reine, en ces premiers jours, était mieux qu'une déesse : elle était une reine, entourée d'honneurs et de respects. Rien déplus rare et de plus charmant que sa majesté naissante. Une tête admirable, et pour couronne un diadème d'épais cheveux Ijlonds; les yeux bleus, la bouche vermeille et les dents blanches; un visag-e où tout parle, où tout sourit, où tout

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commande; un reg'ard plein de feu, la voix gTave et timbrée, comme il convenait à la dig^e élève du chevalier Gluck. Une âme ardente, un cœur dévoué, tout l'org-ueil de race, admirablement tempéré par le désir de plaire et le bonheur d'être belle. A son premier g-este elle fut adorée. Mais cette reine enfant manqua de prudence. Elle oublia trop souvent que dans une bouche royale toute parole est comptée, Elle appelait M. Necker, loi commis; M. Turg'ot, monsieur le Refusé, et la comtesse de Noailles, madame F Etiquette. Elle avait fait trois classes des dames de la cour : les siècles, les collets montés et les paquets. A ces railleries cruelles les dames insultées répondirent par les plus cruelles morsures. Voilà d'où vint la peine, et comment peu à peu se perdit sa popularité des premiers jours. Aussitôt que, gTâce aux pamphlets contre \ Autrichienne, le peuple eut compris que la reine était hostile à l'émancipation, il prit la reine en méfiance, et plus tard il la prit en haine. Elle alors, dédaig^neuse de reconquérir le terrain qu'elle avait perdu, elle s'enferma plus que jamais dans les enchantements de Trianon. Dans ces allées de mousse, et sur le bord de ces lacs transparents, vêtue en berg'ère et sa houlette à la main, elle ferma l'oreille aux premiers murmures, elle méprisa les menaces lointaines.

Un peu avant les jours de la Révolution, la famille royale de France était dans tout son éclat. Une princesse royale, un premier dauphin que la mort tenait déjà dans de rudes étreintes, un nouveau dauphin plein d'espérance, attestaient de l'heureuse et tardive fécondité de la reine. De bonne heure, on eût dit que Madame royale présentait ses cruelles destinées; elle fut tout de suite une enfant sérieuse, et tout de suite aussi la reine enseig'na à Madame royale, avec le

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coLirag-e, la patience, avec la modestie, un grand abandon aux décrets de la Providence. On admira beaucoup à Versailles, on célébra dans la France entière Madame royale en simple robe de percale, et faisant la première comnmnion avec les jeunes filles des villag'es voisins. Pas un, dans cette foule inclinée et sous ces voiles blancs, n'eut disting*ué la fille de tant de rois de la fille du plus simple artisan. Elle avait un doux visag'e, un reg'ard calme, une taille élancée, et déjà pour le daupliin son jeune frère une protection mêlée de respects, dont elle entoura jusqu'à la fin ce doux orphelin.

Louis-Charles de Bourbon, second lils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, naquit au château de Versailles le 27 mars 1785. Il fut baptisé le jour même de sa naissance; il eut pour parrain le comte de Provence et pour marraine la reine des Deux-Siciles, représentée par M""" Elisabeth, sœur du roi. Il reçut au berceau le titre de duc de Normandie, et M. de Galonné, alors contrôleur g'énéral des finances, porta au prince nouveau- né le cordon et la croix de l'ordre du Saint-Esprit. Paris et la France entière, à cette nouvelle qu'un nouveau prince leur était donné, chantèrent un immense Te Deum. Ce fut dans tout le royaume un vivat universel. En célébrant l'enfant, chacun rendait hommag'e au roi son père, et le remerciait de tant de bienfaits si vite acconqjlis : la corvée et la torture abolies; Cherbourg' s'ouvrant sur la côte qui regarde l'Ang'ieterre; Port-Vendres, sur celle que reg'arde l'Espag'ne; la jeune Amérique naissant à la liberté, à l'ombre du drapeau blanc.

Pour venir en aide à la reine, au roi lui-même, à tous les honnêtes gens chargées de veiller sur M. le Dauphin, la Pro-

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