‹ ParisChapitre 19 sur 46 · LA PÏÉTÉ DU PREMIER AGE · texte numérisé non relu

LA PÏÉTÉ DU PREMIER AGE

La première chose qu'on apprendrait aux enfants serait la religion. On leur parlerait d'abord de Dieu , pour le leur faire aimer et craindre ; mais craindre sans leur en faire peur. La peur de Dieu engendre la superstition et donne des frayeurs horribles des prêtres et de la mort. Le premier commandement de la religion est d'aimer Dieu. « Aimez , et faites ce que vous voudrez , » disait un saint. Si la religion nous ordonne de craindre Dieu , ce n'est que relativement a l'amour que nous lui devons , parce que nous devons craindre d'offenser ce que nous devons aimer. Au reste je ne pense

pas , a beaucoup près , qu'un enfant ne puisse avoir l'idée de Dieu avant l'âge de quatorze ans , comme un écrivain , que j'aime d'ailleurs , l'a mis en avant. Ne donne-t-on pas aux plus petits enfants des sentiments de peur et de haine pour des objets métaphysiques qui n'existent pas ? Comment ne leur inspirerait-on pas de confiance et d'amour pour l'Etre qui remplit toute la nature de sa bienfaisance? Les enfants sont très-capables d'avoir le sentiment de Dieu , qui est la raison de la nature... Plût à Dieu que j'eusse conservé le sentiment de l'existence de Dieu et de ses principaux attributs , aussi pur que je l'avais dans le premier âge ! C'est le cœur , plus encore que l'esprit, que la religion demande. Et quel est, je vous prie , l'être le plus rempli de la divinité et le plus agréable a ses yeux , de l'enfant qui , plein de son sentiment , lève ses mains innocentes au ciel , en balbutiant sa prière , ou du scolastique qui en explique la nature ?

Bernardin de Saint-Piekre.

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