LA CHEMINEE ET L^VMANT
L'une des bonnes histoires de ces temps de grâce et de perdition, la voici. L'héroïne était l'une des femmes les plus aimables de la finance; elle avait nom Mimi Dancourt. Elle était la propre fille de cet inventeur plein de feu nommé Dancourt. Après avoir été un comédien populaire, il était devenu l'un des auteurs dramatiques les plus aimés du public. Mais parfois tournait la chance, et, philosophe, il s'en consolait en soupant à la Grande Pinte. Il avait fait de la petite Mimi son jug"e et son conseil; il lui lisait ses comédies, comme autrefois Molière à la bonne Laforêt, et quand Mimi n'était pas contente : « Ah ! papa, disait-elle avec un g-rand soupir, j'ai g-rand'peur que cette pièce ne vous mène droit à la Grande Pinte l » Et de rire! Ils riaient de tout, ces bohémiens. Ce riche et fameux fermier g-énéral qui a sauvé son nom de l'oubli pour s'être mêlé aux g'ens d'esprit, M. de la Popelinière, ayant vu Mimi Dancourt dans le rôle d'Ag*nès, s'en éprit si violemment que, malg-ré tous les obstacles, en dépit du père et même en dépit de la fille, il la voulut tout simplement épouser. Elle finit par y consentir, malg*ré toutes ses répug-nances. Elle n'était pas mariée depuis six mois qu'elle avait conquis tous les
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suffrag"es. On ne parlait, dans tout Paris, que de sa modestie et de sa beauté. Elle accueillait à merveille ces poëtes, ces philosophes, tous ces honnêtes g^ens empressés autour de M""* de la Popelinière. Elle accueillait Jean- Jacques Rousseau, et Voltaire lui faisait des vers. Pensez donc si M. de la Popelinière était un favori de la fortune ! li avait épousé une bourg^eoise douée de tous les dons domestiques. Elle était très-laborieuse et très-retirée, et volontiers on eût écrit sur le fronton de sa maison :
Elle resta chez elle et lila de la laine
Seulement M"" de la Popelinière ne filait pas, elle parfîlait.
M. de la Popelinière était donc très-heureux en ménag'e, sinon qu'il était criblé de lettres anonymes, remplies de délations contre sa femme, et ces lettres étaient assez bien faites pour que le dig-ne homme s'en inquiétât. Donc il s'en inquiétait fort , et de tous côtés il cherchait son malheur sans le trouver. Un jour enfin que le maréchal de Saxe, qui était près de sa mort, passait ses hulans en revue dans la plaine des Sablons, M. de la Popelinière prit le temps que sa femme était à la revue pour visiter l'appartement de Madame de fond en comble, afin de s'assurer si les lettres anonymes disaient vrai. Pour être plus sur de son fait, et peut-être aussi pour avoir deux témoins en cas de besoin, la Popelinière prend deux de ses amis avec lui; un de ces amis n'était rien moins que le fameux Vaucanson, celui qui a fait dig"érer un canard, le père légitime de l'automate flùteur. Prolem sine matre creatam \
Nos trois amis s'en vont donc furetant partout dans les appartements de Madame. Ils parcourent tout cet hôtel doré et verni, et charg'é de peintures. Ils traversent le boudoir^